Je vais publier le livre de bord de Belmont 1923-1930 : La Turballe (44)

Je suis Odile Halbert, nièce d’Yves Fagault et Odette Guillouard, sœur de ma maman. Je viens vous conter ce que je sais de l’histoire de Belmont, cette villa hors norme, résidence secondaire de mon oncle Yves.
J’ai passé de nombreuses vacances à Belmont, avec Nicole, ma sœur âgée de 10 mois de moins que moi. Maman était débordée par sa famille nombreuse, alors que tante Dette ne pouvait pas avoir d’enfants.
Ainsi, tante Dette était ravie d’avoir des enfants de temps en temps. Déjà pendant la seconde guerre mondiale, toute petite, j’étais expédiée par car à Guérande aux naissances de Bernard puis de Marie-Annick. On me plaçait derrière le chauffeur du car, à sa garde, et on m’a souvent raconté que jamais je ne bougeais durant ce long voyage d’environ 3 h, et même je ne voulais pas lâcher ma petite valise sur mes genoux. Je me souviens de cette valise, mais aussi des très nombreux arrêts, soit pour monter un voyageur, et des barrages Allemands, auxquels je ne comprenais rien bien entendu, car durant la guerre les adultes épargnaient les enfants et ne leur disaient surtout rien qui fasse peur !
Belmont était une folie, pensée par le père de René Fagault auquel la sardine avait réussi, mais qui s’éteignit le 2 avril 1907 sans avoir pu voir la villa achevée, car elle était en construction.

Belmont en 1936, les pins plantés par René Fagault ont poussé, mais on cultive toujours avec les boeufs

Je viens vous transmettre le livre de bord de Belmont 1923-1930, tenu par René Fagault jusqu’à sa mort le 26 janvier 1930.

Un livre de bord est normalement à bord d’un navire, tenu par le capitaine chaque jour pour noter tout les faits du jour. Or, Emmanuel Fagault, le frère de René, avait été médecin naviguant avant la 1ère guerre mondiale, durant laquelle il fut médecin au front, où il fut gravement gazé, avant de s’éteindre en 1923 des suite de cette atteinte. Sans doute amoureux de la mer, il transmit à son frère le grand mât de navire, qui avait été installé à Belmont, et un livre de bord, afin que son frère note la vie de Belmont.
Ce livre de bord est un vibrant témoignage des réceptions familiales, de la pêche d’innombrables variétés de poissons, rigoureusement notés et probablement disparus de cet endroit, de la vigne, car il y avait depuis les Romains de la vigne de Guérande à La Turballe, et même à Belmont, etc… même le chemin de fer jusqu’à Guérande !

Nombre d’invités se sont exprimé ou ont signé, ou sont nommées par leur surnom, aussi il est parfois difficile de les identifier, aussi je viens tenter quelques identifications possibles.

1901 : mariage de René Fagault et Yvonne Ferrand à Vannes

« Vannes le 4 juin 1901 mariage de monsieur René Antoine Joseph Fernand Fagault, 30 ans, négociant, domicilié à Guérande (44), né à Guérande le 35 mai 1871, fils de monsieur René Fagault négociant et de madame Marie Mélanie Séraphine Dubois, domiciliés audit Guérande, présents, et mademoiselle Yvonne Marie Anne Ferrant, 20 ans, sans profession, domiciliée à Vannes, née à Vannes le 26 mars 1881, fille de feu monsieur Yves Eugène Marie Ferrant négociant, décédé à Vannes le 19 juillet 1891, et de madame Marie Léonie Guilloteau, domiciliée à Vannes, présente … en présence de monsieur Jean Petit, 65 ans, négociant, cousin paternel de la mariée, Arthur Pierre Marie Guilloteau, 47 ans, sans profession, oncle maternel de la mariée, tous deux domiciliés à Vannes, Alcime Théodore François Rousseau, 41 ans, docteur en médecine, domicilié à Herbignac (44), beau-frère du marié, Emmanuel Louis René Fagault, âgé de 24 ans, étudiant en médecine, domicilié à Herbignac, frère du marié,

Ces signatures peuvent permettre ensuite des identifications, comme celle d’Alcime Rousseau pas spécialement identifiable…
René FAGAULT °Louplande (75) 12 février 1841 †Guérande 2 avril 1907 x Guérande 25 mai 1868 Marie Mélanie Séraphine DUBOIS †Guérande 28 mars 1913
1-Marie Mélanie Renée FAGAULT °Piriac 29 août 1869 x Alcime Théodore François ROUSSEAU dont postérité suivra
2-René Antoine Joseph Fernand FAGAULT °Piriac 25 mai 1871 †29 janvier 1930 x Vannes 4 juin 1901 Yvonne FERRAND
3-Louis Gabriel François FAGAULT °La Turballe 3 novembre 1873 †jeune SP
4-Emmanuel Louis René FAGAULT °La Turballe 22 juin 1876 †Guérande 9 juin 1925 x Anne Marie Antoinette FERRANT
Leur tombe à Guérande en 2012. On voit que les hommes Fagault n’ont jamais connu la retraite et sont décédés assez jeunes, contrairement à leurs veuves. J’ai personnellement connu Yvonne Ferrand veuve Fagault et Mimie Ferrand veuve Baudry. Je garde un merveilleux souvenir de cette dernière, pour sa grande convivialité en famille. Je la voyais le dimanche chez mon beau-frère son petit-fils. En effet, les Ferrand et les Fagault sont très liés.

Yves-Eugène-Marie FERRANT °Vannes 6.11.1849 †Vannes 19.7.1891 négociant au N° 32 rue du Roulage à Vannes sur son acte de décès x Lorient 7.7.1879 (sans contrat) Marie-Léonie GUILLOTEAU °Lorient 15.4.1857 †Savenay ca 1937
1-Etienne FERRAND x Claude POUPART Il possédait une épicerie fine « Les Frères Provenceaux » rue du Calvaire.
dont 11-Andrée POUPART
2-Anne Marie Antoinette FERRAND °Vannes 4 janvier 1883 x 22 septembre 1902 Emmanuel Louis René FAGAULT °La Turballe 22 juin 1876 †Guérande 9 juin 1925 x2 Guérande 9 mars 1936 Joseph Théodore BIGARÉ
dont 21-François FAGAULT °La Turballe-Belmont 29.11.1912
22-Nett FAGAULT dont postérité FAGAULT à Nantes en 1994
3-Yvonne FERRAND °1881 †1968 x Vannes 11 juin 1901 René-Antoine-Joseph FAGAULT °Piriac 25 mai 1871 †29 janvier 1930 négociant à Guérande
dont 1-Mimie FAGAULT °25.5.1909 x GONICHON
dont 11-Minou GONICHON
12-Jean-Yves GONICHON dont postérité
13-Colette GONICHON dont postérité
4-Marie-Eugénie-Léonie (dite « Mimie ») FERRAND °Vannes (56) 2.10.1891 †Savenay (44) 7 janvier 1984 fille posthume x1 Georges BAUDRY †1914 x2 Nantes 9.9.1920 Pierre-Ferdinand BAUDRY °Nantes 4.9.1888 †Nantes 18.3.1950 son beau-frère, teinturier – grands parents de Gilles Brunet mon beau-frère
Andrée (Poupart) :
Anne (Ferrand) : femme d’Emmanuel Fagault – sœur d’Yvonne et Mimie Ferrand
Baudry (Pierre) : époux de Marie (dite Mimie) Ferrand sœur d’Yvonne et Anne
Etienne (Ferrand) : frère d’Yvonne x Fagault, et d’Anne x Fagault et de Mimie x Baudry
Ferrand (famille très liée aux Fagault) : voir ci-dessus
François (Fagault) : neveu de René Fagault – fils d’Emmanuel Fagault
Guilloteau : les Ferrand ont pour mère Marie-Léonie GUILLOTEAU °Lorient 15.4.1857 †Savenay ca 1937
Louis (Rousseau) : neveu de René Fagault – fils de Marie Mélanie Renée Fagault x Alcime Rousseau
Manu (Emmanuel) : frère de René Fagault
Mimie (Fagault) : fille de René Fagault et Yvonne Ferrand, née le 25 mai 1909, épousera Gonichon
Nett : nièce de René Fagault – fille d’Emmanuel Fagault
Pierre (Baudry) : époux de Mimie Ferrand la sœur d’Yvonne
Poupart : épouse d’Etienne Ferrand frère d’Yvonne x Fagault, Anne x Fagault et Mimie x Baudry
Rousseau (madame) : née Fagault, sœur de René et épouse du Dr Alcime Rousseau à Herbignac
Yvonne : femme de René Fagault, née Ferrand – sœur d’Anne et Mimie Ferrand

histoire chronologique de Belmont

Belmont est une anse avec un petit port et plage, à La Turballe. En 1898 c’est une lande ventée sur une côte sauvage. René Fagault, négociant à Guérande et directeur d’usine à La Turballe va y construire en 1907 la villa Belmont. Lui, puis son fils et son petit-fils Yves Fagault, vont couper le vent en front de mer pour jardiner et planter, y compris des arbres en nombre. Cette vue date des années 1935-1939, avant la guerre. Elle donne une bonne perspective de la grandeur du terrain, qui est aussi grand encore à droite de la photo et non visible. Et la lande a désormais des bois !

Vendue en 1954 à un restaurateur qui construit une salle de restaurant devant la véranda.
Vendue au début des années 1960 à Rhône-Poulenc pour installer une colonie de vacances, d’où de vastes travaux : construction ex-nihilo de deux bâtiments à usage de dortoirs au nord de la parcelle.
Vendue à un promoteur vers 1992, qui transforme les dortoirs en lotissement avec appartements individuels.
Les belles allées, le tennis etc… et les jolies parterres de fleurs ont disparu. Seule la descente de plage est restée devenue voie commune du lotissement. Mais la villa est inoccupée durant plusieurs années. Encore inoccupée en 1997, elle est acquise dans les années 2000 et transformée pour servir de maison d’hôte. Le réfectoire de la colonie en front de mer est agrandi et transformé en immense salon. Et à l’arrière de la villa, un bâtiment s’ajoute pour servir de cuisine.

avant 1898
René 1er Fagault s’installe à La Turballe vers 1868, puis vit à Lesrat en Piriac en 1871.
Il dirige la conserverie de sardines à La Turballe mais vit à Lérat sur Piriac.
Il fait chaque jour à cheval les 2,5 km qui longent la côte de Lérat à La Turballe, découpée et rocheuse, alors sauvage.
Et ce Manceau en tombe amoureux.
Voyez les annexes pour toute l’histoire de la sardine à la Turballe et des Fagault.
Attaché à cette côte, il acquiert le 5 avril 1898 avec Marie Dubois son épouse 1,8 ha dénommé Belmont, pour la somme de 43 000 F payés un an plus tard.
En 1900, 1 F = 2,37 € en 2006, soit 101 910 € actuels pour le terrain de Belmont.
Puis René Fagault s’empresse de graver la date 1898 en attendant de construire.
En d’autres termes, c’est l’argent gagné dans les conserveries qu’il a dirigées, tant à la Turballe qu’au Maroc qui sont à l’origine de ce placement financier en l’achat d’un terrain et d’y construire.
Le terrain était sauvage, René Fagault l’aménage. Il entreprend tous les murs qui l’entourent, dont l’incroyable mur de soutènement sur la plage, mur qui fut si bien réalisé qu’un siècle plus tard il est en parfait état.
Peu à peu, on jardine et on pique-nique en attendant de construire.
En 1905, René 1er Fagault et Marie Dubois son épouse vendent à leur fils René 2ème leur commerce de gros de Guérande (voir annexe).
René 1er Fagault décède le 2 avril 1907 et son fils René 2ème entreprend la construction de la villa Belmont. La maison rappelle le Maroc, où René 1er Fagault a contribué à l’implantation des conserveries de sardines. D’ailleurs, il en est revenu avec Ali, qui sera son chauffeur.
Ainsi, Belmont est l’histoire financière et historique de la sardine !
La construction est suivie par beaucoup, proches et amis, qui prennent des photos.

histoire économique et culturel

Le 20ème siècle voit de profonds changements économiques et culturels qui ont joué dans la destinée de ma tante Odette Guillouard épouse d’Yves Fagault, et donc de Belmont.

changement des modes de distribution
Le début des années 1950 signe la grande transformation de la distribution. Edouard Leclerc ouvre ses surfaces un peu partout, et les commerces de détail disparaissent rapidement, entraînant avec eux les commerces de gros qui les fournissaient.
En 1955 le commerce de gros d’Yves Fagault à Guérande affiche déjà des impayés. Je tiens cela de maman, qui le tenait de son parrain et oncle, Louis Guillouard, gestionnaire de la société ALG fabricant des appareils ménagers en fer blanc. Il racontait à maman qu’Yves Fagault avait déjà des impayés.

Même au temps de sa gloire, début du 20ème siècle, le commerce de gros Dubois-Fagault à Guérande ne desservait en fait que la presqu’île Guérandaise, et à titre de comparaison, la quincaillerie en gros d’Edouard Guillouard mon grand-mère, rue St Jacques, avait une écurie de 19 chevaux et livrait au-delà de Quimper, soit 3 départements au moins. Ceux qui viendront après moi pourront un jour consulter aux archives soit les chiffres d’affaire ou les successions, mais même sans avoir peu avoir recours à ces documents, je dirais que le chiffre d’affaire des Fagault était bien inférieur à celui d’Edouard Guillouard, et ne permettait en aucun cas la construction de la Villa Belmont, puis le personnel qui y fut entretenu. Pire, en 1907 à la mort de René 1er Fagault, il y avait 4 enfants, ce qui signifie que René 2ème a dû racheter à ses 3 frères et sœur le commerce et le terrain de Belmont, c’est-à-dire s’endetter considérablement. Puis, à la mort de René 2ème en 1930, son fils Yves a dû lui aussi racheter à sa sœur le commerce et la villa Belmont. C’était tout à fait un surendettement.
En conclusion, les Fagault ont vécu au dessus de leurs moyens et la suppression des commerces de gros sera très rapide pour eux, sans vraiment le temps de réaliser quel changement d’époque ils vivaient.
changement culturel
Durant les siècles précédents, la coutume voulait qu’au mariage, les parents donnent « un avancement d’hoir », plus connu sous le nom de « dot », et ce aussi bien au garçon par ses parents qu’à la fille par ses parents. Et dans le contrat de mariage, la dot restait bien personnel et non bien commun. En d’autres termes, cet apport d’argent au mariage n’était en rien un bien du couple et la dot de madame restait son bien propre, alors que manifestement la génération de l’oncle Yves et de mon père semblent bien avoir oublié ce point du droit, et avoir joui sans ménagement de cet apport d’argent, oubliant qu’ils devaient en rendre compte.
En d’autres termes, la dot d’Odette Guillouard a aidé son mari Yves a garder Belmont, pour leur plus grand malheur car ce fut au dessus de leurs moyens. Il y avait bien trop de frais, domestiques etc… Je suis bien placée pour juger du drame de ces dots dont les hommes ne se sont plus sentis responsables comme dans les siècles précédents, car ma maman a subi le même sort, et c’est mon papa qui la dépensait. Sans doute est-ce pour cette raison que j’ai passé toutes ces dernières années à étudier, trouver et retranscrire, autant d’actes de mariage des 16ème et 17èmes siècles, époque durant laquelle l’homme était responsable de la dot de madame.
Mon oncle Yves est décédé dans tout ce tourbillon de pertes, et ma tante est restée sans domicile, tous les biens étant vendus pour payer les nombreuses primes de licenciement etc…, aussi a-t-elle dû survivre 2 ans au 2ème étage de la maison de sa mère. Comme elle peignait, je lui achetais régulièrement des oeuvres pour qu’elle ait un peu d’argent liquide, même un meuble auquel elle attachait peu de valeur sentimentale, mais la plupart de ses meubles furent vendus. Puis, quand tous les comptes furent soldés, il ne restait rien de Belmont ou des Fagault, juste de quoi acheter un appartement au Croisic, prix de sa dot, donc uniquement son bien paternel. Ainsi l’histoire de Belmont était terminée !

1954 vente de Belmont
1955-1960 restaurant
1992 : lotissement immobilier
actuellement, outre le lotissement, des chambres d’hôte dans la villa principale, très modifiée et défigurée.

poissons pêchés à Belmont

arraignée
chainchard
congre ; anguille de mer
corlazo : Crénilabre melops, roucaou, petite vieille
gavre (crabe) : Etrille de sable (L’), Etrille commune (L’), Anglette (L’), Balleresse (La), Bernarderie (La), Bonne soeur (La), Crabe cerise (Le), Cerise (La), Cérite (La), Chancre ballant (Le), Chancre nageron (Le), Chèvre (La), Crabe à laine (Le), Crabe anglaise (Le), Crabe d’alaine (Le), Crabe de velours (Le), Crabe espagnol (Le), Crabe laineux (Le), Crinquenelle (La), Demoiselle (La), Draguenelle (La) Échalette (L’), Étrille commune (L’), Gavre (Le), Gavrette (La), Guiette (La), Lénée (La), Liré (Le), Lirié (Le), Meltas (Le), Padelle (La), Plat-pied (Le), Portune (Le), Portune étrille (Le), Ragaise (La), Rainette (La) (Français)
lieu : lieu noir, Colin, charbonnier, merlan vert, merluche, greslin
louvert ?
maigre
maquereau
mulet
rouget
sole
taco : tacaud, Plouse, gode, poule (Nord, Picardie, Normandie), guitan (St Malo, Cancale, St Brieuc), moulek, boheg (breton), tacard (Lorient, Groix), barreau (Vendée), taco (Charentes), tacar (Gironde), kiankarquia (Pays basque)
turbot
vieille

Menhirs et calvaire de Belmont, aujourd’hui disparus : La Turballe

table des actes traitant des Fagault de Guérande et Belmont

   La saga des Fagault de Louplande à la Turballe, ou la petite histoire de la sardineLa saga des Fagault de Louplande (72) à Belmont (La Turballe, 44) ou la petite histoire de la conserve de sardines de la Turballe au Maroc  – Darracq et Cie, Chenard et Walcker, et autres innombrables fabricants de voitures du début du 20ème siècle –  La tour crénelée de la Villa Belmont : La Turballe 1936 –  Les boeufs pour cultiver 1925 Testament de Marie Mélanie Séraphine Dubois veuve Fagault à Guérande 1912Menhirs et calvaire de Belmont, aujourd’hui disparus : La Turballe   –  Pêche sur le mouille-Q, mini catamaran des années 1925 : Belmont, La Turballe – Livre de bord de Belmont, tenu par René Fagault : années 1923-1925années 1926-1927 ; années 1928-1929 finLe canot des évadés de la colonie pénitentiaire de Belle-Ile a échoué à Belmont, 10 août 1921 –  Obsèques du Dr Alcime Rousseau, Herbignac 21 janvier 1923  – Broyage des graines de lin dans les années 1920 dans la presqu’île GuérandaiseLe gardien jardinier et pêcheur, Belmont, contrat de travail 1935  –  Le mât de Belmont avant la seconde guerre mondiale – La saga des FERRAND de Chalinargues (Neussargues-en-Pinatelle, 15 Cantal) à VannesFiliations des familles Dubois et Fagault

introduction

René 1er Fagault s’installe à La Turballe vers 1868, puis vit à Lesrat en Piriac en 1871. Il dirige la conserverie de sardines à La Turballe mais vit à Lérat sur Piriac. Il fait chaque jour à cheval les 2,5 km qui longent la côte de Lérat à La Turballe, découpée et rocheuse, alors sauvage.
Et ce Manceau en tombe amoureux. Voyez les annexes pour toute l’histoire de la sardine à la Turballe et des Fagault et l’histoire des Fagault

Carte de Cassini, environ 1815 (première carte de France, que nous devons à Louis XVI)


cadastre de 1818 de La Turballe

Attaché à cette côte, il acquiert le 5 avril 1898 avec Marie Dubois son épouse 1,8 ha dénommé Belmont, pour la somme de 43 000 F payés un an plus tard.
En 1900, 1 F = 2,37 € en 2006, soit 101 910 € actuels pour le terrain de Belmont.
Puis René Fagault s’empresse de graver la date 1898 en attendant de construire.
En d’autres termes, c’est l’argent gagné dans les conserveries qu’il a dirigées, tant à la Turballe qu’au Maroc qui sont à l’origine de ce placement financier en l’achat d’un terrain et d’y construire.
1898-1906
Le terrain était sauvage, René Fagault l’aménage. Il entreprend tous les murs qui l’entourent, dont l’incroyable mur de soutènement sur la plage, mur qui fut si bien réalisé qu’un siècle plus tard il est en parfait état.
Peu à peu, on jardine et on pique-nique en attendant de construire.
J’ai connu ce calvaire, qui a disparu en 1960 avec la colonie, ainsi que le mat et la cabane que nous verrons plus tard et que j’ai également connus, qui donnaient à Belmont, outre son magnifique jardin, un charme fou.
Voici la plus ancienne photo du calvaire, très spectaculaire, car on y distingue des 2 côtés une pierre dressée, comme un menhir. Tout ceci était sur le terrain acquit par René Fagault en 1898, et atteste de cultes anciens même avant le culte catholique. Sur les nombreuses photos qui suivent on distingue parfois les traces d’ancienneté du calvaire car la végétation rabougrie de la côte s’était installée entre les pierres.

photos du calvaire à travers le temps

la croix de Belmont, et ses 2 menhirs, en 1906, peu avant le début de la construction de la villa. De gauche à droite René 1er, René II et son épouse Yvonne, et personnage à identifier.

1907

toujours 1907, année de la construction de la villa

encore 1907

1908 la villa est construite. Cette photo est très intéressante car elle situe bien la croix par rapport à la villa, mais aussi elle montre de l’autre côté, à droite de la photo, le mat, qui était impressionnant et pour lequel je vous ferai une page spéciale. L’homme à gauche est René II (son père est décédé en avril 1907) et celui de droite son frère Manu ou son beau-frère Alcime ?

1919

1930 Yves Fagault à droite avec sa fiancée Odette Guillouard, et le chaperon frère d’Odette à gauche

1936, ma maman est en visite chez sa soeur un an avant ses fiançailles

1948 La croix n’est plus ; elle a disparu pendant la seconde guerre mondiale, époque de l’occupation de toute la cote et bien sûr de Belmont.

Cette croix fut certainement un lieu de pélerinage autrefois, jusqu’au 19ème siècle ! Que de croix disparaissent encore de nos jours !!!

Monsieur ne signe pas mais madame signe : cela a existé !!! en voici un exemple, Le Plessis Grammoire 1785

Dans ces temps un peu tristes, il convient de tenter de se détendre, c’est ce que je viens vous proposer.

En effet, autrefois il était rare que Madame signe, et les femmes étaient bien moins éduquées sur ce plan que les hommes.

Alors, voyez que parfois c’était tout à fait le contraire :

Le Plessis-Grammoire 10 juillet 1785 « baptisé Françoise fille de Mathurin Pertué absent métayer à la Perdrillière et de Françoise Deleon, parrain Robert Pertué (ns) oncle de cette paroisse, marraine Perrine Deleon (s) fille, de la paroisse de Saint Michel du Tertre, tante » Joli couple dans lequel les Pertué ne signent pas mais les Deleon ont appris à signer aux filles ! C’est encore d’autant plus rarissime qu’il s’agit de métayers, chez lesquels on signait plus que rarement avant la Révolution.

 

 

René Faucillon s’est bien marié à 15 ans, Challain-la-Potherie 1631

Les recherches comportent beaucoup de données fiables et d’autres moins fiables. Je vous en ai déjà souvent parlé et je reviens encore aujourd’hui sur l’âge au mariage autrefois. En effet, dans mes nombreux ancêtres Bretons, j’ai souvent des mariages à 15 ans, mais je n’avais jamais rencontré un tel cas en Anjou, où cette situation était rare, et probablement la suite du décès des parents et la nécessité de tenir un foyer.

Bref, vous avez sur mon blog :

L’âge au mariage avant septembre 1792

On mariait des filles de 12 ans autrefois en France – La France l’a oublié !

On a aussi une âge au décès plus qu’approximative, et je vous ai aussi déjà longuement expliqué qu’autrefois on n’avait pas la notion d’anniversaire car seul l’anniversaire du Christ était autorisé, et pas celui des hommes et femmes avant 1762, même Louis XIV ne fêtait pas son anniversaire. Bref, sur l’âge au décès vous avez déjà sur mon site :

L’anniversaire de la naissance d’un individu est une fête récente : autrefois il était donc difficile de connaître son âge et celui de ses proches.

Mathurine Bodard n’est pas décédée à 106 ans, car l’âge n’était pas connu autrefois : Andigné 1670

René FAUCILLON pour sa part est dit sur son décès en 1673 âgé de 67 ans, ce qui le mettrait né vers 1606. Or ses parents se sont mariés en 1615 et ont encore des enfants en 1627, mais le registre de Challain est lacunaire pour les baptêmes de 1616 à 1620 et s’il existe bien avant il ne donne aucun enfant à ses parents avant leur mariage. Enfin, René FAUCILLON se marie en 1631, et cette fois on a de la chance car on a à la fois l’acte de fiancailles et l’acte de mariage, et l’acte de fiançailles est toujours bien plus parlant que l’acte de mariage, et c’est vraiement une chance quand on le possède, même si je reconnais que cette chance est bien rare dans les faits. Bref, je viens de repasser une troisième fois dans ma vie, plusieurs jours sur ce cas, sachant que j’ai fait beaucoup aussi de tables exhaustives des bapêmes de Challain, et je reste donc formelle ; c’est l’acte de décès qui surévalue l’âge au décès de René Faucillon, et il ne peut être que né en 1616 en plein dans les lacunes du registre, et il s’est bien marié à 15 ans, âge qui ne me surprend pas compte-tenu de mes connaissances en recherches dans les registres de Bretagne, mais qui est bien exceptionnel en Anjou, où on se mariait généralement un peu plus tard.

Alors, allez-voir la mise à jour de mon étude CADOTS qui est le nom de sa mère, mariée en 1615, car je viens d’y faire beaucoup de compléments, même si ces compléments n’aboutissent à rien, ils démontrent qu’on ne peut surement allez plus loin

 

 

La poste aux chevaux de Saint-Jean-de-Linières, 1610

Ce billet de mon blog était paru le 15 octobre 2009 et je le remets ici car j’ai ajouté un élément intéressant.

Voici comment était tenue en 1610 la poste aux chevaux de Saint-Jean-de-Linières. Célestin Port ne remontait les noms qu’en 1626 :

La Roche-au-Breuil, commune de Saint-Jean-de-Linières – La Roche au Hault-Breil 1617 (Etat Civil) – Le principal domaine appartenant à la fin du XVIIIe siècle à Mme Planchenault de la Chevalerie née Lepage, qui le donna à sa fille, femme de Couraudin de la Noue, en avancement d’hoirie ; – en ces derniers temps à M. Deruineau. Le clef au sommet du portail, conserve la date de 1722, dans une couronne de chêne. – A l’angle du chemin de Linières, une croix de bois, sur un socle de pierre porte la date 1806. – C’était un des plus importants relais de poste de l’Anjou, dont étaient maîtres : N. h. François Dupin, 1626 ; Jacques Garnier, † le 17 septembre 1639 ; – Etienne Chardon, 1634 ; – Nicolas Avril, † le 27 septembre 1691 ; Pierre Coullion, 1693 ; – Jacques Avril 1698 ; – Claude Avril, 1793 ( C. Port, Dict. du Maine-et-Loire, 1876) Je viens de vérifier ce jour 10 mars 2022 le Dictionnaire de Célestin Port, et il avait écrit Chardon ce qui est bien fautif se sa part, car il s’agit bien de Chandon. Voyez ci-dessous ma retranscription du mariage de 1651″

Une route, venant de Paris, passant par Orléans, puis longeant la Loire jusqu’à Nantes, était déjà établie en 1584, et figure à l’Etat des postes assises sous le règne de Henri III (manuscrit conservé à la B.N.). Bien sûr elle passait par Angers, qui n’est pas tout à fait sur le bord de la Loire, mais qu’il convenait de desservir ! C’est pourquoi Saint-Jean-de-Linières est sur cette route, à la sortie d’Angers vers Nantes.
Ce n’est qu’à partir de 1651 que la route de Paris à Nantes passe par Rambouillet, Chartres et Le Mans, mais bien sûr toujours par Angers.

Il semble qu’en 1610, en vertu de l’acte qui suit, la poste aux chevaux de Saint-Jean-de-Linières appartenait conjointement à Olivier Coquereau et Guillaume Morin, mais j’avoue ne pas avoir saisi le lien qui les rassemble ci-dessous. En fait, Guillaume Morin est le maître de poste en titre, mais a besoin de prendre l’air quelques mois… pour une raison inconnue, et demande à sa voisine, tenant la poste aux chevaux de Saint-Georges-sur-Loire, de fournir les chevaux pour lui durant 6 mois.
Olivier Coquereau va acquérir le Bois-Bernier par décret en 1620 !

Car, vous avez bien lu, la poste aux chevaux de Saint-Georges-sur-Loire est tenue par une femme ! Certes, elle est veuve et perpétue sans doute le fonctionnement qui était le sien avant le décès de son mari, mais tout de même, cette activité montre que les femmes étaient parfois partout…

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E121 – Voici la retranscription de l’acte, partiellement mangé : Le 19 juin 1610 après midy, devant nous Jullien Deille notaire royal Angers furent présents noble homme Olivier Coquereau sieur de la Beraudière demeurant à Nantes au nom et se faisant fort de Guillaume Morin Me de la Poste établie par le roy à la Roche au Breil paroisse de Saint Jean de Linyaires prometant luy faire ratiffier ces présentes et en fournir ratiffication dedans quinzaine à peine etc ces présentes néanmoins etc d’une part et honnorable femme Renée Chesneau veufve feu Jehan Chevruz vivant Me de la poste à Saint Georges d’autre part, lesquels duement soubmis sous ladite court confessent avoir fait et convenu comme s’ensuit c’est à savoir que ledit sieur de la Beraudière audit nom a baillé et délaissé à ladite Chesneau pour 5 années à commencer du premier janvier dernier le droit de poste establi audit lieu de la Roche à la charge de ladite Chesneau de la fournir de chevaux et la bien et duement servirainsi que au cas est et en acquiter ledit Morin et en ce faisaint jouiera ladite Chesneau des droits et privilèges y appartenant et quand aux gaiges les prendront et auront ladite Chesneau pour le tout de la demi année commençante à la saint Jehan Baptiste prochaine en vertu de laquelle (mangé) ledit Morin luy en a baillé (mangé) ou pour le terme de (mangé) ledit Morin le prendra pour le tout fors que il paiera à ladite Chesneau la somme de 36 livres en considération du service qu’elle a fait faire de ladite poste en l’année dernière … et pour le regard des charges des 4 années suivantes seront pareillement prises et recues par chacune d’icelles scavoir par ladite Chesneau la demy année de la saint Jehan soubz l’acquit dudit Morin qu’il sera tenu à cest effet luy délivrer lors que ladite Chesneau les requerera et le terme de Noël se recevra par ledit Morin et ainsi consécutifvement d’année en année sans y contrevenir car ainsi ils l’ont voulu consenty et accepté et à ce tenir dommages obligent etc et pourra ladite Chesneau commettre à ladite poste telle personne que bon lui semblera audites conditions cy dessus

  • En savoir plus

Guide des chemins de France, Charles Estienne, 1552, 207 pages – Téléchargeable sur Gallica

La Poste aux Chevaux en Bretagne 1738-1873, Théotiste Jamaux-Gohier, Mayenne, 2001 en vente aux Editions régionales de l’Ouest, Mayenne

Fouett’cocher, La poste aux chevaux de Suette près Seiches-sur-le-Loir, 1771-1872, Jacques Béguin, 2006

Voir un page bien faite sur l’histoire de la poste, en particulier au temps des chevaucheurs du roi

mariage d’Etienne Chandon et Françoise Garnier


Saint-Jean-de-Linières « Le 4 mai 1651 a esté conféré le st sacrement de mariage à Me Estiene Chandon (s) filz de honorable homme Julien Chandon (s) et de honeste femme Helene Pertué de la paroisse de St Maurille d’Angers et à honeste fille Françoize Garnier (s) fille de deffunct honorable homme Jacques Garnier et de honeste femme Marie Cronnier de ceste paroisse, faict par moi curé de st Jean de Linière en présence dudit Julien Chandon et de ladite Helene Pertué et de vénérable et discret Me Jean Garnier (s) oncle curé de la Trinité d’Angers et de ladite Marie Cronnier et Nicolas Aprvil (s) de de René Roqueton (s Robton) et autres » La mère de la mariée est Marie Cronnier et non Crasnier comme le dit un commentaire ci-dessous. Par ailleurs, je descends d’une famille Pertué, et j’ai beaucoup sur ce patronyme, et je suis heureuse d’y ajouter dans mes « non liés » cette Hélène Pertué épouse de Julien Chandon et mère d’Etienne Chandon. Je vais mettre à jour mon étude des Perthué ce jour car cela me déconnectera de la télé que je regarde un peu trop en ces temps de tristesse en Ukraine »

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Tsiganes, égyptiens, bohèmiens au XVIIème siècle

 

François de Vaux de Foletier, Bulletin de la Société d’étude du XVIIe siècle, 1971
LES TSIGANES EN FRANCE AU XVIIE SIECLE
Le XVIIe siècle paraît avoir été, du moins en France, le siècle d’or des Tsiganes. Jamais, en dépit des édits, des ordonnances, ces errants que l ‘on nommait « Egyptiens » ou « Bohèmes » n’ont circulé aussi librement a travers les provinces françaises. Les mentions de leurs étapes sont particulièrement nombreuses dans les archives au temps de Henri IV et de Louis XIII. et au début du règne de Louis XIV, plus que durant les périodes précédentes et suivantes. Sur la liste chronologique (évidemment incomplète) que j ‘en ai dressée, je note : cinquante-huit mentions de 1551 à 1660, trois cent huit de 1601, à 1650, quatre-vingt quatorze de 1651 à 1700, quatre-vingt deux de 1701 à 1750. Sous la conduite de capitaines empanachés et bottés, leurs compagnies bigarrées, armées d’épées, de dagues, de piques, d’arquebuses à rouet, de pistolets et de mousquets, s’étirent sur les grands chemins avec leurs chevaux, leurs ânes, leurs chiens, leurs charrettes, leur matériel de campement et leurs provisions.
Craints dans les campagnes, souvent expulsés du ressort d’une juridiction, ils poursuivent leur voyage vers des provinces plus hospitalières. Parfois l’un de leurs groupes se heurte aux archers des prévôts des maréchaux, lieutenants criminels et autres magistrats de robe courte. Ils savent se défendre par les armes, mais aussi par la procédure. Pour avoir contrevenu aux édits du Roi et arrêts de parlement, le capitaine Dodo est condamné aux galères par le prévôt des maréchaux de Blois ; il fait appel « comme de juge incompétent » au parlement de Paris et il obtient une réparation éclatante; le prévôt, dont la sentence est « mise à néant » est contraint de rembourser le prix de douze chevaux confisqués et vendus, et de payer des dommages et intérêts, Le même Dodo oblige, quelques années plus tard, le bailli de Melun à lui restituer aussi des chevaux.
Les seigneurs hauts justiciers, au lieu de chasser, comme ils le devraient, les bandes bohémiennes, leur accordent fréquemment leur protection. Quand les Tsiganes font baptiser leurs enfants, ils s’adressent volontiers, pour les parrainages, à des magistrats : par exemple, un substitut du procureur général du roi au parlement de Dauphiné, un conseiller à la Cour des comptes de Provence, un procureur du roi en l’élection de Saumur. Plus souvent encore à des membres de familles seigneuriales.
Ainsi, en Anjou, Antoinette de Bretagne, princesse de Guéméné, Marie-Anne-Ursule de Cossé, marquise de La Porte, Antoine du Bellay, seigneur de Sougé, Louis de La Tour-Landry, marquis de Gillebourg, Charles de Chambes de Maridor, marquis d’Avoir; en Touraine, Balthasar Le Breton, seigneur d’Ussé et la fille du seigneur de Villandry; en Poitou, Jacques de Nuchèze, seigneur de Badevillain; en Ile-de-France, Louis de Saint-Simon, gouverneur et bailli de Senlis (grand-père de l’auteur des Mémoires), en Nivernais, René d’Estutt, sieur de SaintPère, Roger, duc de Bellegarde; en Lorraine, Marie-Elisabeth, comtesse de Morhange, femme du Rhingrave, et Juliana, fille du seigneur de Nunheim. Ces exemples sont pris dans les registres paroissiaux catholiques. Mais on en trouve aussi dans les registres protestants : en 1615 à Bouxviller, en Alsace, le ministre luthérien baptise une petite Tsigane dont le parrain est le comte de Hanau, et dont les marraines sont Agatha Maria, comtesse de Hanau, et Anna Sibylla de Fleckenstein.
Ce n’est pas seulement pour solliciter des parrainages que les Bohémiens se présentent chez les châtelains. Ils font dans ies châteaux ou leurs dépendances de fréquentes visites et même de longs séjours. Surtout dans les provinces de l’Ouest. En Anjou. Charles, marquis du Bellay et prince d’Yvetot, en héberge au Plessis-Macé; de même. à Raguin son cousin Guy du Bellay, maréchal de camp. A Brissac, le fastueux François de Cossé, deuxième duc de Brissac, entretient durant plusieurs années de suite des compagnies entières d’Egyptiens; les chefs de ces bandes sont traités comme gens de distinction; ainsi, en 1629, Charles de La Grave, capitaine de Bohémiens, est inhumé solennellement dans l’église de Brissac; le même honneur est accordé en 1631 à son fils Charles de La Grave, en 1641 à René, fils de Jean Charles, capitaine d’une compagnie d’Egyptiens. De même, à Châlons dans le Maine, le 8 octobre 1626, « Jeremye Robert, conducteur de sa troupe d’Egyptiens, fut inhumé et enterré dans l’église de céans, par le commandement de Monsieur d’Anthenaise, et du consentement des paroissiaux ».
Or ce Jérémie Robert, lors de ses voyages en Haute-Auvergne, avait bénéficié de la protection des seigneurs de Mercœur, de Lignerac et de Cardaillac qui, les armes à la main, s’étaient opposés en 1612 à son expulsion par le vice-bailli. »

Je viens de trouver sur Gallica ce qui précède, qui éclaire mieux le cas de Charles de la Grave, dont il est question dans les commentaires. Vous voyez dans cet article que les troupes de Bohémiens étaient nombreuses dans notre Anjou, et que Charles de La Grave avait un fils aussi prénommé Charles, mais lui aussi inhumé comme son père, 2 ans plus tard en 1631. En conséquence, le baptême en janvier 1644 à Quintin (22) d’Amaury La Gave fils de Charles capitaine de Bohémiens, n’est pas un baptême qui suit la naissance comme dans le rite de l’église catholique d’alors, à savoir le baptême obligatoire dans les 3 jours après la naissance. D’ailleurs dans ces baptêmes il est le plus souvent précisé « né ce jour » ou « né hier » etc… Or, le baptême d’Amaury La Gave ne donne pas cette mention, donc il s’agit du baptême d’une adolescent dont les parents n’avaient pas lors de sa naissance jugé bon le rite catholique.

Égyptien : sorte de vagabonds qu’on appelle aussi Bohémiens (Dictionnaire de l’Académie Française, 4th édition, 1762) Merci Stanislas pour vos lumières sur l’ancienne langue française, car j’avoue qu’hier j’étais tombée dans le piège du terme égyptien.
Le Dictionnaire d’Emile Littré, 1872, ajoute :

Sorte de vagabonds qu’on appelle aussi bohémiens (voy. ce mot), et à qui, entre autres origines, on a attribué l’Égypte.

Et il cite

MOLIÈRES., Scapin, III, 3: La destinée a voulu que je me trouvasse parmi une bande de ces personnes qu’on appelle Égyptiens, et qui, rôdant de province en province, se mêlent de dire la bonne fortune et quelquefois de beaucoup d’autres choses.

Mieux, il me rappelle qu’en anglais bohémien se dit gypsei, modernisé en gipsy avec le sens bohémien, romanichel, gitan, tzigane (Mon dictionnaire anglais moderne). Gypsei et égyptien ont la même étymologie grecque. Ainsi les anglo-saxons ont conservé le sens de gens du voyage.

Je connaissais ces 4 derniers termes, mais je n’avais jamais entendu le terme égyptien pour des gens du voyage. En vérifiant dans mon grand dictionnaire encyclopédique Larousse, le terme n’est plus appliqué aux gens du voyage.
Donc, la petite égyptienne d’hier était un bébé abandonné à Azé par des gens du voyage. Ainsi nos ancêtres pouvaient aussi se faire dire la bonne aventure… Tout un programme que j’avais totalement occulté. Je n’avais jamais songé à la voyance autrefois, et je la découvre maintenant. Il est vrai que la voyance n’est pas ma tasse de thé, alors j’ai dû la négliger.
Voyez aussi mon billet d’hier sur ce sujet.

Concernant les Égyptiens, je remercie vos commentaires respectifs, et j’ai été voir le Dictionnaire de Trévoux et l’Encyclopédie Diderot qui complètent le précédent billet, mais n’expique pas cependant les compagnies d’Égyptiens du maréchal de Gié. Voici ces dictionnaires ci-dessous (attention, c’est très imagé et parlant, et pourtant de très sérieuses sources d’époque) :

EGYPTIENS, ou plûtôt BOHEMIENS, s. m. plur. (Hist. mod.) espece de vagabonds déguisés, qui, quoiqu’ils portent ce nom, ne viennent cependant ni d’Egypte, ni de Boheme ; qui se déguisent sous des habits grossiers, barbouillent leur visage & leur corps, & se font un certain jargon ; qui rodent çà & là, & abusent le peuple sous prétexte de dire la bonne avanture & de guérir les maladies ; font des dupes, volent & pillent dans les campagnes.
L’origine de cette espece de vagabonds, qu’on nomme Egyptiens, mais plus souvent Bohémiens, est un peu obscure, & on n’a rien de bien certain sur l’étymologie de ce nom.
Il est vrai que les anciens Egyptiens passoient pour de grands fourbes, & étoient fameux par la finesse de leurs impostures. Peut-être cette idée a-t-elle consacré ce nom dans d’autres langues pour signifier fourbe, comme il est très-certain que les Grecs & les Latins l’ont employé en ce sens ; les anciens Egyptiens étant très-versés dans l’Astronomie, qu’on ne distinguoit guere alors de l’Astrologie, peut-être encore aura-t-on pû sur ce fondement donner le nom d’Egyptiens à ces diseurs de bonne-avanture.
Quoi qu’il en soit, il est peu de nations en Europe qui n’ayent de ces Egyptiens ; mais ils ne portent cependant pas par-tout le même nom.
Les Latins les appelloient aegyptii, & les Anglois les ont imités, les Italiens les nomment zingari ou zingeri, les Allemans ziengner, les François Bohémiens, d’autres Sarrasins, & d’autres Tartares.
Munster dans sa géographie, liv. III. ch. v. rapporte que ces vagabonds parurent pour la premiere fois en Allemagne en 1417, fort basanés & brûlés du soleil, & dans un équipage pitoyable, à l’exception de leurs chefs qui étoient assez bien vêtus, quoiqu’ils affectassent un air de qualité, traînant avec eux, comme des gens de condition, une meute de chiens de chasse. Il ajoûte qu’ils avoient des passeports du roi Sigismond de Boheme, & d’autres princes. Ils vinrent dix ans après en France, d’où ils passerent en Angleterre. Pasquier dans ses recherches, liv. IV. chap. xjx. rapporte en cette sorte leur origine :  » Le 17 Avril 1427, vinrent à Paris douze penanciers, c’est-à-dire pénitens, comme ils disoient, un duc, un comte, & dix hommes à cheval, qui se qualifioient chrétiens de la basse Egypte, chassés par les Sarrasins, qui étant venus vers le pape, confesserent leurs péchés, reçurent pour pénitence d’aller sept ans par le monde sans coucher en lit. Leur suite étoit d’environ 120 personnes, tant hommes que femmes & enfans, restans de douze cent qu’ils étoient à leur départ. On les logea à la Chapelle, où on les alloit voir en foule : ils avoient les oreilles percées, où pendoit une boucle d’argent, leurs cheveux étoient très-noirs & crépés : leurs femmes très-laides, sorcieres, larronnesses, & diseuses de bonne-avanture. L’évêque les obligea à se retirer, & excommunia ceux qui leur avoient montré leur main « .
Par l’ordonnance des états d’Orléans de l’an 1560, il fut enjoint à tous ces imposteurs, sous le nom de Bohémiens ou Egyptiens, de vuider le royaume à peine des galeres. Ils se diviserent alors en plus petites compagnies, & se répandirent dans toute l’Europe. Le premier temps où il en soit fait mention en Angleterre, c’est après ce troisieme réglement, savoir en 1565.
Raphaël de Volterre en fait mention, & dit que cette sorte de gens venoit originairement des Euxiens peuple de Perse. Dictionnaire de Trévoux & Chambers. (Encyclopédie Diderot, article Egyptien)

Je vois que je ne me remue pas assez pour mes billets. Demain, je me remue, nous abordons le cousin remué de germain.

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