RENE LEMESLE (1766-1824)
A SAINT JULIEN DE CONCELLES de 1794 à 1802
Odile HALBERT
DU MêME AUTEUR
AUX SOURCES CITOYENS ! Guide des recherches sur la vie des familles
pendant la guerre civile (Editions Odile HALBERT 1990)
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l'article 41, d'une part que les ®copies ou reproductions strictement
réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une
utilisation collective et, d'autre part, que les analyses et les
courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, toute
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consentement de l'auteur ou de ses ayants-droit ou ayants-cause, est
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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit,
constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et
suivants du Code Pénal, en ce compris les illustrations de Nadine
THOMAS.
La liberté religieuse bafouée engendre de tous temps l'héroïsme des
prêtres tout comme celui des populations. Pendant la guerre civile de
la Vendée, de prêtres on oeuvré dans la clandestinité. Ils ont parfois
réussi à enregister les sacrements de baptême et de mariage
administrés sur des registres.
Des traces de ces registres clandestins de catholicité subsistent
parfois encore de nos jours. A travers l'un de ces registres
clandestins, on découvre 2 siècles après, la vitalité religieuse en
période de persécution. Cet immense hymne à la vie à travers la guerre
civile et malgré elle dépasse parfois l'idée que l'on se fait
généralement de cette période.
Ces registres sont menacés de disparition. Le but de cet ouvrage est
d'en sauvegarder un en attirant l'attention sur ce drrame.
Pour les autres registres, non encore disparus, tout reste à faire, et
le lecteur averti saura prendre ses responsabilités.
Odile HALBERT Après avoir débuté comme généalogiste amateur, ellea
dépouillé plusieurs registres du XVIIIe siècle au pays lorousain pour
en établir les tables. Elle a ensuite entrepris la reconstitution de
toutes les familles lorousaines de 1740 à 1886 dans le but de
rechercher tous les survivants de la période révolutionnaire à travers
toutes les sources d'Archives.
A ce titre, elle s'est intéréssée aux registres de catholicité
clandestins, et démontre la fiabilité de ces sources, la vitalité de
la population qu'on y trouve, et a observé de nouveaux critères de
mesure de la pratique religieuse.
Elle publiera en 1993 l'étude de démographie-historique du
Loroux-Bottereau. D'ores et déjà les survivants sont suffisamment
nombreux pour infirmer les données connues à ce jour. Le nombre des
victimes lorousaines est inférieur à 1000.
« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public » (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, 1789, Article 10)
« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seul ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte ou l'accomplissement des rites » (Déclaration universelle des droits de l'homme 1948, article XVIII)
La France vient de commémorer le bicentenaire de la Révolution
française. Elle a officiellement ignoré et rejeté une partie des
Français : ceux que la guerre civile a divisés, déchirés. Quels
mauvais citoyens étaient donc ceux qui n'ont pas le droit d'être
appelés Français ?
- Des tarés ! disent les bons Français, en expliquant la guerre civile
de la Vendée par un retard mental des populations.
Etaient-ils moins intelligents que les autres, moins soucieux de
solidarité ou de fraternité que les autres, moins capables de
patriotisme que les autres ? Etaient-ils ces arriérés mentaux, ces
caricatures que certains prétendent ?
Ils se sont battus pour leur Dieu et le Roi. Grande tare mentale en
vérité !
J'ai personnellement la chance d'avoir des ancêtres des deux cités :
les bons Français et les autres, les Bleus et les Blancs. J'appartiens
à ces Français de 1989 qui n'ont honte d'aucun de leurs ancêtres et
qui les aiment chacun autant.
La commémoration de la Révolution en 1989 n'était qu'un hymne à la
non-mémoire.
Depuis plusieurs années j'étudie la démographie historique d'une
population de ces mauvais Français, les Lorousains. Le
Loroux-Bottereau est situé à 20 km à l'est de Nantes, sur le
territoire de la Vendée militaire. Toutes les familles lorousaines
sont reconstituées à travers une multitude de sources disponibles, y
compris dans les paroisses voisines. Cette étude, commencée en 1985,
et dont la parution est prévue en 1993, piste plus de 12 000
Lorousains vivants en 1789, survenus et expatriés inclus, et environ 6
000 résidents.
Tureau prétendait en avoir tué 2 500. Il fut écrit sous le socle de la
statue de Louis XVI, lors de sa restauration en 1942, qu'ils étaient 4
500 victimes. Le Souvenir Vendéen les estime à 1 500 dans son Guide
historique et touristique de la Vendée militaire (Editions du
Choletais, 1984). Les survivants dejà retrouvés à ce jour infirment
les trois chiffres ci-dessus. Il y a moins de 1 000 victimes.
La généalogie a remis une certaine forme de souvenir familial à la
mode. Celui-ci prend sa source dès l'année 1794, date à laquelle la
tradition orale des évènements de la Révolution est née, et s'est
développée dans dans les familles, s'enflant au fur et à mesure que le
besoin d'honneur se faisait sentir, que des oreilles complaisantes se
tendaient. Elle a précédé le souvenir collectif, dont le processus est
connu par les travaux de Jean-Clément Martin. Immédiatement après les
exécutions et massacres, lors des premières veillées, entre voisins
dans les hameaux, on a raconté, raconté... ; on a aussi transposé,
déformé !
Combien de traditions familiales sont vraies ? Le recoupement des
sources permet d'en confirmer, quelquefois d'en corriger, parfois d'en
infirmer.
Seule une source se révèle fiable à plus de 99 %, alors que certaines
autres ne le sont pas même à 50 %. Mais cette source est du domaine
des archives privées et n'est pas protégée par une copie microfilmée
ou par un dépôt aux archives. Elle s'amenuise au fil des années, bref,
elle est en voie de disparition. Tout s'en mêle : emprunts que l'on a
oublié de rendre, fermetures de beaucoup de lieux qui les renferment
ayant entraîné leur destruction par le feu ou la benne à ordures,
méconnaisance des détenteurs actuels de ce patrimoine etc...
Cette source, constituée de registres de catholicité des prêtres
insermentés clandestins, ou, de minutes de leurs actes, est en outre
le complément indispensable d'un état civil parsemé de lacunes ou
d'erreurs en région de guerre civile. Ces documents sont plus fiables
que d'autres : on ne mentait pas à Dieu et ces prêtres savaient
prendre en compte la fragilité de la mémoire humaine.
Pour attirer l'attention sur ces registres clandestins de la fin du
XVIIIe siècle, je tente, par le présent ouvrage, d'en sauvegarder un
en l'imprimant et en illustrant son intérêt. Je l'ai choisi peu connu,
assez volumineux, mais non par hasard : il se trouve dans une paroisse
voisine du Loroux-Bottereau, celle de Saint-Julien-de-Concelles.
Les connaissances, que j'ai acquises sur une paroisse voisine du
Loroux, profiteront aux curieux et aux chercheurs, tandis que j'espère
sensibiliser historiens, généalogistes, curés, et maires, à la
richesse de leur patrimoine écrit. Puissent-ils entendre cet appel que
je leur lance !
Des historiens conscients du problème se sont entre-temps émus. Marius
Faugeras, spécialiste du diocèse de Nantes pour la première moitié du
XIXème siècle, lance aussi un appel solennel intitulé :
« Pitié pour les archives paroissiales ».
Il constate, comme moi, que tout disparaît dans les cures : registres
de catholicité, livres de paroisse, cahiers de fabrique etc... M.
Faugeras parle de la Loire-Atlantique ; le drame est plus avancé dans
des départements voisins : dans les cures, tout ce qui est antérieur à
1860 a été détruit . Un véritable travail d'iconoclastes est déjà fait
et malheureusement se poursuit. Il faut réagir vite pour que ce qui
peut être sauvé le soit. Il faut sensibiliser les responsables pour
assurer la pérennité de ces documents en péril.
A l'heure où ces lignes paraissent, cet appel à la sauvegarde commence
à être entendu. Quelques bonnes volontés se sont manifestées, déjà un
mouvement est né.
Ce travail n'aurait pu voir le jour sans le soutien moral de quelques
généalogistes passionnés d'histoire, et soucieux comme moi, de
préserver les sources sur l'histoire des familles pendant la guerre
civile.
Michelle Friou a effectué une partie des vérifications sur place,
tandis que Louis Bossard précisait quelques détails historiques et que
beaucoup relisaient.
Qu'ils en soient tous remerciés.
Nantes, le 25.12.1990
L'étude, qui accompagne la présente copie de sauvegarde du registre,
illustre la pratique religieuse et les manifestations de la vie par
opposition à celles de la mort, trop souvent mise en avant. Elle n'est
pas une étude de démographie-historique.
Seul Le Loroux-Bottereau est en cours d'étude de démographie.
SOMMAIRE
Neuville et Grez
Vern-d'Anjou
Chemazé
Vergonnes
La longue marche
Le ministère clandestin
René Lemesle oublié
Dans le silence des clochers
L'attente concelloise
Les non-Lorousains baptisés au Loroux
Le choix du prêtre ?
La continuité dans la pratique
« Pas un prêtre de Liré à Nantes »
Haute-Goulaine
Basse-Goulaine
Landemont
Importance du baptême clandestin
Activité de René Lemesle comparée à M. Robin
Activité concelloise prérévolutionnaire
Le courage des foules
Le baptême prérévolutionnaire et postrévolutionnaire
Le délai de baptême dans la clandestinité
Mode d'expression du délai de baptême
Chercher le prêtre
Les baptêmes clandestins
Loroux-Bottereau
Basse-Goulaine
Saint-Sébastien-sur-Loire
Venus par la Loire
Nombre de naissance par an
Enfant de l'impossible
Prénoms
La fête prérévolutionnaire
La fête clandestine
Rythme hebdomadaire des mariages clandestins
Saisonnalité des mariages clandestins
Rythme annuel des mariages clandestins
Pâques avant les Rameaux
Fille ou fils de "feux"
Veuf et veuve
Fille ou fils de "feux"
Mémoire d'Avent
Ryhtme hebdomadaire du mariage civil
Le délai d’enregistrement
L’enregistrement civil des mariages
Saint-Sébastien-sur-Loire
Basse Goulaine
Le mariage civil seulement
L'enregistrement
La mort prévolutionnaire
La mort clandestine
Victimes de la guerre civile
Les sépultures notées par René Lemesle
Jugements
Rennes
Le Mans
Les 554 hommes Concellois devenus pères de 1794 à 1902
Les Concellois réfugiés au loin
Rennes
Orléans
Les Lorousains du registre clandestin de René Lemesle
La confrérie du Rosaire
Le heurt entre deux réseaux
Les liens personnels
La mémoire des noces
La tradition orale
Perrine Giraud veuve de Laurent Dagondeau
René Hamon
Julien Courgeau
La fiabilité des documents
Morts de 1793 à 1794 déclarés à Saint-Julien
Liste des mortes violentes de l'état civil déclarées en 1797 et 1798
Toutes les cotes données au cours de cette étude par un chiffre, se réfèrent aux ouvrages ci-dessous :
1 - ANGOT A. Abbé, "Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne", 1902 tome 1 p 628
2 - PORT Célestin, "Dictionnaire historique géograhique et biograhique de Maine et Loire", 1878 tome 3 p 688
3 - ANGOT A. idem, tome 4 p 202
4 - RACINEUX Alain, "A travers l'histoire au pays de Pouancé", Mayenne 1983 p 95
5 - de TERNAY Guy, "Vern d'Anjou", Mairie de Vern 1973 p 28
6 - de La ROCHEJAQUELEIN M.L. Marquise, "Mémoires" Edition présentée par André Sarazin, 1988 p 280
7 - AD49-8L31
8 - PETARD R.P.,1898,"Saint Julien de Concelles : histoire d'une paroisse bretonne avant et depuis 1789"
9 - LUSSON-HOUDEMON P. "La vie sacramentelle des fidèles dans l'Ouest à travers les registres clandestins" in Pratiques religieuses dans l'Europe révolutionnaire" Actes du Colloque de Chantilly 27-29.11.1986
10 - GOURLET Pierre-Michel "Révolution Vendée Chouannerie : mémoires inédits 1789-1824" 1989
11 - HALBERT Odile "Un prêtre selon leurs convictions : Massonnet au secours des lorousains 1794-1795" Bull. C.G.O. 1985,46,242-248
12 - HALBERT Odile "Louis Bureau, dit Sanssoucy 1640-1711", Bull. C.G.O. 1985,43,105-108 (AD44 ou CGO)
13 - HALBERT Odile "Table des baptêmes, mariages et sépultures du registre clandestin de Haute Goulaine" (AC)
14 - C.G.O. "Tables des mariages de St Julien de Concelles 1672-1802" (AD44)
15 - COUSIN Bernard "Prêtres et la‹cs : les sacrements dans la clandestinité (Avignon 1793-1801) in Pratiques religieuses dans l'Europe révolutionnaire" Actes du Colloque de Chantilly 27-29.11.1986, p194
16 - HALBERT Odile "La recherche clandestine des sacrements en pays lorousain 1794-1800" Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et Loire-Atlantique, 1990,125, 125-146
17 - GUIBERT Abbé "Les colonnes infernales" dans la bulletin paroissial, prebytère du Loroux-Bottereau, début XXème siècle
18 - HALBERT Odile "Aux Sources Citoyens : Guide des recherches sur la vie des familles pendant la guerre civile", 1990
19 - THOMé Jacques "Douceur angevine ? naŒtre, vivre et mourir à Avrillé 1532-1980" 1986
20 - DURAND Yves "Vivre au pays au XVIIIème siècle" 1984
21 - MARTIN Jean-Clément "La Vendée et la France" 1987
22 - MARTIN Jean-Clément "Une guerre interminable" 1985
23 - Rituale Nannetense, 1776 (Joseph Vatar éditeur)
25 - KERVAREC Michel "Rezé pendant la révolution et l'empire" 1982
24 - DURAND R. et Coll. "Du village à la cité jardin : Saint-Sébastien sur Loire depuis ses origines", 1986
26 - JARNOUX A. "Vertou, 15 siècles d'histoire", presbytère de Vertou, 1986
27 - JAULIN "Registre de catholicité clandestin de Haute-Goulaine" (à paraŒtre aux AC de Haute goulaine)
28 - Registre de catholicité clandestin de Carquefou
29 - Registre de catholicité clandestin de la Chapelle Basse Mer
30 - TIGIER H. "le Jugement des chouans par les commissions
militaires d'Ille et
Vilaine 1793" tables des accusés et témoins, 1989.
31 - CHARDON H. "les Vendéens dans la Sarthe" la révolution dans le Maine, 1927, tome III (31)
32 - FAUVY J. "D'o— venaient les vendées du Mans, table informatique 1990"(32)
33 - Association des parents d'élèves de l'Ecole Publique de Grez-Neuville "Grez-Neuville à l'époque de la révolution 1789-1799", 1989
35 - Mairie de Haute Goulaine, "Haute Goulaine hier, aujourd'hui, demain", 1989
36 - BERTRAND R. "Haute Goulaine", 1987
39 - HENRY L. "Techniques d'analyse en démographie historique", 1980
40 - BERTAUD J.P. "La vie quotidienne en France au temps de la révolution 1789-1795", 1983
41 - LAUNAY M. "Le diocèse de Nantes sous le second empire", 2 tomes, 1982
42 - CHATELLIER L. "Vie associative et confréries, rapport au Colloque "Pratiques religieuses dans l'Europe révolutionnaire" Actes du Colloque de Chantilly 27-29.11.1986, p521
43 - MOULINET D. "Etude de deux registres de confréries en Bourbonnais à l'époque révolutionnaire", in Pratiques religieuses dans l'Europe révolutionnaire" Actes du Colloque de Chantilly 27-29.11.1986, p564
44 - MONTAGNES B. "La reconstitution de la confrérie du Rosaire après la Révolution", in "Pratiques religieuses dans l'Europe révolutionnaire" Actes du Colloque de Chantilly 27-29.11.1986, p564
45 - Archives Municipales de Rennes, série I
46 - Archives Municipales d'Orléans, série I
47 - LEBRUN F. "Les hommes et la mort en Anjou au x XVIIe et XVIIIe siècles", 1975
51 - PINSON F.J. "Dictionnaire des lieux habités de Loire Inférieure", 1822 (AD44)
Chapître I
DE L'ANJOU A SAINT-JULIEN-DE-CONCELLES
La commune de Grez-Neuville, près du Lion-d'Angers, dans le Segréen, au nord de l'actuel département de Maine-et-Loire, a été constituée en 1789 du bourg de Neuville et de sa succursale paroissiale, Grez, située sur l'autre rive de la Mayenne. En 1766 les prêtres desservent la succursale, mais il n'y a pas de pont pour s'y rendre et la rivière est large...
En ce 23 février 1766, le grand froid dure depuis si longtemps que J. Davy ne se sou-vient plus quand il a commencé : il a vu la Mayenne prendre en masse, et on la traverse à pied sec. Il a même entendu dire que la Loire est traversée elle aussi à pied, entre Saint-Florent-le-Vieil et Varades. Les anciens ont beau essayer de se remémorer, aucun hiver ne leur a laissé un souvenir aussi glacial depuis 1709.
Engourdi par le froid, monsieur le vicaire de Neuville et Grez, vient
de faire deux grosses ratures. Il s'est trompé de sexe dès le début de
l'acte de baptême et cela n'est pas pardon-nable. Peut-on confondre
Marguerite avec René ? Enfin, il a écorché le prénom de
Françoise-Scholastique Gardais. Certes, elle porte un prénom peu
fréquent, mais il figure pourtant dans le rituel et il l'a oublié.

Maître Jean Lemesle, forgeron à Neuville, est heureux d'avoir un fils
pour lui succéder un jour. Il aime sa forge et il en est fier, depuis
qu'il a appris son métier à Nyoiseau chez le père Gardais. Car Jean
est le troisième fils de Jean Lemesle et d'Anne Houdmond, issus d'une
longue lignée de marchands de fil et de filassiers du Craonnais et du
Segréen. Le fil ne suffisait plus à nourrir tous les Lemesle qui y
travaillaient et Jean avait choisi la forge.
Marié à Nyoiseau, le 12.02.1760, à Françoise-Scholastique Gardais, il
a eu avant 1766 deux fils, prénommés Jean-Charles, décédés peu après
leur naissance.
Paul Gaudin, parrain de ce nouveau fils Lemesle, n'a pas donné son
prénom au baptisé ! Il est pourtant cultivé : il signe très
habilement. Les Lemesle ne peuvent donc pas faire comme tout le monde,
et appeler leur fils Paul comme le parrain, ou Jean comme le père...
Pensez donc, ils l'ont appelé René, comme de nombreux Angevins depuis
ce Plantagenet. On aime tant se souvenir du bon roi René dans ce petit
coin du diocèse d'Angers, tellement qu'à Neuville et Grez il y a
autant de René que de Pierre (1). Tous les Angevins ont la même
adoration pour leur roi favori et nulle part en France on a autant de
René dans les familles du XVIIIème siècle.
Mais l'abbé J. Davy est jeune et avec le temps, il s'habituera à écrire correctement "Scholastique". Avec M. le Recteur, qui est très âgé, il a la charge de 1 300 âmes et administre chaque année en moyenne 35 baptêmes, 14 mariages et 33 sépultures (1).
La besogne n'est pas facile depuis que le pont s'est écroulé. Pour traverser la Mayenne, qui sépare Neuville de sa succursale Grez, l'abbé J. Davy prend souvent le bac. Le prieur de la Chapelle de Grez, Louis-Sébastien Bestrie y dit chaque jour la messe sous le retable de cuir doré, sans avoir le droit d'administrer les sacrements de mariage et de baptême ; M. le Vicaire doit s'y rendre.
Le petit René ne grandit pas longtemps à Grez-Neuville, car bientôt
son père quitte la forge pour celle de Vern-d'Anjou, plus apte à
nourrir la petite famille composée déjà de Marie-Anne, René et
Charlotte-Françoise.

L'église de Neuville, reconstruite en 1704, conserve encore, en 1990,
un arceau ogival du XIIIème siècle et un autel richement décoré de
marbre.
La petite famille s'installe à Vern vers les années 1770. Le bourg
est un noeud de communications : de Candé et du Louroux-Béconnais au
Lion-d'Angers, et de Segré à Saint-Georges. Il est aussi un centre
artisanal préindustriel, avec un four à chaux et une briquetterie à la
Drouère, qui fournit "une excellente chaux, préférable à celle de
Montjean et d'Angers" pour approvisionner le Craonnais, ainsi que des
ardoisières à la Bichetière et à la Pinardière (2). En 1806, Vern
compte 14 moulins dont 4 à eau et 4 huiliers, 9 filassiers, 4
cardeurs, 3 tanneurs, 1 charbonnier et 34 fileuses (2).
Le jeune René grandit au milieu de ses quatre soeurs et de son frère,
la famille s'est agrandie à Vern de Gervais, Anne et Perrine. Il aime
le contact de ses camarades fils d'ouvriers et artisans, admire les
fours à chaux, les ardoisières, où il se fait des amis. Il découvre
les aspects variés des activités humaines et il saura bientôt s'y
fondre comme un caméléon. Mais n'anticipons pas, car pour le moment
son père le cherche encore.

le prieuré de Vern en 1910
Tout en martelant, Jean Lemesle fulmine. Françoise-Scholastique ne
lui a donné qu'un « bon à rien » : René a encore disparu dans l'un de
ces endroits dont il a le secret.
Son fils se plaît mieux dans la fraîcheur de l'ancien prieuré, parmi
les livres, que dans l'atelier de la forge.
C'est pourtant à la forge qu'est sa place, car il faudra bien qu'il la
prenne un jour en main, car Gervais n'en sera jamais capable : il est
maladif.
Il y a du travail à la forge et ce fainéant n'est pas pressé
d'apprendre le métier de forgeron.
Voilà qu'il s'est mis dans la tête d'étudier avec M.le Recteur.
Qu'a-t-il besoin d'étudier ? On sait écrire depuis longtemps chez les
Lemesle et cela est bien suffisant. Jean craint l'influence du prêtre
qui pourrait bien lui ravir son fils.
Puis un jour, René annonce à son père sa décision :
Françoise-Scholastique tente en vain de s'interposer entre les deux
hommes qui s'affrontent maintenant. Elle est si fière de ce fils et
elle souhaite tant qu'il devienne prêtre. Seulement, son père s'y
oppose : il ne pense qu'à la forge...
Elle se souvient alors de sa jeunesse et une idée jaillit dans sa tête
:
Oui, Jean se rappelle. C'était à Nyoiseau, il y a tout juste 20 ans.
Le père Gardais l'avait pris comme apprenti. Il avait une fille lui
aussi... une Françoise-Scholastique. Les deux jeunes gens s'étaient
unis au pied de la magnifique abbaye.
Jean a déjà remarqué le jeune Mathurin Phelippeau de la Pouèze, et le
jeune François Robert du Louroux-Béconnais : eux au moins, ils aiment
le travail. Il pourrait en parler au père Phelippeau, et prendre son
fils comme apprenti.
Françoise-Scholastique a peut-être raison, et il s'avoue vaincu. Il a
perdu son fils, car qu'est ce qu'un fils au séminaire pour un forgeron
? Alors, il admire l'ardeur de Mathurin, et l'une de ses filles fera
bien l'affaire... Tout de même, jamais il ne pourra se faire à l'idée
que lui, Jean Lemesle, a un fils prêtre.
A la forge on voit passer du monde, ceux de Loiré, de Craon, de la
Pouèze, du Louroux-Béconnais, de beaucoup plus loin ; on colporte les
nouvelles, on discute.
Vern se prépare à la Révolution, elle va devenir républicaine et Jean
Lemesle sera bientôt l'un de ses partisans.
Située à 7 km au sud-ouest de Château-Gontier, la paroisse de Chemazé
possède en 1789 deux succursales : Molière et Bourg-Philippe.
Rattachée au diocèse d'Angers, elle va en être séparée le 26.02.1790
pour rejoindre le département de la Mayenne nouvellement créé.
En ce mois de décembre 1790, René s'apprête à rendre visite à sa
famille dont il n'est séparé que par 27úkm qui sont vite franchis à
pied. Il vient d'être nommé à Chemazé, sur la route de Segré à
Chateau-Gontier. A 24 ans, il manque d'expérience, mais doit prendre
une terrible décision : il a l'intention d'en faire part à sa mère. Il
redoute la discussion avec son père, car pour Jean Lemesle cela ne
fait aucun doute : son fils doit prêter serment.
Et Françoise-Scholastique est inquiète de ce serment car son intuition
féminine lui annonce des jours difficiles pour son fils. Cette
Constitution ne lui dit rien de bon. Qu'adviendra t-il s'il prête
serment comme lui suggèrent son père et son curé, Jean Gentilhomme ?
Elle a bien senti qu'il était influencé par les deux hommes, plus âgés
que lui. Ils ont des tas de bonnes raisons : liberté, égalité,
fraternité..., mais son René ne peut tout de même pas renier son Dieu
!
Doucement, elle le confie à la Vierge du retable qu'elle a vue dans
l'église de Chemazé, le jour où toute la famille était venue assister
à l'installation.

Noël s'est passé dans la tension à la cure de Chemazé. Aujourd'hui
Jean Gentilhomme et son vicaire René Lemesle allongent le pas pour
rencontrer Louis Labouré, vicaire desservant la succursale de Molière.
Les 4,2 km sont vite franchis, car les deux prêtres sont habitués aux
distances à pied. De trente ans son aîné, M. le Curé exprime fermement
sa position : "nous prêterons serment tous les deux". Et chemin
faisant, il affirme sa confiance en cette république naissante.
La jeunesse de René le rend dépendant de cet homme si ferme sur ses
positions. D'ailleurs, il se sent aussi ébranlé par la position de
Pierre Letourneur, vicaire de la succursale de Bourg-Philipe, qui, lui
aussi, préconise de prêter serment. Pierre Letourneur se rétractera
après avoir prêté serment, et reprendra son ministère en 1801 (3).
Louis Labouré, natif de Gennes, les reçoit cordialement, mais la
discussion est vive cependant. Louis n'est pas de l'avis de son curé,
mais il ne réside pas sous le même toit et peut se montrer plus
indépendant. Il s'apprête à refuser le serment ; plus tard il
rejoindra l'armée vendéenne, puis se cachera dans le pays de Laval,
Meslay et Changé, avant de devenir au Concordat curé de Loigné (4).
Jean Gentilhomme, né à Angers en 1737, curé de Chemazé, sera élu officier municipal après son serment, mais sera destitué le 09.01.1793. Il apostasiera le 07.02.1794 et jouira à Château-Gontier d'une pension de l'état en 1796 (4).
Nous retrouvons René Lemesle grâce à l'article "Chemazé" du dictionnaire bibliographique de l'Abbé Angot pour la Mayenne, et l'article "Vergonnes" de celui de Célestin Port pour l'Anjou (5,ancienne édition)
René Lemesle prête d'abord un serment restrictif, mais finit pas suivre l'exemple de son curé. Il est nommé curé de Vergonnes le 02.08.1791. Il ne reste curé intrus de Vergonnes que cinq semaines et est remplacé le 13.09.1791 par Violay (3).
Lemesle, vicaire de Chemazé, est élu le 02.04.1791, mais c'est Gagneux qui signe en 1793 "curé et officier public" (5).
Bordée au nord par la forêt d'Ombrée, surplombant Noëllet et Combrée,
entre Pouancé et Le Lion-d'Angers, la bourgade de Vergonnes ne compte
que 248 âmes. Le maire, Jacques Jallot, est un bon patriote. Le curé
Trochon a prêté serment en février 1791, puis s'est rétracté aussit“t.
Il sera arrêté le 4 germinal V (=24.03.1797).
Voici donc René, à peine âgé de 25 ans, nommé curé assermenté d'une
paroisse de 248 âmes majoritairement patriotes, en pleine région de
bourgs patriotes.
Le registre de catholicité de Vergonnes est muet sur Lemesle. S'il y
est resté un mois, il n'a laissé aucun acte dans le registre. C'est
Paillard, vicaire, qui le signe jusqu'au 28.08.1791 et ses actes se
suivent à un rythme normal. Puis, dès le 06.09.1791, on voit la
signature de Gagneux qui y reste longtemps ; il signe en 1793 « curé
et officier public ».
Les sources écrites utilisées par Célestin Port (5), qui indiquent que
René Lemesle n'aurait été que le seul mois d'août 1791 curé intrus de
Vergonnes, sont probablement des traces de sa nomination ; il n'y a
aucune trace de son installation dans le registre de catholicité et
par ailleurs le registre communal des délibérations de cette époque
n'existe plus.
René Lemesle ne s'est donc probablement jamais présenté à Vergonnes et
il disparaît dès août 1791. Qu'est-il devenu de 1791 à 1793 ?
Pendant les deux années qui suivent le mois d'août 1791, on perd la
trace de René Lemesle. Il n'est pas pensable qu'il soit allé se cacher
à Vern chez un père patriote, qui l'aurait mal supporté, au milieu
d'un bourg très patriote.
René va immédiatemment apprendre à se cacher tout seul, en se
transformant en ouvrier agricole, etc,... favorisé en cela par son
jeune âge et sa force physique.
Il sait utiliser toutes les formes de déguisement pour se rendre
"invisible", et n'a qu'une obsession : ne pas impliquer sa mère et ses
soeurs.
Il parviendra si bien à ne pas compromettre sa famille et à se faire
oublier, que, lorsque Françoise-Scholastique sera arrêtée avec deux de
ses filles, Marie et Charlotte, elles seront envoyées à la Commission
Militaire d'Angers par Chollet, agent municipal du district de Segré
le 27 germinal II (=16.04.1794), mais elles ne seront pas exécutées
(Liste des prisonniers de Vern envoyés à la Commission militaire
d'Angers par Chollet, agent national du district de Segré) : femme
Lemesle (sa mère), fille Lemesle (sa soeur), femme Phelippeau (sa
soeur) (6).
Sa soeur Marie épouse constitutionnellement à Vern, le 21.11.1791,
Mathurin Phelippeau. Sa seconde soeur, Charlotte, épousera François
Robert le 20.11.1798 au Louroux-Béconnais.
A quelques kilomètres de Vern, Noël Pinot, curé insermenté du
Louroux-Béconnais, prêche la résistance à la Constitution Civile du
Clergé ; il doit se cacher avant de mourir sur l'échafaud le
27.02.1794, place du Ralliememt à Angers.
La bonne parole de celui qui deviendra le bienheureux Noël Pinot
parvient-elle à René ? On peut le supposer. René, qui ne fait pas
connaître sa qualité de prêtre, et encore moins sa qualité de prêtre
assermenté, commence clandestinement une longue marche de
réhabilitation, car il regrette son serment. Pendant cette période de
sa vie, il fait l'apprentissage de la clandestinité dans laquelle il
excellera.
Il se cache au nord-ouest de l'Anjou, région qui vit quelques
soulèvements dès mars 1793. La répression est sévère à Combrée qui
compte 22 hommes guillotinés le 01.04.1793 (7). Peu après, avec un
groupe d'angevins du nord de la Loire, René Lemesle rejoint près de
Nantes la division de Lyrot, qu'il suivra désormais. Il a
définitivement tourné le dos à Vern la patriote. Voici ce qu'en dit
l'Abbé Angot :
René Lemesle, vicaire, finit par se joindre aux Vendéens ; il affirme en l'an X qu'il assistait Bonchamps quand il sauva la vie aux prisonniers républicains, à Saint-Florent. Il habitait alors à Saint-Julien-de-Concelles, agé de 36 ans. Il passa dans le diocèse de Nantes, décédé à Nantes le 07.04.1824 (4).
Ce passage à Saint-Florent-le-Vieil peut être rapproché de l'anecdote ci-après, racontée dans ses Mémoires par la marquise de la Rochejacquelein :
On promena un peu M. de Lescure sur la plage, pour éloigner la foule, et, dans le moment où elle était moins nombreuse, une quarantaine d'officiers mirent le sabre en main et formèrent un cercle ; par ce moyen, on l'embarqua facilement. M. du Rivault, ma fille, mon père et moi, avec nos domestiques, nous sautâmes dans le bateau. Melle de Mesnard aussi ; mais le bateau étant trop petit, nous lui dîmes que nous ne pouvions y prendre sa mère, couchée sur un brancard, et elle redescendit à terre.
Nous voilà donc partis; un matelot en chemise, tout en sueur, nous conduisait ; mon père lui dit de nous faire contourner l'île et de nous mener jusqu'à Varades, pour éviter à M. de Lescure le danger et la fatigue d'un double débarquement. Jamais on ne put l'y faire consentir par promesse, ni par menace ; enfin mon père tira son sabre, alors cet homme lui dit : Monsieur, je vous avoue que je ne suis pas marin, je suis un prêtre ; la charité me fait passer ces pauvres gens depuis huit heures sans relâche, faute de matelot, mais je n'ose traverser que ce petit bras peu profond, et je risquerais de vous noyer si je vous faisais faire le tour de l'île. Nous fûmes contraints d'y débarquer... (8)
La marquise avait une mémoire considérable des noms. Si le prêtre
avait dit son nom, elle l'aurait sans nul doute retranscrit. Il
existait donc au sein de l'armée catholique et royale des prêtres qui
se faisaient discrets sur leurs origines. René Lemesle en était ; il
avait de bonnes raisons, sa famille, son serment. Le 23 novembre 1793,
Jean Lemesle et Mathurin Phelippeau, père et beau-frère de René,
déclarent le décès de Gervais, le fils cadet de Jean. A-t-il reconnu
quelques semaines plus tôt son frère René dans les rangs de l'armée
vendéenne ? A-t-il tenté de le suivre ? Nous savons seulement que
l'armée vendéenne est bien passée à Vern fin octobre 1793.
Gervais est-il mort naturellement ? Nul ne sait, mais à Vern les
règlements de compte et les morts violentes furent nombreuses pendant
la guerre civile (voir Annexe I).
Saint-Julien-de-Concelles s'étale sur 6 km, sur la rive gauche de la
Loire, à l'est de Nantes. Bordée par La Chapelle-Basse-Mer, Le
Loroux-Bottereau, Haute-Goulaine et Basse-Goulaine, cette paroisse de
3ú200 ha compte 3ú165 habitants en 1790 (9). Leur activité est tournée
vers le trafic fluvial, la pêche, la culture de la vigne, du
chanvre...
L'abbé Frémont, vicaire insermenté de Saint-Julien, y exerce
clandestinement fin 1791, puis il est à Haute-Goulaine début 1792. Il
sera arrêté le 05.06.1792 et déporté en Espagne. Un prêtre irlandais,
du séminaire de Nantes, vient pendant quelques mois dire la messe
dominicale en l'église de Saint-Julien à 7 h, alors que Le Couteux,
curé assermenté, la dit à 10 h. Cette situation est probablement due à
l'organisation de fidèles (voir p.63). Les conflits sont nombreux :
A messieurs les administrateurs du district de Clisson : nous vous donnons avis que le sieur Formon (sic) prêtre cy devant vicaire de Saint-Julien-de-Concelles, après avoir passé trois mois dans notre municipalité, et exercé toute l'emprise de l'aristocratie, s'est retiré depuis quelque temps à Haute-Goulaine et qui entraîne une grande partie des habitants de notre paroisse, qui les confesse et leur fait faire leurs pâques depuis le commencement du Carême, et attire aussi la majeure partie des enfants, qu'il leur fait faire leur première communion quoiqu'ils ne soyent point instruits de leur religion ; tous les jours le nombre en diminue dans notre église puisque nos prêtres nous en ont porté plainte, c'est pourquoi que nous vous le dénonçons et requerons qu'il soit conduit au département lieu de sa destinée suivant l'arrêté du département et sommes messieurs avec un fraternel attachement à Vertou le vingt et un mars 1792, vos très humbles serviteurs Saupin maire, Michel David, Gendron officier municipal, Besnard, Rozier, Affilé, Sauvestre (10)
A messieurs les membres du directoire du département de la Loire-Inférieure résidant à Nantes : le citoyen Riverin Md épicier à Nantes ayant esté passer les festes de Pasque au bourg et paroisse de Saint Julien canton du Loroux, y a vu avec surprise un prêtre irlandais non conformiste y dire la messe et ce à l'invitation de nombreux aristocrates qui se cotisent entre eux pour le salaire du dit prêtre a qui ils donnent six livres par chaque messe à l'insu du curé constitutionnel, ce qui attire un monde considérable de l'endroit et des paroisses voisines, qui ne veulent pas reconnaître de prêtre assermenté, si bien qu'à la grand'messe de la paroisse, il ne se trouve pas soixante habitants patriotes. D'après cet exposé il en a résulté une rixe populaire, dont j'esté le témoing. Un nommé Guillaume Pineaux, domestique dans la paroisse du Loroux, ayant refusé à payer sa contribution pour la messe du prêtre irlandais le jour de pasque a été battu et maltraité dans la cimetière et à la porte de l'église de Saint Julien, après la dite messe basse qui se dit à sept heures du matin, heure ordinaire, qui se dit tous les faites et dimanche depuis environ cinq mois, le dit Guillaume Pineau étant bien blessé a esté trouvé le chirurgien juré du Loroux qui la pansé comme il apput. Par son procès verbal, attaché en joint, que je requis pour preuve des faix que je citte cy dessus et dont plusieurs citoyens patriotes du dit lieu mon priez de dénoncer devant vous, ne voulant pas paraître estre le dénonciateur des troubles que cette messe occasionne, crainte destre assommé par ces fanatiques qui les menassent tous les jours, c'est pourquoi ils désiraient que cette messe nussent plus lieu et que votre arresté soit suivie de point en point, qu'il vous plut de déffendre au prêtre irlandais d'aller davantage faire aucun office ecclésiastique dans l'église de Saint Julien. Le curé Mr le Couteux est bien du mesme avis, mais nossent vous requerir par la mesme cause de ces bons citoyens, je me suis chargé de la présente requeste pour vous prier d'y avoir égard. signé Riverin, Nantes le 11 avril 1792 (10)
Rapporté par moi René Denis Ragneau Maitre es arts et en chirurgie, chirurgien juré commis au rapport demeurant ville et paroisse du Loroux Bottreau, département de la Loire Inférieure, district de Clisson, Canton dudit Loroux, que ce jourd'hui avril 1792 l'an 4 de la liberté, le nommé Guillaume Pineau agé de 49 ans domestique chez Pierre Lembert laboureur à ses terres demeurant au village de la Guissaudière en cette paroisse du Loroux, est venu me trouver à mon domicile se plaignant davoir été battu et maltraité ce même jour, auquel j'ai remarqué deux contusions l'une légère sur la partie moyenne postérieure de l'avant bras gauche et au dessous du coude une autre plus considérable large de 8 pouces environs du même c“té, encore du même c“té une excoriation sur le coude, ce qui relativement aux fêtes ne peut l'empêcher de vaquer Mercredi à son travail qi'il n'arrive pas d'accident. Les contusions et excoriations paroissent faite par un instrument contondant comme baton, pierre, chute ou autre. Je certifie le présent sincère et véritable en foi de quoi... signé D. Ragneau (10)
René Lemesle arrive à Saint-Julien-de-Concelles le 07.10.1794. Il
vient de Saint-Sébastien, car les deux premières minutes copiées dans
le registre sont des baptêmes de Sébastiennais âgés de deux et trois
mois respectivement.
Son action a été relatée 100 ans après par l'abbé Petard (11) :
« René Lemesle né le 23.02.1766 à Grez-Neuville, vicaire à Chemozé (sic) (partie de l'ancien diocèse du Mans, dont a été formé celui de Laval). Au passage de l'armée vendéenne, il s'était attaché à nos paysans et était venu chercher asile sur le territoire de Saint-Julien. Cet abbé Lemesle devint l'ap“tre de notre pays pendant les plus mauvais jours de la Révolution. Il ne comptait encore que 28 ans quand il se rencontra pour la première fois avec l'abbé Bertaudeau. Déguisé et changeant d'asile tous les jours, il échappa constamment aux poursuites acharnées dont il fut l'objet. Il célébrait la messe et administrait les sacrements partout o— il le pouvait, dans les granges, dans les celliers, quelquefois en plein champ (la messe fut assez souvent célébrée aux Planches, à la Vrillière et dans les greniers de la Richardière, au bourg). Semblable aux prêtres de la primitive église, il avait avec lui son diacre qui ne le quittait point et l'aidait dans la célébration des saints mystères. L'abbé Lemesle eut près de lui l'abbé Bertaudeau jusqu'au mois de mai 1795. Le vénérable confesseur de la foi portait partout sur lui un petit registre, sur lequel étaient inscrits fidèlement les baptêmes, mariages et sépultures. Ce registre, précieuse relique d'un apôtre dont le nom sera à jamais béni parmi nous, existe encore pour l'année 1799 et les années qui suivent jusqu'en 1803. Les actes antérieurs à l'année 1799 ont été perdus ; mais une copie bien fidèle en est conservée dans les archives du presbytère. » (11)
En 1802, l'abbé Charbonnier vient aider quelques mois Lemesle.
Gautron, fabriqueur en charge, verse une somme de 137 livres à
Charbonnier. Les Concellois estiment qu'elle appartient à René Lemesle
:

« Il n'est pas juste, disent-ils, que M. Lemesle, ancien desservant, soit frustré de son traitement au profit d'un nouveau qui n'est arrivé que 5 mois après l'amas de la somme » (11).
Pendant 7 ans, avant cet incident, l'abbé Lemesle a vécu de
l'hospitalité et de la charité de ses ouailles. En février 1803, il
est nommé vicaire à Saint-Nicolas de Nantes et c'est Mathurin Livinic
qui prend la cure de Saint-Julien. Cependant son départ de la paroisse
laissera des regrets universels parmi les Concellois. Ceux-ci ne
surent probablement jamais qu'il avait autrefois prêté serment. Il
s'était certes immédiatement racheté, et ceux qui avaient connaissance
de l'existence de ce serment étaient en Anjou.
En règle générale, pendant la guerre civile, la population gardait un
certain mépris pour les jureurs qui s'étaient repris par la suite.
Ainsi à Chanzeaux, on raconta au comte de Quatrebarbes, 30 ans après
les faits, l'anecdote suivante. Les assiégés sont réfugiés dans le
clocher, sous la conduite de Maurice Ragueneau. Les républicains ont
amené de la paille et mis le feu :
L'abbé Blanvillain, environné de mourants qui lui demandaient sa bénédiction venait d'être blessé à la tête. Inondé de sang, épuisé de souffrances en face de cette mort présente de toutes parts, un dernier regret de la vie s'empara de son âme, et sa bouche laissant échapper quelques paroles de merci, il exprima à voix basse le désir de se rendre. "Qu'ai-je entendu ? reprend Ragueneau ; ah, monsieur, est-ce à vous de mendier votre vie ? Rappelez-vous le serment sacrilège que vous avez prononcé ; Dieu vous donne pour l'expier le bonheur du martyre. Remerciez le, priez pour nous, et donnez l'exemple du courage ..." (12)
Nommé vicaire à Saint-Nicolas de Nantes en février 1803, curé de
Teillé en 1808, curé de Cordemais en 1810, aumônier du lycée de Nantes
en 1818, René Lemesle meurt iacre d'office à la cathédrale le
07.04.1824.
Sa soeur cadette, Anne, a épousé à Vern le 24.11.1801 un marchand de
toile, René Poirier, qui s'installe à Nantes vers 1805. Leurs deux
enfants, également marchands de toile à Nantes, furent sa seule
famille proche.
De nos jours, nul ne se souvient de lui à Grez-Neuville et à
Vern-d'Anjou. Aucune trace de lui dans les archives et monographies
communales. Seuls, Mercier-la-Vendée du Lion-d'Angers, et les
serviteurs de M.de la Grandière, ont laissé à Grez-Neuville le
souvenir de la guerre civile (1).
René Lemesle aurait aimé cette discrétion, toute à son image. Mais
deux siècles ont passé, et pour sauvegarder l'oeuvre des prêtres
clandestins, il paraissait souhaitable de faire connaître un exemple.
J'ai choisi le registre clandestin de Saint-Julien-de-Concelles par
hasard, dans le seul but d'attirer l'attention sur ce type de
documents en voie de perdition.
Ces registres conservent la trace de l'héro‹sme de beaucoup de nos
ancêtres et leur mémoire y est consignée. Les Concellois risquaient le
martyr pour la foi (voir p.30).
J'avais commencé la copie informatique du registre de Saint-Julien,
afin d'en assurer la sauvegarde, lorsqu'une chose étrange m'arriva.
Une nuit, je me suis réveillée avec une intuition : « Ce Lemesle dont
j'allais faire connaître l'oeuvre ne m'était pas inconnu » ! J'avais
autrefois fait une généalogie "Lemesle" dans le Segréen, et des
générations de marchands de fil, dont je descends, s'y succédaient de
1600 à nos jours.
Me levant immédiatement, je me dirigeais vers mon dossier généalogique
"Lemesle", qui sommeillait depuis plus de 5 ans. A peine ouvert, le
dossier confirmait l'intuition : René Lemesle était présent à Vern en
1800 comme « témoin » d'une déclaration de naissance à l'officier
municipal. Il y était dit « vivant à Saint-Julien-de-Concelles ».
Le prêtre clandestin, dont j'allais faire connaître l'oeuvre, était à
Vern en 1800 et il m'était allié.
Une grande émotion me saisit alors : je travaillais depuis plusieurs
années sur la population lorousaine sans me douter que j'avais un lien
quelconque de parenté avec le prêtre clandestin voisin de Saint-Julien
!
Remontant alors du doigt la volumineuse descendance, à la recherche du
lien de parenté, je découvrais qu'il était le frère de mon ancêtre
Marie, celle-là même qui épousa constitutionnellement Mathurin
Phelippeau.
Je me recouchais, avec la certitude qu'une main divine m'avait guidée
à lui.
Chapître II
Le « silence des clochers » est l'expression utilisée par certains
auteurs (13) pour masquer la double face de la réalité religieuse et
ne retenir que le côté négatif. Ceux qui étalent complaisamment
l'apostasie sont plus discrets pour mettre en avant l'héro‹sme de
beaucoup d'autres prêtres : l'église du silence a de tous temps
répondu au silence des clochers. C'est elle qui de nos jours, comme il
y a deux siècles, envers et contre tout, a maintenu et maintient
encore la lampe allumée en Chine, en URSS et partout où l'église est
en détresse.
Les saints ne s'épanouissent pas nécessairement dans le bruit des
cloches. Le silence de celles-ci favorise leur éclosion car c'est dans
l'épreuve que se révèlent les plus grands.
Non seulement des prêtres catholiques insermentés ont exercé leur
ministère clandestin dans le silence, mais ils manquaient aussi des
éléments indispensables à leur ministère. Les cloches ne sont pas
indispensables, mais le vin, le pain et le papier le sont. Les deux
premiers n'ont pas manqué à Saint-Julien-de-Concelles pays de vigne :
les républicains n'ont pas tout pris ou détruit. Le papier a fait
défaut, or, le prêtre doit noter. Il consigne méthodiquement les
baptêmes depuis l'ordonnance de Villers-Cotterêts en ao–t 1539, et les
baptêmes, mariages et sépultures depuis celle de Blois en mai 1579.
Les registres, tenus obligatoirement en double, sont confidentiels
encore de nos jours, pendant 100 ans.
Voici comment l'Evêque de Nantes rappelait cet aspect de la
confidentialité dans le « Rituale nannetense » de 1776 :
Ces Registres étant d'une extrême conséquence pour la tranquillité des familles, les Curés et Vicaires apporteront tous leurs soins pour les conserver et les tenir en bon ordre. Pour cet effet ils les garderont enfermés sous la clef ; et comme ils contiennent souvent des secrets très importants à l'honneur des familles, ils ne les confieront à personne, non pas même à leur sacristain ; et ils ne s'en rapporteront pas à lui pour dresser ces Actes ; l'expérience faisant connoitre que la plupart de ces sacristains ne sont pas instruits de ce qui est essentiel à ces Actes, pour être chargés de leur enregistrement (14).
La tenue d'un registre est difficilement conciliable avec la clandestinité. On ne retrouve pas de registre clandestin avant août 1794 en pays lorousain. A cette date, la hiérarchie a manifestement autorisé la tenue de registres ou de minutes, sous réserve d'un minimum de garantie du secret, malgré la persécution. Les confréries servirent-elles de garant de la confidentialité en assurant la garde des papiers ? En raison de son volume, un registre circulait rarement sur le prêtre ; celui-ci rédigeait des minutes d'actes pour les recopier, quand cela était possible, sur le registre qui restait caché en lieu sûr. C'est certainement de cette manière que René Lemesle opérait.
René Lemesle a desservi Saint-Julien-de-Concelles pendant 8 ans et 2
mois. Les Concellois se sont en grande partie soulevés en 1793. Le
pays concellois comprend surtout La Chapelle-Basse-Mer et Le
Loroux-Bottereau. Ces deux paroisses représentent à elles seules plus
de la moitié des mariages avec des non-Concellois avant 1789. Viennent
ensuite les paroisses voisines : Basse-Goulaine, La Chapelle-Heulin,
La Boissière-du-Doré, La Remaudière, Landemont, La Varenne. Les
alliances plus lointaines sont épisodiques.
Le pays concellois bute contre la Loire, frontière naturelle étudiée
par Yves Durand (15), qui y voit les différences de culture
historico-géographique entre les deux rives. La guerre civile va
quelque peu rendre perméable cette frontière. Une partie de la
municipalité concelloise ne s'est-elle pas réfugiée à Thouaré dès mars
1793 !
Lorsque René Lemesle arrive, et commence son ministère, la paroisse
est sans prêtre ; toutefois, un diacre natif de Saint-Julien, Sévère
Bertaudeau, a recopié quelques baptêmes de Concellois faits par les
recteurs Massonnet et Robin. Lui-même a commencé à baptiser, mais n'a
sans doute pas pris seul l'initiative de cet intermède. On peut
supposer une intervention des confrères (voir chapître « les
Réseaux concellois »), en contact avec la hiérarchie catholique
réfractaire.
René Lemesle commence à baptiser le 07.10.1794 des enfants qui ont
quelques jours à un mois, à l'exception de 3 enfants âgés de quelques
mois. Puis la règle du baptême dans les trois jours est suivie. Que
s'est-il passé entre-temps pour que l'on trouve peu d'enfants âgés
dans les premières semaines de son ministère ?
La Virée de Galerne d'octobre à décembre 1793, les colonnes infernales
en mars 1794, les mauvaises conditions de vie de l'automne 1793 à août
1794, ont pu faire chuter la natalité et augmenter la mortalité
infantile. On serait tenté de conclure, au premier abord, que s'il n'y
a pas de baptisés âgés, c'est qu'il y a peu d'enfants.
Avant l'arrivée de René Lemesle, on observe quelques retranscriptions
de baptêmes de Concellois bénis par Massonnet et Robin en août 1794.
Le registre du recteur Robin à La Chapelle-Basse-Mer a brûlé pour
cette période. Il refit aussitôt un autre registre qui ne contient pas
les mêmes actes de baptêmes que ceux retranscrits à Saint-Julien.
Robin a baptisé au moins 6 Concellois connus, deux de 7 mois. Les
Concellois, pendant l'absence de prêtre insermenté, ont donc cherché
un prêtre ailleurs et n'ont pas hésité à se déplacer.
L'attitude des Concellois, pendant cette période de privation de
prêtre, peut être appréhendée à travers les registres voisins. En
effet, on y décèle le comportement des populations privées, ou non, de
prêtre. Le registre clandestin du Loroux-Bottereau, entre autres,
permet de retracer les conduites individuelles, famille par famille,
en particulier pour les non-résidents.
Les Concellois, comme d'autres populations privées de prêtre avant
août 1794, ont été au Loroux-Bottereau où Clair Massonnet, baptise 88
enfants non-Lorousains entre le 09.08.1794 et le 03.02.1795, dont 35
nés à Saint-Julien-de-Concelles, 28 à Haute-Goulaine, 9 à
Basse-Goulaine, 7 à La Chapelle-Heulin, 7 à Vertou, 2 à la
Haye-Fouassière. Deux enfants n'ont pas été pris en compte car ils se
révèlent des enfants de Lorousains réfugiés dans leur proche famille,
l'un à Rezé, l'autre à Nantes.
Les Concellois sont baptisés entre le 9 août et le 16 août, puis ne
vont plus au Loroux. M. Robin et S. Bertaudeau, le diacre concellois,
ont pris la relève.

Ainsi, le 24.08.1794, M. Robin s'intitule « recteur du Pellerin
desservant la paroisse de Saint-Julien, où il n'y a aucun prêtre
maintenant, et celle de La Chapelle-Basse-Mer ». Pour ce baptême d'un
Concellois, M. Robin se déplace lui-même à la Chebuette « baptiser au
foyer à cause de la persécution ». L'enfant a 6 mois et demi : à cet
âge, et en cette saison, les parents pouvaient lui faire faire
quelques kilomètres.
De février 1795 à juin 1797, il n'y a pas de baptêmes de
non-Lorousains dans le registre du Loroux. Les non-Lorousains ont sans
doute trouvé un autre prêtre.
Les baptisés non-lorousains, toutes paroisses d'origine confondues,
sont âgés, alors que la règle est de baptiser dans les trois jours
(voir p.31). Plus les baptisés sont âgés, plus les parents ont
rencontré de difficultés pour trouver un prêtre qui leur convienne.
Si on considère les dates de naissance, et non les dates de baptême
des baptisés non-Lorousains, on observe une corrélation entre leur
nombre et le calendrier des difficultés.
On voit ci-contre que la pénurie de prêtre commence en septembre 1793.
Si elle avait été plus ancienne, on observerait des enfants plus âgés
en plus grande quantité.
La période critique culmine de novembre 1793 à août 1794. Après cette
date, des prêtres clandestins apparaissent progressivement dans le
pays.
La courbe ci-dessus doit être rapprochée de celle de la saisonnalité
des naissances (voir p.28). Le mois de juin est un mois naturellement
creux en période normale, par conséquent la baisse en juin n'est pas
significative. On dénombre 35 Concellois baptisés au Loroux, ce qui
signifie qu'il n'y a aucun prêtre à Saint-Julien-de-Concelles avant
René Lemesle. Cette courbe met en évidence, a contrario, l'absence de
prêtre et cette observation concorde avec la phrase de M.Robin fin
août 1794, citée ci-avant. On a ainsi la certitude que René Lemesle
n'était pas physiquement présent à Saint-Julien avant le 07.10.1794.
Dans le registre du Loroux, entre juin 1797 et ao–t 1799, il y a de
nouveau des baptisés non-lorousains. Ils sont, cette fois, au nombre
de 79, dont : 38 baptisés âgés, nés à Vallet, 24 à La Chapelle-Heulin
d'âge très variable, 6 à La Chapelle-Basse-Mer, 3 à la Remaudière, 2 à
Monnières, 2 à Saint-Sébastien, 2 à Saint-Julien-de-Concelles, 1 à
Nantes Saint Denis, 1 à Haute-Goulaine. Il est intéressant de les
étudier, car ils reflètent les difficultés momentanées propres à
chaque paroisse.
Les difficultés à Vallet culminent entre octobre 1798 et mars 1799. A
La Chapelle-Heulin, le recteur Marchand est présent entre 1795 et 1796
et l'est moins régulièrement en 1797 : beaucoup d'enfants ont deux ans
et plus.
Mis à part les baptisés nés à Vallet et à La Chapelle-Heulin, tous les
autres enfants sont nés dans des familles ayant des attaches
familiales au Loroux.
Ainsi, en juin 1795 Denis Guillet baptise la fille de Louis Godin
meunier à Sèvres en Saint-Sébastien, âgée de 23 mois. Ce Louis Godin
est né au Loroux et a épousé à Pirmil en Saint-Sébastien, le
17.06.1788 la fille du meunier de Sèvres.
Le jeune couple est installé à Sèvres avec le beau-père, mais les
échanges commerciaux et familiaux entre meuniers sont maintenus.
Le 25.08.1797, l'abbé Guillet baptise Jean-Louis Grandpoirier né à
Saint-Julien-de-Concelles. Son père, Pierre-François Grandpoirier, né
à Salins dans le Jura, chasseur au Bataillon de Cassel, a épousé à
Nantes-Lepelletier, le 11.09.1794, Jeanne Alalinard, née à Oudon d'un
père natif de Lourdoueix-Saint-Pierre près de Guéret dans la Creuse.
Le couple vit à Oudon, déclare l'enfant né à Saint-Julien, mais a des
attaches lorousaines, puisque le père Alalinard, couvreur, s'était
installé au Loroux en 1769 et puisque Maurice Alalinard, le frère de
Jeanne, y vit pendant la Révolution. Cette famille n'a rien à voir
avec Saint-Julien et ne faisait qu'y transiter.
Si la présence dans le registre du Loroux de baptisés non-lorousains, âgés ou non, d'ao–t 1794 à février 1795, est liée aux difficultés des populations voisines à trouver un prêtre pendant cette période, on est tenté de conclure que leur absence par la suite correspond à l'apparition de prêtres clandestins dans ces paroisses. La date de février 1795 est celle de la pacification et de l'espoir qui va durer un peu ; le culte a repris, même s'il n'a pas laissé de traces écrites d'actes.
Existe-t-il des actes de baptêmes et mariages dont nous n'avons aucune trace ?
A cette hypothèse, on pourrait objecter la baisse de la pratique religieuse de ces populations après février 1795, ou la fréquentation d'un prêtre assermenté à défaut de prêtre insermenté. L'étude ci-après tente d'appréhender le comportement de ces populations privées de prêtre. Nous verrons successivement le cas de Nantes, avec prêtre assermenté, puis celui de paroisses sans prêtre assermenté.
Ainsi, toutes les familles de Nantes-Saint-Jacques n'acceptent pas le
prêtre assermenté : certaines vont aller à Saint-Julien voir René
Lemesle (voir p.35), ou au Loroux comme ci-avant (voir p.23) et
vraisemblablement ailleurs. Pourtant 362 enfants sont baptisés à
Saint-Jacques de Nantes du 01.01.1796 au 05.06.1796 par le prêtre
constitutionnel. Le délai de baptême dans les trois jours y est
respecté, même pour les enfants nés hors de la paroisse. Seuls
quelques baptisés ont quelques mois et même quelques années. Ce
registre constitutionnel des baptêmes de Saint-Jacques est écrit sur
un livre de comptes de l'Oratoire. La récupération de registres,
devenus désormais inutiles, pallie l'absence de papier, qui fait
défaut même à un prêtre assermenté.
Les baptisés âgés ne sont donc pas seulement le reflet de l'absence de
prêtre. Ils témoignent aussi de l'attachement des parents à un prêtre
insermenté. Il y avait des paroisses qui possédaient encore un prêtre
assermenté, accepté par la majorité de la population, mais rejeté par
quelques familles.
La pratique religieuse d'une famille est continue : si elle fait baptiser un nouveau-né et a par ailleurs un enfant de 18 mois dont le baptême nous est inconnu, c'est que le baptême de ce dernier ne nous est pas parvenu et non que l'enfant n'a pas été baptisé. Cette continuité s'observe sur les familles lorousaines reconstituées.
Cette règle de la continuité s'est avérée au fur et à mesure que les
registres clandestins du pays lorousain étaient mis sur ordinateur. Au
départ, seul celui du Loroux-Bottereau avait été dépouillé, dans le
cadre de l'étude de démographie historique de la période
révolutionnaire. Ce registre est relativement volumineux et il est
supposé complet. Il laisse cependant des lacunes inexpliquables dans
certaines familles : il manque soit un mariage, soit un ou plusieurs
baptêmes, dans des familles qui ont une attitude clandestine
prononcée. On peut en déduire que des actes religieux ont existé
ailleurs ; le registre clandestin du Loroux-Bottereau n'est pas
exhaustif.
A ce stade du dépouillement, l'hypothèse de l'existence d'un autre
registre clandestin, qui aurait précédé celui qui est connu, paraît
plausible. Si l'on considère la difficulté à avoir du papier, soulevée
par Clair Massonnet au début du registre du Loroux, on peut admettre
qu'avant ao–t 1794 les baptêmes auraient été notés sur des minutes
volantes qui ont disparu. Ce préregistre n'expliquerait pas toutes les
lacunes, car le dépouillement exhaustif des registres des paroisses
voisines comble une grande partie des lacunes. Ils contiennent des
actes qui manquaient dans les familles lorousaines. L'une de ces
familles est citée au chapître « Pertes de mémoire ».
Le registre de Saint-Julien-de-Concelles a engendré, à son tour, des
lacunes, par extension du phénomène à des familles concelloises,
sébastiennaises (voir p.50) ou bas-goulainaises (voir ci-après) ; d'où
l'existence d'actes inconnus.
Tous les actes clandestins ne nous sont donc pas parvenus. Chaque
registre ne recouvre pas la totalité d'une paroisse, même lorsque le
prêtre est solidement ancré sur place pendant la durée de la guerre
civile comme au Loroux, à La Chapelle-Basse-Mer et à
Saint-Julien-de-Concelles. Chaque registre complète les autres par les
actes de "non-résidents" venus chercher un sacrement là où ils ont
connaissance de la présence d'un prêtre à un moment donné. Opportunité
et proximité comptent plus que la notion de paroisse.
Tous ces recoupements entre registres voisins, après reconstitution
des familles, montrent la continuité de la pratique religieuse ; un
couple ne fait pas baptiser un enfant sans l'autre ; un couple uni
pendant la guerre civile ne fait baptiser un enfant sans avoir fait
bénir son union.
Par ailleurs, la tâche était numériquement trop lourde pour certains prêtres. La somme de travail du prêtre desservant Le Loroux était considérable, puisque Denis Guillet était pratiquement seul pour un territoire d'environ 5 000 survivants, après le départ de Clair Massonnet au printemps 1795. Une grande partie des Lorousains était plus proche des paroisses voisines que de Sainte-Radegonde où il se cachait. La position excentrée de cette cachette explique partiellement le surcroît de Lorousains trouvés dans le registre de René Lemesle.
Cette petite phrase est extraite du registre de M. Robin, desservant La Chapelle-Basse-Mer, qui aimait donner des détails dans son registre. Elle fut probablement vraie dans le premier semestre 1794, puis il y eut des prêtres à Chantoceaux dans le Maine-et-Loire, entre Liré et La Chapelle-Basse-Mer (16), à Vallet, au Loroux-Bottereau, à Saint-Julien-de-Concelles, à La Remaudière. Il y en eut temporairement à La Chapelle-Heulin où M. Marchand fit quelques passages. En outre, les paroisses suivantes connurent aussi provisoirement un prêtre :
Haute-Goulaine
Pierre-Honoré Jaulin, né à Nantes-Saint-Donatien le 24.07.1749, est
âgé de 45 ans en 1794. Il se déplace beaucoup pendant la Révolution :
il est à Haute-Goulaine d'août 1795 à octobre 1797. Manquant de
papier, il a l'idée d'utiliser la fin du registre de catholicité de
1746. Ce registre n'a guère attiré l'attention sur lui depuis deux
siècles, car il était dans une double clandestinité grâce au
stratagème utilisé par P. Jaulin. C'est en recherchant les Lorousains
que je l'ai trouvé en mairie. Tous les registres clandestins ne sont
pas encore identifiés ou découverts à l'heure actuelle.
P.H. Jaulin a eu ensuite un registre en octobre 1795, conservé en
mairie et assimilé à l'état civil, d'où l'oubli de l'aspect
sacramentel de ces actes :
Ce n'est qu'en fin 1795 qu'apparut l'Abbé Jaulin. Ce prêtre réfractaire, non assermenté, était un fugitif. Pourchassé par les "bleus", il se cachait de ferme en ferme, célébrant de nuit la messe dans les fermes. Il mit pourtant à jour le registre d'état civil. (17)
L'état civil d'autres communes possède de tels registres clandestins,
ainsi à Chantoceaux. La "fusion" discrète avec le document officiel
est un gage de conservation dans de meilleures conditions. Peu de
mairies cependant ont conscience de la présence de ce type de
document.
P. Jaulin bénit 45 couples, dont 74,2 % sont venus de loin, alors
qu'il ne reste que peu de temps à Haute-Goulaine. Il est apparemment
connu par ses passages à Vertou et Basse-Goulaine. Il n'y était pas
vicaire et n'y est pas né ; il avait donc l'habitude de s'y cacher. Le
graphique ci-après donne les origines exprimées en pourcentages
rapportés aux 90 mariés.

Les "divers" représentent 13 mariés nés à Sainte-Luce, Thouaré,
Orvault, Chantenay, Nantes, Monnières, Saint- Philbert, La
Haye-Fouassière, La Chapelle-Heulin, La Varenne, Drain, diocèse de
Bordeaux, diocèse de Saint-Brieuc.
Pour la plupart d'entre eux, Jaulin a reçu un certificat de l'un de
ses confrères. Il est donc en relation avec eux.
On le signale fin 1797 à Fresnais.
Il est à Saint-Sébastien en 1800 et y rédige deux actes de mariages.
Nommé à Saint-Vincent-des-Landes en 1803 puis à Pannecé en 1808, il
meurt en retraite à Nantes-Saint-Nicolas le 16.04.1829. C'est le type
même des prêtres itinérants ; il a d– tenir des minutes qui ne nous
sont pas parvenues.
Basse-Goulaine
Le registre clandestin de René Lemesle montre que les Bas-Goulainais
viennent moins après 1794. Ce manque de suite dans la pratique
religieuse ne s'avère pas concevable et on peut supposer qu'un autre
prêtre clandestin est à leur service. M. Connard y est présent grâce à
la retranscription suivante :
Le 07.09.1798 a été baptisé à Basse-Goulaine par Mr Conard prêtre catholique Jeanne-Marie née le 01.01.1798 fille de Jean Ménager et de Marie-Rose Brevet son épouse légitime...(registre clandestin de Vallet)
Landemont
Le registre clandestin de Vallet retranscrit des baptêmes faits par
A.L. Peuriot, desservant Landemont à partir de 1798, alors âgé de 64
ans :
.Le 19.05.1798 Marie née le même jour au Bois-Benoît fille de Mathieu Babonneau et de Jeanne Sebileau a été baptisée par Mr Peuriot vice gérant de Landemont ... (Acte recopié par Aubert dans le registre clandestin de Vallet)... Le 01.08.1799 Jean fils de Mathieu (idem)
Chapître III
- L'OEUVRE DE RENE LEMESLE
- Importance du baptême clandestin
Pour évaluer l'oeuvre religieuse des prêtres clandestins, nous ne disposons que de baptêmes et de mariages, qui sont des sacrements, et de sépultures plus ou moins exhaustives. Les messes, bénédictions, confessions, communions... ne laissent pas plus de trace écrite que l'extrême-onction.
La tâche accomplie par René Lemesle peut être évaluée comparativement aux données chiffrées disponibles à ce jour. Les études relatives aux registres clandestins sont rares. Patricia Lusson-Houdemon donne un relevé fragmentaire pour 3 départements (18) repris ci-dessous :
Le pourcentage de baptêmes, par rapport à la somme des baptêmes et mariages, est toujours supérieur à 70 dans l'Ouest. Les études de registres clandestins de catholicité déjà publiées, s'accordent à reconnaître l'importance relative du baptême. C'est le sacrement auquel les populations sont le plus attachées. Pour Bernard Cousin, il représente seulement 62 % des actes du registre d'Avignon (19). Le pays lorousain, qui figure dans la seconde partie du tableau ci-dessus, totalise 1 528 mariages, dont 26,9 % bénis par René Lemesle. Ces nombreux mariages infirment la phrase de M.úRobin selon laquelle il n'y avait pas de prêtre de Liré à Nantes.
Le registre de Saint-Julien est numériquement le plus important. Celui de Vallet est inconnu des Valletais, car généralement attribué au Loroux et inconnu du R.P. Laure (20) dans son ouvrage.
- Activité de René Lemesle comparée à M. Robin
L'activité de René Lemesle est donc comparable à celle de son célèbre voisin de La Chapelle-Basse-Mer. Tout comme M. Robin, il n'a pas limité son ministère clandestin aux frontières paroissiales. Il n'y aurait pas autant d'actes si les Concellois avaient seuls profité de son secours pastoral.
Alors pourquoi l'un est-il si connu, l'autre non ? L'un a le sens de la publicité, est l'enfant du pays et soutenu par sa famille. L'autre n'est pas né en Loire-Inférieure, et protège de son mieux sa famille restée à Vern la républicaine, en s'en détachant. Enfin, il n'a pas oublié qu'il a commis une erreur de jeunesse, qu'il rachète sans ostentation.
L'un abonde en détails hauts en couleur : « ... qui ont été transférés au cimetière par les catholiques après la retraite des anthropophages (sic) qui faisaient partie d'une armée révolutionnaire qui déshonorat à jamais le nom français... » (Robin, registre clandestin du 25.05.1794). L'autre a un style sobre et voici son unique détail, extrait des mariages dans la chapelle de la Gagnerie en 1799 : « pour échapper aux ennemis de la religion qui nous entourent.. »
Ils ont beaucoup marié et respecté la tradition. La saisonnalité des mariages, étudiée ci-contre en nombre moyen de mariages par mois, est de type prérévolutionnaire.
R. Lemesle et M. Robin observent les temps clos du Carême et de l'Avent, qui sont des interdits religieux.
La période des travaux agraires, se situe pour M. Robin en septembre et octobre, comme avant la Révolution. Cette baisse correspond au travail du chanvre et de la vigne. La courbe diffère chez M. Lemesle, alors que la culture est de type comparable (voir chapître « la Fête »).
- Activité concelloise prérévolutionnaire
Avant la Révolution à Saint-Julien, la moyenne annuelle des naissances de 1780 à 1789 est de 119 avec un écart-type de 10,6, celle des sépultures, y compris les enfants en nourrice, de 121,6 avec un écart-type de 21,5, et celle des mariages de 31,1 avec un écart-type de 4,8.
Les courbes ci-contre donnent la saisonnalité des naissances et des sépultures avant la Révolution à Saint-Julien. La chute des naissances en juin correspond, neuf mois avant, au travail du chanvre, fort pénible, durant lequel on concevait moins.
Les naissances des mois suivants ne sont pas nombreuses : la conception était généralement moins facile l'hiver du fait de la promiscuité.
La comparaison qui suit n'est pas une étude de démographie ; c'est une estimation rapide de la fréquentation du prêtre clandestin.
En période clandestine, on aurait pu s'attendre à une chute du nombre de baptêmes et des mariages pour plusieurs raisons : difficultés à trouver un prêtre, nombre des victimes de la période révolutionnaire ayant entraîné une diminution des vivants, baisse probable de la pratique religieuse.Or, on constate l'inverse. René Lemesle a baptisé et marié chaque année en moyenne plus qu'en temps de paix prérévolutionnaire. Seul le nombre des sépultures montre une chute assez brutale.
Les sépultures sont donc sous-déclarées, tandis que le nombre relativement élevé de sacrements de baptêmes et mariages, témoigne de la vitalité en cette période troublée.
Il y a plus de mariages qu'avant la Révolution alors que trois prêtres y exercaient alors.
Ce surcroît d'actes effectués par René Lemesle, est liée à la présence de nombreux non-Concellois (voir chapitres suivants).
En période prérévolutionnaire les sépultures à Saint-Julien-de-Concelles sont surévaluées du fait de décès d'enfants nantais en nourrice. Ces mises en nourrice
se ralentissent pendant la guerre civile, mais reprennent dès le moindre signe de paix ; les conditions de vie sont plus mauvaises à Nantes qu'à la campagne. La ville, qui a toujours eu un déficit démographique au XVIIIème siècle, offre une promiscuité favorable à l'élévation du taux de mortalité. Il semble que les enfants de réfugiés aient une mortalité supérieure à celle des enfants restés au pays ; il n'existe aucune étude sur ce sujet et cette constatation découle seulement d'observations personnelles.
- Le courage des foules
Le nombre considérable d'actes contenus dans le registre de René Lemesle nous surprend puisque la population concelloise a eu des victimes pendant la guerre civile ; selon l'abbé Pétard, la moitié de la population aurait disparu (11). On observe le même phénomène sur le registre clandestin du Loroux-Bottereau pour la population lorousaine.
Cette activité prouve que les survivants sont assez nombreux et ont maintenu une certaine pratique religieuse, et que les non-résidents viennent parfois de loin chercher un sacrement.
Au XVIIIème siècle, les prêtres mentionnent très souvent les liens de parenté de tous les témoins ; René Lemesle aussi, et cela représente une foule de personnes car à chaque baptême, il faut, au minimum, le père accompagné d'un parrain et d'une marraine, et a chaque mariage, 7 à 10 personnes. Lorsque l'un des époux est mineur et orphelin de mère, à défaut de pouvoir se faire décréter de justice, comme avant la Révolution, on remet en vigueur l'ancienne coutume de Bretagne et on fait témoigner 6 à 10 parents supplémentaires. La majorité n'est qu'à 25 ans et les mineurs sont nombreux. Tous les prêtres du pays lorousain ont remis cette coutume en vigueur, car ils possédaient des éléments de Droit Coutumier.René Lemesle a baptisé 1 095 enfants, béni 411 couples, soit 822 époux, et enterré 412 morts. Certaines personnes ont participé à plusieurs cérémonies et quelques couples font baptiser jusqu'à quatre enfants.
René Lemesle cite rarement le même jour des parrains et marraines communs à plusieurs enfants. Lorsqu'il a affaire à des non-Concellois, c'est-à-dire à des familles qui ont plus de difficultés que les autres à se déplacer en groupe, il se contente parfois de prendre le père de l'enfant précédent comme parrain du suivant. Les familles venues de loin se sont souvent déplacées ensemble et s'utilisent mutuellement comme parrains et marraines.
Pour estimer combien de personnes ont rencontré René Lemesle, on élimine les recoupements et on atteint environ 3 300 personnes en l'espace de huit ans.
Aucun n'hésite à décliner son identité. Pourtant, chacun sait que le prêtre note les liens de parenté et que les papiers peuvent être saisis avec lui par les républicains. Cette saisie du registre pourrait les faire condamner à mort par le tribunal révolutionnaire.
En 1984, Rome a béatifié 50 personnes fusillées à Avrillé près d'Angers. Elles n'avaient commis d'autre crime que celui d'assister à une messe clandestine. Les Concellois risquaient eux aussi le martyre pour la foi. Ainsi, au delà d'une simple mesure de la pratique religieuse, les registres clandestins témoignent des risques pris par les populations pour rester fidèles à leur foi.
Parmi les milliers d'actes dépouillés à ce jour, il n'existe qu'un cas d'absence d'identité. Ceci se passe au Loroux-Bottereau où des non-Lorousains sont venus faire baptiser leur enfant. Pressés de repartir chez eux, ceux-ci n'ont pas le temps de décliner leur identité, si bien que le prêtre n'a pas assez de temps pour noter et enregistre le 17.10.1794 :...Jean Visonneau fils de Georges et Anne Pineau, né à Haute-Goulaine le 17.10.1794, le parrain et la marraine n'ont pas décliné leur identité avant de s'en aller. (Registre clandestin du Loroux-Bottereau)
L'importance de documents comme les registres de catholocité clandestins est inestimable. Ainsi, René Lemesle donne avec la même exactitude qu'avant la Révolution, c'est-à-dire avec une probabilité très élevée de précision, les filiations et les liens familiaux des personnes présentes. On peut reporter ces détails filiatifs sur les fiches de familles et les reconstituer. Ces fiches de familles complétées, permettent de pister la vie et de la situer dans le temps.
En comptabilisant ainsi les vivants, on peut, a contrario, estimer les décès, car il y a deux façons de mesurer un verre à moitié plein : on peut mesurer la partie vide, mais aussi la partie pleine. Au lieu de tenter l'impossible martyrologe, on peut faire la démographie des survivants.
« Toute science humaine, sans une puissante base démographique, n'est qu'un fragile château de cartes, toute l'histoire qui ne recourt pas à la démographie, se prive du meilleur instrument d'analyse. »
Pierre Chaunu (21)
Chapître IV
- LA VIE
Selon une tradition, Saint-Julien-de-Concelles serait le berceau de la catholicité dans notre région ; le premier baptême reçu dans le diocèse de Nantes le fut à Saint Barthélémy, sur l'emplacement de bains romains.
La Chapelle Saint-Barthélémy, du XVème siècle, fut épargnée par les Bleus, sans doute plus hostiles à Marie qu'à un saint, patron des tanneurs, gantiers et relieurs, qui avait connu le supplice d'être écorché vif.
Le pélerinage à Saint-Barthélémy, le 24 août, attirait les pélerins de Clisson, Beaupréau, et même de l'autre rive de la Loire. A l'occasion des pélerinages, la Loire traversée. Ceux-ci cessèrent pendant la Révolution, mais certains y vinrent prier.
Le baptême est le sacrement qui fait membre du peuple de Dieu. Ceci est rappelé sur le plus ancien baptistère de la chrétienté, dans la basilique du Latran à Rome : « ici naît un peuple destiné au ciel ».
L'attachement à ce sacrement permet de mesurer la pratique religieuse pendant la guerre civile : les fidèles y tiennent au Loroux (voir p.22).
Nous allons maintenant étudier le comportement des Concellois face au baptême et paralèllement nous appréhendererons leur fécondité pendant cette période de difficultés. Et puisqu'à cette époque le taux de natalité est lié au nombre d'habitants, nous estimerons grossièrement le nombre des survivants.Le baptême prérévolutionnaire et postrévolutionnaire
L'administration du baptême est soigneusement définie dans le rituel catholique romain. Celui-ci remplace depuis 1614 les rituels diocésains, mais certains diocèses ont conservé leur rituel propre. Il est mis en pratique et ses règles sont apprises au séminaire.
Dans le diocèse de Nantes, c'est le "Rituale Nannetense", édité en 1776 par l'éditeur Joseph Vatar, qui fixe les règles liturgiques. L'extrait suivant montre qu'une ancienne ordonnance royale est toujours en vigueur :Par la Déclaration de 1698, le Roi enjoint à tous ses sujets de faire baptiser leurs enfants à l'Eglise de leurs Paroisses, dans les 24 heures après leur naissance, s'ils n'ont obtenu permission de l'Evêque de différer les cérémonies du Baptême. Les Ordonnances du Diocèse chap.1-4 défendent de différer au-delà de trois jours. (14, p.8)
Selon certains auteurs, pour convaincre les parents de la nécessité du baptême rapide, l'église aurait utilisé, à certaines périodes, la menace d'excommunication envers ceux qui n'ont pas fait baptiser leur enfant dans les huit jours (18). Cette excommunication ne semble pas concerner le diocèse de Nantes en 1776, car le rituel ne donne aucune indication de ce genre.
Le délai de baptême est par conséquent inférieur ou égal à trois jours avant la Révolution. Puisque l'église et le roi exigent le baptême aussi rapidement, certains parents ont probablement eu la tentation de dissimuler la date exacte de la naissance. Cette "tricherie" devait être tempérée par l'ardeur de la sage-femme à dire la vérité. Lorsque l'enfant avançait en âge, il devenait également impossible de cacher la vraie date de naissance au prêtre.
Le père part le jour même de la naissance au bourg avec l'enfant, quelles que soient la saison et la distance. Ce voyage a lieu dans la majorité des cas à pied et comme il n'est pas rare d'avoir 4 à 5 km pour atteindre le bourg, on voit que l'enfant subit une rude épreuve qui ne contribue pas à améliorer son espérance de vie.
En 1869, la situation est inchangée à Saint-Julien-de-Concelles. Michel Launay cite cette paroisse dans son étude du diocèse de Nantes, en tant que paroisse représentative dans le domaine social, économique et religieux. Il observe que la règle des trois jours y est toujours respectée (22) :Le délai de baptême a une particulière valeur de témoignage en ce qui concerne la soumission à la loi de l'Eglise. Les statuts diocésains précisent à ce propos :
« les curés et desservants avertiront les pères et mères de faire baptiser leurs enfants le plus promptement possible et sous trois jours, au plus tard, après leur naissance » (22).
- Le délai de baptême dans la clandestinité
En période clandestine, les prêtres administrent le sacrement de baptême sans faire de difficultés quel que soit l'âge des enfants, et parfois à des enfants très âgés pour l'époque. Ainsi, René Lemesle baptise quatre enfants de trois ans. L'âge de l'enfant ne pose plus de problème et les parents n'ont pas de raison de le dissimuler pour se conformer à la règle des trois jours.
L'âge déclaré lors du baptême clandestin peut ainsi être considéré comme exact pour les nouveaux-nés. La date de naissance des enfants plus âgés, en particulier ceux qui dépassent quelques mois, pose un problème d'exactitude du fait des défauts de mémoire des dates (voir p.67).
Dans le registre clandestin de Saint-Julien, 65 % des enfants sont baptisés dans les trois jours, 92 % dans les trois mois, et 8 % de trois mois à trois ans.
L'histogramme ci-contre donne le cumul en fonction de l'âge exprimé en jours. Ces chiffres recouvrent en réalité des situations variables dans le temps.
Le même histogramme, en période de persécution accentuée, traduit un allongement du délai de baptême. Il existe une corrélation entre l'intensité de la répression et le délai de baptême.
Pour mesurer cette corrélation, il faut extraire les périodes de forte persécution de l'ensemble de la période couverte par le registre clandestin.
Le délai de baptême des non-Concellois diffère de celui des Concellois, de la même façon que celui des non-Lorousains privés de prêtre en 1793 et début 1794.Le délai de baptême des Concellois est rapproché ci-dessus (voir tableau) de celui des non-Concellois. Les années retenues sont significatives : une année de calme relatif, 1796, et deux années de difficultés, 1798 et 1799. L'écart entre les années est symptomatique ; le délai augmente dès que la persécution reprend le dessus. L'année 1798 est la plus difficile, si l'on en juge par les délais de baptême. Ordinairement, l'année 1799 passe pour avoir été pire.
Les non-Concellois mettent en moyenne huit à dix fois plus de temps à trouver le prêtre que les Concellois. Ceci recoupe les observations faites au Loroux (voir p.22).La reprise du culte, dans une paroisse privée de prêtre, doit par conséquent s'accompagner de baptêmes d'enfants âgés. Toutefois, lors de la reprise du culte à Saint-Sébastien-sur-Loire, on n'observe pas d'enfants âgés. Ceci plaide en faveur de la présence intermittente d'un prêtre ayant baptisé, et dont nous n'avons pas de trace. Les seuls baptisés âgés de quelques semaines, qui viennent à Saint-Sébastien en 1802, sont des non-Sébastiennais, surtout de Nantes-Saint-Jacques et Nantes-les-Ponts.
- Mode d'expression du délai de baptême
Le délai de baptême exprime le nombre de jours entre la naissance et le baptême. Il s'évalue à partir des deux dates notées par le prêtre.
Les historiens-démographes expriment toujours un délai en jours, mois, ans, révolus. Ils considèrent donc le jour de la naissance pour un délai de zéro jour.
Néanmoins, selon le rituel, les enfants doivent être baptisés dans les trois jours. Le jour de la naissance compte comme premier jour, soit un délai d'un jour. Dans la présente étude, le délai de baptême est compté en jours non révolus comme dans le rituel car on mesure la pratique religieuse et non la démographie. On a ainsi un délai d'un jour pour le jour de la naissance, de deux jours pour le lendemain, et de trois jours pour le surlendemain.
Les dates de naissance sont fidèlement transcrites par René Lemesle. Les cérémonies nocturnes ne sont pas précisées et pourtant une partie des baptêmes a eu lieu la nuit en période clandestine.
Les baptêmes effectués pendant la nuit permettent de baptiser tard le soir un enfant né le matin alors qu'avant la Révolution on aurait été le lendemain matin. Les baptêmes nocturnes raccourcissent ainsi le délai à l'intérieur des trois jours, toutefois, en l'absence de détails sur l'heure, on se contentera du calcul de l'âge des enfants sans tenir compte de l'heure nocturne probable.
René Lemesle précise très souvent si l'enfant est né le matin ou le soir, même lorsqu'il s'agit de la veille. Ainsi, 246 baptisés sont nés le matin et 188 le soir.
- Chercher le prêtre
Avant la Révolution, le père part avec l'enfant à faire baptiser. C'est aussi parfois le prêtre qui se déplace. Dans les deux cas, il est facile de trouver un prêtre au bourg de Saint-Julien ; ils sont trois prêtres pour desservir la paroisse, et l'un d'entre eux est toujours présent à la cure.
Il en va tout autrement en période de clandestinité. Encore qu'il faille distinguer les périodes de clandestinité totale et les périodes de semi-clandestinité. Elles correspondent aux périodes pendant lesquelles les officiers municipaux sont soit réfugiés à Nantes, soit de retour à Saint-Julien mais ferment les yeux ou font eux-mêmes baptiser leurs enfants...
Le délai de baptême dépend surtout du temps mis à trouver un prêtre. La rapidité de localisation du prêtre suppose une organisation, une sorte de réseau d'information, puisqu'il n'y a pas de lieu fixe comme la cure. Un délai aussi court que celui que nous venons de constater est obtenu grâce à un relais d'information dans chaque village, ou tout au moins dans chaque gros village. Cet informateur est capable de situer le prêtre à tout moment, car n'oublions pas que celui-ci doit souvent changer de cachette. La sage-femme peut aussi avoir été un agent de liaison, encore que bien souvent on a d– s'en passer. Tout un réseau de communication était mis en place, pour informer la population (voir p.64).
- Les baptêmes clandestins
Le registre clandestin contient 1095 baptêmes du septembre 1794 à novembre 1802 inclus. Les enfants ne sont pas tous concellois : 184 baptisés sont nés hors Saint-Julien-de-Concelles, soit 16,8 %.
Les 66 Lorousains sont suivis de ceux de Basse-Goulaine, Nantes et Saint-Sébastien. Les divers sont les enfants venus par la Loire (voir ci-après), et deux de Vertou et trois de La Chapelle-Basse-Mer. Les trois Chapelains sont baptisés le jour de leur naissance. Les parents ont trouvé R. Lemesle plus vite que M. Robin.
Ces non-Concellois viennent se faire baptiser à des périodes différentes qui sont le reflet de la situation temporaire dans leur paroisse.
- Loroux-Bottereau
Au Loroux-Bottereau, l'année 1794 s'est terminée par un grand nombre de baptêmes. Après le départ de Clair Massonnet, c'est Denis Guillet qui entre en fonction à Sainte-Radegonde. Ce dernier est loin pour les Lorousains vivants à l'ouest de la paroisse, plus proches de Saint-Julien. En outre, Denis Guillet est parfois empéché ; en particulier au printemps 1796, fin 1797, 1798 et 1799. Le registre de Saint-Julien complète ainsi partiellement celui du Loroux.
Aucun Lorousain ne vient se faire baptiser à Saint-Julien fin 1794 et début 1795. A cette date, Clair Massonnet est encore au Loroux ; ce prêtre a une plus grande influence que Denis Guillet et tient ses ouailles en main.
- Basse-Goulaine
Les Bas-Goulainais viennent irrégulièrement à Saint-Julien parce qu’ils ont parfois une possibilité de culte clandestin sur place. Il n'y a pas de prêtre desservant à demeure Basse-Goulaine comme au Loroux, mais des prêtres itinérants, par intermittence. Sinon, on aurait ils iraient plus souvent à Saint-Julien.
Curieusement, aucun Bas-Goulainais ne vient durant l'année difficile de 1799 se faire baptiser à Saint-Julien ; malgré la répression, il y a un prêtre à Basse-Goulaine, pour lequel nous ne possédons pas de registre clandestin, mais dont la présence est attestée a contrario.
Le même raisonnement s'applique à Saint-Sébastien-sur-Loire.
- Saint-Sébastien-sur-Loire
La paroisse de Saint-Sébastien a été divisée en deux en 1791. Une moitié de cette paroisse, annexée par Nantes, englobe Pirmil, la Prairie d'Amont, Sèvres, la Gilarderie (23).
René Lemesle ne connaît pas la région mais note "paroisse de Saint-Sébastien" pour la partie annexée. Les habitants de ces quartiers sont déclarés "de Nantes" dans les actes civils. En fait, lorsqu'on leur demande de quelle paroisse ils sont, ils se déclarent de Saint-Sébastien au prêtre, de Nantes à l'officier municipal, qui rectifie le cas échéant.
Le même phénomène se retrouve dans le registre clandestin de Haute-Goulaine, lorqu'il s'agit d'actes de Sébastiennais (24). Le baptême signe la naissance dans une paroisse, non dans une commune, dans une communanté religieuse et non civile.
Dans la nouvelle paroisse de Saint-Jacques, il y a un prêtre assermenté, mais quelques couples ont attendu de trouver plus loin un prêtre insermenté. Pourtant le prêtre constitutionnel baptise beaucoup : 600 baptêmes par an. Ces baptêmes dépassent en permanence les limites de la paroisse, tout en ne couvrant pas la totalité des paroissiens.
- Venus par la Loire
Les baptisés de Mauves sont au nombre de huit, de Thouaré sept, de Carquefou deux, de Sucé un, de Sainte-Luce un, de Rezé trois, de Bouguenais deux, de Chantoceaux un.
Tout laisse à penser qu'ils venaient par la Loire, et que c'est par les échanges fluviaux que l'on avait connaissance de la présence de René Lemesle, à moins que ce ne soit par les anciennes connaissances faites pendant la Virée de Galerne.
Ainsi, les deux enfants Bessac sont de Trentemoult. Il est plus facile à leurs parents de sortir par la Loire que par le faubourg Saint-Jacques, bien gardé.
Les bateaux républicains de la deuxième division stationnent devant la Chebuette, BoireúCourant et la PierreúPercée (25). On sait déjouer la vigilance des canonniers qui surveillent la Loire.
Rezé a eu épisodiquement le ministère de prêtres clandestins rezéens. Cette présence est attestée malgré l'absence de registre connu. Ainsi, fin 1797 :Il est constant par les rapports qui nous ont été faits, que les prêtres Bascher frères exercent encore leurs manoeuvres perfides dans la commune de Rezé, et que le prêtre Métayer agit dans le même sens en celle de Bouguenais. (26)
Il n'est pas possible de déterminer avec certitude si c'est le prêtre qui s'est déplacé ou les familles. Le travail intense du prêtre ne lui laisse guère le temps de traverser la Loire : il baptise le même jour des non-Concellois et des Concellois, ce qui laisse penser qu'il quitte peu Saint-Julien.
Les enfants, « venus par la Loire », sont plus âgés que les Concellois : leurs parents ont cherché un prêtre plusieurs mois. On voit ci-contre l'origine des baptisés âgés de plus de trois mois.
Les 17 Concellois sont nés entre 1792 et août 1794. La majorité de ces baptêmes ne sont pas faits par R.úLemesle, mais par MM. Robin et Massonnnet, puis retranscrits au début du registre clandestin, avant le 07.10.1794.
Les retranscriptions faussent généralement les statistiques.
Elles ont été gardées dans cet ouvrage, car le registre de M. Robin a été brûlé en août 1794 et celui-ci n'a pas pu reconstituer tous les baptêmes des enfants nés hors La Chapelle-Basse-Mer, en particulier ceux des baptisés concellois. Les deux Concellois du registre de La Chapelle ne sont pas dans celui de Saint-Julien ; ce sont Julien Bouhier de Saint-Barthélémy et Pierre Moreau de la Chebuette.
- Nombre de naissances par an
Pour le XVIIIème siècle, on peut évaluer le taux annuel de natalité avec la date de baptême des enfants, peu différente de la date de naissance. En période clandestine, l'âge des enfants est variable et il faut calculer la date de naissance par soustraction de l'âge annoncé par les parents le jour du baptême.
La date de naissance est portée sur la courbe ci-contre, pour tous les baptisés, Concellois ou non.
La moyenne concelloise prérévolutionnaire, représentée par un trait horizontal en pointillés, est dépassée en 1795, 1798 et 1800.
Cette moyenne élevée est partiellement due aux non-Concellois.
Seul le taux de natalité des Concellois est comparable. Ceux-ci sont au nombre de 911, dont il faut retrancher les 17 enfants retranscrits avant René Lemesle, dans le registre. On obtient 894 naissances concelloises sur 8 ans et 2 mois, soit en moyenne 109 par an. La moyenne prérévolutionnaire était de 119 enfants : on constate que le taux de natalité s'est presque maintenu pendant la guerre civile.
Cette moyenne élevée peut être partiellement due à un abaissement de l'âge au mariage, ce qui sera étudié sur le Loroux (étude en cours).
On peut obtenir un ordre de grandeur de la population survivante. Pour 3 165 Concellois avant la Révolution, on a (3 165 x 109) / 119 = 2 899 survivants.
Ce chiffre est très approximatif, car d'autres facteurs ont pu avoir une influence. Ceux-ci nous sont inconnus en l'absence de reconstitution des familles concelloises.Les enfants et les vieillards ont généralement été massacrés en plus grand nombre que les femmes et les hommes en âge de procréer, ainsi au Loroux (27). Il n'en est rien à Saint-Julien, où les hommes de 20 à 50 ans sont très représentés dans les décès déclarés (voir p.80).
L'évaluation du nombre des survivants, donnée ci-avant, n'a qu'une valeur indicative, toutefois, elle infirme la tradition orale racontée à l'abbé Petard en 1892 (11), selon laquelle la moitié de la population avait été massacrée.
Elle permet cependant d'affirmer qu'une partie seulement des décès par mort violente a été déclarée à l'état civil. En effet, si on ajoute au chiffre théorique de survivants, le chiffre des décès déclarés (voir p.80), on n'atteint pas les 3 165 Concellois d'avant 1789. La sous-déclaration des décès serait de l'ordre de 50 % de ceux-ci.
Les courbes ci-contre donnent le nombre annuel de naissances à Saint-Julien comparé au flux des non-Concellois.
Le taux de natalité est faible en 1795, et fin 1794. L'année 1794 est dure : les colonnes infernales sont au Loroux à partir du 8 mars.
Dès 1796, la moyenne annuelle prérévolutionnaire, figurée ci-contre par un trait horizontal, soit 119 enfants, est presque maintenue. Les non-Concellois viennent surout de 1794 à 1796. Puis, ils ne fréquentent plus René Lemesle avec autant d'assiduité, alors qu'ils connaissent certainement une remontée du taux de natalité, comme à Saint-Julien-de-Concelles.
L'année 1796 correspond à la pacification. Le « baby-boom » commence en novembre 1795. Le traité de la Jaunaye a été signé le 26.02.1795 et l'espoir que la paix fait naître est sensible neuf mois après.
De novembre 1795 à fin 1796, la vie prend sa revanche sur la mort. dans la décennie qui précède la Révolution, il y a en moyenne 11,6 naissances en novembre pour un écart-type de 2,2. En novembre 1795, il y a 12 enfants pour un nombre d'habitants supposé très inférieur.
En 1796, sur 176 baptisés, il y a 45 non-Concellois, ce qui ramène
les Concellois à 131. Ce chiffre
reste considérable et est assimi-
lable à un "baby-boom".
La répartition indique une pointe au printemps, qui correspond
à un été de paix neuf mois plus tôt.
Le mois de mai est comparable à ceux de 1801 et 1802, mais plus
accentué qu'en 1800.
Le taux inférieur de la conception en mai 1800 correspond à la période de persécution maximale en 1799, déduction faite des variations saisonnières normales (voir p.27).
En période de paix, le rythme de la conception est lié aux saisons et aux travaux des champs.
Les historiens-démographes observent le même profil saisonnier en France au XVIIIème siècle.
On note une particularité concelloise liée au type de culture : chanvre et vigne. Le travail y est maximal en septembre.
- Enfant de l'impossible
Mathurin Beranger, fils de Mathurin et de Marie Vivant, est baptisé par René Lemesle le 09.04.1795 en présence des parents, de Marie Beranger sa tante et marraine et de Gilles Vivant. Rien n'est plus banal, puisque 1095 baptêmes ressemblent à celui-ci. Cependant, ce baptême n'est pas tout à fait comme les autres, car l'enfant revient de très loin.
Il est né le 07.03.1794 dans les prisons de Nantes et son baptême atteste de la vitalité de toute sa famille, car les parents sont présents.
Le cas des parents de Mathurin n'est pas rare ; l'abbé Petard cite six
Concellois emprisonnés ayant échappé à la mort : "Pierre Ripot 37 ans et sa femme née Marie Redureau 33 ans, femme Joubert née Thomas 48 ans, Renote Coutant 23 ans, femme Bizière née Guichard, femme Trébuchet née Perrine Litou" (11).
Marie Vivant ne figure pas dans cette liste et est donc à y ajouter.
Mathurin Beranger est un enfant de l'impossible, c'est-à-dire un de ceux que l'on ne s'attend pas à trouver.
Pendant la guerre civile, la vie a été plus forte qu'on le raconte souvent.
- Prénoms
Les prénoms des baptisés suivent-ils une éventuelle influence ? La totalité des 1 095 enfants est analysée ci-après, ce qui représente 1 234 prénoms, compte-tenu des doubles prénoms. Les non-Concellois ont été conservés, et comparés avec les prénoms des époux et épouses des 1 192 mariages de 1753 à 1802 de Saint-Julien-de-Concelles, dont nous disposons grâce aux tables du C.G.O.
Les prénoms donnés aux baptisés clandestins sont exempts de prénoms révolutionnaires, comme de prénoms royalistes : il n'y a aucune évolution significative.
Rose, vierge sainte honorée dans la région, est un prénom relativement fréquent avant la Révolution et pendant la guerre civile à Saint-Julien.
Barthélémy est absent à toute les époques de l'histoire de Saint-Julien-de-Concelles, ce quiest surprenant, s'agissant du saint local le plus estimé. Enfin, les Brice sont en baisse pendant la Révolution, alors que le prénom de ce saint évêque de Tours figure au "Rituale Nannetense" de 1776 et se donne encore de nos jours.
A la mode : Armand, Victoire, Félicité, Joséphine ... , mais passés de mode : Catherine, Maurice, Antoine, Nicolas...
PRENOMS CONCELLOIS
nombre d'occurrences par ordre alphabétique
FEMMES baptêmes clandestins mariages 1753-1802 HOMMES baptêmes clandestins mariages 1753-1802
(je n'ai pas pu remettre en format WIKI mon tableau, aussi vous avez deux colonnes, les filles à gauche, les garçons à droite, et les chiffres indique FEMMES baptêmes clandestins mariages 1753-1802 HOMMES baptêmes clandestins mariages 1753-1802TOTAL 611 611x100 (1126) 623 623x100 (1184)
1126 1184Adéla‹de 2 0,5 (1) Aimé 3 -
Adèle 1 - Alain - 1 (2)
Agathe - 1,0 (2) Alexandre - 3,6 (7)
Agnès - 1,0 (2) Alexis 1 1,0 (2)
Aimée 1 - Amant 1 -
Andrée - 0,5 (1) André 4 4,8 (9)
Angélique 2 0,5 (1) Antoine 2 10,6 (20)
Anne 34 31,5 (58) Armand 4 -
Antoinette 1 - Auguste 2 -
Augustine - - Augustin 2 2,1 (4)
Catherine 1 6,5 (12) Barthélémy - 1,5 (3)
Cécile - 1,6 (3) Bennjamin 1 -
Céleste - - Bertrand - 1 (2)
Charlotte - 0,5 (1) Brice 1 3,1 (6)
Claire 1 - Charles 4 4,8 (9)
Claude 1 - Christophe - 2,1 (4)
Claudine - 1,0 (2) Clément - 1,5 (3)
Constance - 2,2 (4) Cyprien 1 -
Denis 1 - Daniel - 1 (2)
Elisabeth 6 3,2 (6) David - 0,5 (1)
Emerance 1 - Denis 1 -
Emilie - 0,5 (1) Donatien 1 0,5 (1)
Félicité 4 - Elie 1 0,5 (1)
Fidèle 2 0,5 (1) Emmanuel - -
Françoise 35 24,4 (45) Etienne 1 4,8 (9)
Gabrielle 1 1,6 (3) Eutrope - -
Geneviève - 6,5 (12) Félix 2 0,5 (1)
Hélène 1 - François 60 52,6 (100)
Henriette 1 0,5 (1) Frédéric 1 -
Honorée 2 1 (2) Gabriel 6 3,1 (6)
Isabelle - 1,0 (2) Gatien 1 -
Jacquette - 2,7 (5) Georges 1 0,5 (1)
Jacquine - - Gervais - 2,1 (4)
Jeanne 138 95,5 (176) Gratien - 2 1 (4)
Joséphine 3 - Guillaume 10 15,2 (29)
Julie 1 0,5 (1) Henri 1 0,5 (1)
Julienne 46 41,8 (77) Hervé - 0,5 (1)
Laurence 2 3,8 (7) Hilarion 3 2,1 (4)
Louise 14 13,6 (25) Honoré - -
Luce - 0,5 (1) Jacques 23 31,5 (60)
Lucrèce - 0,5 (1) Jean 114 97,3 (185)
Magdeleine 25 15,2 (28) Jean-Baptiste 8 -
Marguerite 8 22,2 (41) Jér“me 4 1,0 (2)
Marie 163 164,4 (303) Joseph 19 21,2 (40)
Mathurine 3 8,7 (16) Jude - 0,5 (1)
Ménanie 3 - Jules - 0,5 (1)
Michelle 4 18,4 (34) Julien 75 53,1 (101)
Modeste 2 0,5 (1) Laurent 5 9,5 (18)
Nicole - 0,5 (1) Leger 1 -
Olive 1 2,2 (4) Louis 24 20,5 (39)
Pauline 1 - Luc 3 3,6 (7)
Pélagie 1 - Mathieu - 1 (2)
Perrine 60 78,7 (145) Mathurin 20 32,1 (61)
Radegonde - 0,5 (1) Martin - 2,1 (4)
Renée 16 47,2 (87) Maurice 2 5,8 (11)
Rosalie 4 Michel 16 29,4 (56)
Rose 7 3,2 (6) Nicolas 1 4,8 (9)
Sébastienne - - Noel 1 0,5 (1)
Sophie 1 - Paul 4 1,0 (2)
Thérèse 3 3,2 (6) Philippe 1 0,5 (1)
Victoire 5 - Pierre 137 119,4 (227)
Rémy 1 -
René 45 54,2 (103)
Samuel 1 0,5 (1)
Sébastien - 1,5 (3)
Sévère 1 -
Simon - 0,5 (1)
Sylvestre - -
Thomas - 3,6 (7)
Toussaint 1 1,5 (3)
Vincent - 0,5 (1)
Yves 1 0,5 (1)Chapitre V
- LA FÊTE
- La fête prérévolutionnaire
Les noces traditionnelles villageoises ont lieu le mardi dans la France rurale avant 1789. Pour la période de 1753 à 1789 à Saint-Julien-de-Concelles, 86,8 % des couples se marient le mardi, et 11,4 % le lundi, également considéré comme jour traditionnel. Ces deux jours totalisent 98,2% des mariages (voir graphique p.43).
Au Loroux-Bottereau pour la période de 1740 à 1789, ces chiffres sont respectivement de 84% pour le mardi et 10 % pour le lundi, soit 94 % pour ces deux jours (24).
La préférence du mardi s'explique : on prépare le festin le lundi en tuant le cochon, en confectionnant terrines, plats de volailles. Le mardi on fait ripailles, le mercredi on prolonge. Toute la famille et tous les voisins et amis sont réunis, en outre plusieurs couples sont souvent unis le même jour ; ainsi, le record dans la région est de 22 couples le mardi 22.02.1779 au Loroux-Bottereau.
Les variations saisonnières sont rythmées par l'église et les travaux agricoles. L'église tient pour interdits le Carême et l'Avent. Ces interdits, aussi appelés "temps clos", sont respectés. Le Carême commence plus ou moins tôt selon les années, au plus tôt le 4 février, et se termine au plus tard le 25 avril, d'où un creux étalé sur deux mois. En outre, on se marie moins quand le travail agricole est intense ; à Saint-Julien ce sont les mois du chanvre, de l'osier et de la vigne, c'est à dire septembre et octobre. De même au Loroux on ne se marie guère en septembre et octobre, alors que 27% des mariages y sont célébrés en février.
- La fête clandestine
La fête clandestine est-elle traditionnelle ? Des récits de mariages clandestins et festifs ont été racontés. En voici deux exemples, extraits de mémoires :
Mon mariage fut arrêté pour le 18 janvier 1796. Il eut lieu en effet ce jour, mais ce fut au milieu des batailles, car à 2 heures de l'après midi, au moment de se mettre à table, une vive fusillade se fit entendre à 3 lieues et nous laissa dans l'incertitude de prendre le repas ou de rejoindre le bataillon aux prises, commandé par MM Douarin frères, officiers très distingués, lesquels, après une heure de combat, poursuivirent l'ennemi jusque sous les murs de la petite ville de Nort d'où il était sorti et dont le canon de la fortification nous annonça la victoire des Royalistes. Un courrier vint annoncer le succès de MM. DOUARIN et l'on se mit à table aux cris de « Vive le Roi ». Nous passâmes la journée joyeusement car, il faut en convenir, par un bienfait de la Providence dans un temps si malheureux, la tristesse était bannie de tous les esprits et, doutant de son existence au lendemain, on conservait cependant une sérénité, une absence de soucis que l'on n'a pas en temps de paix (25).
C'est Pierre-Michel Gourlet, général de cavalerie à l'Armée de Scépeaux qui commande la région de Nort-sur-Erdre, qui relate ainsi son mariage clandestin dans ses mémoires. L'union est bénie par M. Royer, vice-gérant de Saint-Mars-la-Jaille, après publication d'un ban à Pannecé. Le registre clandestin est de nos jours à l'état civil de Saint-Mars-la-Jaille.
La Marquise de la Rochejacquelein raconte le mariage de Charles Goguet de la Salmonière pendant la virée de Galerne :
Il arriva à Fougères une histoire fort comique; la soeur de M. de Bonchamps suivait l'armée; comme elle était brouillée avec la veuve de ce général, elle restait à peu près seule, ou du moins avec des personnes indifférentes. Elle entra, pour une affaire, avec d'autres dames, à l'état-major ; tout en causant, ces dames dirent combien les femmes qui n'avaient point d'officiers pour parents, étaient à plaindre, abandonnées pour les logements et le reste ; on observa en badinant qu'il leur était aisé d'en avoir, qu'elles pouvaient se marier, qu'il ne manquait pas de jeunes gens. Melle de Bonchamps répliqua en riant que le conseil était excellent, mais que les femmes ne devaient faire d'avances et que c'était à ces messieurs à se proposer. Alors, M. de la Salmonière, officier du corps de Bonchamps, lui demanda si elle parlait sérieusement et si elle accepterait une proposition. Cela dépendrait, répondit-elle, de celui qui la ferait. M. de la Salmonière lui dit : « Eh bien, mademoiselle, me voilà, je me propose et serai fort heureux si vous voulez de moi ». Melle de Bonchamps était jeune et, comme je l'ai dit, se trouvait isolée, elle accepta sur-le-champ; ils se marièrent le lendemain ; M. de Talmond, toujours prêt à s'amuser, leur donna des fêtes. (8)
Le mariage religieux fut probablement écrit sur une feuille volante et ne nous est pas parvenu, si ce n'est par le récit de la marquise de la Rochejaquelein, qui a tout lieu d'être véridique, même si la marquise n'est pas toujours fiable.
René Lemesle assista probablement à ce mariage festif en plein coeur de la Virée de Galerne, à Fougères. En tous cas, la marquise ne cite pas le nom du prêtre qui a béni cette union, donc il ne devait pas être connu.
Comme dans les contes, les époux furent heureux et eurent des enfants à Saint-Julien-de-Concelles. Il y font baptiser le 24.08.1801 leur fils Charles, né le 02.08.1801. Le parrain est l'aîné des enfants, Auguste Charles. La cérémonie réunit trois prêtres : Veillard, Fremont, et René Lemesle.
Le couple fait enregistrer le mariage civilement le 19.07.1800 à Saint-Julien-de-Concelles : il réside à la Salmonière. Ce mariage civil aurait pu être qualifié de "républicain" car sans son équivalent religieux. Il est donc vain de comparer les mariages civils aux mariages religieux dans le but d'en conclure que les mariages uniquement civils sont le fait de bons républicains.Rythme hebdomadaire des mariages clandestins
On compare ci-contre la période de 1753 à 1789 à Saint-Julien, à la période clandestine.
Les mariages clandestins ont maintenu la tradition du mardi et du lundi. L'érosion du mardi est en partie reportée sur le lundi. Ces deux jours représentent 88,3 % des mariages clandestins.
L'érosion de ces deux jours est plus importante quand la persécution s'accentue. Ceci est surtout sensible pour les non-Concellois.L'année 1795 est une année sans difficultés : le profil hebdomadaire est identique au profil prérévolutionnaire pour les Concellois, mais deux Sébastiennais se marient le jeudi.
Beaucoup de couples sont parfois unis ensemble un autre jour que le mardi ou le lundi. Ainsi, on observe cinq mariages clandestins le mercredi 13.09.1797, trois le jeudi 28.09.1797, deux le dimanche 12.11.1797 et deux le jeudi 26.04.1798. Pour la plupart de ces mariages collectifs, René Lemesle était manifestement situé dans un village proche du Loroux et de La Chapelle-Basse-Mer. On ne peut pas conclure qu'il s'est rendu au Loroux car il y toujours des couples concellois le même jour.
Par contre, il s'est rendu à Basse-Goulaine le 27.01.1795 pour marier dans l'église deux couples de Saint-Sébastien.
Il est aussi à la Gagnerie en Saint-Sébastien ou quelques Sébastiennais festoient le lundi 23.11.1795 : cinq couples de Sébastiennais et de Concellois se pressent dans la Chapelle de la Gagnerie « pour éviter les poursuites des révolutionnaires ennemis qui nous environnent ». Les personnes présentes sont au minimum 27, en ne citant que les époux et les témoins, auxquelles il faut ajouter le prêtre et les épouses des hommes présents comme témoins. Car, si ce sont les hommes qui sont témoins et laissent leur nom dans le registre, on doit admettre
que leurs épouses n'étaient pas restées à la maison, d'ailleurs dans toutes les études de la pratique religieuse en période révolutionnaire, elles sont donnés généralement comme majoritairement présentes aux messes clandestines (18,19).
Le lundi est jour de mariage festif avant la Révolution, même si cela est de fa‡on secondaire. Il le reste pendant la guerre civile et l'analyse des mariages bénis ce jour-là par R. Lemesle est significative : ce sont très souvent des mariages collectifs : cinq les 14.09.1795, 23.11.1795, 23.01.1798 et 12.11.1798, quatre les 16.02.1795 et 23.05.1796, trois les 18.01.1796 et 08.02.1796, deux les 26.06.1796, 13.11.1797 et 22.10.1798.- Saisonnalité des mariages clandestins
Les mariages clandestins à Saint-Julien-de-Concelles respectent les temps clos. Le graphique de saisonnalité (voir p.28) montre nettement le creux des mois du mois de mars et celui du mois de décembre. La saisonnalité est identique chez M. Robin à la Chapelle-Basse-Mer, avec cependant une légère différence : René
Lemesle bénit plus d'unions que M. Robin pendant les mois de travail agricole. Pour voir si la saisonnalité de René Lemesle diffère vraiement d'une saisonnalité connue, on compare ci-contre à celle du Loroux prérévolutionnaire. On constate à nouveau que R. Lemesle bénit un peu plus que d'autres pendant le travail agricole ? Or, ce travail est collectif, lors de rassemblements importants autant que festifs. René Lemesle, qui avait 28 ans en 1794, est capable de se déguiser en ouvrier agricole.Il a donc pu bénir des couples au milieu du travail. Le père Petard raconte que cela se produisait quelquefois au milieu des champs (9 p.247). Les champs sont le meilleur espace discret, puisque le rassemblement est justifié par le travail. René Lemesle ne ménage pas pour autant le cérémonial. Il aime une certaine solennité qu'il sait, avec bonheur, concilier avec la réalité quotidienne. S'il se transforme facilement en ouvrier agricole, son voisin, C. Massonnet, refuse de "se déguiser" en otant sa soutane. R. Lemesle montre ainsi que très t“t il a su retirer sa soutane, sans doute dès 1791, pour se fondre dans le paysage agricole ou artisanale. Cette aptitude à se glisser parmi la population témoigne d'une certaine faculté d'adaptation pour ce fils du forgeron issu d'une lignée de marchands de fil.
En période de persécution, la population reste donc attachée à la forme traditionnelle des noces, et fait la fête à ses risques et périls. En effet, les 411 couples unis en 8 ans représentent un déplacement considérable de population.
On peut donc se poser la question des allées et venues de toutes ces familles sans se faire remarquer, d'autant plus que les mariages le même jour sont nombreux, jusqu'à cinq ou sept, comme avant la Révolution.
- Rythme annuel des mariages clandestins
Le registre de René Lemesle contient 411 mariages, et sa moyenne annuelle est très supérieure à la moyenne prévolutionnaire avec 50 contre 31. Mais il y a des variations. On observe une pointe trés élevée pour 1795 et 1796, puis un retour progressif aux chiffres prévolutionnaires, avec cependant une chute en 1799, non significative : avant 1789 les variations annuelles sont supérieures. Elle traduit cependant la difficulté à trouver le prêtre durant 1799.
En 1795 et 1796, René Lemesle bénit trois fois plus de couples que la moyenne prévolutionnaire.
Le nombre élevé de mariages en 1795 traduit à la fois la pacification et le fait que les couples ont attendu longtemps : les mariages sont d'autant plus nombreux qu'auparavant on en était privé. La reprise d'armes par Charette en juin 1795 et par Stofflet en février 1796 ne contribut pas à faire chuter le nombre des mariages de l'année 1796. On peut tenter d'en conclure que les Concellois n'ont sans doute pas beaucoup suivi cette reprise.
Les années 1795 et 1796 traduisent également l'affluence des non-Concellois.
Ces derniers ne viennent plus faire bénir leur union à partir de 1800, donc les années 1800 à 1802 restent élevées pour des mariages de Concellois seulement.
Les mariages de Concellois, de 1795 à 1802, n'auraient pu être aussi nombreux si la moitié de la population avait disparue en 1794, comme cela a été raconté au Père Pétard (9). La majorité des Concellois a effectivement survécu et le taux annuel de mariages vient renforcer l'hypothse émise à partir des baptêmes, pour estimer le nombre de survivants à environ 2952 (voir p.36).
Le décompte exact des mariages concellois est délicat, car les couples de Concellois avec non-Concellois sont fréquents avant 1789, comme pendant la guerre civile. Or, un couple de de Concellois avec non-Concellois peut aussi bien concerner une paroisse voisine, dans laquelle le nouveau couple créé s'installe.
- Pâques avant les Rameaux
Avant la Révolution, le premier enfant nait généralement environ 12 à 16 mois après le mariage religieux (26,27). Cette moyenne est loin de refléter la situation individuelle car les écarts sont très élevés : quelques couples ont un enfant moins de 9 mois après le mariage, d'autres 2 ans et plus après le mariage. Le laboratoire de démographie historique considère comme "normale" la période 9 à 30 mois. Passé les 30 mois, c'est qu'une naissance entre temps a pu échapper à l'attention.
En l'absence de prêtre insermenté entre 1791 et 1794, les couples en ont cherché, parfois vainement, un pour faire bénir leur union. La première naissance du couple est donc un paramètre qui pourrait montrer l'impatience à trouver le prêtre. Elle peut être rapprochée de la date d'union religieuse ou bien de la date d'union civile, lorsque celle-ci a précédé l'union religieuse.
Citons : Michel Bergalome, marié le 26.09.1796 à Louise Amiot, qui ont un enfant le 06.02.1797 etc...
Le délai de première naissance n'a pu être établi que pour un nombre assez limité de couples : une bonne partie des enfants ne sont pas des premiers nés.
L'intervalle entre naissances a pu être évalué dans les baptêmes clandestins pour quelques couples qui ont trois ou quatre enfants pendant cette période. Il se rapproche de la normale prérévolutionnaire.En conclusion, en période de privation de prêtres, une partie non négligeable des couples a dû faire Pâques avant les Rameaux.
- Fille ou fils de "feux"
Les père et mère des époux sont toujours, qualifiés de "feu" s'ils sont
décédés. Cette qualification est assez fiable dans les registres de catholicité du XVIII e siècle. Elle fait partie d'une méthode d'enregistrement des actes soigneusement apprise au séminaire : questions précises à tous les témoins avant d'écrire.
Les témoins sont moins précis dans l'état civil, à moins que ce soit les
officiers municipaux qui ne savent pas les questionner. Tous les recoupements des fiches de familles des Lorousains révèlent ces différences de fiabilité, même sur un point de détail comme celui-ci.
On peut donc suivre avec une grande précision le nombre de parents survivants au moment du mariage de leurs enfants. Pour 411 couples, il y a 1644 parents, dont 1049 sont décédés, soit 63,8%.
- Veuf et veuve
Les remariages sont fréquents au XVIIIe siècle. Ainsi on observe à Saint-Aignan en Loire-Atlantique, 8,6% des hommes et 17,4% des femmes pour la période 1674-1742,(27). A Avrillé dans le Maine-et-Loire, Jacques Thomé constate observe une pointe à 31% chez les hommes et 20% chez les femmes dans le premier quart du XVIII e (28).
Dans le registre clandestin de Saint-Julien-de-Concelles les remariages
touchent 13,8% de veufs et 19% de veuves pour 67,2% de premiers mariages. Le taux de remariages est normal, c'est à dire qu'il ne permet pas de dire qu'il y avait plus de veuf ou veuves du fait de massacres.
- Mémoire d'Avent
Tous les Concellois ont respecté les temps clos de l'église pendant la guerre civile. Pourtant, ces temps clos faisaient parfois l'objet de dispenses avant la Révolution. Ces dispenses étaient rares et concernaient surtout les mariages entre veufs. Sur les 6000 actes de mariages du XVIIIe siècle que j'ai déjà dépouillés dans cette région, quelques veufs ne suivent pas le profil traditionnel. Ils acceptent très souvent les mariages hors du mardi ou lundi, et pendant les temps clos. Ils ne refaisaient pas la fête traditionnelle en attirant tout le ban et l'arrière ban. Ceci se comprend étant donné la fréquence relativement élevée des veuvages au XVIIIe.
René Lemesle a accordé lui-même une dispense du temps de l'Avent à Jean Gautier, veuf de Marie Clestras, et Anne Bretagne, veuve de Michel Chatelier, tous deux Sébastiennais, qui se sont mariés le lundi 07.12.1795 "après la publication d'un ban canoniquement faite et sans opposition au pr“ne de la messe paroissiale de Saint Sébastien, la dispense des 2 autres bans, du temps de l'Avent et d'un empêchement de consanguinité du 4 au 4ème degré donnée par nous en vertu des pouvoirs re‡us des supérieurs légitimes...". Jean est laboureur à la Goulonnière en Saint-Sébastien et ne fera enregistrer civilement ce mariage que le 25.06.1809 à Saint-Sébastien, soit 13 ans et 6 mois après la cérémonie religieuse (voir p.49).
Ce couple est l'unique cas de mariage pendant l'Avent sur les 411 mariages. Il s'agissait de laboureurs sébastiennais, qui avaient probablement connu René Lemesle dans la division de Lyrot. Ils avaient "galerné" avec lui et avaient connaissance de sa présence toute proche.
Ils assistaient probablement à ses messes célébrées en Saint-Sébastien, et dont il est question dans les prônes des mariages de Sébastiennais : "après publication au prône de la messe paroissiale de Saint-Sébastien...". En effet, R. Lemesle, comme ses confrères, cite toujours la paroisse dans laquelle a été publié le seul ban qui reste souvent ; lorsque le ban a été publié par un confrère, il cite l'autorisation de ce confrère et le nomme, ainsi de M. Robin ou D. Guillet.
Ces messes sébastiennaises et basse-goulainaises cessent de 1796 au 7.01.1799, date à laquelle il marie encore un couple sébastiennais. D'autres prêtres clandestins ont donc très probablement dit la messe dans ces paroisses pendant cette période.
René Lemesle est jeune, et comme la plupart de ces contemporains, il est rompu à la marche : en 1800 il va même baptiser une nièce à Vern, à 50 km de Saint-Julien. Pour desservir Saint-Sébastien ou Basse-Goulaine, il résidait parfois à la Vrillère qui est aux confins de ses deux paroisses, à l'Ouest de Saint-Julien. Le père Pétard cite la Vrillère, dans son ouvrage, comme ayant été l'un des lieux où R. Lemesle s'est caché.Chapitre VI
- L'ENREGISTREMENT
- Ryhtme hebdomadaire du mariage civil civil
Les noces traditionnelles se sont donc maintenues pendant la guerre civile, mais quand régularisait-on civilement ?
La seule étude connue porte sur Avignon (18). La comparaison entre les dates des 2 formes de mariage, civil et religieux, montre que 15 % des couples régularisent le jour même, et que 62 % ne régularisent qu'après, dans un délai relativement court : la moitié des retardataires en l'espace d'une semaine, le reste en un an.
Avignon est cependant d'une ville dans laquelle les interdits religieux, les temps clos et le vendredi, ont été levés par la hiérarchie catholique. Le prêtre réfractaire bénit 82 % des unions un vendredi, et on ne peut donc comparer Avignon à Saint-Julien-de-Concelles.
L'attachement à la fête du mardi ou du lundi est encore plus marqué lorsque l'on étudie le jour de mariage civil. L'érosion du mardi est très sensible, au profit de tous les jours de la semaine y compris le dimanche. Les couples des lundi et mardi ont pu être ceux, rares, qui expédient le mariage civil le même jour que le religieux.
- Le délai d’enregistrement
L'attitude est bien diffèrente à Saint Julien de Concelles comme au Loroux. Rien de comparable avec Avignon. Le mariage civil est n'importe quel jour et il n'y a pas de corrélation avec la date religieuse : avant, même jour, quelques jours après, mais aussi très longtemps après, jusqu'à 30 ans après au Loroux.
Ce retard des couples mariés religieusement clandestinement à "régulariser" civilement n'a jamais été mesuré statistiquement en région de Venée Militaire. Au Loroux, il est si élevé, qu'il était intéressant de mesurer quantitavement cet écart dans la paroisse voisine de St Julien de Concelles, pour mieux ultérieurement évaluer l'attitude lorousaine.
Mais pour évaluer cet écart, les difficultés s'amoncèlent : non seulement il faut chercher jusqu'à 30 ans après, mais encore il faut faire les 2 collections d'archives : les communales et les départementales. Et ce n'est pas tout, car la plupart n'ont pas régularisé dans la même commune : on régularise plutôt dans la commune de l'époux alors que l'inverse est fréquent pour le mariage religieux. Enfin, le Conseil Régional a interdit l'accès aux archives communales et les mairies ferment leur porte. Je remercie donc particulièrement celles qui m'ont ouvert leur porte.
Les collections d'état civil des archives communales de La Chapelle-Heulin, du Loroux-Bottereau, de La Chapelle-Basse-Mer, sont totalement différente des collections départementales. Elles sont beaucoup plus riches que les départementales, et il convient d'analyser ce phénomène. Voici donc à titre d'exemple l'analyse des différences pour les deux collections, départementales et communales, concernant Saint-Julien-de-Concelles.Les mariages des AD, dépouillés par le CGO, sont au nombre de 123 de 1793-1802, alors qu'ils sont au nombre de 245 dans la collection communale. Bien entendu, les fascicules communaux sont reliés dans le désordre le plus total : non seulement les décès sont mélangés aux mariages, mais les années commencent n'importe quand et se suivent n'importe comment. Mieux, les années dont la copie est aux AD, ne sont pas copiées intégralement et il manque plusieurs mariages à l'intérieur d'une année copiée. Il a fallu exactement 70 heures de relevé communal suivies d'environ 30 heures de coordination informatique pour compléter la table départementale faite par le CGO, et ce pour les seuls mariages. Les décès ne sont pas pris en compte dans ce temps de travail.
L'expérience acquise dans les trois communes citées me permet de préconiser pour l'avenir une méthode d'approche plus rationnelle : dépouillement exhaustif de chacune des deux collections indépendamment, suivi d'une confrontation entre les deux relevés. Pour retrouver ensuit matériellement l'acte lui-même à partir d'une table, il ne suffit pas d'indiquer dans la table "archives communales", et il faudrait une autorisation de numérotation manuelle des pages des registres et faire figurer ce numéro de page après chaque relevé de la table.
Toutes les communes ayant souffert de la guerre civile ont le même problème. A Vern d'Anjou, paroisse d'adoption de la famille Lemesle, il existe encore plus incroyable : l'année 1791, comme toute la période prérévolutionnaire, a brûlé lors du passage des Vendéens, mais en 1803 le maire retrouve une table manuscrite du XVIIIe siècle se terminant en 1791, rassemble les couples de 1791 et réécrit les mariages. Le tout est relié dans la table manuscrite du XVIIIe qui n'est répertoriée nulle part, puisque rares sont les communes qui attachent de l'importance à une table manuscrite du XVIIIe et jugent utile de les signaler aux AD.
L'état civil de la période révolutionnaire souffre donc, en pays de guerre civile, de la plus grande misère : son état est le reflet des difficultés rencontrées par les diverses administrations municipales de l'époque.
Or, depuis deux siècles, les archives souffrent du mode de classement franco-français : "avant" et "après" 1789 ; Avant, les registres de catholicit ; après, l'état civil. Ceci est faux en région de guerre civile, et l'application de cette césure archivistique fran‡aise pose dans notre région un sérieux problème.
Il serait temps, deux siècles après, de se pencher sur l'indispensable complément de l'état civil : le registre de catholicité, source incomparable du patrimoine historique en région de guerre civile.
- L’enregistrement civil des mariages
313 mariages sur 411 clandestins, soit 76,2%, ont pu être retrouvés civilement à Saint-Julien et dans les paroisses voisines : le Loroux, Basse-Goulaine et Saint-Sébastien.
Les mariages pour lesquels les deux dates sont connues concernent dans 75% des cas des Concellois et 25% de non-Concellois.
Ce nombre de mariages civils permet une exploitation statistique du délai d'enregistrement. L'analyse permet de cerner les réticences des couples.
Le nombre de mariages trouvés hors de Saint Julien excède le nombre de mariages de horsains constaté dans le registre clandestin. Mais ce pourcentage élevé de horsains est dû en partie au fait que les mariages de Concellois n'ont pas tous été retrouvés, malgré le dépouillement des 2 collections : départementales et communales.
Le délai d'enregistrement varie selon que l'on considère les Concellois et les horsains. Les Concellois ont eu l'enregistrement facilité par le contexte municipal compréhensif (voir chapitre Pertes de Mémoire). Ils ont donc régularisé massivement 1 à 4 ans après la cérémonie religieuse.
Le délai, exprimé ci-contre en mois s'étire de 3 ans avant à 27 ans après. Les 2 mariages 3 ans avant sont en fait les 2 mariages constitutionnels rebénis par Lemesle. Il est à noter que ces 2 couples ne sont pas repassés ensuite à la mairie. J'ai rencontré 1 couple dans ce cas au Loroux, qui d'ailleurs repasse dans la paroisse de l'épouse puis dans la paroisse de l'époux, soit 4 mariages au total, en comptant le constitutionnel, pour un seul et même couple.
Le délai d’1 mois ne concerne pas la moitié des mariages civils.Les mariages régularisés 26 et 27 ans après sont plus nombreux pour les borsains, d'ailleurs on observe pour ceux-ci un creux des enregistrements : il n'y a rien entre 1 an et 10 ans. L'histogramme ci-dessus est donc typique de la bonne volonté de la municipalité concelloise. Il y a eu quelques vagues massives mais une régularisation échelonnée sur 27 ans.
- Saint-Sébastien-sur-Loire
Les mariages civils "régularisés" très tard à Saint Sébastien sur Loire sont plus nombreux que les mariages religieux clandestins trouvés à ce jour. D'autres prêtres ont donc unis des mariages clandestins qui nous sont inconnus. En outre, les couples mariés clandestinement par René Lemesle ne viennent plus après leur mariage faire baptiser d'éventuels enfants issus de leur union : ils ont donc trouvé un autre prêtre. En effet, le baptême est considéré par tous les auteurs (17,18) comme le sacrement auquel on ne renonce pas le premier. Un couple ne peut donc avoir été béni dans des conditions difficiles et ne pas faire baptiser ensuite ses enfants. Ainsi, pour Saint Sébastien, les couples de Jean Corgnet et Marie Clestras d'une part et de Pierre Corgnet et Marie Jeanne Choismet d'autre part. Unis le 5.5.1795, ils ne font pas baptiser à Saint Julien de Concelles.
Baptêmes clandestins
Après une période de privation de prêtre, la venue d'un prêtre dans une paroisse, est immédiatement suivie du baptême des enfants n'ayant pas pu le recevoir entre-temps (voir chapŒtre 2).
Le livre de paroisse, commencé en 1829, retrace la période clandestine en ces termes "Monsieur Bascher, ancien curé de Rezé, fût le premier prêtre qui célébra la messe dans la paroisse depuis 1792, et ce le 2 avril 1800. Son successeur fût Monsieur Martin. Enfin le 22.11.1802 J.B. Blanchet est nommé curé de Saint Sébastien (28).Ce livre de paroisse est malheureusement écrit 30 ans après les évennements et il est basé sur des témoignages qui donnent une verson tronquée des faits, puisque René Lemesle a dit la messe à Saint Sébastien en la chapelle de la Savarière le 26.11.1795 au moins (voir p.46), si clandestinement que les témoins intérrogés ne relatent pas ces faits 30 ans après.
Le registre de catholicité de Saint Sébastien, qui suit la période révolutionnaire, donne des indications qui diffèrent de ces témoignages. Ce registre commence le 19.08.1800 comme suit :Registre pour inscrire les mariages et baptêmes de la paroisse de Saint Sébastien au diocèse de Nantes depuis le 14 du mois d'Août 1800 et la premier acte est du 19 du dit mois d'août même année, la page où il se trouve doit être regardée comme la première de ce registre qui a été quotté et millésimé par nous prêtre catholique desservant et l'avons signé ... J. Martin Rr desservant de Saint Sébastien (registre de catholicité, Saint Sébastien, Archives paroissiales).
M. Martin baptise et marie dès le 19 août 1800, or les enfants qu'il baptise viennent de naître, donc les enfants de Saint Sébastien nés avant cette date avaient déjà été baptisés. Est-ce que Bascher les auraient tous baptisés entre le 2 avril 1800 et le 19 août ? Bascher a-t-il pu tenir un registre, ou bien a-til tenu uniquement des minutes des actes ?
Toujours est-il que l'on ne trouve la trace d'un prêtre avant Martin que par déduction, à partir de l'âge des enfants qu'il baptise. Mais on retrouve par contre une feuille volante dans le registre de Saint Sébastien :
Cet acte écrit en 1799 est signé de façon authentique par le parrain et la marraine. En outre, l'écriture est bien celle de Marchand. Ce prêtre, recteur de la Chapelle Heulin, se déplaca beaucoup pour échapper aux poursuites, et ne réussit à faire que de courtes apparitions à la Chapelle-Heulin. Il aurait donc été présent à Saint Sébastien en 1799. L'acte qu'il signe à Saint Sébastien peut être considéré comme un bel exemple de précision "en la ville de Nantes, au lieu dit Vertais, trêve de Saint Jacques paroisse de Saint Sébastien". Marchand commence par la géographie communale "ville de Nantes", qu'il n'ignore pas, puis le quartier de Vertais, aujourd'hui absorbé par notre Ile Beaulieu, qui dépendait avant la révolution de la paroisse de Saint Sébastien à travers la trêve de Saint Jacques. Le statut de trêve n'était pas cité fréquemment par les paroissiens de Saint Jacques avant la révolution, on peut donc affirmer que c'est Marchand qui avait appris, sans doute au séminaire, le statut de chaque paroisse du diocèse.
Cette précision, en pleine persécution, montre que ces hommes poursuivis savent garder un savoir-faire exceptionnel de rigueur et de précision. Les actes de baptêmes délivrés par ces hommes ne sont pas des certificats au rabais : tout se passe comme si, faute de moyens, on avait à coeur de noter rigoureusement le plus de détails possible.
Marchand ne fût pas le seul prêtre à passer à Saint sébastien. Le registre de 1800 n'est pas écrit de la seule écriture de Martin. La seconde écriture était soit celle de Jaulin, soit celle de Connard. Ces 2 prêtres signent chacun un acte à Saint Sébastien en 1800. J'ai un programme d'analyses graphologiques en cours pour toutes ces écritures.
- Basse Goulaine
René Lemesle a marié des Bas-Goulainais, et il a même marié le 27.1.1795 dans l'église de Basse Goulaine (voir le registre à cette date). Ces Bas-Goulainais ont régularisé civilement plus tard, mais on relève à Basse Goulaine dans l'état civil en 1814 au moins 2 mariages de régularisation qui ne figurent pas dans les registres clandestins connus à ce jour. Il s'agit d'ailleurs de 2 couples qui font enregistrer le jour de leur mariage civil respectivement 7 et 8 enfants vivants, dont plusieurs non déclarés auparavant. Ces mariages laissent supposer un mariage clandestin religieux non connu à ce jour. Il existait donc un prêtre itinérant à Basse Goulaine, qui y fiat des passages pendant la guerre civile. Le registre d'état civil lui-même permet de mettre ainsi en évidence cette existence.
Pour ce qui est du phénomène d'enregistrements d'enfants, et même nombreux enfants, il est fréquent lors de ce type de mariage civil de régularisation. En fait les enfants avaient besoin de papiers pour se marier d'où la nécéssité dans laquelle étaient finalement les parents de se rendre à la mairie. Une grande partie de ces enfants n'avaient jamais été déclarés, toujours 1 sur 4, souvent 2 sur 4. Les registres de naissances de l'état civil sont donc incomplets, si l'on ne tient pas compte de ces déclarations très tardives. Au moment de la déclaration, les enfants, qui sont dans tous les cas des baptisés clandestins, ont plus de 20 ans.
Pour mesurer le taux de baptêmes, la comparaison entre le nombre de naissainces dans l'état civil, et le nombre de baptêmes dans les registres clandestins a déjà été tenté. Patricia Lusson-Houdmon s'est heurtée au surplus de baptêmes comparé aux naissances (29). Ce surplus n'a pas d'autre cause que la sous déclaration des naissances. Malgré les menaces, plusieurs couples par commune ont réussi à ne pas déclarer des enfants avant leur âge adulte.
- Le mariage civil seulement
Les mariages civils ne recoupent pas tous les mariages religieux, et quelques mariages civils n'ont pas d'équivalent dans le registre clandestin.
De là à conclure que les couples mariés uniquement civilement sont détachés de la religion, il faut être prudents. En effet, l'un de ces mariages civils pour lesquels on ne trouve pas d'équivalent religieux est celui du couple de Charles
Marie Goguet de la Salmonière (voir p.42) et d'Emilie Bonchamps, la soeur du général tombé à Saint Florent le Viel le 20.10.1793. Leur mariage civil le 19.07.1800 à Saint Julien est une régularisation de plus, mais n'a pas été pris en compte dans la statistique du délai d'enregistrement du mariage, car cette statistique n'est basée que sur le registre de Renée Lemesle. Le délai est dans le cas de ce couple de 6 ans et 7 mois. Nous ne disposons que du récit de la Marquise de la Rochejaquelein, mais il est crédible.
Les autres couples, uniquement civils apparamment, ne sont pas nombreux, puisque non compris le couple ci-dessus, ils sont au nombre de 12. Il n'est pas à exclure que quelques uns soit républicains.
Certains Concellois ne dédaignent pas les prêtres contitutionnels. Ainsi, le 7 pluviose an IV de la République Française (sic) en l'église de Saint Jacques de Nantes, François Limousin, marinier, 33 ans, né à St Julien de Concelles, et demeurant rue du Port Maillard, épouse religieusement Marguerite Raimbaud de St Fiacre.
- L'enregistrement
Dans ce chapitre, il a été question de "délai d'enregistrement" et non de délai entre le mariage religieux et le civil. C'est que ce dernier était considéré en 1798 à St Julien comme un enregistrement (voir p.).
Ouvrage paru en 1990
Chapitre VI
- LA MORT
« On ne meurt qu'une fois »
- La mort prévolutionnaire
Le rôle de l'enregistrement des sépultures dans les registres de catholicité du XVIIIe est la tenue d'un état civil propre à assurer en premier chef les successions. Les prêtres, à ce titre, sont habilités à recevoir les testaments, en vertu de l'ordonnance d'Août 1735, article 15 :
Les Curés séculiers ou réguliers pourront recevoir des Testaments ou autres dispositions à cause de mort, dans l'étendue de leurs paroisses, & ce seulement dans les lieux o— les coutumes ou statuts les y autorisent expréssement, & en y appellant avec eux deux Témoins; ce qui sera pareillement permis aux Prêtres séculiers, préposés par l'Evêque à la Desserte des Cures, pendant qu'ils desserviront, sans que les Vicaires ni aucunes autres personnes Ecclésiastiques puissent recevoir des Testaments ou autres dernières dispositions.(23)
Le rituel (23) s'appuie sur le droit coutumier lorqu'il donne les extraits de la coutume de Bretagne, qui domine dans le diocèse de Nantes, et, la formule de testament selon cette coutume. Le rituel précise ensuite qu'une partie du diocèse est soumise à la coutume d'Anjou qu'il convient de suivre dans la région concernée. Les prêtres sont ainsi familiers du droit qu'ils apprenaient, pour ce qui au moins des successions, au séminaire. Ce droit est essentiellement coutumier : il subsiste en 1789 en France environ 300 coutumes différentes applicables à un territoire important. Cette diversité des droits pose bien entendu des difficultés d'ordre pratique et est combattue par la philosophie dominante qui pr“nait l'unification nationale.
L'enregistrement des sépultures par les prêtres ayant une fonction d'ordre juridique, les prêtres clandestins sont en concurrence avec l'état civil lorsqu'ils enregistrent les sépultures, alors que pour les actes de baptêmes et mariages, qui sont d'ordre sacramentel, ils restent dans le domaine religieux. Dès lors qu'il y a concurrence, il va apparaître une complémentarité des deux types d'enregistrement : le catholique et le municipal. Les populations vont répugner à déclarer leurs morts aux deux pouvoirs à la fois : il leur était difficile de comprendre si la municipalité était capable de répondre juridiquement de tels enregistrements, puisqu'elle s'était éclipsée dès mars 1793. Les populations iront déclarer leurs morts là où le prêtre leur conseillera d'aller, lorqu'il a de l'influence, comme c'était le cas pour René Lemesle.
L'influence de René Lemesle est relatée indirectement dans une lettre de dénonciation en l'an VII. Cette lettre, qui comme beaucoup de dénonciations, est conservée en série L aux Archives départementales, concerne une période de persécution particulièrement exacerbée. Elle émane d'un concellois qui est nommé et il m'a paru intéressant d'étudier son cas dans le registre clandestin pour voir s'il y figure ou non en tant que pratique de René Lemesle, puisque sont patronyme y est souvent cité.« A Saint Julien de Concelles canton du Loroux, maison Copsonnière chez Pichelin aucien juge de la monnaye il y a une société ou réunion assez fréquente sous prétexte de pêche. Cette société est composée en grande partie d'anciens chefs de rebelles, on a invité Debruc ancien rebelle demeurant actuellement à Saint Julien de Concelles à s'y rendre, il a répondu qu'ayant peur d'être guillotiné il ne voulait pas tremper dans aucune conspiration nouvelle. Fait raporté par Biry demeurant à Chebuette en Saint Julien canton du Loroux, ce qu'il a dit à Boutin. Lemesle faisant les fonctions de curé à Saint Julien a reçu une lettre d'invitation de la part des agents de la royauté pour engager les habitants à se rassembler et à se renseigner, lequel prêtre a paru rejetter. Le même prêtre Lemesle a dit la messe publiquement à 9 heures le 16 chez la femme Ve Cheminant à ... près la Chef Buette, il y avait beaucoup de personnes surtout des femmes.Rapport de Boutin boulanger à Nantes, 23 ventose An VII » (AD44,L763)
- La mort clandestine
Le nombre de sépultures du registre de René Lemesle est relativement faible (voir chapitre 2). Le rythme annuel des sépultures notées est surprenant, car il se produit une chute brutale au moment de la première période de calme relatif.
Cette chute est liée au début de notation des sépultures par l'administration civile. Lorsque tout revient dans l'ordre, en 1800, les sépultures sont à nouveau notées par René Lemesle, bien que le taux annuel soit inférieur de plus de moitié au taux prérévolutionnaire. A pertir de ce moment, il n'y a plus concurrence proprement dite, mais une volonté d'une partie de la population de conserver l'enregistrement après la messe de sépulture.
Pendant la persécution religieuse, les concellois, comme leurs voisins lorousains, n'ont pas perçu la nécéssité de déclarer 2 fois leurs morts, une fois au prêtre et une fois à l'officier municipal, en particulier leurs morts de mort violente pendant la période d'absence de prêtre et de pouvoir civil en 1793 et début 1794. Par ailleurs, René Lemesle a jugé suffisante la déclaration faite à l'état civil. Il a en quelque sorte passé tacitement la main à l'administration civile sur ce plan. La sépulture n'est pas un sacrement et seule l'extême-onction est un sacrement : à ce titre elle ne figure pas dans les registres de catholicité.
Nous sommes bien en présence d'une entente, probablement négociée entre les hommes publics et Lemesle. On peut dès lors se demander quel était la personnalité de ces hommes que Lemesle avait en face de lui. Etaient-ils vraiement "en face" ? (voir chapitre les réseaux concellois)
Dans les registres clandestins, on est frappé du dilemmne qui s'est posé à ces prêtres, et chacun a tenté de trouver une réponse à sa manière. La sépulture n'étant pas un sacrement, devaient-ils ou non continuer sa notation, dès lors que l'état civil jouait ce rôle. La réponse passe évidemment par leur degré de confiance dans cet état civil, donc dans les hommes qui le tiennent. Cette confiance n'a pas un caractère purement politique, elle est aussi et sans doute avant tout une question de méthode : la notation des actes est un savoir-faire que les prêtres maîtrisaient, mais que les officiers municipaux ont du apprendre sur le tas, non sans laisser quelques erreurs ... (18).Chez René Lemesle, la chute des enregistrements de sépultures correspond à la présence dans l'administration civile d'hommes dans lesquels il a confiance, comme Crouëzaud ou Phelippes. Ainsi, le registre civil de l'An IV commence par la signature de Crouëzaud. C'est lui qui fait noter à la fin du registre des mariages de cet an IV, les enregistrements de déclarations a posteriori de décès des années 1793 et 1794 (voir chapitre morts violentes de l'état civil).
- Victimes de la guerre civile
Le curé constitutionnel Le Couteux est parti se réfugier à Nantes dès le 11 Mars 1793, et il n'y eut pas de prêtre attaché à Saint Julien jusqu'à l'arrivée de René Lemesle en Octobre 1794. Cependant, d'après les baptêmes (voir chapitre la vie) on peut émettre l'hypothèse de passages de prêtres clandestins itinérants, sinon il y aurait eu besoin de baptiser les enfants nés en 1793.
En l'absence de prêtre, la sépulture en terre chrétienne n'est difficile que lorsque l'on ne peut se rendre au cimetière pour cause de persécution. Mais l'année 1793 le cimetière est libre d'accès, puisque la municipalité s'est exilée. C'est fin 1793 que l'accès des cimetières ne devient pas facile dans les régions de guerre civile. Dans beaucoup de paroisses on a dû enterrer sur place.
François LEBRUN estime que cet attachement à la sépulture en terre chrétienne est si important (47) que son absence est considérée comme une "infâmie" en Anjou au XVIIIe siècle. A la mort violente s'ajoute donc l'horreur de l'absence de sépulture chrétienne quand on ne peut accéder au cimetière qui est le lieu béni. Le transport des corps vers les cimetières a été tenté par les survivants. Il a parfois été possible, comme à la Remaudière, où on peut retracer le passage des 7 charettes qui ramassèrent les corps au lendemain du passage des colonnes de Cordellier pour les porter au cimetière en présence de tous les survivants.
L'exemple ci-dessous, extrait du registre d'état civil des Archives Communales de la Varenne, illustre ce qui s'est passé pour une grande partie des victimes. Dans de nombreux cas, les sépultures après le passage des colonnes infernales, seront effectuées sur place, et on tentera parfois ultérieurement de remettre les corps au cimetière. On guettait la moindre occasion d'aller les porter au cimetière, parfois en vain.Ils mont déclarée que Renée GAGNEUX agée d'environ 32 ans fille de feus René et Perrine BOSSé a été tuée par Larmée Révolutionnaire dans sa maison au bourg de la Varane le 15 ventose An II que son corre a resté sans pouvoir le transportée pendant quelle que tamps sous les débris de sa maison qui fut aux meme ainstans aincandiée et quansuite quelle que tamps à près il fute transportée par Pierre BRUNET dans le citière (sic) de cette commune...."
Mais d'autres dans ce même registre civil n'ont pas eu cette chance :
"...Jean DURASSIER a été tué part Larmée Révolutionnaire proche sa maison à la pileterie en cette commune le 15 ventose An II que son corre a resté lespace de trois jours sur le lieux et quansuite il a été anterré dans son jardin...(AC de la Varenne, registre d'état civil de pluviose an VII)
L'ortographe est fidèlement recopiée, elle donne une mesure des compétences de l'officier municipal, mais elle est le reflet exact de ce qu'il a entendu sans déformer, ne serait-ce que pour remettre en bon français. Ceci est caractéristique du niveau dans les petites communes, mais le niveau était tout de même très supérieur à Saint Julien de Concelles, où des hommes cultivés ont tenu le registre.
René Lemesle n'a pas relevé les victimes sous la forme de témoignages a posteriori de morts violentes. Il n'a relevé que les sépultures auxquelles il a participé physiquement. Seules 2 exceptions notées le 2.8.1795 : Françoise Delaunay veuve de Charles Letourneux, 86 ans, et sa fille Françoise Letourneux 63 ans, massacrées en mars 1794 à la Verrie. Ces 2 décès ne sont pas déclarés à l'état civil (voir chapitre morts violentes). Les témoins qui déclarent ce massacre 15 mois après les faits sont Jean Vivant et Pierre Moreau qui ne signent. Mais les 2 victimes sont des personnalités : elles sont mère et soeur de François-Sébastien Letourneux,
"qui avait atteint aux plus hautes charges de la République : avocat au Parlement de Bretagne, procureur général Syndic de l'administration du département de Loire-Inférieure en 1790, commissaire du pouvoir exécutif près la même administration en l'An IV de la République, ministre de l'intérieur an l'An VI, régisseur de l'enregistrement et du domaine national en l'An VII, législateur et membre du Conseil des Anciens en l'An VIII, juge à la Cour d'appel à Rennes ensuite" (8).
Pourquoi René Lemesle n'a t-il pris que ces 2 victimes ? Est-ce une reconnaissance de protection ? Je suis tentée de répondre que cette unique faiblesse de René Lemesle, par rapport à son principe de nonrelevé de témoignages a posteriori, est un aveu de lien avec François-Julien Letourneux. Le rôle ambigu de ce concellois a-t-il joué dans la relative tranquilité dont le prêtre a joui pour desservir pendant 7 ans Saint Julien sans interruption ?
Le registre de R. Lemesle diffère totalement de ceux deses voisins immédiats tel Massonnet au Loroux-Bottereau relevant les témoignages méthodiquement et non sans un certain savoir-faire qui impliquait un interrogatoire pour éliminer les risques d'erreur.
Les concellois, privés de la possibilité de déclaration de leurs victimes à leur prêtre,ont éprouvé le besoin de faire la déclaration de leurs morts, en partie du moins, au même titre que leurs voisins du Loroux-Bottereau. Ils avaient besoin de papiers pour les successions !Ces déclarations, qui sont donc probablement incomplètes, figurent à l'état civil de Saint Julien de Concelles. Une grande partie d'entre elles a la particularité d'être à la fin d'un registre des mariages, lui même mal classé parmi les autres années de mariages. Si bien que ces déclarations de décès sont quasiment inaccessibles au chercheur peu curieux raisonnant avec un esprit de classement parfait. Il est vain de penser que l'on ait pu tenir correctement un état-civil pendant la guerre civile ! On a tendance de nos jours à oublier la complémentarité état civil et registre de catholicité en zone de guerre civile pour les recherches généaolgiques et démograhiques. Seuls les registres clandestins sont fiables, grâce à Dieu, auquel on ne mentait pas, et grâce au savoir-faire des prêtres. Si René Lemesle n'a pas noté de témoignages, c'est aussi sans doute qu'il percevait déjà la tendance orale à exagérer les faits et qu'il se méfiait en conséquence des témoignages.
Les déclarations de morts violentes à Saint Julien de Concelles ont un intérêt en ce sens que l'on ne retrouve dans aucune autre source d'archives la majorité d'entre elles. Ainsi, une partie des victimes concelloises figurait dans l'ouvrage du père Petard (8), qui s'est lui-même inspiré d'Alfred Lallié. Or la liste du père Petard diffère de celle des déclarations de l'état-civil. Les 2 sources s'additionnenent sans se recouper (voir chapitre les morts violentes).
- Les sépultures notées par René Lemesle
Malgré leur manque d'exhaustivité, les sépultures du registre clandestin sont curieusement réparties normalement, c'est à dire tout à fait comparables aux sépultures prérévolutionnaires.
Les jours de sépulture s'échelonnent régulièrement tout au long de la semaine, et René Lemesle ne se repose aucun jour. Pas de repos donc pour un prêtre. Cette répartition est curieuse, puisqu'une grande partie des sépultures n'y figurent pas, et que néanmoins le ryhtme hebdomadaire est régulier. On se rend donc assez facilement au cimetière pendant cette période.
La répartition des âges au décès est représentative de ce que des études de démographie historique donnent généralement. Ces deux répartitions, par jour et par âge, montrent que décès non enregistrés n'excluaient pas une catégorie, par exemple les enfants en bas âge, qui auraient pû être moins déclarés. La mortalité est plus élevée pour les enfants de moins de 10 ans que pour les autres tranches d'âge et ceci rejoint un profil national de l'époque. Les enfants mouraient-ils plus qu'en temps de paix, du fait des mauvaises conditions de vie ?
On raconte, dans la tradition orale, que les enfants auraient été décimés par ces conditions difficiles. Le registre clandestin ne permet pas de le déterminer, puisque la sous déclaration est importante et peut avoir majoritairement concerné cette tranche d'âge, malgré le profil régulier de l'histogramme ci-dessus.
- Jugements
Une partie des concellois partis pour galerne en 1793 ont été arrêtés et jugés à Rennes, au Mans.
- Rennes
Pour les personnes arrêtées à Rennes il existe le relevé informatique d'Hervé Tigier "le Jugement des chouans par les commissions militaires d'Ille et Vilaine 1793" tables des accusés et témoins, 1989 (30). Les concellois y sont relativement nombreux, les voici :
Joseph Aguesse, 48 ans, marié, 1 enfant, laboureur et pêcheur (FV/P:15, AD35)
Antoine Bagrin, 17 ans, fils de François et Julienne Bouquet, vigneron, chouan condamné à mort (OB/P:136, AD35)
Jean Brevet, 42 ans, laboureur et pêcheur (FV/P:15, AD35)
Michel Brevet, 39 ans, laboureur et pêcheur (FV/P:15, AD35)
Thomas Brevet, 21 ans, laboureur et bucheur (FV/P:15, AD35)
Pierre Charbonnier, 23 ans, fils de Mathurin et Jeanne Lallié, marchand de vin en gros (FV/P:15, AD35)
Pierre Goheaud, 23 ans, pêcheur (FV/P:15, AD35)
Jean Guillocheau, 38 ans, marié, 1 fille, laboureur et pêcheur (FV/P:15, AD35)
Joseph Huret, 28 ans, fils de Joseph et de Jeanne Gautron, marchand de sardines et de volailles, chouan, condamné à mort, jugement imprimé, p 34 (AD35)
Jean Lambert, 35 ans, marié, 2 anfants, laboureur et pêcheur (FV/P:15, AD35)
François Limousin, 43 ans, pêcheur (FV/P:15, AD35)
Pierre Lorand, 22 ans, laboureur et pêcheur (FV/P:15, AD35)
Julien Pouponneau, 47 ans, laboureur, marié, 2 enfants (FV/P:15, AD35)
Laurent Pouponneau, 26 ans, garçon, batelier (FV/P:15, AD35)
Pierre Pouponneau, 20 ans, la Perrière, laboureur et pêcheur (FV/P:15, AD35)
René Rousseau, 42 ans, fils de René (80 ans), le Plantis (FV/P:15, AD35)
- Le Mans
Pour les personnes arrêtées au Mans il existe à ce jour plusieurs ouvrages basés directement sur les archives départementales du Mans dont l'ouvrage d'Henri Chardon "les Vendéens dans la Sarthe" la révolution dans le Maine, 1927, tome III (31) et le travail récemment informatisé "D'où venaient les vendées du Mans, Fauvy Joël, 1990"(32) qui récapitule toutes les sources disponibles. Les concellois sont les suivants :
Sophie-Pauline Bougoin, 15 ans, interrogée (L 287, AD72)
Jean Lallier, 13 ans, intérrogé (L 1978, AD72)
Madeleine Pageot, 12 ans, intérrogée (L 1978, AD72)
Jean Pitard, 11 ans, détenu à la Mission (L 287, AD72)
Jeanne Arouet, 26 ans, détenue à la Mission (L 287, AD72)
René Babonneau, 16 ans, condamné au Mans (C III,98)
Pierre Louis Chesnais, 15 ans, condamné au Mans (C III,98)
Jean Pettard, 14 ans, détenu à Sainte Croix (L 28, AD72)
Jean Pitard, 14 ans, interrogé (L 287, AD72)
Nicolas Rousseau, 17 ans, condamné au Mans (C III,98)
Chapitre VII
- CONCELLOIS OU NON
- Les 554 hommes Concellois devenus pères de 1794 à 1902
Les hommes suivants sont uniquement les pères d'enfants baptisés : Les villages disparus sont portés avec une astérisque.
les Amourettes : Joseph Luzet
l'Anglessort : André Babin, Jean Bertaud, Pierre Biri, Laurent Guillou, Pierre Jouis, Jean Merceron, Louis Pinaud, René Pinaud, Pierre Robineau, Joseph Sauvestre, Jean Sourisse, Mathurin Vezin, Louis Viau
l'Armeil : René Joubert, Jean Lainé
l'Armurerie
l'Arthaudière : Jean Jamin
l'Aubinière : Mathurin Beranger, François Brelet, René Galon, René Joubert, Guillaume Vilaine
la Bassettrie : Julien Courgeau, René Potinière
la Batardrie
Beauvais : Pierre Esseul, Nicolas Lallier
Beigne Cul
Bel Air
la Bergerie : Yves Brelet, René Lambert
la Berthaudière : Pierre Florence, Jean Goheau, François Pesnot, Louis Poudri, Jean Pouponneau
la Blinière : Jean Antier, Jean Bonhomme, Louis Chesneau, Joseph Potinière, Julien Potinière, Joseph Vezin
la Blonnière : Jean Doussin, Julien Libeau, Pierre Libeau
la Bodière : René Courgeau, Julien Pesnot
Boire Benat
Boire Courant : André Baron, Jean Baptiste Batard, Pierre Batard, René Batard, Brice Bretaud, François Chantreau, Jean Chantreau, Pierre Chignon, Jacques Coreau, Jean Goheau, Julien Goheau, Michel Goheau, Michel Hivert, Jean Lambert, François Limousin, Jean Luneau, René Luneau, Céleste Luzet, Jacques Luzet, Mathurin Luzet, Pierre Luzet, René Luzet, Julien Mabileau, Jean Martin, Michel Menard
Boire Livard
Boire Moreau
le Petit Bois : Michel Godin, Julien Prehaudeau, Jean Secher
le Bois Adam : Louis Potinière
le Bois Chef : Jean Bagrain, René Bagrain
le bois Jean Renaud : Thomas Blouard
le Bois Malinge : Michel Badaud, Samuel Godefroy, Mathurin Thomas
le Bois Vigneau
le Bois Violet : René Galon
les Bonnelières
la Boucherie : Pierre Menant
le Boulay : François Bagrain, Thomas Bagrain, Gabriel Hivert
la Bourdonnerie : André Robineau
la Bourdrie : Pierre Bagrain, Jean Enodeau, Guillaume Glebeau, Julien Piou, Pierre Piou, René Riou
la Bourgetière
la Branderie
les Brejonnes : Elie Tessier
la Bretaudière
la Bussetrie
Cahérault : Michel Aubert, François Bagrain, André Bourget, Gabriel Bourget, Laurent Brevet, Michel Brevet, Pierre Chateigner, Pierre Glebeau, Jean Hilaireau, Charles Landais, Julien Lecrac, Pierre Paré, François Peltier, Julien Peltier, Gabriel Redureau, Antoine Riou, Gabriel Riou, Jean Riou, Jérôme Thomas
la Cardinalière : Julien Couilleau, Jean Guesselin, Jean Martin
les Carroueils : Michel Brevet, François Hivert, René Limousin
la Cave
la Cellerie
les Chaintres
les Chapelleries
la Chapelle Notre Dame des Champs
la Chapelle Saint Barthélémy
la Charpentrais : Pierre Noleau
la Charrère : Laurent Biri, Mathurin Biri, Jacques Braud, Pierre Braud, Jean Bretaud, Jean Charon, Charles Coreau, Maurice Coreau, René Goheau, Mathurin Lavigne, Jacques Lemée, Jean Limousin, Nicolas Mercier, Pierre Praud, Jean Rebion, Joseph Rebion, Brice Sablereau
la Chataigneraie : Etienne Ripoche
le Château
le Haut Chaussin : Jean Anneau, Pierre Sablereau
la Chauvellière : Jacques Jean Bpatiste Bouret, Jean Durassier, Julien Redureau
la Chebuette : Jean Auray, Pierre Biry, René Bouin, Pierre Charon, Alexandre Geoffrion, René Jouau, Pierre Malecot, Alexis Mauget, Julien Menant, Julien Moreau, Pierre Perroteau, Julien Praud, Laurent Praud, Pierre Praud, Pierre Prou, René Cesbron
la Chênaie : René Chunet
le Chêne : Pierre Aubert, Jacques Bonneau, Louis Bonneau, Maurice Bonneau, Joseph Corelleau, François Joubert, Pierre Petard, Julien Pineau, Antoine Ripoche
le Chêne à la Pie* : François Joubert
le Chiron : Pierre Bagrain
le Clairay
la Clavellerie
la Copsonnière : Pierre Abline, Maurice Denis, Julien Guerin, Mathurin Lavigne, Jean Luzet
le Cosson
le Coteau du Chêne : Jean Corelleau, Mathurin Mecheneau
le Coteau de la Roche Maudou : Pierre Petiteau, Pierre Pinard, René Piou, Pierre Priou
la Coudrouse : Jean Aubert, Mathurin Barbin, Julien Cailleau, Jean Charbonnier, Pierre Charbonnier, Julien Enaudeau, François Guerin, Julien Guerin, Jean Luzet, Michel Luzet, Julien Mabileau, François Marchand, Alexis Mauget, Pierre Menant, Jacques Pageot, Joseph Pageot, Charles Praud, François Riou, Mathurin Secher
la Courbe : Pierre Beccot, Michel Bergalome, Pierre Bondu, Mathurin Coutant, Noel Fonteneau, Pierre Huchon, François Litou, Jean Marchand, Mathurin Merceron, René Mesnard, René Potinière
la Courbonnière
le Cormier
le Courtil
la Crétinière : René Lallier
la Croix de Boulay
la Désirée
les Divettes
le Douaron : Pierre Guenichon
la Drouillardière : Julien Guenichon, Antoine Petard
la Dimerie
l'Ebrancherie : Mathurin Angrevier
l'Ecalane : François Bouyer, Pierre Patouillère
Embreil : Jean Boireau, Christophe Bouanchaud, François Grimault, Jacques Grimault, Mathurin Grimault, Jean Guillocheau, Mathurin Guillocheau, René Libeau, Guillaume Marion, Pierre Pabou, Julien Rousseau
l'Enclose
l'Epertière* : François Chauvière, Pierre Terrien
Feuillardes
la Flandrinière : Clément Corbet, Joseph Rousseau
Fort-Ecul : Pierre Bonneau, François Hivert, Jean Petard
le Fort Gautier : Pierre Hivert, Laurent Viau
la Fosse Baron
la Fosse Noire
la Freignais : Pierre Brevet
Froland : Jacques Gallier, Julien Harouet, Pierre Subileau
la Gagnerie : Jacques Brevet, Pierre Chaintrier, Jean Florence, Jacques Harouet, François Libeau, Jean Mariot, Pierre Thomaseau
les Galopins : Julien Cesbron, François Enaudeau, Michel Gregoire, Pierre Vilaine
la Garenne : René Laurent, François Lesourd, Jean Lesourd, François Luzet
le Gautron : Antoine Ripoche, Mathurin Ripoche
la Giletière : René Mainguet
Grand'ville : François Biri, Jacques Bodineau, Jacques Bonneau, Pierre Ertaud, Joseph Luzet, Mathurin Pinard, Guillaume Praud, Julien Praud
le Gressin : François Brebion, Pierre Morille, Jean Ripot
la Grille
la Grimaudière* : Jean Peigné
le Gué au Voyer : Jérôme Picherie
la Guénetrie : René Boireau, François Rousseau, Jean Rousseau
la Guilbaudière : François Bouyer, Jean Charbonnier, Jacques Glebeau, Joseph Lallier, Guillaume Lesourd, Pierre Rousseau, René Rousseau, René Toublanc, François Vezin
la Gutellerie : René Martin
le Haut Village Vallée : François Badaud, Céleste Biret, Thomas Blouard, Jean Chesneau, Pierre Chesneau, Pierre Coreau, Jean Guillou, Maurice Hivert, Jacques Lallier, Jean Libeau, Julien Malecot, Guillaume Sourisse, Laurent Viau, Jean Vilaine
le Haut Village du Chêne
Ile de la Chênaie
Ile Arrouix
la Jaunière : Jean Vezin
la Jousselinière : Jean Brevet, François Guillocheau, Jacques Loquet, Jérôme Thomas, Pierre Thomas, Julien Vezin, Jean Viau, Julien Volant
les Justices : François Bretaud
Launay : Pierre Bodineau, Jean Clement
la Mahonnière : Céleste Luzet, Jean Mesnard, Jean Moreau, Michel Pohoreau, Julien Potinière, Jean Rousseau, Julien Rousseau,Julien Thomas
les Maisons Neuves : Antoine Brelet, Michel Hallereau, François Haroouet, Pierre Piou
le Marais Abraham
la Marjolettrie : Guillaume Braud, Julien Braud, Pierre Malecot, Jean Moreau
la Marsaudière : Julien Albert, René Bouanchaud, Julien Bricard, Pierre Cousin
le Maudoux : Michel Bouquet, Joseph Brelet, Guillaume Cesbron, René Couilleau, Louis Guesselin, Pierre Hallereau, Jacques Harouet, Jean Hilaireau, Michel Hivert, Jean Huchon, Pierre Renaud, René Riou, Pierre Vezin
la Meslerie : Guillaume Bourget, Nicolas Bretaud, Pierre Chapeau, Louis Hautin, Pierr Mabileau, Julien Riou, Jean Secher
la Moisdonnière : Jacques Loquet, Jean Martin
Montauban : Pierre Abline
Montrelais* : Jean Auray, Pierre Charon, Jean Horet, Julien Limousin
la Morandière : Michel Luzet, Mathurin Sauvestre
le Mortier
le Moulin de la Bourderie
le Moulin des Bregeonnes
Moulin de Cahérault
Moulin des Feuillardes
Moulin de la Pennetrie
Moulin Tue-Loup : Jean Harouet
la Mouronnière
la Moutonnerie : Pierre Chignon, Jean Giraud, Jér“me Goheau, Julien Goheau, Jean Libault
la Noë : Joseph Guillou, René Merceron
l'Officière
l'Ouche aux Roux
le Pavillon
la Peltancherie : Julien Bouquet, Michel Harouet, René Harouet
la Perrière
la Pichaudière : François Geoffrion, David Guillou
la Pierre : François Benureau
le Pigeon Blanc : Jean Harouet, Jean Huteau
la Pilardière
les Pinelières
les Planches : Pierre Biry, Pierre Bourget, Jacques Coreau, Jean Coutant, René Noleau, Jean Vivant
les Plantys : René Cesbron, Jen Luneau, Louis Robineau, Antoine Rousseau, Pierre Rousseau
la Platière : Michel Aubert, Jean Joyau
le Plessis Glain : René Hivert, Gabriel Petard
le Pont
le Pontreau : Jean Cesbron, François Hivert, René Noleau, Jean Viau
le Port Gaud* Jacques Hivert
le Port Juin
la Poulinière* : Guillaume Guillou
la Praudière : Jean Baron, Louis Coutant, Lucas Guillou, Pierre Harouet, Etienne Lallier, Jacques Lambert, Michel Lambert, Joseph Libeau, Pierre Libeau
le Pré Jahan : Julien Geoffrion, Etienne Lallier, Laurent Langevin, Jean Libeau, Augustin Louis, Jean Moreau, Yves Thomas
le Pressoir
la Queue des Haies : Michel Hallereau
les Raintières
la Ribellerie* : Michel Lallier, Brice Vilaine
la Ripotière
la Basse Rivière : François Bretaud
la Robinetière : Jean Bagrain, René Batard, Julien Petard
la Robinière : Louis Chesneau, Jacques Florence, Jean Florence, Jean Mesnard, Jean Ripoche
la Roche Maudou : Michel Dabireau, Michel Gautron, Jean Huret, Pierre Jouis, Julien Petiteau, Jean Secher, Julien Viau, Pierre Vilaine
la Rochelle : Pierre Abline, François Braud, Pierre Braud, François Enaudeau, Hervé Hubert, Mathurin Lavigne, René Lavigne
la Roustière : Michel Bouanchaud, Pierre Bouanchaud, Jean Guenichon, Julien Guenichon, Pierre Piou
le Ruaud : Jean Boireau, Pierre Chesneau, Jean Huteau, Charles Lecoindre, Jean Libeau, Pierre Trebillard
la Sablère : Jean Bonneau, Julien Choismet, Maurice Litou, Jean Martin, Jacques Meilleras, Joseph Mosteau, Pierre Plessis, Etienne Ripoche, Pierre Rotureau, Pierre Vivant, René Vivant
Saint Barthélémy : Louis Babonneau, Luc Bouyer, Mathurin Goheau, Julien Hivert, Pierre Pinard, Julien Riou, Michel Ripoche, Pierre Ripot, Jean Sécher, Jean Toublanc
Saint Julien de Concelles Bourg : René Beccot, Jean Benureau, Pierre Bonneau, Guillaume Braud, Joseph Marie Brevet, Mathurin Cheminant, Michel Cheminant, Jean Courgeau, Pierre Garnier, Jean Gilardin, Pierre Gilardin, Guillaume Guillou, René Harouet, Louis HIvert, Jean Jannin, Pierre Augustin Jannin, Joseph Jean Jannin, Jean Jouis, François Litou, François Maudavant, Bertrand Moreau, Joseph Moreau, Julien Moreau, François Mouilleras, Joseph Petard, Guillaume Pinet, Maurice Pouponneau, Julien Redureau, Clément Tellier, Mathurin Terrien, Pierre Viau
la Salmonnière* : Guillaume Braud, René Cesbron, Jacques Gautreau, Charles Goguet, Jean Lallier, Louis Lallier, Mathurin Lallier, Jacques Piou
la Saulzaie : René Balaveine, Mathurin Courgeau, René Courgeau
la Sénarderie : René Bourget, Pierre Charpentier, François Esseul, Sébastien Hilaireau, René Mainguet, Mathurin Rousseau, François Secher
la Sénéchalière : Julien Petard, René Petard
la Sermonière
la Sourdière : David Guillou, François Hivert, Guillaume Hivert, Jean Lambert, Pierre Luzet, Jean Louis Racari
la Tinière : Jean Bouyer, François Brevet, Louis Priou
les Trois Moulins* : Jacques Blot, Jean Chon, Christophe Thomas, Julien Thomas
Tue-Loup
la Verrie : Mathurin Beranger, Guillaume Bretaud, Noel Mathurin Bretaud, Louis Dabiraud, René Coeffard, Charles Delaunay, Mathurin Giraud, Louis Lefeuvre, Charles Letourneux, René Pinard, René Sauvestre, Guillaume Sourisse, Jean Viau
le Joli Village
les Violettes : Mathurin Sauvestre
la Vrillière : François Fouquet, Jean Harouet, Charles Landais, Laurent Pouponneau, Michel Sauvsetre
- Les Concellois réfugiés au loin
Les personnes déplacées ne sont pas des morts, mais leur nombre réduit ne mérite pas une chapitre entier, et cependant leur mémoire peut apporter un éclairage à cette vie concelloise de guerre civile. Les voici donc à Rennes et à Orléans. La première constatation concernant les réfugiés concellois dans ces 2 directions, est d'ordre quantitatif : il y a eu très peu de réfugiés concellois comparativement aux exodes massifs de certains de leurs voisins comme les chapelains ou les lorousains. Bien que ces listes ne soient pas exhaustives, on peut néanmoins comparer la fréquence de citation des municipalités d'origine. Les concellois sont si rares que leur liste est la suivante, si l'on peut parler de liste devant un nombre aussi réduit :
- Rennes
Louis SEBILEAU, tonnelier, sa femme et une domestique, arrivés à Rennes le 25 Ventose, partis le 11 germinal pour Orléans, 80 lieues à parcourir, somme payée à Rennes 240 francs, secours 45, total 285. (45)
- Orléans
Jeanne RAFGEAU femme GIRAUD (46)
- Les Lorousains du registre clandestin de René Lemesle
Le Loroux-Bottereau possède une longue frontière commune avec Saint-Julien, et les échanges matrimoniaux sont nombreux au XVIIe siècle. Il en est de même pendant la guerre civile
Mais le Loroux est deux fois plus peuplé et seul Clair Massonnet, présent jusqu'au mars 1695, parvient à suffire aux Lorousains. Ensuite, le prêtre, Denis Guillet, est caché à l'autre extrémité de la paroisse, à Sainte-Radegonde, et certains Lorousains sont attirés par René Lemesle plus proche.On trouve deux types de couples Lorousains dans le registre de Lemesle : ceux qui se marient à Saint-Julien et font ensuite baptiser au Loroux deux, voire quatre enfants ; ceux qui sont mariés au Loroux et viennent ensuite faire baptiser un enfant à Saint-Julien, par suite d'empêchement de Denis Guillet. Ainsi, Pierre Pinard, né le 1.10.1979 au Loroux-Bottereau, est baptisé par René Lemesle le 25.05.1798. Il a des parents mariés clandestinement au Loroux et trois frères et soeur qui y sont baptisés.
Les familles ne sont pas attachées à un prêtre en particulier, mais font preuve d'opportunité pour aller au plus accessible au moment voulu. Cette adaptabiligé aux circonstances marque une rupture dans la tradition de l'église. Au XVIIIe siècle, les fidèles sont dépendants du territoire paroissial. Ils peuvent très rarement faire baptiser hors de la paroisse et seules, certaines familles très aisées, ont parfois cet avantage. Les fidèles pendant la guerre civile montrent ainsi leur attachement à l'acte sacramentel plutôt qu'au prêtre.
La majorité des familles lorousaines à un lien de parenté à Saint-Julien : soit un oncle, soit un beau-frère. Mais certains couples n'ont aucun lien démontré.
Ainsi, Marie-Jeanne Bontemps, née au Loroux-Bottereau, fille de François et de Marie Brebion, est cousine issue de germains de M. Robin par la mère de celui-ci. Son père, veuf, s'est réfugié à Nantes en 1793 avec deux de ses filles célibataires. Marie-Jeanne vit à Nantes Saint-Donatien, où elle est probablement placée comme fille de confiance chez les bourgeois. C'est là qu'elle fait la connaissance de François Bureau, lui-même jardinier. René Lemesle les marie, alors que, ni l'époux, ni l'épouse, n'ont de lien de famille apparent à Saint-Julien. Leur premier enfant, Françoise, est baptisée le 24.01.1797 au Loroux-Bottereau et déclarée née le 03.03.1797 à l'état civil rétroactivement.
Marie-Jeanne est l'une des rares Lorousaines dépourvue de lien de famille à Saint-Julien. Elle connaît MM. Robin et Guillet et elle a par conséquent l'embarras du choix pour trouver un prêtre, si l'on peut s'exprimer ainsi. A-t-elle entendu parler de René Lemesle par ses patrons Nantais ? la bourgeoisie concelloise, dont les Couëzaud, vit à Nantes.
Les Lorousains baptisés à Saint-Julien sont au nombre de 66 pour un total de 184 non-Concellois. Ils sont de loin les plus nombreux et attestent un réel besois de prêtre au printemps 1796 et à l'automne 1798 (voir ci-dessus). Ces 66 baptisés Lorousains s'ajoutent aux 1 045 enfants figurant dans le registre clandestin du Loroux, ce qui fait 1 110 enfants Lorousains, auxquels il faut ajouter cuex qui sont allés à La Chapelle-Basse-Mer et à Haute-Goulaine... Les Lorousains n'ont pas un registre exhaustif et pour les retrouver il a fallu dépouiller tous le pays lorousain.
- CHAPITRE IX
- LES RESEAUX CONCELLOIS
- La confrérie du Rosaire
Avant la Révolution, iIl existait à Saint Julien de Concelles une confrérie du Rosaire . Instituée an 1637, elle avait son autel, dit « autel Notre-Dame » dans l’église paroissiale (11, p. 54). On a sa trace jusqu’en 1683, et sa présence avant 1789 est attestée en 1824 dans le registre de comptes de cette confrèrie détenu à la cure:
Cette confrairie paraît avoir existé de tous temps dans notre église paroissiale. C'est du moins ce que nous attestent plusieurs personnes échappées à la révolution française, qui dès avant cette époque désastreuse en suivirent tous les exercices, de plus une chapelle dédiée à la très Sainte Vierge est connue sous le nom de chapelle du Rosaire.
Cet usage de faire tous les premiers dimanches du mois, après les vêpres, une procession autour de l'église en portant la statue de la Sainte Vierge et en chantant des litanies. Le grand nombre de personnes que notre prédecesseur Mr Livinic a reçues pour confrères et consoeurs nous prouvent que cette pieuse association avait été canoniquement érigée dans cette paroisse avant la révolution (Registre de comptes de la confrérie du Rosaire, presbytère de Saint Julien de Concelles).Il n'y a pas de registre de comptes de la confrérie antérieur à 1824, et le registre de paroisse postrévolutionnaire a disparu depuis 1980, date à laquelle il avait servi à Marcel Launay pour sa thèse d'état " le Diocèse de Nantes sous le second empire" (41). Les renseignements sont donc très fragmentaires.
Bien que la seule trace qui subsiste soit tardive, puisque datant seulement de 1824, on peut accorder à ce registre de comptes une certaine fiabilité pour 2 raisons. Les confréries ne sont pas instituées facilement. Le témoignage est une affaire religieuse et on mentait moins à Dieu qu'aux hommmes (voir chapitre pertes de mémoire). On peut accorder à ce témoignage d'existence prévolutionnaire un préjugé favorable.
Les confréries, officiellement dissoutes le 09.05.1760 par un Arrêt du Parlement de Paris, sont actives à la veille de la Révolution.Le décret du 18.8.1792 décide à nouveau leur extinction.
Les études relatives aux confréries avant, pendant et après la Révolution, s'accordent à reconnaître leur rôle dans de nombreux cas pendant la Révolution en tant que réseau. Louis Châtellier observe une continuité entre l'avant et l'après révolution :Ainsi, les confréries contribuent-elles à constituer entres les XVIIIe et XIXe siècles, aussi bien dans les villes que dans les villages, de véritables réseaux d'autant plus résistants que leurs liens avec les familles en place sont étroits et quasi consubstantiels. Dans ces réseaux qu'il conviendrait d'étudier attentivement se trouve peut-être une des raisons de la résistance de groupes de populations aux mesures révolutionnaires ou même seulement inspirées par les « Lumieres »... Les confrères rompus de longue date, aux pratiques des assemblées non seulement ne se trouvent pas seulement dépaysés dans les sociétés qui surgissent dans les villes au début de la Révolution mais doivent même bénéficier d'une sérieuse avance sur ceux qui ne n'ont pas été à semblable école... Derrière les manifestations parfois contradictoires de sympathie ou d'hostilité envers la Révolution il y a une consitution de groupes actifs de catholiques qui par le moyen de réseaux familiaux agissent sur la société catholique dans son ensemble.(42)
Comment la confrérie du Rosaire s’est-elle mise en place à Saint-Julien de Concelles en 1824 ? La constitution d’une confrérie exige normalement l’approbation des status par l’évêque. Or, le registre de 1824 ne mentionne pas une telle démarche, mais lasse supposer un était de droit (voir l’extrait suivant)
Le processus qui s’est déroulé à Saint-Julien a été observé dans diffirentes études sur les confréries. Ains, Bernard Montagnes pour sa part a distingué plusieurs cas de reconstitution des confréries du Rosaire après la Révolution, dont le cas des confréries jadis établies, où le clergé a considéré que le Rosaire subsistait de droit, bien que suspendu durant une dizaine d'années. Ainsi, à Toulouse, Paris, Marseille... (44)
Mathurin Livinic succèda directement à René Lemesle à Saint Julien de Concelles. Dès lors qu'il a admis des confrères et consoeurs, c'est que la confrèrie ne s'estimait pas dissoute et avait une activité. Mathurin Livinic ne l'ayant pas « crée », elle existait donc clandestinement sous forme d'un réseau organisé à Saint Julien pendant la guerre civile. Il est difficile d'extraire des noms des documents existants, puisque les livres de comptes ne donnent que des listes de confrères et consoeurs désignés uniquement par leur patronyme et leur prénom. Les risques d'homonymie sont fréquents pour un certain nombre d'entre eux.
Cette difficulté est soulevée par Daniel Moulinet qui étudia les registres de Gannat et Varennes dans l'Allier (43). Par ailleurs le cahier existant donne seulement une première liste en 1824, soit plus d'une génération après la Révolution.
Le nombre de concellois présents dans les actes du registre clandestin est si élevé qu'il touche pratiquement toute la population adulte, à ceci près que ce sont les hommes qui y sont majoritairement représentés, puisque les prêtres ne citent jamais les femmes comme témoins à un mariage. Le seul acte où les femmes tiennent un rôle accepté est le baptême lorsqu'elles sont marraines. Cette forte présence masculine dans les 411 mariages unis à Saint Julien de Concelles entre 1794 et 1802 tranche avec l'opinion généralement répandue selon laquelle les messes clandestines étaient des assemblées de femmes. Les personnes citées dans les 411 mariages de Saint Julien touchent plus de 1500 hommes compte tenu des homonymes et doublons pour ceux qui ont assisté à plusieurs mariages.
Il est impossible de retrouver l'identité des confrères à travers le registre clandestin, car les personnes citées sont d'une part très nombreuses, d'autre part citées à plusieurs reprises.
- Le heurt entre deux réseaux
Lorsque la fabrique se remet à fonctionner, elle collecte les fonds nécessaires à assurer les moyens de subsistance du clergé. L’abbé Petard nous révèle un curieux incident après la première collecte (voir p.18). Pourquoi cet indicent ?
Si le système collecteur de Gautron n’est pas destiné à René Lemesle, c’est que Gautron n’a pas eu l’habitude de lui remettre des dons de ce type, sinon il aurait continuer à les lui donner. Les moyens de subsistance de René Lemesle provenaient par conséquent d’autres sources que la fabrique : protection financière de quelques personnes aisées, et dons en nature.
Il aurait ainsi été protégé par un réseau de quelques personnes et ce réseau n’est pas la fabrique. Pierre-Marie Phelippes de la Richardière ?
L’incident de la collecte de 1800 par Gautron met cete dualité en relife. La fabrique, avec Gautron, s’est effacée en octobre 1794. D’ailleurs, le registre à cette date, laisse présumer que Sévère Bertaudeau opère sous la protection de Gautron.
Puis, intervient souvent Pierre-Marie Phelippes, qui habite à la Richardière au bourg, et René Lemesle dit précisément souvent la messe dans les greniers de la Richardière (11). Il était dans la division de Lyrot et avait réussi à franchir la Loire en décembre 1793 pour rentrer à Saint-Julien. Il connaît René Lemesle.
Pierre-Marie Phelippes est présent dans les premiers actes concellois de René Lemesle : peut-on en conclure qu’il a attiré le prêtre à Saint-Julien ?
- Les liens personnels
Les liens familiaux et la solidarité villageoise sont forts. Ils ont créé le tissu géographique indispensable à la localisation permanente du prêtre. On constate que le délai de baptême est resté court (voir chapitre la vie) et que par conséquent la population pouvait localiser à tout moment le prêtre.
Les psychologues qui étudient de nos jours les réseaux de communication distinguent 3 formes de réseau.
Le réseau en étoile est le réseau le plus simple. Il permet de couvrir tout le territoire, ce qui le rend plus efficace. On ne communique par seulement oralement, et les signaux divers ont existé. Ceux des moulins sont restés célèbres, à tort paraît-il. Mais il existe une multitude de petits moyens, comme dans un jeu de piste : un baton planté dans telle direction à telle croisée de chemins, etc...
Le type de réseau affecte le comportement des participants : dans le cas qui nous occupe, il a une influence sur la pratique religieuse clandestine. La création du réseau concellois n'a probablement pas été spontanée, car les confrères possédaient manifestement un reste de structure. Le réseau s'est donc structuré à partir des confrère, et en forme d'étoile. Le nombre de villages est d'environ 140, dont 20 à 25 se distinguent par leur importance. Le réseau en étoile n'a pas eu 140 branches, pas même probablement 25. Chaque branche était un relai de communication qui devenait lui-même le centre d'une nouvelle étoile.
Dans le cas du réseau clandestin, la position A n'est pas fixe, puisque le prêtre doit changer de cachette pour échapper aux poursuites. On peut donc supposer que B, C, D, etc... sont périodiquement en position A. Il y a probablement eu à Saint-Julien un réseau en étoiles dont le centre se déplaçait. Il permettait de couvrir tout le territoire de la paroisse.
Chapitre X
- PERTES DE MEMOIRE
Ma rive est de silence
mes mains sont de feuillage
ma mémoire est d’oubli.
Jean Tardieu« J'ai la mémoire qui flanche, je ne me souviens plus très bien… »
chante notre Barbara nantaise. Ce que Barbara ose avouer, est-ce si rare ? Barbara chante ses amours et ce qu'elle a oublié avec autant de négligence poétique, les jeunes mariés clandestins de la période révolutionnaire ne l'oublaient pas aussi facilement. Ils n'avaient qu'un seul amour, ce qui est plus facile à retenir. Et puis cela avait été une fameuse fête, tout le monde se souvient des noces ! Tout le monde ? Voyons un peu ce qu'il en est.
- La mémoire des noces
Lors de l'enregistrement civil (voir chapitre Mémoire d'Avent), une partie des couples cite la date de mariage religieux. Cette date religieuse se retrouve dans tous le registre de l'An IV, inexistant aux Archives Départementales, commecé par Crouëzaud. La formule utilisée est la suivante :
... lesquels ont déclaré être mariés ensemble le ... et n'avoir pu faire enregistrer leur mariage dans le temps faute de registre civil... (AC de Saint Julien, registre de mariage An IV)
Admirable formule, car l'acte ne contient aucune formule de mariage, uniquement cette formule d'enregistrement. On n'est donc pas surpris de ne pas trouver aux Archives Départementales de grosse d'un document si peu conforme aux directives officielles : on s'était arrangé pour régulariser les papiers des concitoyens sur place et on avait évité d'acheminer aux greffes la copie. La municipalité complaisante de Saint Julien s'est montré on ne peut plus compréhensive pour cette régularisation. Alors d'où vient que malgré cette compréhension, tous les Concellois n'aient pas été se faire enregistrer ? Ils sont venus nombreux mais pas tous cependant.
La date de leurs noces religieuses figure dans cet enregistrement et permet de mesurer leur mémoire des dates. Les enregistrements s'effectuent en moyenne 28 mois après la cérémonie religieuse, avec des extrêmes allant de 1 à 4 ans. Ce délai est donc très court, et on peut supposer que les dates citées vont être exactes. Ceci est vrai pour 23 des 52 couples. Les autres ont oublié. A leur décharge cependant, il faut mentionner l'utilisation dans une partie de ce registre du calendrier révolutionnaire. Les dates de leur mariage religieux étaient donc données oralement, puis transcrites en calendrier révolutionnaire par l'agent municipal. On constate alors, comme je l'ai relevé dans les commmunes voisines (16,18), des erreurs spectaculaires, dont la plus fréquente est l'erreur d'année. Donc, pour 4 des couples enregistrés civilement en l'An IV, il y a une erreur d'un an et quelques jours. Mais ou cela se complique singulièrement, c'est que l'agent municipal se trompe 2 fois pour l'année précédente, et 2 fois pour l'année suivante. Il réussissait tout de même à viser quelquefois l'année juste, puisqu'il la donne dans 10 cas. Il n'en reste pas moins qu'il se trompe dans 4 cas ur 14, ce qui est un taux d'erreur relativement élevé. Il n'était pas le seul et ses collèges des communes voisines n'étaient pas plus experts en maniement rétroactif du calendrier révolutionnaire.
Les autres couples n'avaient aucune excuse pour se tromper, et pourtant ils se trompent de quelques jours à mois près, avant comme après. Les mémoires les plus courtes peuvent être attribuées aux couples déclarant leur mariage religieux 18 mois après avec erreur de 20 jours avant, 14 mois après avec erreur de 9 jours avant, 3 ans et 11 mois après avec erreur de 30 jours après, 3 ans et 4 mois après avec erreur de 22 jours après.
« la mémoire flanche... » pour les événements heureux, que penser de cette mémoire quand il s'agit de témoigner de dates de décès de proches. Elle n'était pas brillante au Loroux 3 ans après les massacres (16). Oublieuse mémoire !
- La tradition orale
Dès 1797, soit 3 ans après le passage des colonnes infernales, les témoignages recueillis sur place concernant les victimes étaient entachés de « troubles de mémoire » (16,18). La fiabilité des témoignages, y compris des témoignages aussi récents que ceux de 1797, pose un problème difficile à aborder vis à vis des familles de descendants toujours sur place. Depuis 2 siècles, l'état d'esprit des traditions orales familiales et locales est tel que l'a si bien résumé l'abbé Guibert curé du Loroux au début du XXème siècle dans sa chronique manuscrite des méfaits des colonnes infernales au Loroux-Bottereau en 1794 :
Le sang versé par une famille contresigne l'honneur qu'a eu quelque membre de cette famille de lutter de souffrir ou de mourir pour la religion catholique (44).
La notion d'honneur a incité certaines familles dépourvues de victimes à transformer des morts naturelles en morts violentes. Ce glissement de la vérité était d'autant plus facile à opérer que des oreilles complaisantes s'y prêtaient. L'honneur n'est pas seul en cause. La mémoire humaine a également ses limites comme le relevé des mariages civils permet de le quantifier (voir ci-dessus).
Enfin, les familles étaient géographiquement éclatées c'est à dire dispersées au moment des faits. Il est donc fréquent de retrouver des survivants inattendus. On aurait pu s'attendre à voir les familles périr ensemble, mais il n'en est rien.
Les exemples ci-après illustrent trois types de dérive de la mémoire :
extension familiale du titre de victime : ici du mari à la femme
faux-témoignage pour rendre service
transfert ulitérieur de victime d'une paroisse à l'autre
- Perrine Giraud veuve de Laurent Dagondeau
Laurent Dagondeau, laboureur au Chohuet au Loroux-Bottereau, avait épousé à la Chapelle Heulin le 17.7.1781 Perrine Giraud. Le 8 mars 1794, Laurent alors « agé de 42 ans, barricade sa maison, mais la porte est enfoncée, le malheureux sabré, la maison incendiée et le blessé est rejeté au milieu des flammes" (17). Sa femme est vivante, ainsi que 2 des enfants du couple âgés respectivement de 11 et 6 ans. Le couple, comme la plupart des couples ayant subi les colonnes infernales, est géographiquement dispersé au moment des faits. Laurent a t-il envoyé Perrine se cacher derrière une haye avec les 2 enfants, ou bien les a-t-il envoyé se réfugier sur l'Ile du Recoin avec la majorité des habitants, ou bien dans de la famille à la Chapelle-Heulin ? Laurent aura défendu son maigre bien seul jusqu'à la mort, en ayant eu soin d'éloigner sa famille. Toujours est-il que Perrine n'est pas morte br–lée avec lui comme l'indique une liste privée.
La veuve a 2 jeunes enfants à élever, qui se marieront respectivement en 1804 à la Chapelle-Heulin et en 1807 au Loroux-Bottereau. Pour les élever, elle se remarie pendant la guerre civile avec René Feillastre, lui-même veuf d'Anne Guillou massacrée le 15.3.1794 avec 2 de ses enfants, et père de 2 autres enfants survivants. Le nouveau couple vit à la Bazillière où René s'était installé vers les années 1781, toujours au Loroux-Bottereau. Ils font baptiser clandestinement au Loroux un fils le 2.11.1799 mais né le 24.9.1799 et déclaré issu de leur
mariage légitime, selon la formule utilisée lorsqu'il y avait un mariage religieux valide. Or, aucun mariage catholique ne figure dans le registre clandestin du Loroux-Bottereau qui est pourtant très volumineux. Puis le couple fait baptiser en 1801 un second enfant, toujours déclaré issu de leur légitime mariage. Seul le mariage civil figure aux archives communales du Loroux, le 11.11.1798, et il était impensable qu'il n'exista pas un mariage religieux avant
les baptêmes, mais où ?
La Bazillière est située à plus de 6 km au sud-est de la ville du Loroux et le Chohuet à 3,3 km à l'est-sud-est. Les liens paternels et beau-paternels de Perrine Giraud étaient essentiellement chapelains. Ceux de René Feillastre résolument lorousains. En l'absence de registre clandestin à la Chapelle-Heulin, on pouvait donc supposer qu'il y avait eu effectivement un mariage religieux clandestin lors des passages occasionnels de Marchand sur cette paroisse et qu'aucune trace écrite ne nous est parvenue. Cette hypothèse de travail est ainsi valable pour bon nombre de familles qui montrent des actes religieux « manquants », c'est à dire dont l'absence dans le registre clandestin de leur paroisse ne peut religieusement s'expliquer.
Le dépouillement des registres clandestins voisins de la paroisse du Loroux s'avérait donc nécessaire pour reconstituer le « puzzle » incomplet des actes religieux dans certaines familles. Ce travail de fourmies confirme l'hypothèse selon laquelle les actes manquants ont existé. On retrouve dans les registres voisins une partie des actes manquants au Loroux. Ainsi, Perrine Giraud et Renée Feillastre sont religieusement unis le 12.11.1798 par René Lesmele, soit 1 jour après le mariage civil. Les distances et les liens familiaux n'expliquent pas comment ce couple a été uni aussi loin, c'est à dire à 8 km de la Bazillière. Peut-on considérer avec notre mesure pédestre d'aujourd'hui, que la distance de 8 km est grande ? René, né en 1746, donc âgé de 52 ans à son remariage, avait donc eu connaissance de la présence de René Lemesle à travers d'autres liens que familiaux. Liens de galerne ? Toujours est-il que le couple n'avait aucune attache familiale directe à Saint Julien.
Quant à Perrine, elle est décédée le 7.10.1826, non sans avoir quelques petits enfants auparavant, et elle n'a pas br–lé en 1794. Si le couple avait brulé ensemble, on imagine mal comment les personnes qui ont déclaré la mort de l'époux, Laurent, sans doute parce qu'elles en avaient trouvé le corps calciné dans sa maison, n'auraient pas retrouvé le second corps calciné et n'auraient pas déclaré l'épouse en même temps. C'est donc C. Massonnet, dans le registre clandestin du Loroux-Bottereau, qui a correctement relevé le témoignage du massacre de son époux "massacré et br–lé" le 8 mars. A contrario, le fait que C.
Massonnet n'a pu noté d'autres actes concernant la famille de Laurent Dagondeau, montre que les témoins de l'époque ne connaissaient pas d'autres violences dans la famille. Ceci ne signifie pas qu'il n'y avait pas d'autres violences, mais qu'aucune autre violence connue avec certitude n'était à leur connaissance à la date de Juillet 1794, date du relevé de Massonnet.
De ce qui précède découle une seconde hypothèse : le degré d'exhaustivité du relevé de C. Massonnet dépend du degré des connaissances des témoins à la date de Juillet 1794. Les "témoins" devaient avoir vu et identifié leurs morts, ce qui excluait les témoignages des soldats morts sans témoins, et probablement de quelques massacrés non identifiés, encore que mon étude en cours montre que l'identification fût assez complète, même lorsque les victimes étaient tombées sur une paroisse voisine, à plusieurs kilomêtres de leur domicile. Le témoignage occulaire suppose en effet que les corps soient retrouvés et identifiés, mais il faut tempérer la difficulté, par l'extraordinaire connaissance que les gens des villages voisins avaient à l'époque les uns des autres. Ils étaient capables, non seulement d'identifier avec une bonne fiabilité un habitant d'un village voisin, mais aussi de donner oralement sa filiation, et même ses premiers mariages dans le cas ces veuvages multiples, sans introduire beaucoup d'erreurs.
Malgré l'éclatement familial et géographique des victimes, qui est important, on a pu identifier les 600 victimes relevées par Massonnet éclatées dans un si grand nombre de familles, qu'on peut prendre la mesure du terme « honneur » :
presque chaque famille a sa victime. La dispersion géographique des membes d'une même famille au moment du passage des colonnes de Cordellier, a permis aux familles de ne pas être totalement massacrées : aucune ne disparaît et il y a toujours au moins un survivant dans une fratrie. Par contre, la plupart des familles ont eu "une victime" au moins, et peu de familles n'ont eu aucune victime.
L'étude de la vie à travers la population lorousaine, c'est à dire le suivi systématique des vivants à travers toutes les sources disponibles, permet de faire de nombreux recoupements entres les dites sources. C'est ce recoupement qui permet d'infirmer certains témoignages. Il a permit de ramener le chiffre maximum de victimes à un chiffre plus proche de la vérité. Ce chiffre est dès à présent très inférieur à 1000 pour la paroisse du Loroux-Bottereau dans ses frontières de 1789. Il évolue chaque année, en diminuant, au fur et à mesure que je retrouve les traces fiables des vivants.
- René Hamon
René Hamon, né à Oudon en 1759, avait épousé au Loroux-Bottereau le 13.8.1787 Françoise Pallussière, qui lui donne une première fille le 1.5.1789. Le couple fait ensuite baptiser clandestinement en 1796 au Loroux une fille prénomée Renée, puis le 4.11.1798 un fils prénomé René né le 22.1.1798. Ils font enregistrer la naissance de leur fils à l'état-civil en déclarant la même date de naissance, ce qui n'allait pas toujours de soi pour bien des couples, pour lequels la mémoire des dates de naissance est aussi fiable que celle de leur jour de mariage (cf ci
dessus).
Le jeune René perd sa mère le 21.9.1800 (EC,AC du Loroux-Bottereau), puis son père le 2.9.1801 (EC, AC du Loroux-Bottereau). Il est orphelin à 3 ans, et élevé probablement par des cousins éloignés vivants à Saint Julien de Concelles, car il n'a pas d'oncles ou de tantes. Devenu adulte, il épouse à Saint Julien de Concelles le 9.8.1822 la concelloise Jeanne Vilaine. Il lui faut des papiers pour se marier, or la plus grande confusion règne dans son entourage : on ne sait plus très bien quand sa mère est décédée et on n'a même pas idée d'aller demander à la mairie du Loroux de regarder en 1800, ou bien on a demandé à Saint Julien de Concelles par erreur, et cette mairie n'avait rien et pour cause. A moins que le désordre règnant dans toutes les communes au niveau de l'état-civil fût tel que la mairie du Loroux n'était plus en mesure de retrouver l'acte. Cette hypothèse, n'est pas à exclure dans un certain nombre de cas, même si elle semble génante.
Qu'à cela ne tienne, René va faire faire un papier de remplacement, car la mairie lui a indiqué avec complaisance la méthode à suivre pour obtenir un certificat de
notoriété. Il lui suffit de trouver 2 témoins prêts à jurer la vérité. Or, il y a belle lurette que les « témoins » ne sont plus occulaires et que toute la population jure n'importe quoi allègrement, maire en tête comme à Clisson (18). Belle occasion pour ces "témoins" de rendre service aux proches, mais surtout de dire n'importe quoi à l'administration boudée.
Et on se moque tellement de jurer n'importe quoi à cette date, que tout le monde en oubli les moindres règles de bon sens : les témoins comme les greffiers qui enregistrent la déclaration, comme les employés de l'état-civil notant le mariage.
C'est ainsi que personne n'a remarqué qu'un fils né en 1798 avait perdu sa mère « au début de l'année 1791 », et cette année est écrite en lettres, donc n'est pas une erreur de lecture de ma part ou d'écriture à l'époque.
- Julien Courgeau
Julien Courgeau a épousé à Saint Julien de Concelles en 1798 Renée Fleurance, qui lui fait ensuite quelques enfants. Renée Fleurance fait inhumer en 1796 une fille de 3 ans, mais le père n'est pas là, et elle est assistée de ses beaux-frères. Le 28 ventose an V Renée va déclarer à la mairie de Saint Julien de Concelles que son époux a été tué le 15.10.1793 dans les pat–res de cette commune
près le village des 3 cheminées (EC, AC). Puisque Renée est une pratique de René Lemesle, car elle se manifeste aussi comme marraine chez ses beaux-frères, on remarque que le prêtre n'a pas voulu noter les déclarations a posteriori (cf chapître 6 la mort).
Mais il reste à Renée un fils né en 1792 qu'elle va élever seule sans se remarier. Devenu adulte, ce fils se marie au Loroux-Bottereau le 19.10.1812 avec la Lorousaine Perrine Clément de 9 ans son aŒnée et s'installe au Loroux. Le jeune couple recueille Renée qui les aide à la Haye Chausse.
Pierre Clément, la père de la jeune femme qui est devenue la brue de Renée, vit aux Perrines à 3 km du jeune couple, et vient parfois. Ensemble les deux anciens évoquent cette période noire durant laquelle Pierre trouva sa femme massacrée le 17.3.1794 et Renée son époux tué en 1793. Et Renée devenue Lorousaine d'adoption, parlera tant de son époux qu'il époux figurera bientôt dans une liste privée de victimes alors qu'il était Concellois au moment de la
guerre civile.
Julien Courgeau illustre les difficultés à établir un martyrologe car la question de savoir qui habitait le territoire concerné au moment des faits est délicate. Il existe une forte probabilité pour qu'il ait été victime, mais sa famille a quitté Saint Julien de Concelles et la tradition orale qu'elle perpétue s'entend au Loroux.
Pour éliminer de telles sources d'erreurs, le dépouillement exhaustif des registres clandestins est extraordinairement utile. Un registre clandestin est le document le plus fiable de la période révolutionnaire, et il permet de dire qui était présent, c'est à dire bien vivant, à telle date à tel endroit. Grâce au dépouillement exhaustif du registre de René Lemesle, on peut compléter la fiche de Julien Courgeau et constater qu'il n'était jamais présent alors que sa femme l'est à plusieurs reprises, donc qu'il était probablement décédé avant. Le registre clandestin n'infirme pas les déclarations ultérieures.
- La fiabilité des documents
La fiabilité des documents est la clef de toute étude quantitative. Or, la fiabilité des témoignages, sur lesquels les documents a posteriori sont basés, fait défaut la plupart du temps (16,18). Une sous-estimation de son impact a entraîné des erreurs de chiffrage et entretenu depuis 2 siècles dans les 2 camps les débats entre partisans du "toujours plus" et partisans du "toujours moins".
Le souvenir de la guerre civile est entretenu de nos jours par plusieurs associations. Elles jouent un rôle déterminant dans l'entretien de la mémoire (22). Les instruments archivistiques utilisés en partie par ces associations pour étayer leurs publications sont des documents écrits de 1797 à 1830, c'est à dire les sources auxquelles la fiabilité fait plus ou moins défaut (16,18). Ces sources se basent sur le recueil de témoignages et attribuent à la notion de témoin une importance qu'elle na pas eu en réalité.
Il était facile d'être témoin pour rendre service à un voisin : pour toucher une pension, pour avoir une certificat de décès etc... Ces témoignages sont d'autant plus nombreux que la complaisance des personnes les recueillant les favorisait localement.
Le mouvement du souvenir, s'il est justifié globalement, ne se justifie pas au niveau des individus car les listes nominatives basées sur de tels témoignages comportent de quelques « fausses victimes ». Les témoignages sont d'autant plus erronés que la pression du groupe social environnant est forte. Ils le sont également en fonction des attitudes locales vis à vis de ces témoignages : on observe déjà une différence entre Saint Julien et Le Loroux. Enfin ils sont
d'autant plus erronés que le temps passe.L'étude en cours sur la population lorousaine quantifiera le degré de fiabilité de chaque type de source pour cette paroisse, en donnant nominativement les recoupements impossibles. Les recoupements impossibles sont ceux pour lesquelles la mafestation de la vie, c'est à dire de la "non-mort", est fiable : ainsi, un mariage postérieur, un décès ultérieur ou antérieur, une présence dans un registre clandestin même au titre de parrain ou marraine, etc..., avec filiation donnée par le prêtre.
Dans le cas des registres clandestins, la vie est présente sous une forme précise et le prêtre n'a pas vu des « fantômes » : on ne lui mentait pas, car cela aurait été mentir à Dieu. On vivait un temps fort, dans lequel la population se serrait et s'entraidait. On n'avait rien à gagner et sans doute tout à perdre et pourtant on déclinait courageusement ses noms et filiations.. On signait même quand on savait.
La publication des recoupements impossibles, c'est à dire des « non-morts » pose un problème moral qui ne m'échappe pas. Pourquoi venir détruire dans certaines familles ce qui est si bien entretenu depuis 2 siècles. En ai-je même le droit ?
Je ne m'en sentais pas le droit moral, bien que j'en ai le droit juridiquement parlant. Je ne m'en sentais pas plus le devoir. J'ai bien dit « je ne m'en sentais pas », car depuis j'ai d– changer d'avis. L'un des mouvements du souvenir, par la voie de son président, m'a mise en demeure d'apporter les preuves des résultats
de mes travaux. Je regrette cette attitude fermée, car j'aurais personnellement souhaitée ne pas faire de nominatif pouvant semer le trouble dans certaines familles toujours en place. J'avais donc na‹vement « suggéré » à cette association de revoir ses chiffres à la baisse dans ses exposés et publications etc... La réponse m'a fait prendre conscience que pour être crue il fallait malheureusement que je donne les éléments nominatifs.
Quand on songe que 2 siècles après la guerre civile il peut encore exister autant de passions autour des victimes ou non victimes, on peut être attéré à l'idée que prochainement les archives de la seconde guerre mondiale seront communicables. Quelles passions nominatives ne vont-elles pas déchainer ?
Pour la guerre civile qui nous occupe, un premier cas nominatif a été publié cette année (16). Le présent ouvrage contient quelques cas qui ont ceci de remarquable qu'ils concernent Saint Julien de Concelles autant que le Loroux-Bottereau. Mes travaux ne portent que sur le Loroux, et c'est uniquement pour reconstituer entièrement les familles lorousaines que je suis amenée à survoler les communes voisines comme le présent ouvrage le fait pour Saint Julien. Même sans avoir reconstituées les familles de Saint Julien, on peut trouver des recoupements erronés. Il n'est pas nécessaire de mener un travail extraordinaire pour en trouver. Il suffit d'un peu d'analyse critique et de curiosité.
Chaque cas de recoupement impossible peut s'expliquer d'une façon différente, encore que certains cas peuvent être regroupés par catégories. Ces erreurs ne sont pas là pour diminuer l'honneur des populations, mais leur rectification permet de quantifier les victimes sur des bases sérieuses. L'étude de démographie historique du Loroux-Bottereau avait, et a toujours, pour objectif de dénombrer les vivants afin de déterminer le nombre maximal de victimes potentielles par différence. Parallèlement, l'étude permet de déterminer un nombre minimal. La zone intermédiaire, dite d'incertitude, est de plus en plus réduite et je suis moi-même surprise de constater que l'on peut mener à bien ce travail en balayant les paroisses voisines et en comptant sur les solidarités généalogiques.
Les martyrologes sont des documents piégés, mais ils sont aussi les plus crus.
D'où vient la crédibilité aveugle que manifestent nos contemporains ? Deux siècles après les faits, les familles aiment compter un martyr, ou plusieurs, parmi leurs ancêtres. Sans aller, comme il n'est pas rare encore de nos jours, jusqu'à chercher à tout prix cette victime, quitte à glisser sur certaines incomptabilités ou homonymies, combien de descendants de vendéens aimeraient de nos jours s'entendrent dire que leur prétendue victime n'en est pas une ? Peu, à en juger par les lettres d'insultes qui me parviennent lorsque je rectifie à l'aide de données parfaitement controlables, une tradition orale erronée. Ce n'est pas une raison pour cesser la recontitution des familles lorousaines, puisqu'elle débouche sur quelques rectifications de témoignages visant l'honneur des familles ?
Je rends ici personnellement hommage à ceux qui ont le courage de reconnaître que leur ancêtre n'est pas la victime figurant dans tel martyrologe, mais qu'il est décédé à telle date ultérieure après avoir vécu des jours paisibles.
Malheureusement ces personnes éprises de vérité pure sont rares, surtout au prix de perdre un ancêtre victime.
On tient collectivment ou individuellement à « toujours plus » de victimes. En déposant récemment un relevé informatisé de la période révolutionnaire et en expliquant oralement dans quel contexte j'avais fait ce travail, je m'entendis dire :
-Alors, il y a eu plus de victimes qu'à ... ?
On attendait de moi un chiffre énorme pour être fier de sa commune. Combien de temps la question se posera-t-elle encore ainsi ? "Toujours plus" appartient à Mr de Closets et sans prétendre à "toujours moins", j'ose croire que la Vendée sortirait grandie de la vérité.
Car la vérité est terrible, même si le nombre de victimes n'est pas si élevé que le prétende certains, il est suffisamment élevé. Les erreurs relevées dans les témoignages ne concernent qu'une petite partie des listes de victimes. Elles n'en diminuent en aucun cas le nombre, car un phénomène de compensation apparaît avec des vraies victimes non identifiées à ce jour dans les relevés existants. Car Il y a des familles qui ne se sont jamais vantées et qui ont pourtant de vraies victimes non recensées par faute de témoignage ou de déménagement de la paroisse.
Chapitre X
- MORTS VIOLENTES DANS L'ETAT CIVIL
Morts de 1793 à 1794 déclarés à Saint-Julien
Une partie des morts violentes sont déclarées à l'état-civil de 1797-1800 aux Archives Communales. Une grande partie de ces enregistrements a posteriori de décès figure au milieu du registre des mariages, ce qui les rend inaccessibles. Par ailleurs, la consultation des archives n'étant plus autorisée dans les communes, la copie fidèle ci-dessous présente un intérêt pour les curieux.
Cette liste ne constitue pas un martyrologe, puisque nous avons vu que les déclarations ne sont pas exhaustives et que toutes les déclarations ne sont pas fiables.
Les Lorousains qui vivaient à Saint Julien de Concelles ont aussi été relevés pour l'étude de démographie-historique lorousaine, à paraître en 1993.
Il existe une autre liste de victimes publiée par le père Petard (8), elle même extraite de M. A. Lallié (x). Cette dernière diffère en de nombreux points de la liste de l'état civil. Seuls 6 hommes sont à la fois dans l'état civil et dans la liste du père Pétard : Pierre Harrouet accusé de brigandage, Joseph Huret 48 ans, Antoine Volant 50 ans, Julien Bricart 22 ans, Julien Pouponneau 50 ans et Jean Pouponneau 18 ans. Pour les autres victimes fusillées, noyées ou guillotinées listées par le père Pétard, il y a donc une sous-enregistrement manifeste à l'état civil. Ceci concerne Jean Bagrin 47 ans courrier des rebelles, Françoise Blouin dont la maison acceuillait les prêtres réfractaires, René et François Biry, Pierre Moreau 29 ans marchand de bestiaux, René Braud 37 ans sabotier, Jean Esseul 28 ans pêcheur, Pierre Boulas, Limousin marchand de vin à Nantes, Antoine Brelet 50 ans, Julien Micheneau 36 ans, Julien Barreau 24 ans, Pierre Bouquet 21 ans, Lucas Egron 39 ans, Joseph Huret 48 ans, Jean et Piette Menant 21 et 28 ans, Sébastien Salau 40 ans, Laurent Terrien 24 ans, Julien Jouet 20 ans, René Lourneau 16 ans, Louis Bouleau d'Ambreil, Michel Brevet 32 ans, Pierre Libeau 50 ans, Michel Libeau 27 ans, Jean Lorain 36 ans, Joseph Lubin 34 ans, René Vilaine 50 ans.
La liste des personnes jugées à Rennes ne recoupe pas plus celle de l'état civil (voir chapitre "la Mort"), d'où l'intérêt de chaque source qui complète l'autre.
Enfin, le père Pétard cite la nuit du 25.03.1794 pour le passage dévastateur des colonnes de Cordellier. Elles auraient fait, en particulier dans les Vallées, plusieurs centaines de victimes. Aucune victime ne figure à cette date dans les déclarations de l'état civil. Ceci ne signifie pas que personne n'ait été massacré ce jour-là. Si l'on tient compte de l'état de la mémoire des dates (voir chapitre "Pertes de Mémoire") chez les survivants 3 ans après, on peut conclure que les dates citées comme date de décès des victimes sont très approximatives.Au Loroux voisin, pour la même époque, le recoupement entre les sépultures du registre clandestin, du registre de catholicité prérévolutionnaire et de l'état civil postrévolutionnaire (16) permet d'observer des différences dans les date déclarées allant jusqu'à 1 an et plus.
La présente étude, met en évidence la vie à Saint Julien de Concelles pendant la persécution. La vitalité des années 1795 à 1800 infirme la tradition orale, dont s'est servie en 1895 le père Petard, selon laquelle la moitié des Concellois aurait été tuée en 1794. Il y a absence de corrélation entre le nombre élevé de mariages et de naissances et l'affirmation selon laquelle la moitié dela population a disparu.
L'absence de déclaration de décès d'enfants est sans doute l'élément le plus remarquable dans la liste ci-dessous. Mis à part les enfants Fleurance au nombre de 4, déclarés par leur oncle, et Jeanne Libeau, il n'y a pas d'enfant déclaré comme massacré. Au Loroux ils sont 131 âgés de moins de 10 ans à être déclarés morts de violence dans le registre clandestin. De deux choses l'une : ou bien le registre d'état civil de Saint Julien n'est que très partiel, ou bien les victimes ne furent pas aussi nombreuses que la tradition orale racontée au père Pétard ne le laisserait supposer.
La tradition orale se serait-elle trompée de dimanche, car les déclarations de décès concordent pour le 18.03.1794, alors que le père Petrad donne le 25, soit un dimanche plus tôt.
- Liste des mortes violentes de l'état civil déclarées en 1797 et 1798
L'orthographe, les dates en calendrier grégorien et républicain, et surtout les erreurs de date, même les invraisembles sont fidèlement reproduites.
La date de la déclaration figure entre crochets à la fin de chaque relevé.
- AUBERT Perrine, 45 ans, femme de François BAGRAIN, fille de Jacques et Perrine HIARD, mère de François BAGRAIN (déclarant), fut tuée au Pointeau le 18.3.1794 (17 thermidor V)
- BABONNEAU René, laboureur, mari de Louise LITTOU (déclarante) remariée à Jacques GLEBAUD, fils de Jacques et Marie POTINIERE, fut tué commune du Cellier le 20.12.1793 (9 Thermidor V)
- BAGRAIN Anthoine, fils de François et Julienne BOUYER, frère de Julienne (déclarante), fut tué à Dol en Bretagne le 27.11.1793 (8 thermidor V)
- BAGRAIN François, fils de François et Madeleine PIOU sa seconde femme , frère de Julienne (déclarante), fut tué à Dol en Bretagne le 27.11.1793 (8 thermidor V)
- BAGRAIN François, 53 ans, mari de Perrine AUBERT, fils de François et Louise PIOU, fut tué au Pointeau à St Julien le 18.3.1794 (17 thermidor V)
- BAGRAIN François, 69 ans, fils de Pierre et Marie HAROUET, père de Julienne (déclarante), fut tué dans le taillis du Boulet le 18.3.1793 (8 thermidor V)
- BAGRAIN Pierre, 18 ans, fils de défunt Jean et Julienne SAUVETRE, fut tué au Mans en décembre 1793 (8 germinal V)
- BAGRAIN René, 22 ans, fils de François et Julienne BOUYER, frère de Julienne déclarante), fut pris à Mauves le 15.12.1793 par des gens armés qui le conduisirent à Nantes ou il fut noyé (8 thermidor V)
- BENUREAU Jean, laboureur, 45 ans, mari de Renée VIAU, est mort à Laval lors du passage de l'Armée des Vendéens le 26.10.1793 (17 thermidor V)
- BERTAUD Julien, né Chapelle Basse Mer, farinier, fils de François et Jeanne RIPOCHE, frère de François (déclarant), fut tué près Boulet à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- BERTAUD Marie, née au Loroux-Bottereau, 48 ans, veuve de Mathurin POHOREAU, fille de François et Marie LAURENT, mère de Michel POHOREAU (déclarant) mourut dans sa demeure à L'Eulane le 21.6.1793 (13 germinal V)
- BERTAUD Nicolas, laboureur, mari de Marie CHESNE, fils de + Nicolas et Laurence BENUREAU, mourut en sa demeure à la Mellerie, le 18 Nivose III (21 Brumaire VII)
- BERTIN Jeanne, 28 ans, fille de Michel et Marie LAMBERT, soeur de Marie (déclarante), fut tuée dans la pature du Bois Jarnaud le 9.8.1794 (2 germinal V)
- BEZEAU Jeanne, veuve de Michel DABIRAUD, fille de + Gabriel et Julienne GIRAUD, mourut en sa demeure le 22 Frimaire II (21 Brumaire VII)
- BEZEAU Pierre, mari de Jeanne HURET (déclarante), fils de Gabriel et Julienne GIRAUD, fut pris par la force armée près Ancenis au mois de décembre 1793 et conduit à l'Entrepot d'ou il fut tiré et fusillé ou noyé sans jugement (29 ventose V)
- BIGEARD Julienne, né au Loroux-Bottereau, femme de Jean BOSSARD métayer à la Guitière au Loroux-Bottereau, fille de Pierre et Julienne LAINé, mourut dans sa demeure qui était alors proche Saint Barthelemy à St Julien de Concelles le 11 Pluviose II. Michel RIPOCHE vivant à la Guitière au Loroux-Bottereau (déclarant) (26 Floréal VI)
- BONDU Pierre, né au Loroux-Bottereau, 34 ans, mari de Françoise RIPOCHE (déclarante), fils de Julien et Jeanne GIRAUD, fut tué près le Bois-Chef le 18.3.1794 (9 Thermidor V)
- BOSSARD Julienne, 22 ans, fille de Jean métayer à la Guitière au Loroux-Bottereau et Julienne BIGEARD, mourut dans sa demeure qui était alors à la maison de Cleray proche Saint Barthelemy le 2 Pluviose an II (26 Floreéal VI)
- BOTINEAU Jeanne, née au Loroux-Bottereau, 50 ans, veuve en 1er de Jean MARIOT et veuve en 2ème de Julien HUBERT roulier, mère de Jean MARIOT (déclarant), fut tuée à la Braudière en cette commune le 8.3.1794 (8 Germinal V)
- BOUCHEREAU René, 55 ans, mari de Perrine SAUVESTRE, fut tué à la Loué le 10 Prairial (21 Brumaire VII)
- BOUQUET Jeanne, 40 ans, veuve de Louis LIBEAU, fille de Pierre et Jeanne ROUSSEAU, soeur de Michel BOUQUET (déclarant), fut tuée à la Roustière à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- BOUQUET Julien, 33 ans, mari de Marie LIBEAU, fils de Pierre et Jeanne ROUSSEAU, frère de Michel (dé clarant), fut tué au Bois Adam à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- BOUQUET Julien, 6 ans et 6 mois, fils de Julien et Marie LIBEAU, neveu de Michel BOUQUET (déclarant), fut tué à la Roustière à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- BOUQUET Mathurin, 22 ans, fils de Mathurin et Marie Madeleine MARTIN (déclarante), mourut à Avranches lors du passage de l'Armée des Vendéens le 22.11.1793 (8 thermidor V)
- BOUQUET Mathurin, 57 ans, mari de Marie Madeleine MARTIN (déclarante), fils de Mathurin et Marie RIPOCHE, fut tué au Gué au voyer à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- BOUQUET Michel, 3 mois, fils de Julien et Marie LIBEAU, neveu de Michel BOUQUET (déclarant), fut tué à la Roustière à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- BOUQUET Perrine, 32 ans, fille de Pierre et Jeanne ROUSSEAU, soeur de Michel BOUQUET (déclarant), fut tuée à la Roustière à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- BOUQUET Pierre, 3 ans et 6 mois, fils de Julien et Marie LIBEAU, neveu de Michel BOUQUET (déclarant), fut tué à la Roustière à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- BOUQUET Pierre, 36 ans, mari de Marie HAROUET, fils de Pierre de Jeanne ROUSSEAU, frère de Michel (déclarant), fut tué à St Sébastien le 18.3.794 (8 thermidor V)
- BOUYER François, né Chapelle Basse Mer, 78 ans, veuf de Julienne PIOU, père de François (déclarant), fut tué au chef lieu de cette commune le 18.3.1794 (9 Thermidor V)
- BOUYER Pierre, 36 ans, mari de Renée HUET, fils de + Luc et Elisabeth MARCHAIS, mourut dans l'Isle du Recoin au Loroux-Bottereau le 18.6.1793 (4 Fructidor V)
- BREBION Jean Aimable, 33 ans, mari de Françoise MENARD, fut tué lors de la déroute de l'Armée des vendéens le 17 frimaire II (21 Brumaire VII)
- BRELET Jean, 31 ans, mari de Marie HAROUET, fils de François et Françoise GANACHEAU, frère de Jean (déclarant), fut tué à Ancenis lors du passage de l'Armée des Brigands au mois de décembre 1793 (16 germinal V)
- BRELET Julien, mari de Renée VEZIN, fut tué au Mans lors de la déroute de l'Armée vendéenne au mois de ... 1793 (23 ventose V)
- BRELET Pierre, 23 ans, fils de François et Françoise GANACHEAU, frère de Jean (déclarant), fut tué à Ancenis lors du passage de l'Armée des Brigands au mois de décembre 1793 (16 germinal V)
- BRETONNIERE Jean, 54 ans, mari de Julienne ROUSSEAU, fils de + Jean et Marguerite JANNEAU, fut tué en sa demeure au Coteau le 10 Germinal II (21 Brumaire VII)
- BRETONNIERE Michel, 50 ans, veuf en 1er de Marie PETITEAU et en 2ème de Jeanne ROUSSEAU, fut tué lors de la déroutte du Mans sur le chemin du Mans à Laval le 9 Nivose II (20 Brumaire VII)
- BREVET André, 33 ans, mari de Jeanne PARé remariée à André BOURGET (déclarante), fils d'André et Jeanne MOREAU, est mort au Mans le 13.11.1793 (17 thermidor V
- BREVET Guillaume, 30 ans, fils de Julien et Jeanne PETITEAU, frère de Jeanne (déclarante), fut tué à L'Epertière à St Julien le 17.3.1794 (7 thermidor V)
- BREVET Jean, 32 ans, fils de Julien et Jeanne PETITEAU, frère de Jeanne (déclarante), mourut à Dol en Bretagne à la fin de novembre 1793 (17 thermidor V)
- BREVET Jean, 40 ans, aubergiste, fils d'André et Jeanne MOREAU, mourut à la Flèche lors du passage de l'Armée des Vendéens le 5.12.1793 (8 thermidor V)
- BRIAND Jean, laboureur, 33 ans, mari de Perrine VIAU, fils de Pierre et Françoise REDUREAU (déclarante), mourut à Baugé en Anjou le 1er 12.1793 (8 ther. V)
- BRIAND Pierre, né Chapelle-Basse-Mer, mari de Françoise REDUREAU (déclarante), fils de Pierre et Marie BABIN, fut tué au Gué au Voyer à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- BRICARD Julien, 25 ans, fils de Julien et Marie EMERIAU, beau-frère de Louis VEZIN (déclarant) fut tué dans la commune du Cellier le 22.11.1793 (8 thermidor V)
- BRIDON Marie, 61 ans, veuve de Jean Michel LIMOUZIN, mère de Jean LIMOUZIN (déclarant), fut tuée en sa demeure à le Carbonnerie le 14 Germinal II (20 Brumaire VII)
- CESBRON Jean, 55 ans, mari de Marie BIRI, mourut en sa demeure en ville le 21 Germinal II (21 Brumaire VII)
- CHAINTRIER Pierre, 19 ans, fils de Pierre (déclarant) et défunte Marie TREBUCHET, fut tué à Laval lors du passage de l'Armée des Vendéens le 22.10.1793 (8 thermidor V)
- CHARPENTIER Julien, 42 ans, laboureur, mari de Jeanne REDUREAU (déclarante) remariée à François BRELET, a été tué au Loroux-Bottereau le 4.10.1792 (19 Brumaire VII)
- CHEMINANT René, 19 ans, fils de Michel et Mathurine MOREAU, frère de Mathurine CHEMINANT (déclarante), a été tué à Dol le 25.11.1793 (9 Thermidor V)
- CHEVREU Louise, née Chapelle-Basse-Mer, 64 ans, femme de Jean LITOU, fille de Louis et ... VEZIN, mère de Pierre LITOU (déclarant), fut tuée au lieu de la Courbe dans sa demeure le 18.3.1794 (5 germinal V)
- CHOESMET Pierre, mari de Jeanne BONHOMME, fils de + Pierre et + Madeleine BADAUD, est mort pendant le passage de l'Armée vendéenne de la Flèche au Mans pendant la guerre civile le 6 Frimaire II (21 Brumaire VII)
- COUILLAUD François, 38 ans, mari de Geneviève BAGRIN (déclarante), fils de Pierre et Perrine LEBRUN, fut pris par des mariniers le 8.1.1794 conduit à Nantes ou il fut noyé sans jugement (5 germinal V)
- COURGEAUD Joseph, 22 ans, fils de Pierre et Julienne AUBIN, frère consanguin de René (déclarant), fut tué près la Copsonnière le 1.11.1794 (28 ventose V)
- COURGEAUD Julien, 17 ans, fils de Pierre et Marie PIOU (déclarante), fut tué à Cordroux au mois de mars 1793 (29 Ventose V)
- COURGEAUD Julien, 42 ans, mari de Marie BRAUD (déclarante), fils de René et Madeleine PRAUDEAU, mourut à la Flèche et y fut inhumé le 5.12.1793 (23 ventose 5)
- COURGEAUD Julien, 28 ans, mari de Renée FLEURANCE (déclarante), fils de Pierre et Julienne AUBIN, fut tué le 15.10.1793 dans les patures de cette commune près le village des 3 cheminées (28 ventose V)
- COURGEAUD Madeleine, femme de Pierre FLEURANCE, fille de René et Madeleine PRAUDEAU, belle-soeur de Jean FLEURANCE (déclarant), fut tuée aux Caroits près la Gagnerie le 18.3.1794 (1er Germinal V)
- COURGEAUD Mathurin, 37 ans,mari de Marie BERTAUD, fils de Mathurin et Jeanne REBION, frère de Ju lienne (déclarante), fut tué à Maudoux le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- COURGEAUD Pierre, laboureur, 30 ans, fils de Mathurin et Jeanne REBION, frère de Julienne (déclarante), fut tué à Chalans à Basse-Goulaine le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- COURGEAUD René, 46 ans, mari de Julienne BAGRIN, fils de + René, père de René (déclarant), est mort à l'Hopital de Nantes en Germinal II (21 Brumaire VII)
- COUTANT Marie, 46 ans, femme de Nicolas MERCIER, mère de Nicolas MERCIER (déclarant), mourut en sa de meure le 14.5.1791, que son décès a été enregistré, mais que les registres étaient perdus par suite de la guerre civile (21 Brumaire VII)
- COUTANT Pierre, 72 ans, mari de Jean BOURGET, mourut en sa demeure le 7.1.1791 (20 Brumaire VII)
- DABIRAUD Louis, 42 ans, mari de Marie PABOU remariée à Jean MARIOT (déclarante), fils de Jean et Jean ne BOISEAU, mourut à Dol en Bretagne à la fin de novembre 1793 (17 thermidor V)
- DABIRAUD Michel, 36 ans, mari de Jeanne BEZEAU, fils de + Michel et Jeanne SECHER remariée à Michel BAGRIN, fut tué au Mans lors de la déroutte des vendéens le 18 Frimaire II (21 Brumaire VII)
- DABIRAUD Pierre, 34 ans, mari d'Anne BAGRAIN (déclarante), fils de Michel et Jeanne SECHER, fut pris sur le chemin d'Ancenis à Nantes le 26.12.1793 par des gens armés qui le conduisirent à Nantes ou il fut noyé les jours suivants (8 thermidor V), fut pris par la force armée au mois de décembre 1793 et conduit à l'Entrepot à Nantes d'ou il fut tiré et fusillé ou noyé sans jugement (29 ventose V)
- DESMESLLIERS Artur, né à Montfaucon, 15 ans, fils de Charles Sébastien et Jeanne Angélique GEFFRAY, fut tué près Cahéreau le 14.1.1794 (14 Ventose V)
- FLEURANCE Jean, 3 ans, fils de Pierre de Madeleine COURGEAUD, neveu de Jean FLEURANCE (déclarant), fut tué en sa demeure aux Caroits le 18.3.1794 (1er Germinal V)
- FLEURANCE Marie, 7 ans, fille de Pierre et Madeleine COURGEAUD, neveu de Jean FLEURANCE (déclarant) fut tuée en sa demeure aux caroits le 18.3.1794
- FLEURANCE Mathurin, 4 ans, fils de Pierre et Madeleine COURGEAUD, neveu de Jean FLEURANCE (déclarant), fut tué dans sa demeure au Caroits le 18.3.1794 (1er Germinal V)
- FLEURANCE Pierre, 5 ans, fils de Pierre et Madeleine COURGEAUD, neveu de Jean FLEURANCE (déclarant), fut tué dans sa demeure au Caroits le 18.3.1794 (1er Germinal V)
- GAUTREAU Jean, 17 ans, né à Saint Donatien, fils de Jacques et Marie PETITOT, frère de Jacques (décla rant), fut tué à Chollet le 1.10.1793 (1er Germinal V)
- GAUTRON Mathurin, 58 ans, mari de Marie DURASSIER (déclarante), fils de Jean et Marie DESIAU, fut tué à Ancenis au mois de décembre 1793 lors du passage de l'Armée des Brigands après sa défaite au Mans (29 ventose V)
- GEOFFRION Alexandre, 75 ans, veuf d'Angélique COUTANT, mourut à L'Anglesort le 29 Prairial II (21 Brumaire VII)
- GIRAUD René, 32 ans, mari de Marie LUMIN (déclarante), fils de René et Marguerite COUTANT, fut tué commune du Cellier le 20.12.1793 (9 Thermidor V)
- GODEFROY Julien, 50 ans, meunier, farinier, mari de Renée VEZIN (déclarante), fils de Michel, farinier, et Perrine CHOIMET, fut pris près le chef-lieu de la commune du Loroux-Bottereau par une troupe de gens armés le 7.1.1794 et conduit à Nantes le 8 ou il fut fusillé sans jugement (23 ventose V)
- GOHEAU Joseph, 68 ans, époux de Jeanne PAGEAU, fils de François et Mathurine BODARD, fut tué dans la Vallée le 8.3.1794 (16 germinal V)
- GRIMAUD Mathurin, 24 ans, fils de Jacques et Marie DABIREAU, frère de Jacques (déclarant), a été tué à Dol en Bretagne lors du passage de l'Armée des Brigands au mois de novembre 1793 (16 germinal V)
- GRIMAUD René, 54 ans, veuf de Marie BRELET, fils de Mathurin, oncle de Jacques GRIMAUD (déclarant), fut tué à la déroute du Mans au mois de Décembre 1793 (16 germinal V)
- GRIMAUD René, 23 ans, fils de René et Marie BRELET, cousin de Jacques GRIMAUD (déclarant), fut tué à Dol en Bretagne lors du passage de l'Armée des Brigands au mois de novembre 1793 (16 germinal V)
- GUERIN Jacques, 26 ans, fils de Julien et Marie MOSSET, frère de Marie (déclarante), fut tué au Mans le 13.11.1793 (17 thermidor V)
- GUICHARD Marie, 56 ans, femme de René MENARD (déclarant), fille de Maurice et ? REDUREAU, fut tuée en sa demeure le 18.3.1794 (5 germinal V)
- HAROUET François, 45 ans, mari de Julienne ROUSSEAU (déclarante), fils de Pierre et Françoise PIOU, fut pris par des gens armés dans le bourg de Couffé le 15.1.1794 et conduit à Nantes ou il fut noyé (8 thermidor V)
- HAROUET Gabrielle, Thouaré, 75 ans, veuve de François ETOURNEAU, fille de Charles et Marguerite RE-TIERE, fut tuée près Pochaude au Loroux-Bottereau le 22.5.1794 (9 Thermidor V)
- HAROUET Jean, 44 ans, mari de Jeanne PINEAU (déclarante), fils de Pierre et Françoise VIAU, fut tué à L'Epertière à St Julien le 17.3.1794 (17 thermidor V)
- HAROUET Pierre, 22 ans, frère de Jean (déclarant), fils de + Pierre et Marie LAURENT, fut tué à Lalloué à Haute-Goulaine le 3.10.1793 (9 Thermidor V)
- HAROUET René, mari de Jeanne REGULIER, fils de + Pierre, mourut en sa demeure au Freigné le 15.8.1791 (21 Brumaire VII)
- HEARD Jacques, 56 ans, mari de Madeleine MOSTEAU, fils de Jacques et Jeanne AUBERT, fut tué près d'Angers le 11.12.1793 (8 thermidor V)
- HEARD Joseph, 26 ans, laboureur, mari de Marie POTINIERE, fils de Jacques et Madeleine MOSTEAU, mourut à Fougères lors du passage de l'Armée des Vendéens le 7.11.1793 (8 thermidor V)
- HENEAU, fille de + Joseph et Marie DABIRAUD, fut tuée en sa demeure au Coteau du Chène le 20 Ventose II (20 Brumaire VII)
- HIARD Joseph, 27 ans, mari de Marie POTINIERE, fils de Jacques et Madeleine MOSTEAU, mourut à Fougères lors du passage de l'Armée des Brigands au mois de novembre 1793 (29 Ventose V)
- HUCHON Jacques, 31 ans, fils de René et Michèle RIPOT, fut tué à la Baudière à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- HURET Joseph, 48 ans, mari de Jeanne GAUTRON, fils de Joseph et Marie DABIRAUD, fut pris par la force armée au mois de décembre 1793 et conduit à l'Entrepot à Nantes d'ou il fut tiré et fusillé ou noyé sans jugement (29 ventose V)
- HURET Marie, 50 ans, veuve de Mathurin MESCHENEAU, fille de + Joseph et Marie DABIRAUD, fut tuée en sa demeure au Coteau du Chène le 20 Ventose II (20 Brumaire VII)
- LANDAIS Pierre, mari de Jeanne MARCHAND (déclarante), fut tué sur la route du Mans à Laval lors de la déroute de l'Armée des Vendéens le 8.12/1793 (8 thermidor V)
- LALLIER Renée, 55 ans, veuve de Mathurin PINARD, mourut en sa demeure à Grandville le 6 Vendémiaire III (20 Brumaire VII)
- LAURENT Jean, veuf de Jeanne PERRON, fils de + Jean et Perrine ROTUREAU, oncle de Jean et René MERCERON (déclarants), fut pris dans sa demeure en nivose an II et conduit à Nantes ou il fut noyé 3 jours après (20 Brumaire VII)
- LECHON Pierre, meunier, 54 ans, veuf de Marie PINEAU, cousin de Jean LECHON demeurant aux 3 Moulins (déclarant), frère de Marie LECHON femme de Gabriel TERRIEN du Loroux-Bottereau (déclarante), oncle de Christophe THOMAS meunier aux 3 Moulins, fut tué à la Balize commune de Basse Goulaine, le 20 Pairial I (21 Brumaire VII)
- LESOURD Hilaire, 62 ans, laboureur, mari de Constance LAURENT (déclarante) fils de Jean et Perrine GIRARD, fut tué en sa demeure à la Pichaudière le 18.10.1793 (16 germinal V)
- LIBEAU Jeanne, 9 ans, fille de Louis et Jeanne BOUQUET, nièce de Michel BOUQUET (déclarant), fut tuée à la Roustière à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- LIBEAU Louis, mari de Jeanne BOUQUET, Michel BOUQUET (déclarant), mort à la Rouestière le 26.12.1793 (8 thermidor V)
- LIBEAU Marie, 39 ans, femme de Julien BOUQUET, fille de Julien et Perrine ETOURNEAU, belle-soeur de Michel BOUQUET (déclarant), fut tuée à la Roustière à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- LITOU Maurice, 30 ans, mari de Marie VIVANT, fils de Jean (déclarant) et Louise CHEVREU, fut tué proche la Bazouinière commune du Loroux-Bottereau le 19.1.1795 (5 germinal V) "également déclaré le 20 Brumaire VII, 33 ans, tué au Loroux-Bottereau le 4 Pluviose II)
- LUZET François, laboureur, 30 ans, mari de Marie FAVREAU (déclarante), fils de François et Anne GUERIN, fut tué au Guineau à la Chapelle-Basse-Mer le 15.4.1794 (13 germinal V)
- MAINGUET René, laboureur, mari de Jeanne BOUCHEREAU, veuf en 1er de Marie BONAUD et veuf en 2ème de Julienne POTINIERE, oncle de René MAINGUET (déclarant) mourut en sa demeure à la Gilletière le 3.5.1791 (20 Brumaire VII)
- MARTIN Marguerite, née Chapelle Basse Mer, 58 ans, veuve de Pierre FLEURANCE, fille de René et Marguerite OGER, mère de Jean FLEURANCE (déclarant), a été tuée aux Caroits près la Gagnerie le 18.3.1794 (1er Germinal V)
- MERCIER Nicolas, 54 ans, veuf de Mathurine COUTANT, mourut en sa demeure le 29 floréal II ( 21 Brumaire VII)
- MERCIER Rose, 44 ans, veuve d'Antoine VOLANT laboureur, fut tuée en sa demeure au Haut Village le 6 Floréal II (20 Brumaire VII)
- MOREAU Bertrand, mari de Marie BIRY, père de Bertrand (déclarant) fils de + Bertrand et Mathurine TESTEDOYE, a été tué le 15.4.1794 (1er Germinal V)
- MOREAU René, 60 ans, mari de Perrine SABLEREAU (déclarante) fils de René et Marie DOUILLARD fut tué dans sa demeure au Galopin le 5.4.1794 (5 germinal V)
- PAGEAU Jacques, 55 ans, veuf de Mathurine GOHEAU, fils de Jacques et Mathurine DURASSIER, fut tué à Frelaud en cette commune le 10.3.1794 (1er Germinal V)
- PAGEAU Jacques, 23 ans, fils de Jacques et Mathurine GOHEAU, frère de Marie PAGEAU (déclarante), fut tué à Montaigu le 18.1.1794 (1er Germinal V)
- PAPIN Pierre, né Chapelle Basse Mer, 30 ans, mari de Renée Anne HERBELIN, fils de + Michel et Françoise SIMONEAU, fut tué à Ancenis lors de la déroutte de l'armée des vendéens le 9 Nivose II (20 Brumaire VII)
- PEIGNé Anne, né Chapelle-Basse-Mer, 76 ans, veuve de Pierre ETOURNEAU, fille de Julien et Catherine JOUBERT, mère de Madeleine ETOURNEAU (déclarante), fut tuée au Tertre à la Chapelle-Basse-Mer le 18.3.1794 (16 germinal V)
- PEIGNé Guillaume, 38 ans, mari de Marie GUERIN (déclarante), fils de Guillaume et Louise CHUPIN, fut tué au Mans le 13.11.1793 (17 thermidor V)
- PEIGNé Marie, 48 ans, veuve de Morice CORAUD, fille de + Jean, mourut en sa demeure au Haut Village le 23.5.1791 (20 Brumaire VII)
- PESNOT Jeanne, née au Loroux-Bottereau, fille de Guillaume et Perrine BRANGEON, veuve de Jean PINARD, est morte en sa demeure à la Robinière le 7 Fructidor III (20 Brumaire VII)
- PETARD Julien, 15 ans, fils de Julien et Marie SESCHER, fut tué au Loroux-Bottereau le 28.10.1795 (17 pluviose V)
- PETITEAU Marie, 21 ans, née au Loroux-Bottereau, fille de défunt Julien et Marie POTINIERE, est morte à la Roche en la demeure de la veuve Joseph HURET le 3 ventose an III (16 germinal V)
- PETITEAU Jeanne, 67 ans, veuve en 1 de Julien BREVET et en 2 de Jean RIPOT, fille de René et Michèle CESBRON, mère de Jeanne BREVET (déclarante), fut tuée à la Sinardière le 18.3.1794 (7 thermidor V)
- PINARD Jean, øLoroux-Bottereau, 62 ans, laboureur, mari de Julienne PESNOT, fils de Julien et Marie GOHEAU, père de Jeanne PINARD (déclarante) femme de Jean RIPOCHE, est mort en sa demeure le 20 Ventose III (20 Brumaire VII)
- PINARD Mathurin, né Chapelle Basse Mer, 60 ans, mari de Renée LALLIER, père de Renée femme de René GILOT (déclarante), mourut à sa demeure à Grand Ville le 4 Complémentaire II (20 Brumaire VII)
- PINARD Perrine, 30 ans, femme de Gabriel PETARD, fille de Guillaume et Perrine Chantreau, mourut dans l'Ile du Recoin au Loroux-Bottereau le 6.4.1794 (17 pluviose 5)
- PINARD Pierre, mari de Louise PEIGNé, fils de + Mathurin et Marguerite LIBEAU, est mort au Mans, pendant le passage de l'Armée vendéenne le 9 frimaire II ( 21 Brumaire VII)
- PINEAU François né au Loroux-Bottereau, 50 ans, laboureur au Bois Malinge à St Julien de Concelles, mari de Marie COUTANT, Julien VIAU du Loroux-Bottereau (déclarant), est mort à Lavale le 26 vendémiaire II (20 Brumaire VII)
- PINEAU Marguerite, né au Loroux-Bottereau, veuve de Pierre ROUSSEAU, fille de François et Marie TINGUY, est morte à L'Anglesort le 20.11.1793 (11 thermidor V)
- PINEAU Perrine, 55 ans, veuve de Joseph BOUYER, fille de + Pierre et Marie PARIS, mère de Joseph BOUYER (déclarant), est morte en sa demeure le 4 Frimaire II (20 Brumaire VII)
- PIOU Jean, 31 ans, mari de Madeleine GARCION (déclarante), fils de Jean et Perrine BREVET, fut tué au village du Bois Adam le 18.3.1794 (1er Germinal V)
- POTINIERE Julien, 50 ans, mari de Jeanne GARTION (déclarante), fils de René et Jeanne VILAINE, fut tué à Ancenis au mois de décembre 1793 (18 germinal V)
- POTINIERE Julien, 22 ans, fils de René et Madeleine PONTOIR, frère de René (déclarant),fut tué à Angers le 3.12.1793 (13 germinal V)
- POTINIERE René, laboureur, 62 ans, mari de Madeleine PONTOIR, fils de René et Madeleine EMERIAU, père de René, Louis et Jacques (déclarants) a été tué au Pont de Louant, commune du Loroux-Bottereau le 18.10.1793 (13 germinal V)
- POUPONNEAU Jean, øLoroux-Bottereau, 54 ans, laboureur, mari de Jeanne LIBAUD, fils de Jean et Michèle PAQUEREAU, Agnès Agathe LIBEAU veuve de Julien POUPONNEAU (déclarante) mourut en sa demeure au Planches le 1.5.1794 (8 germinal V)
- POUPONNEAU Jean, 22 ans, fils de Jean et Jeanne LIBEAUD, fut pris en sa demeure au mois de Janvier 1794 par des mariniers qui le conduisirent à Nantes ou il fut fusillé (8 germinal V)
- POUPONNEAU Julien, 50 ans, mari d'Agathe LIBEAU (déclarante), fils de Louis et ? CHESNAIS, fut pris dans sa demeure au mois de Janvier 1794 par des mariniers qui le conduisirent à Nantes ou il fut fusillé (4 thermidor V)
- POUPONNEAU Perrine, 18 ans, fille de Jean et Jeanne LIBEAUD, fut tuée dans les Landes du Rouaud au Loroux-Bottereau au mois de Mars 1794 (8 Germinal V)
- PRAUD René, 28 ans, mari d'Anne FAVREAU (déclarante), fils de René et Renée CORAUD, fut tué au Mans lors de la déroute des Vendéens le 7.12.1793 (8 thermidor V)
- RIPOCHE Louis, 55 ans, veuf de Jeanne Paré, père de Marie-Jeanne RIPOCHE (déclarante) vivant à Nantes, fut tué dans la rue du Grand Cimetière à la Chapelle Basse Mer le 20 Ventose II (20 Brumaire VII)
- RIVET Pierre, laboureur et pécheur, né Chapelle-Basse-Mer, fils de Julien et Julienne BOUYER, fut pris par des gens armés le 14.12.1793 conduit de suite à Nantes ou il fut fusillé sans jugement (28 ventose 5 )
- ROUSSEAU Jean, laboureur, 56 ans, veuf de Jeanne RIPOCHE, fils de Mathurin et Jeanne RICARD, fut tué dans les patures de cette commune le 14.12.1793 (29 ventose 5)
- ROUSSEAU Jean-Baptiste, 43 ans, mari de Jeanne BOUYER remariée (déclarante), fils de Jean-Baptiste et Jeanne LESOURD, fut pris dans sa demeure à la Praudière le 7.1.1794 par des mariniers qui le conduisirent à Nantes ou il fut fusillé une demi-heure après son arrivée (17 thermidor V)
- ROUSSEAU Julienne, 48 ans, veuve de Jean BRETONNIERE, fille de + Mathurin, mère de Jean BRETONNIRE, fut tuée en sa demeure le 29 Ventose III (20 Brumaire VII)
- ROUSSEAU René, 40 ans, laboureur, fils de René et Perrine VIAUD, célibataire, est mort dans les prisons de Rennes le 8.12.1793 (16 germinal V)
- SABLEREAU François, 57 ans, mari de Catherine HEGRON, fils de Brice et Perrine CHON, fut tué à Angers au commencement de décembre 1793 (7 germinal V)
- SAUVETRE Laurent, 57 ans, mari de Radegonde LANDAIS, fils de + Pierre et + Jeanne BREVET, est mort à Dole lors du passage de l'Armée vendéenne de la Flèche au Mans pendant la guerre civile le 6 Frimaire II ( 20 Brumaire VII)
- SAUVETRE Michel, mari de Marie BOUYER (déclarante), fils de Nicolas et René LEFEUVRE, fut tué à Ancenis le 14.12.1793 (9 thermidor V
- SEBILEAU Clément, 69 ans, mari de Jeanne BABONNEAU, fils de Jean et Marie LETOURNEUX, fut tué dans le chemin de Fort-Ecul le 10.3.1794 (16 germinal V)
- SECHER Julienne, 32 ans, fille de Jacques et Julienne LAURENT fut tuée dans sa demeure au Caroits le 18.3.1794 (1er Germinal V)
- TERRIEN Marguerite, 44 ans, femme de François CHARON battelier, fille de + René et Marguerite PETI-TEAU, fut massacrée au Haut Village le 6 Floréal II (20 Brumaire VII)
- THOMAS Christophe, 26 ans, mari de Louise AUBERT (déclarante), fils de Christophe et Julienne VEZIN, fut pris sur la route d'Ancenis à Nantes par des gens armés qui le conduisirent à Nantes ou il fut noyé quelques jours après (8 thermidor V)
- VEZIN Jean, 35 ans, frère de Louis (déclarant) fils de Louis et Perrine BABIN, fut tué à la Guilbaudière à St Julien le 18.3.1794 (8 thermidor V)
- VEZIN Mathurin, né au Loroux-Bottereau, 55 ans, veuf de Geneviève BREGEON, fils de Mathurin et Jeanne VIAU, père de Mathurin VEZIN, laboureur (déclarant) mourut à Langlesort à Saint Julien le 2.5.1795(13 germinal V)
- VIAU Renée, veuve de Jean BENUREAU, fille de Mathurin et Renée ROBIN, fut tuée à la Blinière à St Julien le 15.4.1794 (17 thermidor V)
- VILAINE Guillaume, laboureur, 45 ans, mari de Madeleine PENOT, fils de + Guillaume, fut tué en sa demeure à Bauvais le 1er Floréal II (20 Brumaire VII)
- VIVANT Pierre, 64 ans, veuf de Perrine TEIGNé, fils de + Jean, fut massacré au Haut Clos le 25 Floréal II (20 Brumaire VII)
- VOLAND Antoine, 50 ans, pécheur, mari de Rose MERCIER, fils d'Antoine et Marie MERCIER, fut pris par des gens armés conduit à Nantes et fusillé sans jugement (28 ventose 5) et (7 thermidor V)
- CHAPITRE XII
- COPIE INTEGRALE DU REGISTRE DE CATHOLICITE CLANDESTIN
- Etat physique du volume
Le registre clandestin de René Lemesle est constitué physiquement de 2 volumes.
Le premier volume, au format 32 x 21 cm, provient de l'imprimerie-librairie-papeterie et reliure Mellinet-Malassis à Nantes, Place Bourbon « A la Bible d’Or ». Il comporte 288 pages, mais les pages 1 à 6 et les 74 dernières, après la page 213, sont vierges. Ce premier volume est une copie des minutes de René Lemesle, effectuée en 1830 par l’abbé Piquet : il couvre la période d’octobre 1794 à 1799.
Le seconde volume est composé de 14 cahiers, de 4 à 10 pages chacun, au total 234 pages, enpapier blanc ou bleuré, de format 20 x 15,5 cm à 23 x 13 cm. Le tout a été relié à l’époque, avec une couverture en parchemin, sur la tranche duquel il est écrit « Persécution de l’église ». Ce volume est écrit directement par René Lemesle de 1799 à 1802. M. Charbonnier alterne avec René Lemesle.
La copie imprimée ci-après retranscrit fidèlement l’orthographe des deux volumes, y compris les fautes et les signatures. Pour la période de recoupement entre les minutes recopiées et le registre écrit par R. Lemesle, les différences sont indiquées ainsi : les textes en moins dans le registre de René Lemesle sont entre { } et les texte en plus entre - -
Les deux volumes ont été microfilmés par les archives départementales de Loire-Atlantique en mars 1990. Le microfilm numérisé est consultable depuis 2007 en ligne sur leur site.Voir copie intégrale des BMS du registre de catholicité clandestin de Saint-Julien-de-Concelles, par René Lemesle prêtre clandestin 1794-1802 : ordre chronologique Le tout en un seul clic, fichier .pdf de 2 Mo
Voir copie intégrale des BMS du registre de catholicité clandestin de Saint-Julien-de-Concelles, par René Lemesle prêtre clandestin 1794-1802 : ordre alphabétique Le tout en un seul clic, fichier .pdf de 2 Mo
Cela n'est pas terminé, demain les Jugements.
ourage paru en 1990
(C) Editions Odile HALBERT
ISBN 2-9504443-1-8