Office de langueyeur, vente à Angers de Lhostelier meunier à Prudhomme sergent royal, 1626

Je vous mets ce jour, puis demain à suivre, 2 billets concernant des cessions d’office de langueyeur. Un peu de vocabulaire sera nécessaire, d’autant plus que la maladie a disparu en France, même si je me souviens que petite fille, c’est à dire pendant la seconde guerre mondiale et juste après, j’entendais parler de cette maladie, rare certes, mais qui faisait peur. Aujourd’hui, on sait mieux éliminer cette maladie, sans doute éradiquée, donc cette peur appartient au passé, mais pour se rendre compte à quel point elle terrifiait, lisez votre dictionnaire habituel à l’article TENIA et vous ne serez par décu (e).

la cysticercose est une infestation parasitaire due à la présence de larves de ténia dans les muscles, appelée aussi ladrerie. La cysticercose du porc, fréquente au Moyen âge, a disparu, mais pas celle des bovins. (Lachiver, Dict. du monde rural)

jadis donc, un langueyeur était chargé d’examiner la langue des porcs mis en vente
le langueyeur était un officier établi dans les foires & marchés, pour visiter ou faire visiter les porcs, & pour qu’il ne s’en vende point de ladres (Encyclopédie de Diderot et d’Alembert).

Il y a cinquante environ, alors que la race porcine était souvent atteinte de ladrerie, un droit de langueyage de 0,10 F par tête d’animal exposé, était perçu sur les marchés de Baugé. Le droit était dû par le vendeur, si l’animal était reconnu ladre : dans le cas contraire, il était acquitté par l’acheteur. – Le langueyeur, comme on l’appelait, introduisait dans la gueule de l’animal un petit bâton, renversait le porc et se rendait compte si des pustules existaient sous la langue. Il était responsable des dommages que pouvait causer l’examen, ainsi que de l’erreur qu’il pouvait commettre. L’article 12 du Règlement de police fait défense au charcutier de vendre du porc ladre « sans exposer une lumière sur l’étal, ainsi qu’il est d’usage » – « Le prévost de Montlehery lui défendit vendre et longoyer pourceaux » (1378, L. C) (Dict. du parler de l’Anjou, 19e siècle)

Les langueyeurs étaient des officiers jurés qui examinaient la langue des porcs, pour s’assurer s’ils n’étaient pas atteints de ladrerie, et marquaient à l’oreille les animaux malades. Louis XIV supprima ces offices, puis les rétablit, puis les remplaça en 1704 par des offices de vendeurs-visiteurs de porcs qui furent eux-mêmes remplacés en 1708 par des offices d’inspecteurs-contrôleurs. La vente de ces derniers rapporta au Trésor 990 000 livres. On trouve aussi langayeur, langoyeyr, langayeyr, langueieur, essayeur de pourceaux etc…(Dict. Hist. des métiers exercés dans Paris depuis le 13e siècle).

En d’autres termes (c’est Odile qui parle maintenant), c’était une idée géniale de supprimer l’office pour le rétablir, car le Trésor empochait alors un pactol… Louis XIV me surprendra toujours…, par forcément en bien…

Maintenant que vous savez, d’après les dictionnaires anciens, à quoi servait le langueyeur, vous allez être surpris (e) de voir que ce n’était pas un métier mais un office qui venait s’ajouter à un autre revenu de base lorsqu’on l’avait acquis, mais par contre, il suffisait de l’acheter pour l’exercer et n’importe qui pouvait donc l’acheter et l’exercer, c’est ce qui va apparaître dans les 2 cessions d’office que je vous propose, l’une ci-dessous, et demain, une 2e cession d’office, dont l’acte sera très détaillé.

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E5 – Voici la retranscription de l’acte : Le 19 mars 1630 avant midy, par devant nous Nicolas Leconte notaire royal à Angers personnellement estably
Urban Lhostelier marchand meusnier demeurant en ceste ville paroisse de la Trinité lequel deument soubmis a volontairement confessé avoir vendu quitté ceddé délaissé et transporté par ces présentes
à René Prudhomme sergent royal demeurant en la paroisse de St Maurille présent

la quarte partie de l’estat et office de langayeur de porcs tant gras que de noriture qui entredont et se vendron en ceste ville et faux bourg foyre et marchez d’icelle à l’advenir et à perpétuitté pour en jouir par ledit acquéreur ses hoyrs et ayant cause tout ainsy qu’eust faict peu faire et faire pourroict ledit vendeur en vertu de son contract passé par Becheu notaire de ceste cour le 18 mars 1625, lettres de création et provision dudit office de laquelle provision en date du 19 novembre 1606 signée par collation à l’original Rembouillet notaire secrétaire du roy et plusieurs autres, la grosse d’un transport dudit office faire par devant deffunt Roger Vinant (pas de dépôt aux AD) notaire de ceste cour le 23 octobre 1611 fait par Anthoine Carron Sr de la Villette ayant les droictz ceddez de Arnault Legascon exempt des gardes du corps du Roy et de Jan Godefroy controlleur et clerc du guet, ledit Hostelier a présentement baillées et deslivrées audit Prudhomme qui les a receues jusqu’au nombre de (blanc) pour par luy en jouir comme dict est aux conditions raportées par ladite création et autrement suivant l’édict de sa majesté dès à présent et pour toujours sans aucune garantie de la part dudit Lhostelier sinon ainsy qi’om sera garanty par le Roy et ses auditeurs pour lesquels garantages il a fourny lesdites pièces,

ceste présente vendition cession et transport faicte pour et moyennant la somme de 400 livres tournois payées audit Lhostelier la somme de 285 livres tournois qu’il a receue en pièces de 16 sols et autre bonne monnoye courante suivant l’édict du roy et le surplus montant 115 livres ledit acquéreur par hypothèque spécial reserve sur ledit office promet et demeure tenu le payer audit vendeur dedans le jour et feste de Pasque prochain (qui est le dimanche 31 mars 1630 et on est le 19 mars, donc il a 12 jours pour payer) et de tout ils sont demeurez d’accord et l’ont ainsy voullu stipullé et accepté tellement que ce que dict est tenir et entrenir …

    (attention, souvenez vous que ces 400 livres sont pour la quarte partie de l’office, car il y a sans doute un office tenu par 4 langueyeurs, qui se relaient les jours de foire ou officient ensemble ? Dans tous les cas, ceci signifie que l’office de langueyeur pour Angers rapportait 1 600 livres à la couronne)

fait audit Angers à nostre tabler en présence de Pierre Gendron marchand demeurant en la paroisse St Michel du Tertre de ceste ville, Pierre Lecoussier langayeur demeurant la paroisse St Berthélemy, Guillaume Buret aussy langayeur demeurant en la paroisse St Silvin, lesdit Lhostelier Gendron Buret ont dict ne scavoir signer. Signé Prudhomme. (AD49 série 5E5)

A demain pour un second acte de cession d’office de langueyeur à Angers, toujours aussi vieux. Je vous signale toutefois que j’avais classé cet acte dans ma catégorie METIER mais que je viens de réviser mon jugement et le mettre dans HYGIENE ET SANTE, compte tenu que ce métier illustre une crainte sanitaire du passé que nous avons oubliée en 2008, et en outre que ce n’était pas à proprement parler un métier mais un office rapportant un revenu supplémentaire au détenteur. Le détenteur que nous verrons demain exerce encore un métier différent de ceux d’aujourd’hui, et ne sait pas signer.

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

Une réponse sur “Office de langueyeur, vente à Angers de Lhostelier meunier à Prudhomme sergent royal, 1626

  1. Report des commnentaires parus sur mon ancien blog :
    Marie, 23 juillet 2008 : Peut-être un ancêtre ou cousin langueyeur, puisque les Buret de St Sylvain sont les miens ? mais je ne suis pas remontée aussi loin ! Le jour de la « tuerie » du cochon la langue ( très appréciée) cuisait dans le chaudron de mes fameux rillauds chauds…

    Note d’Odile : Vos rillauds, enfin les rillauds d’Anjou, ont l’honneur de figurer à l’Inventaire du Patrimoine culinaire de la France, publié conjointement par le Conseil National des Arts Culinaires, L’Inventaire, et Les vins de la région des Pays de Loire, et l’ouvrage était préfacé d’Olivier Guichard : Parer la poitrine ou l’épaule. Couper en quelques gros morceaux, puis faire des bandes qui sont ensuite découpées en dés de quelques centimètres. Jadis la couenne était laissée et servait de test de cuisson ; de nos jours, elle est fréquemment retirée. Une technique de salage fait que la veille on présale la viande et on l’épide avec poivre et laurier, certains préférant saler après cuisson. Faire bouillir la graisse (faite sur place avec la panne et le gras ferme récupéré sur les morceaux de viande lors de la découpe de la carcasse) en marmite et jeter les cubes de viande. Laisser saisir quelques minutes, puis laisser cuire lentement. Vérifier la cuisson en piquant la viande qui ne doit plus laisser couler d’eau. En fin de cuisson, pour colorer la viande, on ajoute dans la graisse, parfois, du caramel fait sur place. Sortir les rillauds, et les égoutter, saler, si cela n’a pas été fait la veille, avec du sel fin.

    Marie, 23 juillet ; Merci pour la recette !

    Marie-Laure, le 23 juillet : Quand j’étais petite , à l’école, certains enfants avaient le ver solitaire .Il y a une rumeur que Maria Callas avait beaucoup maigri en avalant volontairement l’oeuf d’un ténia…!

    Marie-Laure; 23 juillet : S’il vous plait: les rillettes sont elles des rillauds hachés ?Merci bien.

    Note d’Odile : question de finesse seulement dans les morceaux de porc…

    Josette, 23 juillet : Quelle horreur que les énormes pastilles à l’extrait de fougère mâle qu’il fallait ingurgiter pour chasser ce locataire … Les rillons d’Anjou même Balzac les évoque

    Note d’Odile : j’ai dû échapper à ces horreurs à la fougère car je ne m’en souviens pas, par contre je garde un souvenir du même type avec l’huile de foie de morue, dont ma maman nous gavait tous les hivers…

    Marie, 24 juillet : Je pense que Balzac, vu sa stature, devait être gourmet, gourmand, et je crois me rappeler, grand amateur de café , qui devait le tenir en éveil pour son travail d’écriture. Pourquoi pas les rillauds,( peut- être rillons en touraine ?) accompagnés d’un bol de café ? J’ai souvent vu , à la campagne prendre un petit déjeuner café rillettes !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.