Contrat de mariage François Fouin et Louise Quehery, Laval, 1662

Contrats de mariage retranscrits et analysés sur ce blog.

Craon avait un un pied à Angers, un autre à Laval. C’est ainsi qu’on retrouve les actes aussi bien à Angers qu’à Laval.
Donc, ici, le futur prend femme à Laval. J’avais depuis longtemps le mariage du registe de catholocité, dans mon étude sur les familles Fouin, et celle-ci n’est pas celle dont je descends, enfin, à ce jour, je ne suis pas parvenue à lier entre elles ces familles Fouin.

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales de la Mayenne série 3E25 – Voici la retranscription de l’acte : Le 29 juin 1662 après midy, par devant nous Pierre Poulain et Pierre Razeau notaires et tabellions royaux establis et demeurant à Laval furent présents establis honnorables personne Me Pierre Fouin Sr de la Lezerie tant en privé nom que comme procureur spécial de Barbe Guylleu sa femme par procuration receue de Pierre Moraud notaire à Craon le 27 du présent mois la minute de laquelle est demeurée attachée avec ces présentes pour y avoir recours à laquelle Guylleu il a promis et s’est obligé de faire ratiffier ces présentes et en fournir acte vallable dans huictaine par lequel elle s’oblige solidairement avecq lui à l’effet d’icelles sesdites présentes demeurant néanlmoings en leur forme et vertu, et François Fouin, marchand de draps de soie, leur fils, demeurant ensemblement au prieuré de Saint Clément de la ville de Craon, et estant de présent en ceste ville d’une part, et Michel Quehery sieur de la Lande marchand cy devant mari en premières nopces de défunte Françoise Aveneau et Louyze Quehery sa fille issu de luy et de ladite défunte Aveneau, demeurant en ceste ville paroisse de la sainte Trinité d’autre part,
entre lesquelles parties après submission pertinente a esté faict le contrat de mariage d’entre lesdits François Fouin et Louyze Quehery qui ensuit, c’est à savoir que lesdits François Fouin et Louyze Quehery de l’advis et consentement de leurs dits pères et parents cy-après ont promis et se sont obligés respectivement se prendre en mariage fiancer et espouzer l’un l’autre en face de noste mère saincte église catholicque apostolique et romaine à la première sommation et interpellation que par l’un deux en sera faite à l’autre s’il ne s’y trouve cause légitime qui puisse empescher l’acomplissement audit mariage soubz les clauses et condition cy-après qui sont que ledit sieur Fouin esdits noms et quallitez et en chacuns d’iceux solidairement a promis et s’est obligé de donner audit sieur Fouin son fils dans le 6e jour d’aoust prochain pour advancement de droit successif en sa future succession et de ladite Guylleu sa femme la somme de 2 000 livres tournois en deniers plus une maison située proche la Halle de ladite ville de Craon partie de laquelle ledit sieur Fouin a affermée à René Planchenault marchand et Margueritte Marsollier sa femme la somme de 70 livres par bail rente devant Jacques Gastineau notaire audit Craon le 24 mai dernier, lequel sera entretenu par ledit futur espoux et le restant de ladite maison n’est encore affermé,
et en outre la somme de 500 livres en trousseau y compris les habits nuptiaux dudit futur espoux, à condition par luy de raporter ladite maison dans les successions de sesdits père et mère,

et au regard dudit sieur Quehery il a aussi promis et s’est obligé de donner à ladite Quehery sa fille dans ledit jour 6e aoust prochain la somme de 3 500 livres en deniers à elle appartenant du chef de ladite défunte Aveneau sa mère après le compte de tutelle que rendra ledit Quehery toutefois et quantes et au cas que le reliquat d’iceluy compte ne se trouve monter à ladite somme de 3 500 livres ce qui manquera sera fourny par ledit Quehery à sadite fille par advancement de droit successif,
laquelle Quehery aura en oultre le lieu et mestairie de la Gravetière paroisse d’Astillé, et la moitié des rentes qui sont escheues à ladite Quehery et à Françoise Quehery sa sœur, ladite moitié revenant à la somme de 58 livres 5 sols moitié de 116 livres 10 sols, suivant le partage fait de la succession de deffunt Me François Aveneau vivant sieur de la Fontaine et de la démission d’Anne Piré sa veufve ayeul et ayeule maernels de ladite Quehery, attesté par Me Jean Huneau notaire dudit Laval, à la charge aussi de payer la moitié de la rente de 18 livres deue au sieur de Launay Bruneau et de contribuer à la pension retenue par ladite Anne Piré ayeule maternelle de ladite future espouze à la raison de 30 livres par an, (il était fort rare autrefois de se marier en présence d’un grand parent, ici la future a encore sa grand mère maternelle. Vous remarquerez que la rente viagère versée à la grand’mère est peu élevée alors qu’on est dans une famille très aisée)
acquèreront les futurs espoux communaulté de bien par demeure le jour suivant la coustume en laquelle communaulté ils mettront chacun d’eux la somme de 1 000 livres le surplus demeurera censé et réputé propre auxdits futures espoux respectivement pour eux leurs hoirs et ayant cause en leur estocq et lignée à tous effets, sinon que la stipullation de propre ne pourra préjudicier aux droits successifs mobilières dudit Quehery en cas qu’il survice ladite Quehery sa fille sans enfants dudit mariage
et outre a ledit sieur Fouin esdits noms et qualités et en chacun d’iceux solidairement et comme dessus caultionné ledit Fouin son fils et s’est obligé avecq luy vers ladite future espouze sesdits hoirs et ayant cause en son estocq et lignée quand à tous effets de payer rendre et restituer si faire se doit ladite somme de 2 000 livres ci-dessus réputée propre à ladite future espouze, à laquelle communaulté ladite future espouze les enfants qui naisteront dudit mariage pourront renoncer toutefois et quantes, sans qu’il soit besoing d’aucune sommation et interpellation et se faisant reprendront franchement et quictement tout ce qui aura esté apporté en icelle, et ce sur les biens de ladite communaulté s’ils suffisent et à défaut sur les propres dudit futur espoux,
se feront lesdits futurs conjoints respectivement reputér leurs propres quant à tous effets comme estant les biens et effets des successions tant directes que collatéralles qui leur eschoiront au cours dudit mariage,
et en cas que ledit futur espoux fist obliger ladite future espouze au cours dudit mariage en quelque debte il luy en portera acquit et indemnité dans l’hypothèque du jour du présent contrat,
se sont lesdits futurs conjoints faict don mutuel et réciproque du premier mourant au survivant en cas de décès sans enfants de leur mariage dans l’an de leurs espouzailles de la somme de 600 livres,
sera ladite future espouze douaière au douaire coustumier sur les biens dudit futur espoux subjects à douaire en quelque lieu qu’ils soient assis les fruits desquels couront à son profit sans sommation, interpellation quoi qu’elle soit requise par la coustume à laquelle a esté desrogé à ce regard
ce que lesdites parties ont ainsi voulu stipullé et accepté et promis respectivement entretenir à peine de toutes perte despens dommages et intérests dont les avons jugées à leur requeste et de leur consentement
fait et passé audit Laval maison dudit sieur de la Lande en présence et de l’advis de sa femme, de Me René Fouin marchand apothiquaire, Vallentin Quehery Sr la Tousche et Louyze Millet sa femme, René Lasnier Me chirurgien, René Aveneau Sr de la Boucherasière marchand, noble Me Jean de la Porte conseiller du roy recepveur du taillon en l’eslection dudit Laval, Jacques Guylleu Sr de la Mounnerie, Vallentin Quehery le Jeune sieur de la Tousche, noble Me Jacques Guylloteau conseiller du roy et controlleur au grenier et magasin à sel de Craon, Me Jacques Dubois Sr du Deffay greffier audit grenier, Pierre Hoisnard le Jeune Sr de la Vallée, Me Jullien Rahier Sr de Touschendrie prêtre curé de la sainte Trinité dudit Laval, Me Jean Duchesne, Anthoine Delaunay Sr du Rouveray, Charles Lasnier Sr de la Gueslinière docteur en médecine, Nicolas Jolly Sr de la Herbetière, Me Jacques Le Blanc Sr de la Maisonneuve, Noel Priolleau, tous proches parents desdits futurs espoux

Que de beau monde, et la page suivante toute pleine de signatures !

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Contrat de mariage Julien Bidault et Marie Allard, Angers, 1651

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L’acte qui suit montre la mobilité :

    il est Normand
    elle vient de Bouzillé, mais a un frère à Ancenis etc…

Il est marchand verrier, et je ne suis pas étonnée car le verre est surtout produit par les gentilshommes verriers Normands.

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E6 – Voici la retranscription de l’acte : Le 17 juin 1651 avant midy par davant nous Claude Garnier notaire royal Angers furent présents Jullien Bidault marchand verrier cy-devant mary de deffuncte Anne Jahan, fils de deffunctz Jullien Bidault et de Julienne Belautier vivants demeurant an la paroisse de St Lienard diocèse du Mans, et luy demeurant audit Angers paroisse St Pierre d’une part,
et Marye Allard fille de deffunct Mathurin Allard et de Michelle Lebrun vivants demeurant en la paroisse de Bouzillé et elle demeurant en la maison de honorable femme Françoise Lemasson sa tante, veuve de deffunct honorable homme Pierre Allard paroisse St Maurice dudit Angers d’autre
lesquelles partyes respectivement soubzmises sur le traité de mariage d’entre ledit Bidault et ladite Allard ont esté fait les accords et conventions suivantes qui est qu’ils se promettent mariage l’ung l’aultre et s’épouzer en face de notre mère saincte église catholique et romayne touttefois et quantes que l’ung en sera requis par l’aultre tout légitime empeschement cessant que communaulté de biens s’acquérera entre eux du jour de leur bénédiction nuptiale en laquelle communaulté n’entreront les debtes passives dudit futur espoux qui seront acquittées sur ses biens et ladite future espouze déclare avoir la somme de 700 livres en argent et pour 40 livres de linge en serviettes draps de fil ainsy qu’elle a faict aparoir présentement de laquelle somme en entrera la somme de 100 livres tournois et ledit linge de la valeur desdites 40 livres tournois en ladite communaulté lesquelz elle mettra entre les mains dudit futur espoux dedans le jour de ladite bénédiction nuptiale et pour les 600 livres restant les a présentement baillez à honorable homme Pierre Allard marchand de draps de laine Angers y demeurant paroisse St Maurille qui en a vendu créé et constitué à ladite Marie Allard et ses hoirs la somme de 33 livres 6 sols 8 deniers tournois de rente hypothéquaire qu’il promet luy payer servir et continuer chacuns ans à pareille jout et date des présentes à commencer le payement de la première année d’huy en ung an prochain et à continuer laquelle rente il a assise et assignée sur tous ses biens présents et advenir qu’il admortira quand bon lui semblera en rendant et payant la somme de 600 livres et ce qui sera lors deu de ladite rente, lequel admortissement il ne pourra faire en la présence de Mathurin Allard laboureur demeurant en la ville d’Anvenis frère de ladite Mariet et de honorable homme Jehan Allard marchand Angers afin de faire et lorsque ladite somme de rente pour la sécurité de ladite Marie Allard ou en acquet réputé propriété de ladite Marie Allard, néanmoins est accordé que en cas qeu lesdits futurs espoux trouvent acquest valable à faire à leur comodité pour employer lesdits deniers, et en advertissent ledit Pierre Allard un mois avant, il promet volontairement rendre ladite somme de 600 livres et faire ledit admortissement en la présence desdits Mathurin Allard frère et dudit Jehan Allard et si après l’advertissement fait audit Mathusin Allard, il ne se trouverai au jour assigné ledit Pierre Allard le fera audit futurs époux enprésence dudit Jehan Allard et remployer ladite somme en acquest réputés de ladite nature de propre immeubla de ladite Marie Allard et les siens en ses estocs et lignées et dès à présent ladite somme de 600 livres demeure réputée propres immeubles à ladite Marie Allard et les siens en ses estocs et lignées et en cas que les deniers desdits acquetz qui se feront de ladite somme fussent rendus par retrait ou autrement ils pourront entrer en ladite communauté mais promet ledit futur espoux les remployer en acquets reputés de ladite nature et à faulte d’acquest en a vendu créé et constitué à ladite future espouze ses hoirs rente au denier dix-huit, du jour de la dissolution de ladite communaulté que sesdits hoirs demeureront tenus d’amortir ladite rente dedant 3 mois sans que ladite somme et action ne puisse tomber en ladite communauté
est accordé que en cas que ladite future espouze et enfants qui pourront naistre de leur mariage veuillent renonczer à ladite communaulté oultre le raplacement de ses propres elle reprendra ladite somme de sept vingt livres (140) entrée dans la communauté avec ses habits baques et linge à l’usage de son corps franc et quitte de toutes dettes et ce bien qu’elle y fut obligée et y eust part dont elle sera acquittée par le futur espoux par hypothèque des siens
et au regard des biens dudit futur espoux il en fera faire invenaire touttesfois et quantes, du montant duquel il en entrera en la communauté 200 livres tz et le surplus demeurera son propre bien immeuble qu’il pourra employer en acquest réputés de ladite nature
a ledit futur espoux consenti à ladite future espouze douaire sur tous ses biens suivant la coustume cas de douaire advenant
auxquels accords et traité de mariage tenir et garder garantir etc obligent lesdits futurs expoux leurs hoirs et ledit Pierre Allard ses biens etc confesse ladite Marie Allard que ladite Lemasson l’a satisfaite et payée de toutes les ommes qu’elle luy a faits de tout le passé jusques à ce jour dont elle quitte ladite Lemasson au moyen de quoi ladite Lemasson l’acquitte aussy de toutes ses pensions et nourriture et entretenements…
fait et passé Angers maison de ladite Lemasson présents ledit Mathurin Allard frère, ladite Lemasson tante, ledit Jehan Allard, Michel Allard marchand droguiste cousins, honneste homme Jehan Loutraige, Nicolas Nail Pierre Desnelettes marchand Charles Edelin marchand
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Saint Paterne

Voici un prénom rare en Anjou, surtout pour une fille : Paterna, ici Paterna Vallin née à Saint-Quentin-les-Anges, le 28 mai 1617 :


« fille de Me Jean Vaslin et de Loyse Cive fut baptisée par moy soussigné de laquelle fut parrain vénérable et discret Me Mathurin Hamon prêtre doyen de Craon et curé de céans, et marraine Madeleine Lemotheux »
Il s’agit d’une soeur d’un de mes ancêtres. Voir l’état actuel de ma famille VALLIN aliàs VASLIN

Paterne : ancien nom de baptême et patronyme assez rare, représente le nom latin Paternus paternel. Ce nom a été popularisé par l’évêque d’Avranches 6e siècle, honoré dansl’OUest de la France. La forme populaire est Pair que l’on relève dans le nom de lieu Saint Pair (Manche) où est mort le saint ; variante Saint-Paer (Eure), Saint-Pern (Ille-et-Villaine), Saint-Poix (Manche) – Selon M.T. Morlet, Dict. Etymologique des noms de famille, Paris, 1991)

Il n’y a pas de sainte Paterna, mais par contre plusieurs saints Paterne, et même de quoi s’y perdre. Je pense néanmoins que celui qui a pu laisser une influence en Anjou fut celui-ci :

PATERNE, qu’on nomme aussi PAIR ou PATIER (saint), honoré le 16 avril, évêque d’Avranches, naquit sur la fin du Ve siècle, à Poitiers, où son père occupait un poste important. Formé à la piété par sa mère, il quitta le monde de bonne heure pour prendre l’habit monastique dans l’abbaye d’Ansion, dite depuis de Saint-Jouin, et située dans le diocèse de Poitiers ; mais le désir d’une plus grande perfection le porta à se retirer, avec un autre moine d’Ansion, dans la forêt de Scicy, près de Coutances. Léonlien, évêque de cette ville, l’ayant ordonné prêtre, le chargea d’évangéliser les idolâtres du pays.
Il fut secondé dans ses travaux apostoliques par saint Gaud, évêque d’Evreux, saint Sénier et le saint prêtre Aroaste, qui vivaient avec lui dans la solitude de Scicy.
Elevé sur le siège épiscopal d’Avranches vers l’an 552, il continua à déployer son zèle, édifia son troupeau par ses vertus, en même temps qu’il l’instruisait par ses discours.
Il fonda plusieurs monastères, et mourut vers l’an 565, après treize ans d’épiscopat. II fut enterré par saint Lô, évêque de Coutances, dans l’oratoire de Scicy, avec saint Scuhilion, qui était mort le même jour que lui. Cet oratoire devint dans la suite une église paroissiale qui prit le nom de Saint-Pair-sur-Mer ; elle possède les reliques de saint Paterne, qui en est le patron, ainsi que de plusieurs autres églises de Normandie.
Ces reliques ayant été transportées à Paris lorsque les Normands s’emparèrent de la Neustrie, quand le danger de la profanation fut passé, et qu’on les reporta à Saint-Pair, les villes d’Orléans et d’Issoudun en obtinrent quelques parcelles. Saint Paterne eut pour successeur sur le siége d’Avranches saint Sénier, qui avait été son compagnon dans la solitude et son collaborateur dans les missions. (Dict. Hagiographie de l’abbé Pétin, collection Migne, sur Gallica)


Cliquez sur l’image pour voir le site sur Saint Paterne
Saint Paterne a connu saint Gaud (voir ci-dessus) et ce nom de lieu existe quelques km au nord de Saint-Quentin.

Saint-Pair-sur-Mer, Manche
Saint-Pair-sur-Mer, Manche

Cliquez sur l’image pour voir tout Saint-Pair-sur-Mer :Collections privées – Reproduction interdite, y compris sur autre lieu d’Internet comme blog ou site

J’ai personnellement vécu 3 ans à Orléans, rue de la Lionne, où ma paroisse était Saint Paterne. Je ne pensais pas à l’époque rencontrée un jour une Paterna née en 1617 à Saint-Quentin en Anjou.

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Enfant naturel malgré un contrat de mariage le reconnaissant, Craon, 1696

Voici une curieuse naissance à Craon :

Le 1er mars 1697 baptême de Jacquine Françoise Lefrère fille de Françoise dont le père est inconnu (vue 159)

Ceci est pour le moins curieux ! En effet, 100 jours avant la naissance de Jaquine Françoise Lefrère, sa mère a un contrat de mariage reconnaissant sa grossesse et l’enfant à venir. Or, ce mariage est apparement introuvable !

    Le futur se serait-il volatilisé ?

Il me semble que ce serait alors un second futur volatilisé à Craon, car il y a peu je vous mettais ici un capitaine de gabelle dont le cas est assez voisin…

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales de la Mayenne, série 3E1/497 – Voici la retranscription de l’acte : Le 22 novembre 1696 après midy par devant nous André Planchenault notaire de Craon y demeurant furent présents établis et soumis honorables personnes François Heureau fils de défunt h. homme Anne Heureau vivant Sr de la Lardrie et de damoiselle Anne Guilloteau d’une part,
et Françoise Lefrère fille de défunt Toussaint Lefrère et Jacquine Robineau, veuve de défunt Pierre Damour demeurant audit Craon d’autre part
entre lesquelles parties a été fait le contrat de mariage en la forme qui suit, par lequel le Sr Heureau et ladite Lefrère se sont promis la foi du mariage et iceluy solemniser en face de notre mère Ste église catholique apostolique et romaine lorsque l’un en sera par l’autre requis tous légitimes empeschement cessant,
auquel mariage les parties entreront avec tous et chacun leurs droits tant mobiliaires qu’immobiliaires de quelque nature qu’ils puissent être, lesquels droits mobiliaires de la part de ladite future épouse consistent en ceux à elle adjugés sur la rente qu’elle a fait faire du total de ses meubles devant nous notaire le 11 septembre 1696 le prix desquelles adjudications faires revient et se monte à la somme de 212 livres 12 sols, et à l’égard dudit futur espoux il déclare n’avoir quant à présent aucuns meubles ni effets mobiliaires
sans qu’il s’acquiert aucune communauté entre lesdites parties par an et jour ni autre temps ayant à cest effet desrogé et dérogent à notre coutume, au moyen de quoy chacune des parties pourra disposer tant à présent qu’à l’avenir de ses meubles, de recepvoir les fruits et revenus de ses immeubles à part et divis comme bon leur semblera, sans que néanmoins ladite future puisse vendre ou aliéner ses propres sans le consentement du futur époux,
et seront leurs debtes passives tant celles qui ont esté créées jusqu’à ce jour que celles qui le seront cy-après payées et acquittées par chacune desdites parties et à son égard sans que l’un en puisse être inquiété pour l’autre,
et pour donner lieu à ladite future de discuter ses droits en l’absence dudit futut époux, il l’a pour cet effet autorisée et autorise par ces présentes sans que plus ample autorisation soit nécessaire

et pour les bons soins qu’elle prendra dudit futur époux et l’économie de mariage il a promis et s’est obligé la nourrir et l’entretenir suivant son estat et condition, la traiter et faire traiter estant malade cas advenant et luy faire administrer les remèdes nécessaires pour recouvrer la santé si faire se peult,

et au surplus a assis et assigné douaire coutumier à ladite future sur tous ses biens sujets à douaire cas de décès advenant et seront les enfants provenus du mariage dudit défunt Damour et de ladite future nourris et entretenus en la maison desdits futurs conjoints jusqu’à ce qu’ils soient en âge de travailler pour gagner leur vie et ce pour leur revenu,

et a ledit futur époux reconnu et consenti que sur les promesses qu’il luy a faites de l’épouser et après beaucoup d’instance au moyen de quoy déclarent qu’ils veulent et entendent que l’enfant qui proviendra sera légitime comme s’il avait esté procréé en loyal mariage et qu’il sera habille à leur succéder et partager leurs successions avec leurs autres enfants,
car les parties l’ont ainsy voulu, consenty, stipullé et accepté tellement qu’à ce tenir faire et accomplir elles s’obligent avec tous leurs biens etc dommage etc stipullé etc de défaut dont et de leur consentement les avons jugées

fait et passé à nostre tablier présents Jean Rocher armurier et Pierre Dayère sergent demeurant à Craon témoins à ce requis et appelés

Cette image est la propriété des Archives Départementales de la Mayenne. Je la mets ici à titre d’outil d’identification des signatures, car autrefois on ne changeait pas de signature.

Françoise Lefrère sait bien signer, ce qui est rare chez les femmes à l’époque et atteste un milieu notable.

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Psalteur : joueur de psaltérion, ou bien chanteur de psaumes ?

J’ai encore un pesalteur (sic) prêtre, à Saint-Nicolas de Craon en 1639. J’ai 2 hypothèses, bien que je penche pour le chantre de psaumes, comme on le fait encore (eh oui ! fort beaux à entendre a capella, hommes et femmes à l’église Saint-Gervais par exemple, retransmis chaque jour sur KTO)


Cliquez sur l’image pour voir les sites sur le psaltérion et surtout beaucoup d’iconographies.
Mon Larousse de l’ancien français : Moyen-Âge, dit :

psalterion du latin psalterium du grec, intrument de musique. – psalterionner : jouer du psalterion

Ici, il s’agit de la constitution d’une obligation ou rente obligataire dite rente annuelle et perpétuelle. Et l’affaire se passe à Craon, donc tout ne se fait pas à Angers, mais je m’empresse de préciser que Craon avait un chapitre, c’est à dire des chanoines, et qu’un chanoine n’est jamais pauvre (c’est un euphémisme !)
Donc, un chanoine avait parfois de l’argent à prêter, et voici François Crannier prêtant 450 livres.

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales de la Mayenne, série 3E1-460 – Voici la retranscription de l’acte : Le 31 décembre 1639 après midy devant nous Pierre Hunault notaire royal en Anjou résidant à Craon fut présent en sa personne establie et duement soumise et obligée honorable femme Renée Lanier dame de la Bonnelière veuve de defunt Me Julien Marpault vivant sieur de la Bonnelière demeurant en cette ville de Craon
laquelle a volontairement ce jourd’huy vendu créé et constitué et par ces présenes vend et constitu promet garantir et faire valoir tant en principal que cours d’arrérages à vénérable et discret Me François Crannier prêtre chanoine en l’église de Saint Nicolas de Craon demeurant en ceste ville à ce présent stipullant et acceptant qui a acheté pour luy ses hoirs et ayant cause
les sommes de 25 livres tz de rente hypothéquaire que la venderesse promet et s’oblige payer audit acquéreur franchement et quittement en cette ville de Craon par chacun an à pareil jour et dabté des présentes le premier payement commençant d’huy en un an et à continuer à perpétuiré jusqu’à l’amortissement d’icelle que la venderesse pourra faire à ung seul paiement avec les arrérages si aucuns sont dus toutes fois et quante que bon luy semblera
et est faire la présente vendiiton création et consitution de rente pour le prix et somme de 450 livres soldée et payée par l’acquéreur à ladite venderesse scavoir 200 livres en notre présence vu et su de nous et le surplus montant 250 livres auparavant ce jour ainsi que ladite venderesse l’a reconnu et confessé et de toute ladite somme de 450 livres elle s’est tenue contente et bien payée et en a quicté ledit acquéreur ses hoirs avec puissance d’en faire faire assiette par l’acquéreur à ladite venderesse sur un ou plusieurs de ses lieux sans que le spécial déroge au général ni le général au spécial,
auquel contrat de création et constitution de rente et tout ce que dessus est dit tenir olige ladite venderesse tous et chacuns ses biens à prendre vendre faute de paiement et continuation de ladite rente renonçant à contrevenir à ce que dessus dont l’avons jugée de son consentement
fait et passé audit Craon maison de ladite venderesse en présence de vénérable et discret Me René Hallopeau chapelain de Saint André et Me René Renaudier prêtre pesalteur audit St Nicolas demeurant audit Craon paroisse de Saint Clément de Craon témoins avertys de scellé suivant l’édit.
Signé Renée Lanier, R. Halopeau, R. Renauldier, P. Hunault

Le 17 octobre 1643 après midy, devant nous Jean Meullevert notaire de Craon et y demeurant a esté présent estably et soumis vénérable et discret Me François Crannier prêtre, chanoine de l’église collégiale monsieur St Nicolas dudit Craon et demeurant audit Craon lequel a vendu quitté cédé et transporté par ces présentes et promet garantir et faire valoir à Me Mathurin Paulinard sieur de la Malvallière aussi demeurant audit Craon ce présent et stipullant etc la somme de 25 livres tz de rente hypothéquaire qui estait due chacun an audit Crannier par honorable femme Renée Lanier dame de la Bonnelière comme appert par le contrat de l’autre part passé par defunt Me Pierre Hunault notaire le dernier jour de décembre 1639 pour se faire par ledi Paulinard payer servir et continuer par ladite Lanier, ses hoirs etc de ladite rente de 25 livres au temps à venir audit jour dernier décembre jusqu’à l’amortissement d’icelle conformément audit contrat et ce dès le terme qui eschera du dernier décembre prochain venant en un an ladite cession faite par ledit Crannier audit Paulinard pour et moyennant la somme de 450 livres par luy cy-devant payée en espèces d’or et d’argent du cours et prix de l’ordonnance royale audit Crannier qui l’a ainsi reconnu s’en est contenté et en a quitté ledit Paulinard auquel il a délivra et mis présentement entre mains la grosse dudit contrat passé par ledit Hunault pour luy servir de tiltre avec ces présentes pour ladite rente de 25 livres cy-dessus, dont etc par jugement et condamnation etc
fait et passé à notre tablier en présence de vénérable et discret Me René Hiret prêtre chanoine de St Nicolas et Me Mathurin Harangot apothicaire demeurant à Craon témoins à ce requis et appelés

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française (1872-1877)

PSALLETTE (psa-lè-t’) s. f. Terme vieilli. Lieu où l’on exerce des enfants de choeur. – Réunion des enfants de choeur dont se compose une psallette. – On dit aujourd’hui maîtrise. – ÉTYMOLOGIE – En grec, pincer les cordes d’un instrument – PSAUME vient du lat. psalmus, qui vient d’un terme grec dérivé du verbe signifiant pincer les cordes d’un instrument. Le grec tient au verbe gratter, et se rattache au toucher des cordes avec le plectre. Palsgrave, p. 21, remarque qu’on écrit psalme, et qu’on prononce salme.

chaire extérieure, collégiale St-Aubin, Guérande
chaire extérieure, collégiale St-Aubin, Guérande

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NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA de la Cruz, chapitre XIII Cueillettes d’avril

Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

Quelques jours plus tard, René rencontra Melle Lonneril dans le passage Pommeraye. Elle était arrêtée à la devanture d’un magasin, admirant, sans doute les vases magnifiques panachés d’éventails en un méli-mélo de luxures éclatantes d’un goût raffiné. Le jeune homme fut ravi de la trouver séduisante en sa robe de tissu écossais aux tons brouillés où dominaient le vert et le bleu. Un boléro découpé sur une chemisette en soie développait sa poitrine sur laquelle s’étalait une cravate de mousseline neige. A la ceinture ses hanches se dessinaient fermes, inconsciemment provocantes par le dessin des contours inachevés sous les plis chevauchés de la jupe. Ses cheveux blonds illuminaient davantage son visage à l’ombre d’une capeline de mêmes couleurs que la robe, éclairée d’une boucle de strass au milieu d’un noeud drapé de liberty.

  • Tiens, dit-elle en se détournant, c’est vous monsieur de Lorcin !
  • Vous êtes délicieuse, murmura le jeune homme.
  • Ne me flattez pas, je croirais que vous vous moquez.
  • Vous vous tromperiez, mademoiselle. A quel bienheureux hasard dois-je de vous rencontrer ici ?
  • Je viens de chez une de mes amies. En rentrant je flâne.
  • Si vous voulez, nous flânerons un bout de chemin. Il me semble vous avoir vu depuis un siècle.
  • Elle sourit enle regardant. Ils descendirent les marches du grand escalier orné de statues d’enfants, d’étalages de souvenirs nantais et de broderies bretonnes comme des mouches d’or aux ailes bleues, de bazars débordants de jouets et de fantaisies amusantes. Au dessus d’eux le jour se promenait su rles vitres rogeoyant à la mort du soleil qui s’ensevelit à l’angle du ciel.
    Ils babillèrent heureux de se trouver seuls pour la première fois. Ils ne se dirent pas leur joie d’être l’un près de l’autre, mais lls la laissèrent percer à chaque phrase.
    Rue de l’Arche-Sèche, il lui prit le bas, elle le serra contre elle. L’intimité se fit plus profonde.

  • Vous sortez souvent, mademoiselle ?
  • Rarement ; il me faut des occasions.
  • Le pourrez-vous demain ?
  • Je ne sais pas.
  • Essayez. Je vous attendrai à cinq heures et demie au square St-André. Nous serons si bien cachés au centre de la verdure tranquille.
  • Et s’il pleut ? railla-t-elle gentiment.
  • Nous serons plus en secret encore sous le même parapluie… Vous viendez ?
  • Je ferai mon possible… Je vous le promets.
  • A demain… bonsoir, mademoiselle.
  • Alle retroussa sa robe, montrant sa jupe de moire rose, et disparut plus légère – le coeur a peut-être parfois des ailes.
    A cinq heures, il s’impatientait déjà en parcourant les allées vides du petit square. Les vieilles commères qui marmottent de douces médisances, enfantent enleur stérilité de persistantes calomnies sont parties au foyer et le gardien travaille seul, les épaules basses. L’Erdre résonnait du bruit des lavoirs ; les camions filaient au delà des grilles assourdissant le jardin en triangle. Plus loin la passerelle de Barbin voûtait sur l’eau moire son dos ajouré comme un bas de mariée. Pour la vingtième fois, René Regarde les marches qui descendent du cours Saint-André entre les placides caricatures débarbouillées de Du Guesclin et d’Olivier de Clisson. Il scrute du regard le quai Ceineray, ombrellé de ses arbres, la rue Tournefort, la rue Sully. Le cadran du collège Saint-Stanislas, gros comme une montre dans le lointain sonne la demie.
    Soudain, derrière lui, le sable craque dans un frou-frou. Il se détourna devinant l’arrivée.

  • Bonsoir, mademoiselle. Je ne comptais déjà plus vous voir.
  • Oh ! Je suis d’une exactitude militaire.
  • Ce n’est pas un reproche ; je m’en voudrais de vous en faire. Venez vous asseoir quelques instants.
  • Elle le suivit coquettement en sa ravissante toilette. Elle avait jugé ce rendez-vous important et s’était faire aussi séduisante que possible. Un paletot mastic aux manches bouffantes ornées de galons japonais. Au col, des flors de rubans pékinés par des comètes de velours noir, les bouts flottants serrés par des glands de soie. Son large chapeau de paille verte était fleuri de roses. Cette abondance d’étoffes rythmait une chanson de fraîcheur captivante, jouant sur le cerveau de René l’or d’une coupe de champagne. Des parfums montaient d’elle, l’enveloppaient, enveloppaient René, mêlés à son odeur de chair neuve de femme aimée.
    Assis, il prit sa petite main gantée.

  • Comme c’est gentil d’être venue ! J’aurais eu vraiment de la peine si vous aviez manqué votre promesse.
  • Ce n’aurait cependant pas été ma faure. Je sors si rarement, si difficilement. Maman ne veut pas toujours.
  • Les femmes peuvent l’impossible quand elles le veulent.
  • Les hommes eux sont trop égoïstes.
  • Avez-vous pu vous en apercevoir ?
  • Peut-être. Avant tout leur plaisir ; le reste, s’ils ont du temps.
  • Je ne discute pas. Je sais que le plaisir m’est ici et que le temps qui me restera après votre départ sera vide.
  • Est-ce bien sûr ? N’êtes-vous pas fort occupé ?
  • Et par quoi ? Mon droit ne …
  • Elle haussa les épaules.

  • Ne mentez pas ? D’anciennes connaissances.
  • Je n’en ai plus.
  • C’est déjà mai d’en avoir eu.
  • Seriez-vous jalouse ? On n’est jaloux que de ceux qu’on aime.
  • Oui, René, je l’ai été depuis le mois de novembre… et je le suis encore.
  • Mais ne savez-vous pas que mon idylle d’hiver est terminée depuis longtemps.
  • Je le sais… mais les autres ?
  • Ah ! les autres, des passagères inconnues dont le visage est oublié à mes yeux pleins du vôtre, des amies quelconques d’un soir, que votre parfum a fait dissiper comme une vapeur malsaine, des vices que l’on méprise par ce qu’on les voir plus nus. Cela, c’est du passé mort, au creux d’un sépulcre scellé hermétiquement, queles pages sombres de la vie. Dites, Jeanne, Voulez-vous, après cette noire préface, composer le livre ensemble ? Le dieu d’amour en fera un travail de Pénélope que l’on recommence à chaque chapitre sans jamais en signer l’épilogue.
  • Il pressait dans les siennes sa main brûlante à travers la peau du gant.

  • Je suis franc, Jeanne, ne le voyez-vous pas ? J’ai souffert d’un caprice brutalement arraché parce que je l’ai jugé injuste. J’ai souffert ensuite de ma vengeance. Mon âme est encore malade, non de la réputation imbécile que le peuple nantais peut m’avoir faite de son insipide potinage, mais des éclaboussures du mal dont j’ai heurté des flaques. Par mes efforts je me suis éloigné du marais infect qui grouille par toute la ville. Au convalescent, il faut un sourire de soleil à travers les vitres ; à ma convalescence il me faut un amour exquis. Aimer : le doux remède de tout mal, de toute chute, le calmant mystérieux de toutes les blessures, le salut divin de l’égaré qui tâtonne son chemin. Jeanne, vous m’aimez, je le sais, dites-le moi vous même, non de vos gestes, non de vos regards, mais de vos lèvres ?
  • Il courba la taille flexible de la jeune fille vers sa poitrine, attendant une réponse. Elle baissa la tête sans parler.

  • Dites, Jeanne ? supplia-t-il? Vous m’avez laissé deviner votre amour. Il n’y manque plus que votre aveu. Parlez si bas que vous voudrez…
  • Elle se leva brusquement.

  • L’heure passe, monsieur, je me sauve.
  • Resté sur le banc il la contempla triste. Elle lui prit la main et rapide :

  • Oui, René, je vous aime.
  • Le gardien armé d’une pique inspectait les allées, emprisonnant et enterrant d’un coup sec les morceaux de papier. Il passa près d’eux d’un air indifférent. Les squares, n’est-ce pas fait pour les amoureux ?
    Sur la place Saint-Pierre, ils se quittèrent. A demain. Régulièrement ils devaient se voir pami les arbustes confidents du premier rendez-vous.
    Ils fleurirent de leur bonheur les voisinages déserts qu’ils choisissaient de préférence, loin des railleries mesquines des badauds. Rire dela beauté est le propre de la majorité des êtres à face humaine, de ce rire absurde qui fait aimer le chien, mépriser le maître. Solitairement, ils s’exilaient entre le silence de la rue des Orphelins, jusque là-bas derrière la caserne des dragons. Ils descendaient le boulevard extérieur à la paisible tranquilité des arbres. Ils allaient s’asseoir quelques minutes – lorsqu’elle avait une heure de plus – sur la prairie de Mauves qui se mûrissait comme une amante nouvelle sous la fécondation du soleil. La planturesque nonchalance de la prairie rêveuse et grave au bord de la Loire les envahissait de tendresse. Leurs lèvres se cherchaient, se collaient longuement. Ils buvaient à même une coupe de lèvres où moussaient leurs langues inassouvies. Tout était silence alentour. Le frottement des baisers chantaient l’hymne de l’au-delà des voluptés inquiètes. Le désir de feu mordait à satiété dans les chairs, mais la voix du retour ricanait le long des fossés.

    Un matin, René reçut une depêche de Brest. Son oncle était mort l’instituant son légataire universel. Il partit aussitôt et resta cinq jours absent, sans pouvoir prévenir sa chère Jeanne. Celle-ci très attristée l’attendait chaque soir au petit jardin habituel. Puis elle ne vint plus, persuadée de la fuite du jeune homme vers quelque aventure du temps passé. Et elle pleura.
    A son retour de Brest, René ne sachant comment la rencontrer, prit le parti de l’attendre à la grande poste où elle venait de temps en temps. Au centre de la vasre salle encombrée d’un énorme poële, garnie de quelques bancs minuscules, il espérait la voir venir. Derrière les cages, les employés grinçaient de plumes, tambourinaient de leurs tampons. Comme une marée les timbres, les récépissés, les monnaires fluaient et refluaient sur les tablettes de cuivres. Au fond, la poste-restante s’encombrait de voyageurs et d’inconnues hautaines ou timides. Au guichet, les noms bondissaient, l’alphabet sautillait, d’aucuns comptaient. Le commis indifférent, brutal, froissait les épitres à en-têtes commerciales et les discrètes missives parfumées. Monnaie couratnte pour son métier, ces petits chiffons délicats dans lesquels se jourent parfois la destinée terrible d’une vie entière, le bonheur ou la mort douloureuse et infamante ! Chacune s’en va, s’éparpille, emportant son secret., ce secret qui ouvre enfin la porte aux boudoirs des caresses divines et des adultères, ce secret qui vend des corps au poids du plaisir, qui met des taches pourpres au satin des souliers, qui sème les pleurs comme le vent d’automne sème les feuilles affaiblies. Les battants se déversent et s’écoulent aussi rapidement. Sillage étrange de têtes diverses, depuis le riche bourgeois jusqu’au flâneur déguenillé, la dame aux jupes élégantes jusqu’à la grue du ruisseau. L’égalité traînaille au bord des comptoirs.

    Un soir, elle vint ; il alla vivement à sa rencontre. Elle eut un sourire de joie.

  • Vous !
  • Je vous attendais, Jeanne. Qu’avez-vous cru de moi ? Du mal, peut-être ? J’étais à Brest pour l’enterrement d’un de mes oncles. Je ne savais coment vous avertir sans crainte de troubler votre paix.
  • J’ai eu peur. On doit souffrir beaucoup quand on aime, n’est-ce pas à propos de rien… de mille chimères absurdes ?
  • Voulez-vous réparer cette absence par une longue promenade demain ?
  • Elle réfléchit.

  • Non, dit-elle, après-demain ; ma mère s’absente toute la journée. Je serai libre dès une heure. Attendez-moi au petit jardin, sans faute.
  • C’est cela. Quel bonheur ! Nous reprendrons le temps perdu aux banalités de l’existence.
  • L’oubli des tristesses a fui vers d’autres rives. Il faut si peu de choses pour l’expulser, parfois un serrement de main.

    Il pleuvait une eau condensée qu’un vent violent, soufflant par rafales, faisait tourbillonner en flocons de brouillards sur la face morne de la ville ramassée dans la brume comme un colimaçon dans sa coquille. Le ciel éployait son éventail gris d’une tristesse mortuaire, laissant échapper des plumes épaissies. Et la pluie froide flaçait de ses petites mains la peu des visages sous les parapluies ballotés. Les doits ruisselaient des perles diamantées. Les gouttières ronronnaient doucement et vomissaient sur les trottoirs purs comme des glaces. De tous les pores de l’espace, il bruinait une torpeur agaçante qu’ondulait un rythme éternellement repris en sourdine à la harpe mouillée.

    Ils se rencontrèrent tous deux troussés et crottés, nerveux sous la pluie qui les caressait, railleuse, de ses lèvres fraîches. Il s’approcha d’elle et comme les parapluies se heurtaient, il la pria de ferme le sien.
    Indécis, ils regardaient les feuilles dégoutter, les aiguilles humides picoter dans l’eau de l’Erdre mouvante, sillonnée de trous, ainsi qu’une table où l’on tire aux macarons. Jeanne avait ses bottines trempées. Ils piétinaient dans les rigoles.

  • Qu’allons-nous faire ? murmura-t-elle.
  • Elle grelottait.
    Je comptais sur une longue promenade parmi le réveil du printemps. Il faut y renoncer. Nous tremlez ; vous attraperez un rhume, si nous restons sous la pluie. Voulez-vous venir chez moi ? Je vous ferai les honneurs de mon logis.
    Elle se fit prier, puis accepta. Elle lui prit le bras parfaitement cachée sous la soie du parapluie.

    René enflamma quelques brins de bois dans la cheminée, et, pour elle, approcha le plus joli fauteuil. Il délaça ses bottines humides et les remplaça par des pantouffles à lui, un peu grandes mais suffisamment sèches. Elle jeta son chapeau sur le lit et sa chauffa les mains à la flambée.

  • La flamme a rosé vos joues… Il fait meilleur ici que dehors… Et nous sommes plus seuls, plus libres.
  • Il s’assit au bord du fauteuil, passa son bras sous l’aisselle de la jeune fille, lui caressa les joues des ses lèvres.
    Comment trouvez-vous ma chambre ? Elle est simple. Jamais cependant elle ne fut si belle ; vous lui manquiez. C’était le vase à fleurs vide… Vous êtes le bouquet d’amour qui l’ornez.

  • Oh ! le flatteur.
  • Que dire d’intéressant sans parler de vous. Et comment ne pas flatter ce que l’on aime ?
  • Il se laissa tomber près d’elle, puis il la pris sur ses genous. Il chercha quelque chose à fire ; il ne trouva rien. Alors il comprit qu’il valait mieux se taire, que l’heure était venue du silence plus loquace que nul autre. Il la pressa contre lui, chercha sa gorge, son oreille et sa bouche tremblante. René trouvait une rose où sa langue allait puiser une liqueur printannière. Avec une douceur cauteleuse il défit un à un les crochets du corsage et découvrit le sommet des seins dormant leurs nez roses sur la chemise enrubannée. Il les caressa tous deux, les prit chacun leur tour dans sa main, joua avec les extrémités. Ils semblaient si frais qu’il voulut y goûter. Il approcha ses lèvres, les suça dévotieusement comme un bébé.
    Jeanne ne disait rien. La tête appuyée sur l’épaule du jeune homme, elle fermait les yeux, égarée sans doute dans quelque rêve étrange, inconnu de son esprit vierge.
    René s’enhardit. Quand il se fut rassasié des seins mignons, il glissa sa main sous les jupes, les long des mollets et des cuisses. Là, entre les bas et le pantalon, il trouva un coin de chair. A ce contact, la jeune fille poussa un léger cri, elle s’efforça de rabaisser ses jupes, d’écarter la main de René. Mais celui-ci la pressa contre lui, chercha ses lèvres, emprisonna sa langue avec la sienne. Elle se tut, vaincue.
    Triomphant, il continua sa conquête amoureuse. D’un coup sec, il fit sauter le bouton du pantalon, tira délicatement la chemise. Il sentit enfin la chair nue, brûlante. Une chair sur laquelle il promena ses doigts avides de connaître les contours bien accentués, dun poli duveté. Il caressa le ventre, le nombril où il appuya son index, puis plus bas, ses doifts se plongèrent dans des toufffes épaisses, légèrement humides.

  • Oh ! René, laissez-moi, je vous en pris, murmura-t-elle, sans chercher à se défendre.
  • Je t’aime, Jeanne. Laisse-moi t’aimer ?
  • Il la sentair qui s’énervait de désirs à ses chatouillements. Son cerveau brpulait. La posséder de suite. Elle s’agitait sur ses genoux et soupirait à son oreille. QUand il jugea le moment propice d’une futile résistance, il l’emporta sur le canapé et l’étendit sur le dos. Il se coucha sur elle de tout son long, chercha encore sa bouche, sa langue. La ceinture tomba sur le bois du meuble ; il retroussa les jupes, essaya de descendre le pantalon, mais celui-ci restait accroché au corset. Il ne put y parvenir, embarrant ses mains malhabiles et pressées dans d’innombrables lacets. Il se redressa pour voir plus clair, furieux de cet obstacle ridicule. Alors Jeanne se défendit vivement. Elle eut honte de se trouver ainsi entre les bras du jeune homme. Elle voulut se lever.

  • René, laissez-moi où je ne reviendrai plus ; je ne vous reverrai jamais.
  • Défais ces liens, Jeanne, où je les casse.
  • Vous êtes méchant, laissez-moi ; je vous en prie.
  • En voilà des ficellements extraordinaires. Jeanne, défais-les. Je vais déchirer.
  • Méchant, tu es méchant. Tu ne me reverras plus.
  • Allons donc, reprit-il, haussant les épaules.
  • Devant son air penaud elle se mit à sourire.
    Fébrilement, il explorait les attaches et découvrait enfin l’épingle de sureté malencontreuse. Elle emprisonnait ses mains, le repoussait, remuait les jambes, le suppliait toujours. L’épingle roula sur le rapis. Le pantalon glissa découvrant un ventre blanc et ferme, la base ombrée de poils blonds.
    De nouveau René se pencha sur elle, lui prit la bouche. Elle lutta avec ruse. Heureuse de demi-bonheurs, repoussant les ardeurs qui lui faisaient mal. Elle refusa de se donner. Ce fut lui le vaincu, qui chercha soudain sa bouche dans un spasme trop hâtif et vain, imprimant un « je t’aime » en une morsure sanguinolente. La jeune fille avait tressailli du bonheur de l’aimé ; elle l’avait serré fortement dans ses bras ; une sensation étrange la pénétra. Elle ne se débattit plus, l’approchant au contraire en attouchement plus direct, puis le berça de ses baisers pendant le repos qui suit la complète jouissance. Elle souriait heureuse, aimat de tout son coeur, ne se souvenait de rien. Son triomple de vierge ignora la pudeur.

  • Tu ne m’aimes pas, lui dit-il doucement.
  • Si, tu le sais bien.
  • Elle souriait. Une franche gaieté volutait de tout son corps. Ses deux bras la suspendaient câline au cou de son ami.

  • Mauvaise mignonne, vous reviendez demain ?
  • Peut-être… si je peux… attendez-moi
  • Il la redonduisit jusqu’à l’entrée de sa rue et lui envoya du bout des lèvres un baiser, alors qu’agile elle disparut.

    A cinq heures le lendemain elle frappait à sa porte ; René s’empressa de la recevoir d’abord dans ses bras et de lui offrir un bouquet de baisers. Ils s’installèrent encore dans le grand fauteuil. Elle se laissa câliner sur ses genoux. Il renouvela ses caresses les plus curieuses, les plus passionnées. Puis il l’emporta sur le lit, en l’arche des rideaux. Près d’elle, il lui conta mille petites choses tendres, pendant qu’insensiblement il la déshabillait. Bientôt elle n’eut plus que sa chemise brodée à faveurs bleues. Les seins jaillirent hors la dentelle. Ils se cachèrent dans les draps. Leurs jambes se mêlèrent. Il appuya le corps nu de l’aimée contre le sien. Leur respir se confondit. La chair battait contre la chair. Elle lui répétait son amour, cherchait avec une ardeur insatiable sa bouche, sa langue caressante. Elle-même tendait sa poitrine aux suçons, tout son corps aux baisers avides. Elle s’offrit.

    Quand il l’eut prise avec précausion des pleurs mouillaient ses yeux. René avant endendu ses cris étouffés de la souffrance du premier bonheur d’amour. Il la consola de sa tendresse.

  • Je t’ai fait mal ?
  • Oh ! oui, méchant.
  • Tu m’en veux ?
  • Non, mon loup. Je t’aime.
  • Elle devenait de plus en plus câline. Sa pudeur primitive était morte. Entre les doigts de l’amant elle savourait l’exquise sensation d’être choyée. La chair jusqu’en son intimité avait faim d’être pétrie. Ses lèvres connurent l’homme. Elle le voulait plongé en unlacis de caresses nouvelles, inaugurant une science inconnue qui s’apprend toujours une fois apprise.
    Au tic tac de la pendule coulait leur calme érotisme, un érotisme enfantin d’une saveur plein de curiosité. Sept heures sonnèrent.

  • Déjà, s’écria-t-elle, je suis en retard. Tu vas me faire gronder.
  • Reste encore, Jeanne
  • Elle l’embrassa follement, lui mit le museau rose de ses seins sur les lèvres.

  • Dis-leur bonsoir.
  • Et elle s’habilla vite, passant vertigineusement, jupes, bas, corset, robe en un froufrou ravissant.

  • A demain, Jeanne
  • N’es-tu pas le maître, maintenant ?
  • Les draps traînaient. Des taches de sang semblaient des fleurs de cire rouge.
    Elle rougit.

  • J’ai signé mon esclavage avec mon sang.
  • Chérie, je serai le meilleur des amants.
  • Et moi la plus gentille des maîtresses.
  • Bonsoir, Jeannette. Tu auras de jolis rêves. Vois-tu l’on est véritablement heureux lorsqu’on est débordé par la joie d’aimer. L’ennui ne vient jamais s’asseoir aux chevets de ceux qui s’attendent avec confiance. L’unique souffrance est que l’on juge trop bien l’inutilité de l’alentour.
    Il la prit dans ses bras.

  • A bientôt. Je t’aime de tout mon coeur. Jeanne, il arrivera sous peu que je te conserverai avec moi. Nous habiterons ensemble. Nous aurons le jour et la nuit pour nous aimer.
  • N’en demandons pas tant. Mes parents…
  • Vouloir, c’est pouvoir. Qu’avez-vous à attendre d’eux maintenant, sinon la perpétuelle barrière à vos désirs, à votre amour, le tyrannique égoïsme du bourgeois qui défend sa fille aux appels légitimes de ses sens. Pour vous, la famille, c’est la haine, la rancune, la lutte insupportable, la mauvaise écurie que l’on doit fuir pour le palais du bonheur où l’hôte aimé vous attend les bars ouverts, aux sons des cloches joyeuses de la liberté. Les abandonner, c’est reprendre votre droit à la vie, élargir votre essor vers l’horizon du renouveau, c’est pénétrer dans le jardin embaumé d’ivresses, fleuri de caresses, sarclé d’espoirs, le jardin inconnu de votre âme que l’amour dévoilera à vos yeux éblouis, à votre coeur fasciné, en ses moindres détails, et vous y goûterez la paix céleste en entendant chanter les sources.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.