Les hommes du 84° RI : visite d’un cavalier à Bailleulval, avril 1915, et ils essaient le cheval !

Je pense que mon grand-père, Edouard Guillouard, dont nous avions une photo à cheval pendant la guerre 14-18, n’avait jamais eu de cheval en fait pendant la guerre, mais que cette photo était un moment de détente des officiers de la 84°RI, lors de la visite (ou mission) d’un cavalier à Bailleulval en 1915, car je crois voir le même cheval sur toutes les photos, et je pense que c’est celui du visiteur. Voici donc toutes ces photos pour que vous examniez de près de cheval, et me donniez votre avis éclairé. ATTENTION, il y a beaucoup de photos, ils ont eu un vrai moment de détente avec ce cheval ! Leglaive est sur la 2ème photo.

toutes ces photos de Leglaive, en avril 1915, Bailleulval, 84° R.I.







Et ce dernier cavalier est mon grand-père, l’auteur du carnet de guerre qui est sur mon site. Mon grand-père connaissait bien les chevaux, puisqu’il en avait 18, logés à Rezé, pour livrer la quincaillerie jusque dans le Finistère.

Le quartier Saint Jacques (Nantes) au front pendant la Grande Guerre 14-18

Je vous ai déjà mis beaucoup de documents sur la Grande Guerre 14-18 à travers le carnet de guerre de mon grand-père Edouard Guillouard.

Il demeurait quartier Saint Jacques à Nantes, avant de partir au front. Et manifestement il a pu échanger quelques lettres avec ses amis du quartier Saint Jacques, puisque l’un de ses descendants possédait la lettre qui suit, datée du 9 mai 1915 et signée « Gaston ».

Ce Gaston tutoie mon grand-père, donc il connaît assez bien mon grand-père et je suppose qu’il s’agit de Gaston Roy, mais les Roy possédaient tous plusieurs prénoms et il est difficile d’identifier lequel a écrit la lettre, sans doute celui qui est inhumé au cimetière Misericorde (Nantes) le 25 novembre 1937 âgé de 59 ans, donc contemporain de mon grand-père et probablement tous deux ont été élèves dans leur jeunesse de l’école chrétienne de la rue St Jacques pour garçon seulement (à l’époque, plus maintenant).

Gaston (que je suppose Gaston Roy) donne des nouvelles de plusieurs autres camarades du quartier Saint Jacques, entre autres Emile Marry le coiffeur, né à Vallet le 4 février 1879, et aussi contemporain de Gaston.  Tous les autres noms qu’il cite me sont plus ou moins connus, mais je n’ai pas plus de précisions, et j’offre volontiers ce document au Quartier Saint Jacques, dans l’espoir qu’ils pourront identifier tous ces militaires, et me faire signe.
Quand il parle de « la pipe », il s’agit d’Edouard Halbert, mon grand-père paternel. Mais il en cite plein d’autres…

Je vous mets d’abord ma frappe, suivie des 3 vues !

Moridon, le 9 mai 1915
Cher Edouard
J’ai ta bonne lettre du 14 avril, excuses moi si je n’ai pu te répondre plus vite. Beaucoup de lettres à écrire, lettres commerciales ainsi que celles à ma famille, beaux-frères etc… puis ai fait un entrainement très dur et fatiguant avec ces chaleurs estivales.
On parle fortement de nous expédier dans les environs de Terns ? afin d’y faire nos tris de guerre finis point de direction le front. Mon régiment est en ce moment du côté d’Ypres et donne beaucoup aussi le dépôt se vide de plus en plus.
Je viens d’écrire à l’ami Gobin qui est à Locmaria près Auray. Il se plaint que le pays est monotone mais je suis certain que tu voudrais à sa place. Il est sergent major. La pipe est à Savenay et il gueule comme un putois, il n’a plus le goût militaire, il est comme mort mais il faut se résigner et penser à nos héros cachés et inconnus qui souffrent sans plainte. Emile Marry a été exaucé, il est mieux et va retourner au dépôt. Henri Halbert est dans les environs du camp de Chalons. Paul Halbert est toujours à Lorient et il obtient surplus de permission. Etienne Chauvet est au camp de Coëtquidan et il est téléphoniste et va partir sous peu pour le front ainsi que Blanchard Lemoine son camarade de combat. Mes beaux frères : Marcel est toujours dans les tranchées avec le 65ème du côté de Mailly Mallet ; Henri est du côté de Verdun ainsi que l’ami Louis Martin ex-caissier chez Lefèvre-Utile. Pierre Chauvet est dans les tranchées ainsi qu’André qui n’a pas encore eu le baptême du feu mais l’attend. Ma petite famille est bien et je l’ai vue encore la semaine dernière. Mon frère a dû te dire que nous avons perdu notre cousin de la champignonnière qui nous avait vendu notre représentation et qui la dirigeait depuis mon départ. Il est mort subitement d’une hémorragie centrale âgé de 53 ans c’est terrible. J’ai dû aller réorganiser l’affaire avec ma belle-sœur, mon frère et 3 employés. J’espère que la clientèle sera conservée. C’est tout ce que nous demandons pour cette terrible année.
De temps en temps nous aussi faisons des petits gueuletons, c’est la seule distraction à Issoudun et quand on a bon appétit c’est une bonne distraction.
Il passe des trains en quantité ici, c’est une ligne directe de Paris et il y passe des troupes beaucoup ;
Si tu vois mon frère tu lui serreras la main pour moi ainsi qu’aux amis Poudat Auguste etc…
Je te remercie de ta carte photo et je t’envoie ma binette ainsi que celle de quelques poilus. Mon ami Haudreau de Nantes, pâtissier rue de l’échelle, est surmonté d’une croix sur la photo, les autres ne t’intéressent pas. Tu vois qu’il faut être belle femme pour être mignon dans cette tenue.
A bientôt et cordiale poignée de mains
Gaston

L’engrais naturel avait autrefois tellement de valeur qu’on le faisait évaluer : bail

J’ai connu, dans Nantes Sud Loire, juste après la seconde guerre mondiale, la fin des chevaux, et je voyais le ramassage du crotin, et ce, avec beaucoup d’intérêts et précautions. J’étais alors loin de m’imaginer sa valeur. Et s’il faut en croire notre époque qui évolue un peu, on y revient ! C’est naturel !

J’ai déjà retranscrit plusieurs centaires de baux à ferme, mais toujours on y trouvait la clause des engrais laissés sur place, donc on ne les estimait pas, car ils faisaient partie de ce que l’exploitant trouvait en prenant le bail et devait laisser à la fin de son bail. Or, ici, il n’y a pas d’engrais, aussi cette close finale prévoit bien que si il y a des engrais laissés sur place à la fin du bail, ils seront évalués par 2 laboureurs s’y connaissant, et seront payés.

Voici l’acte passé à La Sauvagère (61) en Normandie :

« Le 5 avril 1723[1] a comparu Barbe Guillouard veuve de Nicolas Serais fils Guillaume, de la paroisse de La Sauvagère, laquelle a ce jourd’huy baillé à ferme prix et loyer d’argent pour le temps et terme de 5 années entières et parfaites et accomplis commençant le 1er avril dernier et finiront à pareil jour et terme à Jacques Guibert son gendre fils de feu Charles de la même paroisse, présent et acceptant, c’est à savoir tout ce qui à ladie bailleresse lui peut compéter et appartenir au lieu et village du la Serrière susdite paroisse de La Sauvagère pour par ledit preneur en jouir et disposer pendant ledit temps tout ainsi comme auroit fait ou pu faire ladite bailleresse, pour en payer par chacun an à ladite bailleresse 22 livres 10 sols tournois, payable par termes, savoir la st Michel et Pasques de chaque année, le 1er terme commençant à la St Michel prochaine … et a reconnu ledit Guibé que ladite bailleresse lui a baillé pour son service une vieille couche, un mauvais marchepied de peu de valeur, qu’il les lui rendra à la fin du présent bail, et comme n’ayant ledit Guibé trouvé auxun engrais sur ledit lieu, en y entrant il ne sera aucunement obligé d’en laisser en sortant et s’il en reste ils lui seront évalués par 2 laboureurs que les parties prendront pour cet effet pour en faire leur rapport, et est accordé entre les parties que au regard des fruits qui croisteront aux arbres fruitiers dudit lieu, ladite bailleresse en aura la moitié pour l’année présente et est entendu en ouvre ce que dessus que ledit preneur pourra enlever à la fin du présent bail tous et chacuns ses meubles tant morts que vifs qu’il auroit en la maison … »

[1] AD61-4E176/31/214

Et vous pouvez aussi aller voir les GUILLOUARD si cela vous intéresse, car ils sont issus de La Sauvagère (61)

Les amis d’Edouard HALBERT : le groupe des 10

Histoire d’une amitié à Nantes Saint Jacques : le groupe des 10

Cette histoire a pu être reconstituée en 2002 grâce à : Michel Halbert, fils de Paul du groupe des 10, qui avait 3 photos ; Alain Guillouard petit-fils d’Edouard du groupe des 10, qui avait le texte original et des photos – Texte et photos réunies par Odile Halbert, petite-fille d’Edouard Halbert ainsi que d’Edouard Guillouard.

Ils étaient 10 amis, tous issus du quartier Saint-Jacques de Nantes, plus ou moins parents.
Ils nous ont laissé divers témoignages de leur amitié : 4 photos solennelles, et quelques photos plus privées, qui témoignent de leurs rencontres et ballades manifestement plus fréquentes que tous les 10 ans.
Un texte rempli d’humour témoigne de ce groupe. L’auteur est manifestement l’un des 10, voire les 10 ensemble lors de la réunion de 1925. Probablement Chauvet.
Edouard Halbert, mon grand père paternel, disparaît le 1er, en 1932 : on ne le voit donc plus sur la dernière photo que l’on peut alors dater de 1935.

Nous possédons une date pour le texte : novembre 1925.
Ce texte, dont nous possédons la frappe originale de l’époque, donne des dates. Nous nous efforçons de mettre une date sur les photos. Vos suggestions seront les bienvenues !
Les 4 photos les donnent toujours à la même place. Le texte donne 1900 pour la 1ère, alors que la mémoire des descendants donne 1905 puis tous les 10 ans.
Le texte donne une photo en 1920, qui serait la 2e On obtient d’ailleurs le même résultat en ajoutant 10 ans à 1905, et en excluant 1915 pour cause de guerre, ce qui donnerait 1919 ou 1920.
La 3e pourrait être datée de 1925, date à laquelle Edouard Halbert vit encore. En effet, le texte est rédigé en 1925, et ils l’ont sans doute élaboré ensemble, si ce n’est fêté ensemble.
La 4e serait alors de 1935 ou 1940. Je vous laisse dans ce texte original :

En 1905, voici de gauche à droite, au 1er rang :
Henry Cassin
Henri Dupras, père de l’abbé
Louis Guillouard °11.5.1880 †2.10.1964
Gustave Cassin
Edouard Halbert °21.8.1877 †24.2.1932
au 2e rang :
Etienne Chauvet
René Reffé
Cormerais dit « Camelia »
Paul Halbert °18.1.1882 †18.3.1942
Edouard Guillouard °1.2.1877 †20.9.1946

En l’an de Grâce Mil neuf Cent
Une bande de joyeux drilles,
Un dimanche, fit « Tirer leurs billes »
Chez un photographe épatant.
Ils étaient dix, ni plus ni moins ;
Edouard Halbert, le marchand d’foin,
Chauvet, Reffé, les Cassin Frères
Cormerais, Dupras, Paul Halbert,
Edouard Guillouard et son frère Louis
Les voici tous,     Cadédie !


Un beau jour, l’un d’entre eux prit femme
Cette …… maladie là se gagne
Tant et si bien, qu’en un instant,
Les neuf autres en firent autant.
René Reffé, jeune pourtant,
Conjugua son amour brûlant
Avec ( oh ! le sacré grand diable ! )
Une jeune fille estimable
Qu’il « zieutait » depuis fort longtemps !
Louis Guillouard eut bientôt mérite
De leur présenter son …. Edith.
Du coup, « la Pipe » se sentant
Des ardeurs, qu’il contient à peine,
Découvre et …. croque Madeleine.

Cormerais à Marie Dupras
Un beau matin offre son bras.
Edouard, des Guillouard, l’Ainé
Bientôt convole avec ….. l’Aimée.
Henri Cassin voit jouvencelle
Et tombe amoureux d’Isabelle.
Et peu après, Chauvet Etienne
Egalement épousa la Sienne.
De joie, il accorde sa sœur
A Gustave qui fait son bonheur.
Henri Dupras, doucettement
Sans bruit, suivit le mouvement.
Enfin, Paul Halbert, le Mitron
A Marguerite offrit son nom.
Et c’est ainsi que chacun d’eux
Devint beau-frère, oncle ou neveu
Du cousin ? ? ! ! Y’a d’quoi dev’nir fou
Vous n’y comprendrez rien du tout !

———–

Ici, recueillons-nous un peu
Un instant, pour remercier Dieu
D’avoir traversé la tempête
En conservant tous notre tête.

———–

Vingt ans après, nos bons gaillards
Derechef et bien posément
Ensemble retournèrent dare-dare
Chez le photographe épatant.
………………………………..
………………………………..
Alors on fut bien surpris
Comparant les photographies,
De constater, Oh ! cruel sort,
Combien de vieillir on a tort !
Chauvet n’a plus l’air d’un potache
Qui sort du Lycée à l’instant ;
Son double menton, ses moustaches,
Lui donnent un aspect conquérant.

René Reffé, ( ça c’est curieux )
A toujours le même air sérieux,
Et porte très allègrement
La différence des vingt ans.
Joseph Cormerais a … durci
Ce qui l’a tant soit vieilli
Mais a conservé malgré tout
Moustache de chat, dent de loup.
Le Gustave des ébats joyeux
Est devenu mari parfait
S’il a perdu quelques cheveux
Il a conservé ….. son toupet.
Et Paul Halbert, le jeune imberbe,
Maintenant a mine superbe
Elle le sait bien et faut voir comme
Marguerite le trouve bel homme !
Edouard Guillouard, après la guerre
Son joli « bouc » a conservé.
En le voyant le caresser,
On croit voir revivre son Père.
« La Pipe » Bien dodu, bien rond
A toujours son p’tit air frippon
On en fait la preuve sans peine :
Voyez-le regarder Mad’leine !
En contemplant Henri Dupras
On trouve qu’il ne change pas
Même il n’a pas fait ablation
De sa barbiche…. Napoléon.
Louis Guillouard a fait son chemin
Et sa Barbe de Capucin
Sied et complète à merveille
Le « port » d’un gros industriel.
Henri Cassin, Oh ! se déplume
Au menton de barbe n’a plus
Ça fait une face de Lune
Et bonne mine, doux Jésus ! ….

Quoiqu’il en soit, l’ensemble est bon.
Ils n’ont pas l’air de vieux barbons,
Mais plutôt de gens raisonnables
Pondérés, tenant bien à table
Et surtout, sans forfanterie
A garder leur camaraderie.
………………………………..
………………………………..
Vingt ans se sont écoulés !
Ces jeunes, devenus « Aînés »
Papas, Tontons, même Beau-Père !
Peuvent regarder en arrière.
A la France, spectable charmant,
Ils offrent trente-quatre enfants :
Quatorze garçons et vingt filles
Et leur dix épouses gentilles.
Ces braves refusant de vieillir
Théodule va les rajeunir !

8 Novembre 1925

Nous datons cette dernière photo de 1935. Ils sont 10 mais sans Edouard Halbert, parti le prmier en 1932.

Armistice du 11 novembre 1918 : carnet de guerre d’Edouard Guillouard

Je republie ici un billet traitant du 11 novembre déjà paru ici.

Amis fidèles de ce blog, aujourd’hui je vous emmène dans ma famille, ce que je fais rarement, avouez-le. Je le fais au nom de toutes les victimes des guerres !

Ma famille a le bonheur d’avoir des matériaux sur la guerre 14-18 grâce à mon grand’père qui a fait les 4 années dans les tranchées. Son carnet de guerre, et ses très nombreuses photos, sont sur mon site.

Je conserve un très grand souvenir de la frappe de ce document, car, malgré tout ce qu’on avait dit, les détails les plus sordides m’avaient échappé :

    1. 1er sac de couchage

 

    1. 1er cape

 

    1ères bottes etc…

ces dates étaient tellement irréelles : elles attestent qu’ils sont restés des mois dans la boue et le froid avant qu’on ne fabrique tout cela ! Chaque fois que je tappais une telle information, je devais arrêter mon travail, pour aller me réconforter moi-même, tellement j’était ahurie !

Comme beaucoup de ces hommes, mon grand’père était père de 3 enfants, enfin, la 3e née en novembre 1914, ainsi signalée dans son carnet de guerre :
25.11 mercredi – J’apprends la naissance de Thérèse
Il s’agit de ma mère qui n’a connu son père qu’à 4 ans. Elle avait alors éprouvé quelques difficultés à identifier ce papa sorti de nulle part pour elle, un étranger. Il sut se faire aimer rapidement.

Nantes, 1914, Aimée Audineau et ses 3 enfants
Nantes, 1914, Aimée Audineau et ses 3 enfants

Les enfants pendant la guerre jouent à la guerre, probablement comme tous les enfants du monde. Ici, on voit aussi le fusil, le képi, et un cheval, comme papa :

Edouard Guillouard, 1916
Edouard Guillouard, 1916

en 14-18 l’armée est à cheval.


Deux ans plus tard, les enfants ont même le costume : la petite fille en infirmière !

A la fin de ces 4 années, Edouard, alors en Alsace, reviendra avec ce souvenir :

Babette, 1918 - Poupée plate, de bois, en trop bon état en 2008 pour avoir été autre chose qu'un bibelot du souvenir ! souvenir fort !
Babette, 1918 – Poupée plate, de bois, en trop bon état en 2008 pour avoir été autre chose qu’un bibelot du souvenir ! souvenir fort !

Les femmes, quant à elles, prient, lavent, s’occupent des enfants, et prennent le chemin des usines. Le journal de la belle-mère d’Edouard commence par

à la grâce de Dieu !
que nos chers disparus nous obtiennent force et résignation à accepter vaillamment ce qui arrive !

Oui, on prie, et on visite les cimetières, quasiement chaque jour. C’est à l’église que chaque dimanche (la radio n’existait pas encore !) du haut de la chaire, résonne sans cesse le nom des « Morts pour la France », dont le plus souvent la famille n’aura aucun corps à pleurer. Après de vaines recherches, seulement un plaque commémorative, pour se recueillir.

Mères, épouses, enfants, sont en proie aux questions : où, comment est-il mort ? Cloches et canons ponctuent lugubrement l’existence des vivants.

    1. Tout au long des routes sacrées,

 

    1. Où défilent des régiments,

 

    1. Douloureusement alignée,

 

    1. Dorment les tombes des vaillants !

Parfois un nom, souvent un casque,
Une couronne, ou quelques fleurs ;
Puis, sur le tout une fantasque
Croix d’une imprécise couleur,

Faite de pauvres bouts de planches,
Car partout il pousse des croix,
Et tel qui riait des dimanches,
En se battant de nouveau croit.

Poème de J. Bradane de Virard, paru dans le Courrier de Saint-Nazaire, le 14 août 1916.

Parfois un courrier, et quel courrier ! Celui-ci a bouleversé ma famille depuis 90 ans. Il est de la main de mon grand’père, au front, père de 3 enfants, à son frère son frère Adrien, inventeur, qui possède une usine à Nantes, et fabrique pour l’armée. Adrien n’a pas d’enfants, et est à l’arrière, tandis qu’Edouard qui en a 3 est au frond. La lettre témoigne d’une telle grandeur d’âme ! et pas une plainte !

Noël 1914 : lettre à Adrien,
Mon cher Adrien ma chère Gabrielle
Merci de votre postal que je reçois juste à temps pour joindre à ceux de mes camarades. Nous sommes gâtés, je n’avais jamais contenté autant de friandises.
Hier soir nous avons fait un vrai réveillon, et je n’ose pas vous en envoyer le menu. Si à la guerre il y a de fort mauvais moments, il faut bien se distraire un peu, malgré que nous ayons bien souvent lieu de nous faire du chagrin.
Hier il ne manquait rien pour se distraire car après le réveillon, nous avons assisté à une messe de minuit peu banale. Dans un ravin de chemin de fer à 12 m des boches, un abris de paille recouvre un autel, quelques branches de houx et 6 bougies dans de simples chandeliers. Un lieutenant d’artillerie, prêtre, dit la messe servie par deux soldats d’artillerie. Cette cérémonie est magnifique dans sa simplicité et son pittoresque. A un moment une forte voix chante un minuit chrétien dans cette obscurité, c’est émouvant et je conserverai longtemps le souvenir de cette nuit de Noël.
Que devenez-vous ? Louis m’écrit que vous êtes très peiné.
J’espère que Adrien obtiendra un nouveau sursis, et ne viendra pas voir les tranchées qui n’ont rien d’intéressant tant que les boches seront en France, mais qui m’ont encore appris la guerre. Je crois qu’Adrien, inventerait quelque chose de nouveau s’il y venait, mais, je me contente de faire des abris et installer des poëles, que nous n’allumons que la nuit pour ne pas être repérés.
J’en ai assez de cette vie de guerrier et nous ne voyons pas la fin venir, nous n’avons pas grande occupation, mais nous ne pouvons nous absenter de notre poste et malgré que nous n’ayons pas eu d’attaques heureusement, mais nous devons toujours être prêts à prendre les armes, et le plus dangereux et le moins agréable, c’est que jour et nuit nous avons toujours l’artillerie allemande qui, répondant à la notre, envoit des srapmells au petit bonheur. Gare à ceux qui les reçoivent et malgré qu’il y ai plus de trois mois qui nous en voyons éclater près de nous, on ne s’y habitue pas. C’est comme les balles, c’est toujours désagréable de les entendre siffler aux oreilles, surtout quant je suis aux tranchées de première ligne, dans ma compagnie. Nous n’avons pas eu trop de mal surtout depuis le 4 octobre, pas de mort pas de blessés sur les 250 hommes, espérons que la compagne se termine ainsi.
Je vous ai écrit voilà un mois une longue lettre, et je n’ai pas eu de réponse. Veuillez m’écrire longuement, vous me ferez plaisir. Et, si votre générosité vous le permet, vous pouvez m’adresser un autre postal. Je vais même vous en fixer le contenu (pour vous guider simplement). : un gâteau Lefèvre-Utile, quelques friandises, cigares et jambon ou un beau pâté de foie gras (pas autre chose).
Car je crois nos mauvais jours passés, et les camarades avec qui je me trouve aiment bien les bonnes choses. La plupart sont des messieurs de situation au dessus de la mienne, mais ce qui n’empêche pas que nous sommes tous très liés et de véritables amis, avec qui j’ai tout de même eu des jours de misère, que nous compensons quand nous le pouvons.
En attendant le jour heureux où il me sera possible de retourner vers Nantes, ce jour ne sera pas aussi agréable que nous l’aurions souhaité au départ, car notre pauvre Joseph manquera parmis nous. Sa disparition me fait beaucoup de peine. C’était un bien bon garçon, et un excellent frère, il n’a pas eu de veine, espérons qu’il ne m’en arrive pas autant, car il ne faut qu’un coup et comme je vous l’écris nous sommes souvent arrosés par la mitraille.
Je termine ma lettre en vous offrant mes bons vœux de bonne année, je vous encourage sérieusement à faire votre devoir de bons français en travaillant au repeuplement et je souhaite de bonnes affaires à Adrien, mais avec des sursis.
A vous lire, votre frère et beau-frère qui vous embrasse affectueusement, Edouard

Cette lettre, en ligne sur mon site depuis plusieurs années, a retenu l’attention d’un chercheur ! Et moi, je suis fière de ce grand’père et de cette magistrale grandeur d’âme !

A la mémoire de tous ceux qui ont eu à travers toutes les guerres une telle grandeur d’âme !
Voir le carnet de guerre d’Edouard Guillouard, illustré de nombreuses photos.

Hier, 10 novembre 2008, le groupe de travail présidé par l’historien André Kaspi concluait : « Les commémorations publiques et nationales sont trop nombreuses. » Et il préconisait de ne garder que trois dates au titre des célébrations nationales : « Le 11 Novembre pour commémorer les morts du passé et du présent, le 8 Mai pour rappeler la victoire sur le nazisme et la barbarie, le 14 Juillet qui exalte les valeurs de la Révolution française. »

PREUVES DE LA LÉGION d’HONNEUR d’EDOUARD GUILLOUARD

14-18 au 84e R.I.T.
PREUVES DE LA LÉGION d’HONNEUR d’EDOUARD GUILLOUARD

La base LÉONORE, est une atteinte à la dignité de la Légion d’Honneur. Elle est incomplète faute de conservation exhaustive des archives, et la Chancellerie refuse de réintégrer sur justicatifs les dossiers perdus, et pire, de faire figurer sur chaque écran un bandeau très lisible annonçant que cette base est lacunaire. Et elle n’est même pas capable de relire et exploiter le journal officiel, qui est disponible en ligne (cf ci-dessous). Dans la base LÉONORE vous ne trouverez ni Edouard Guillouard, ni tant d’autres. Ces lignes leur sont dédiées, à travers le dossier d’Edouard.

La notification du décret du 5 novembre 1931 est adressée en novembre 1931 à Edouard par la poste.

L’extrait du décret, ci-dessous, reçu par Edouard Guillouard, est conservé par ses descendants

L’extrait du décret, ci-dessous, reçu par Edouard Guillouard, est conservé par ses descendants

Journal officiel du 8 novembre 1931, p. 11637, sur GALLICA de la BNF

Ensuite arrive par la poste le rouleau de la Chancellerie

Dans ce rouleau, le diplôme non plié mais soigneusement enroulé. Le diplôme est émis le 5 novembre 1931. Le nom est écrit à la plume avec pleins et déliés. Le copiste a manifestement fait des fantaisies avec le patronyme d’Edouard, car on peut aussi bien lire GUILLMARD que GUILLOUARD

Puis, une lettre ci-contre lui fixe le lieu et la date de la remise de la décoration.

Le samedi 6 février 1932, tout le monde est au garde à vous sur la place Louis XVI à Nantes. Edouard est le second à gauche, place Louis XVI à Nantes

Edouard reçoit la médaille

Edouard sourit … Il y de quoi !

Son costume est un peu serré, car depuis 1918 l’embonpoint a légèrement enveloppé Edouard. Puis il rend les honneurs au sabre

La presse rédige sa bafouille, en mobilisant Edouard au 81e RIT mais vous savez maintenant qu’il fallait écrire 84e RIT

Edouard s’éteint le 20 septembre 1946 –  A sa mémoire !