Royer, charron : fabricant de charettes et voitures

Comme vous être très forts (es), vous avez deviné, mais oubliez la torture (celle subie par mon ancêtre en 1609 à Angers sur la roue), car cette roue là n’était pas si répandue, une par grande ville, et encore, elle ne devait pas beaucoup s’user, de sorte que sa fabrication, rare, n’était pas un gagne-pain digne de ce nom pour le fabricant de roues de torture. Nous allons parler d’outils plus usuels si vous le voulez-bien, quoique j’ai dans mes ascendants une facture trouvée à Orléans, pour fabrique de brodequins de torture peu avant la révolution… J’assume… D’ailleurs, devinez quel était son métier ?

Ce billet répond à une demande concernant un métier rencontré à Cossé-le-Vivien (53) qui s’orthographie parfois ROILLIER, parfois ROUETTIER.
Il se trouve que j’ai l’immense chance de compter un charron parmi mes ascendants. Il s’agit de mon François Prezelin, qui est dit ROYER sur son acte de sépulture en 1655 à Montreuil-sur-Maine. J’avais aussi trouvé l’inventaire après décès, qui illustre manifestement un fabricant de roues.

Planche extraite de l’encycolopédie Diderot, article Charron.

Le royer était le charron, fabricant de roues. Il fabrique des charettes, voitures à cheval, et tout ce qui comporte des roues.

Le métier n’existe pas dans chaque village, mais on doit normalement en rencontrer de temps à autre, car je reste persuadée qu’il y en existait un tous les 15 km au moins, ou environ.
L’achat d’une charte ou charette était un gros investissement, aussi elle faisaient longtemps, et le charron devait plus souvent réparer que faire du neuf.
Il devait donc être l’ancêtre de nos garagistes (riez, cela fait du bien de rire, c’est bon pour la santé), toutes choses étant égales par ailleurs. Ces chartes auraient un tel bonus vert aujourd’hui qu’on les aurait certainement gratuitement ! Et puis, en cas d’absence de pétrole, qui sait, elles reviendront peut-être à la mode.
sous l’effet des accents locaux, le royer se transformait parfois en rouier, rouyer, roier, roiller, rouettier

Planche extraite de l’encycolopédie Diderot, article Charron.

Le latin ROTA a donné ROTELLA, dont nous tirons tous ces termes :

Pour comprendre toutes ces variantes, je vous suggère de remonter au latin ROTA, qui a donné lui-même ROTELLA (tient, tient, on voit ici à la fois un T et les LL)

beaucoup de termes en sont issus, dont la roue, le rouet, la rouelle, la rouette etc…
et la plupart d’entre eux nous sont parvenus à travers la ROTELLA, d’où des termes comportant des T et d’autres des LL
au 12e siècle, le Dict. Littré cite : JOINV., 219: Une charrue sanz rouelles
au 16e s., le même Littré cite : O. DE SERRES, 713: Et facilement seront charriés les orangers par le moien de roueles mises dessous les caisses rendans la charge moins pesante
la roue s’est appelée aussi : roüette, Roüette, voyez Rouë. du lat. rotella, diminutif de rota, roue. (Nicot, Thresor de la langue française, 1606)
Je dois tout de même ajouter, pour la confusion des esprits, qu’il existe aussi le ROTIER s. m. Celui qui fabrique des ros ou peignes de tisserand. (Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877). Bien sûr, dans cette région de production de lin et de fil, le métier peut exister, l’ennui est que notre rouettier est parfois écrit roillier, et qu’il est bien plus vraisemblable de le rattacher aux roues de charettes qu’aux peignes.

Commentaires

1. Le lundi 18 août 2008 à 10:08, par Marie

Son métier ? peut-être cordonnier,qui étaient je crois comprendre en même temps marchands et faisaients affaires avec le tanneur et le corroyeur ? j’ai quelques cordonniers dans mes ancêtres. Revenons aux roues, je suis allée petite fille (toujours avec mes grands cousins ) chercher la farine au moulin de Corzé, dans une » carriole »on disait, « atteler la carriole », et c’était la fête !

2. Le lundi 18 août 2008 à 11:40, par Marie-Laure

Grand merci pour ce billet si richement illustré m’offrant réponse pour ce Mr Ferré de Livré -la -Touche / Athée , ayant pour métier : roillier / rouettier.C’est vrai qu’ils étaient les prédécesseurs des garagistes , ainsi , je pense le forgeron et le maréchal – ferrant ? Je suis d’accord avec Marie pour les brodequins.Il y a -t-il un autre mot pour le cordonnier quand il fabrique les chaussures et pas seulement les répare ?J’ai aussi des cordonniers dans ma famille, qui fabriquaient des chaussures , et même en cuir vernis…

3. Le mardi 19 août 2008 à 07:57, par Odile

Si j’ai bien compris la torture, qui d’ailleurs défile en ce moment sur la 5 avec une série historique sur l’Inquisition, le principe du brodequin consistait à serrer. Or, pour serrer, il faut un système de vis. C’est donc le serrurier qui fabriquait cet instrument, qui n’avait rien à voir avec de gentils souliers.

4. Le mardi 19 août 2008 à 12:49, par Marie-Laure

Parfois porter certaines chaussures neuves est une sorte de torture …Les bottes des scaphandriers me font penser à des brodequins.C’est vraiment affreux l’ingéniosité de la race humaine envers certains de ses membres.Ils enfermaient aussi les doigts dans des vis …En GB , the Iron Maiden était une sorte de costume/armure, comme le masque de fer mais pour tout le corps !, dont l’intérieur était couvert de pointes et le supplicié était enfermé dedans .

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