Transfert de technologie à Laval : brasseur de bière, 1639

Voici un transfert de technologie résoluement moderne. C’est exactement ainsi qu’on s’y prend encore à travers la planète en 2008. Certes, ce n’est plus la chandelle qui est fournie, mais un confort plus moderne. Ceci dit, cela signifie que la chandelle coûte et qu’il est nécessaire de préciser les points coûteux dans un contrat, ce qui est encore aujourd’hui précisé. Donc, pour mettre en route une fabrication nouvelle, on débauche pendant quelque temps un ingénieur (c’est le terme moderne) compétent venu d’ailleurs, on lui donne un salaire élevé voir très elévé, et durant cette période on apprend comment il travaille :

L’acte qui suit est extrait des Archives départementales de la Mayenne, serie 3E – Attention, je passe en retranscription d’un document, dans son orthographe d’origine : Du 19 avril 1639 avant midy devant nous Jean Barais notaire de la cour de Laval et y demeurant ont esté présent et personnellement establys chacuns de Georges Bourgeau Sr de la Baste et François Cornillau Sr du Rocher, demeurant en ceste ville d’une part,
et Jacques Thieboust Me brasseur ordinaire de bierre (bière) demeurant en la ville de St Malo, estant de présent en cette ville d’autre part, lequel pour l’effet des présentes a prorogé de juridiction devant nous renonçant à tous renvoys, (ils sont tous sieurs de quelque lieu, c’est à dire qu’on est ici dans le milieu aisé, de propriétaires de biens immobiliers, et qui ne se contentent pas de vivre du rapport de leurs terres mais exercent une autre activité pour arrondir encore les revenus)

lesquels soubmettant confessent avoir fait entr’eulx ce qui ensuit, c’est à scavoir que ledit Thieboust a promis et s’est obligé servir lesdits de la Baste et du Rocher pendant le temps de quatre mois à travailler à la brasserie de bierre qu’ils désirent faire faire en cette ville que commanceront au premier jour de may prochain pendant lequel temps il travaillera à ladite brasserie continuellement et sans discontinuation

et ce moyennant la somme de trente six livres par chacun mois, et, trois solz par chacune barique qui sera faicte, laquelle somme lesdits Sr de la Baste et Sr du Rocher luy ont promis et se sont obligez solidairement luy payer à la fain (sic, pour fin) de chacun desdits mois, et luy fourniront de lit et chandelles pour travailler, aura et prendra son usage de bierre et hommes pour luy ayder à travailler en icelle,

et fourniront lesdits sieurs de toutes ustancilles et matières nécessaires qu’il convient à ladite brasserie, laquelle ils mettront en estat audit premier jour de may,

ce qui a esté ainsy voulu accordé stipullé et consenty par lesdites partyes dont à leur requeste les avons jugés,

fait et passé audit Laval ès présence de Me Pierre Gaultier notaire, et Bernard Saites sergent demeurant audit Laval. Signé de tous.

De vous à moi, la bière à St Malo était utile à bord, pour changer un peu du vin, donc pas étonnant qu’on ait brassé à St Malo ! A Nantes, ma ville, on a beaucoup brassé, et j’ai trouvé un site de jolies étiquettes souvenir de ce temps.

Mais revenons à ce contrat. Il y manque un point important. En effet, il y a 134 km de Saint-Malo à Laval, par Fougères et Mayenne, soit 3 bonnes journées de cheval. Il n’est pas fait mention des frais de voyage de Thiboust, et encore moins de la pension de son cheval pendant 4 mois, car un cheval cela mange même lorsque cela ne court pas… Donc Thiboust a pris une quelconque messagerie, et pris à ses frais le voyage. De nos jours, le voyage est aussi inclus dans le contrat.
Ceci dit, le salaire est élevé, et même très élevé… et compense largement ce point

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

Une réponse sur “Transfert de technologie à Laval : brasseur de bière, 1639

  1. Report des commentaires parus dans mon ancien blog :
    Marie, le 5 juin : Grâce au site souvenir du temps de la bière, je découvre que le réceptacle de faïence épaisse rainurée, utilisé autrefois sur les tables de bistrots pour y gratter les allumettes au souffre ( l’ancêtre de la boîte d’allumettes ) se nomme « Pyrogène »,maman l’utilisait pour y brûler du papier d’arménie, , le plus ancien désodorisant naturel de l’air ambiant.

    Note d’Odile : j’ai aussi connu le papier d’Arménie, mais celui de ma maman était constitué de toutes petites feuilles, et elle mettait la feuille sur une assiette.

    sarah, le 5 juin : Pour faire de la bière, il faut de l’orge, du houblon..lepremier élément pouvait être cultivé sur place, mais le houblon, d’où venait-il? d’Alsace?… Il est difficile de se faire une idée de la circulation des matières premières à cette époque… Mais la cervoise de nos ancêtres les Gaulois était-elle faite avec du houblon??? Quant au salaire du brasseur,doit-on comprendre: 30 livres par mois + 30 livres par barrique?-ou 30 solz…

    Note d’Odile : pour le salaire, il y avait une faute de frappe. Il faut comprendre un fixe de 30 livres par mois, et un intéressement de 3 sols par barrique. Ce mode de paiement est toujours actuel, un fixe plus un intéressement. Pour la fabrication, je me renseigne

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.