Bail à ferme de la cure de Bonchamp-lès-Laval, 1609

Monsieur le curé de Bonchamp-lès-Laval vit à Angers en 1609 ! Il fait fort, car il est bien loin de sa cure, d’autant qu’elle ne relève par du diocèse d’Angers mais de celui du Mans, et qu’elle est située près de Laval.

    Voir le site de la marie de Bonchamp-lès-Laval

Bonchamp-lès-Laval - Collection particulière, reproduction interdite
Bonchamp-lès-Laval - Collection particulière, reproduction interdite

J’ai trouvé cet acte aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E7 – Voici ma retranscription : Le 20 mai 1609 après midy en la court royale d’Angers par davant nous Jehan Bauldry notaire royal héréditaire d’icelle personnellement estably vénérable et discret Me André Pelé prêtre bachelier en théologie prêtre curé de l’église parochiale de Bonchamps les Laval diocèse du Mans demeurant en ceste ville d’une part
et discret Me Guillaume Oustin prêtre demeurant audit Bonchamps d’autre part
soubzmetant eulx leurs hoirs etc ou pouvoir etc confessent avoit fait et font entre eulx le marché qui s’ensuit
c’est à savoir que ledit Pelé a baillé et baille audit Oustin qui a prins et accepté prend et accepté à tiltre de ferme et non autrement pour ung an seulement à commencer du jour et feste de Nouel dernier passé et finira à Nouel prochain ledit an révolu le temporel et tous et chacuns les fruits profits dixmes rentes revenus et esmoluments de ladite cure de Bonchamps qui durant ledit temps y viendront et croitront et escheront sans aucune exception

    c’est un bail très court ce qui est assez surprenant !

à la charge dudit preneur d’en jouïr durant ledit temps comme un père de famille sans rien desmolir,
demeurer et résider actuellement au logis presbitéral de ladite cure,
dire et faire dire et célébrer le service divin deu et acoustumé pour raison d’cielle
administrer les saints sacrements aux paroissiens dudit lieu et leur annoncer la parole de Diau
faire les aumones payer et acquiter les décimes ordinaires cens rentes charges et debvoirs droits services visitations et prestations annuelles deubz à cause d’icelle cure
et généralement faire tout ce que ledit curé doibt et est tenu et l’en acquiter et indempniser vers et contre tous
comparoir aulx séances de monsieur le révérend évesque du Mans si mestier est,
comparoir aussi aux plaids et assises du sieur du fief dont les choses de ladite cure sont tenues et en bailler par déclaration si mestier est luy fournissant seulement de procuration pour ce faire le requerant en ceste ville,
tenir, entrenenir et rendre à la fin de ladite ferme ledit logis presbitéral en bonne et suffisante réparation de couverture seulement et est fait ledit bail pour
et à la charge en outre tout ce que dessus dudit preneur d’en payer et bailler audit bailleur la somme de 700 livres tournois savoir à la St Jehan Baptiste 200 livres, à la Toussaint 300 livres et à Nouel le tout prochainement venant 200 livres le tout rendable en ceste ville d’Angers franche et quite sans aucune diminution

    c’est une somme très élevée !

et est expressement convenu et accordé que ledit preneur ne pourra cédder ne transporter ledit bail en tout ou partie à quelques personnes que ce soit sans le gré et express consentement dudit bailleur
et relaissera ledit preneur la mestairie despendant de ladite cure bien et duement labourée cultivée et ensepmancée comme elle a acoustumé à ladite fin du bail
dont et de toutes lesquelles choses lesdites parties sont demeurées d’accord ce qu’elles ont stipulé et accepté et à icelles tenir etc garantir etc dommages obligent lesdits establis eulx leurs hoirs et tous et chacuns leurs biens etc et les biens dudit preneur à prendre vendre etc renonczant etc foy jugement condemnation etc
fait et passé à notre tablier présent vénérable et discret frère Philippes Gallet prêtre bachelier en thélologie Gilles Cartin sergent royal et Pierre Chotard praticiens demeurant audit Angers tesmoins
fait et passé audit Angers à notre tablier présent vénérable et discret frère Philippes Gallet prêtre bachelier en théologie, Gilles Cartin sergent et Pierre Chotard praticiens demeurant audit Angers temoins
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3 réponses sur “Bail à ferme de la cure de Bonchamp-lès-Laval, 1609

  1. Ce n’est pas la première fois que j’entends parler de tels éloignements. C’était même assez courant – pour ne pas dire la règle – avant le concile de Trente : certains prêtres possédaient plusieurs charges (bénéfice, chanoinie, etc.) et profitait généralement de la résidence la plus lucrative pour lui, donc très rarement les cures. Il y nommait donc (car il avait en principe obligation d’y résider pour la célébration des messes, baptêmes, mariages, les confessions, etc.) un vicaire qui était chargé de faire le travail à sa place.
    C’est un peu le même cas avec les abbés commandataires à l’époque moderne, où ils prélevaient les bénéfices et ne se rendaient parfois jamais sur les lieux même…

  2. Merci,
    l’abbé Angot précise que la Cure était « à la présentation de l’abbesse du Ronceray d’Angers », la liste des curés de Bonchamp qu’il nous donne fait apparaître nombre d’Angevins.
    voici ce qu’il nous livre sur les protagnonistes du jours : André Pelé, bachelier en théologie, demeurant à Angers, 3 janvier 1608 ; fut maintenu contre Olivier Sauquet, licencié en droit et obtint du présidial d’Angers « la recréance du temporel de la dite cure ». Il confia le soin de la paroisse à son vicaire, Guillaume Aoustin, lequel « promit s’acquitter, tant vers Dieu que les hommes, de la célébration du saint et divin service, …de l’administraion des sacrements, aumônes et charges ordinaires » et à payer en outre au curé une rente de 475#. Par son testament du 14 septembre 1638, André Pelé fonda la messe du Saint-Sacrement tous les jeudis, l’entretien de la lampe, le dimanche toute la journée, et en semaine, pendant les messes. Il fut inhumé, le 20 mars 1639,  » en la chapelle qu’il faisait bastir à l’église » C’est à lui […] qu’il faudrait appliquer, si elle est vraie, l’histoire d’un curé de Bonchamp auquel une des possédées de Loudun aurait reproché de vendre son grain avec un boisseau trop petit  » de trois grains sur sarche » .

  3. Jerôme a tout à fait bien dit et la non résidence des curés était aussi une préoccupation de l’Etat : afin de relayer l’action du pouvoir royal auprès des populations .L’attention s’est donc portée sur les vicaires. L’Etat ordonne de transformer en vicaireries perpétuelles ce qui n’était que de simples emplois de desservants et détermine un revenu minimum pour les curés et vicaires, qu’il soit payé en part de dime ou en argent(de 120 livres selon un édit de 1571- 200 livres début XVIIs)plus le casuel( gratifications données par les fidèles à l’occasion des diverses cérémonies),les messes de fondation et offrandes de la fabrique, et jouissance du presbytère et ses dépendances .Ce qui, valorisant le statut sur place, amènera les curés au cours du XVII s à résider dans leur paroisse .D’après « La religion dans la France moderne XVIe- XVIIe siècle »M Venard A Bonzon

      Note d’Odile : Je constate que mon blog manque de visibilité, autant pour moi.
      Je viens donc de créer une catégorie BENEFICES ECCLESIASTIQUES qui rependra mes anciens billets sur ce point. Je les mises sur le même plan que les BAUX dans la catégorie AFFAIRES.
      J’avais aussi fait un billet sur Charles Miron, évêque d’Angers, et écrit qu’en 1602 il avait tenté d’obtenir des curés qu’ils résident dans leur cure, en vain et il s’en était fait des ennemis. Il est considéré à ce titre, et quelques autres similaires, comme un évêque mal aimé, car ses prises de possession dérangaient le clergé de l’époque.

      Voir mon billet sur l’évêque Miron.

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