la porte marinière de Port Joulain sur la rivière de Maine, 1625

litige entre bateliers et meuniers

litige au sujet d’une porte marinière :

Le terme « marinier » peut paraître à certains assez incongru s’agissant de navigation sur les rivières. Les dictionnaires anciens donnent deux points de vue, assez différents :

  • marinier : de la mer, relatif à la mer (Dict. Larousse du Moyen Français, 1992). Je suggère d’oublier cette définition pour les suivantes, à mon sens meilleures
  • Le marinier est le batelier, celui dont la profession est de conduire les bâtiments sur les rivières et les canaux navigables (Dictionnaire de L’Académie française, 4th Edition, 1762)
  • Marinier : Abusivement, celui qui conduit un bateau sur les grandes rivières ; en ce sens il s’oppose à « marin » (Dict. du Monde rural, Lachiver, 1997). Cette définition me semble plus claire, car elle distingue marinier et marin : l’un sur eau douce l’autre sur la mer.
  • En Anjou, et ailleurs, on disait le plus souvent « voiturier par eau », par opposition au voiturier par terre : le terme voiturer signifiant transporter.
  • La porte marinière est l’ancêtre de l’écluse : installée pour créer une retenue d’eau suffisante pour faire tourner la roue d’un moulin, c’est la porte, généralement en bois, qui se hausse & se baisse pour laisser passer les bateaux.
  • Bien entendu, la porte marinière est en bois, à panneaux multiples qu’on soulevait. Et l’acte notarié suivant, que j’ai trouvé aux AD49 série 5E4, atteste que la porte appartenait aux moulins, mais que les meuniers n’avaient pas trop envie de servir d’éclusier, et ici, ils vont jusqu’à proposer aux batelier aliàs mariniers aliàs voituriers par eau, d’ouvrir et fermer eux-même la porte marinière. Ce qui me paraît tout à fait soutenable.
  • L’acte notarié qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire – AD49-5E4
    Voici la retranscription de l’acte : Le 12 mai 1625, devant nous Pierre Bechu notaire royal Angers, furent présents et personnellement establis et soubzmis
    Ollivier Hayer cy devant fermier des moullins du Port Jouslain sur la rivière de Mayne à présent fermier des moullins de Charraye sur ladite rivière paroisse de Monstreuil et y demeurant
    et Nicollas Chassebeuf son serviteur demeurant avecq luy, (j’avoue que le serviteur poursuivi en justice jusqu’à Paris pour un affaire de porte marinière semble dérangeante. J’en conclue que c’est lui qui devait ouvrir la porte aux bateaux, et qu’il avait ordre de ne pas l’ouvrir le jour incriminé)
    lesquels ont nommé et constitué nomment et constituent Me Pierre Guillier procureur en la cour de parlement à Paris leur procureur spécial pour comparoir pour eulx en ladite cour au procès mené contre eux en iceluy à la requeste des marchands servants la rivière de Loyre et aultres fleuves y descendants, sur ce qu’on les accuse d’avoir ouvert la porte marinière desdits moullins du Port Joullain sittués sur ladite rivière de Mayne, qui avait esté fermée par les basteliers estant dans les bapteaux de Pierre Eon et René Aleaume chargez de vin par le moyen de laquelle ouverture lesdits batteaux montant sur ladite rivière se virent quelque temps demeurez à sec
    et en ladite court dire et déclarer pour et au nom desdits constituants qu’ils n’ont fait par faute aulcun tort et dommage audit Eon et Alleaume aussy qu’ils sont sans faute en justice et ne sont parties au procès,
    que néanlmoins pour éviter à procès et faire voir qu’ils n’entendent point empescher la navigation au contraire la veullent favoriser en tant qu’ils pourront offrant et n’empeschant que lesdits batteaux montant et descendant par ladite rivière de Mayne passent comme ils ont toujours fait par la porte marinière ordinaire despendant desdits moullins les faisant par les marchands bapteliers et voituriers ouvrir par eulx leurs gens et serviteurs, lors de l’arrivée des batteaux et après icelle refermer, voullant et entendant lesdits constituants leur estre à ceste offre prester (attention) sans qu’il leur soit fait raison des demandes par eux constituants leurs gens et serviteurs ne exiger aulcune chose soit argent vin ou aultre chose soubs quelque prétexte que ce soit et quant aux offres cy dessus de laisser et souffrir passer lesdits batteaux montant et descendant ladite rivière de Mayne comme ils ont accoustumé …, offrant néantmoings lesdits constituants pour que de raison pour évitter à plus long procès et généralement promettent y obliger ledits constituants ..
    fait et passé audit Angers en nostre tablier en présence de Me Jacques Baudin et Hardouin Chartier clerc demeurant audit Angers tesmoings, ledit Chasseboeuf a dict ne scavoir signer. Signé Hayer, Baudin, Chartier, Bechu

    Si j’ai bien compris, les meuniers devaient ouvrir la porte aux bateaux, et proposent que ce soient les mariniers qui l’ouvrent eux-mêmes !

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    Une réponse sur “la porte marinière de Port Joulain sur la rivière de Maine, 1625”

    1. Bonjour,
      A propos des portes marinières sur le bassin de la Mayne je souhaite vous faire parvenir un pdf d’un texte que nous avons publié dans la revue de notre association(Ellebore, Angers).
      J’ai constaté au cours des lectures de vos textes que certains éléments pouvaient vous préciser l’usage de ces ancêtres des passages d’eau qui ont permis un commerce entre l’Anjou et le Maine pendant les siècles qui ont précédé la canalisation par écluses à sas.
      Si cela vous convient veuillez me dire comment vous faire parvenir ce texte.
      Bon courage merci pour ce partage devotre travail.
      André Grazélie

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