Claude d’Aribert unique héritière noble, Valpuiseaux (91) 1634

Introduction

L’acte qui suit appelle quelques remarques :
1-Clément Gault son défunt mari est dit écuyer, mais il n’était pas noble. Issu des Gault de Pouancé, qui sont roturiers mais savent gérer, il était monté gérer les affaires de grands nobles et c’est à vivre à leur côté qu’il a fréquenté la noblesse et s’est allié à une noble.
2-le nom de la mère de Claude Daribert est bien Philippe Lecointe. Je suppose que c’est un acte en latin dans lequel elle apparaît comme Philippa, mais je pense qu’il faut oublier le latin et écrire Philippe. Ce prénom était à l’époque aussi bien féminin que masculin, et je trouve à la même époque beaucoup de femmes portant ce prénom Philippe à Provins que j’étudie. Par ailleurs, le nom de famille est bien Lecointe, parfois écrit Lecointte.
3-Claude Daribert est dite première et principalle créantière de leur succession mais elle avait frères et soeurs et n’était pas l’aînée du tout. Donc, si elle est principale héritière c’est que tous ne sont plus vivants et que les plus âgés qu’elle n’ont pas laissé d’héritiers.
4-Gilbert, Salomon et Gilbert ont été auparavant décapités place de Grève à Paris.
5-Suzanne, que nous avons déjà vue sur mon blog, est décédée avant puisqu’elle était bien plus âgée que Claude, donc il faut la donner décédée entre 1619 et 1634
5-Genevrier, qui était absent, est manifestement décédé
5-Perrone pose un problème, car à ce jour, on la donne fille aînée d’Emery et née vers 1556 soit 25 ans avant Claude. Comme elle a au moins un descendant encore vivant en 1634, il est très possible que Perrone soit soeur d’Emery et son sa fille. Sinon, il est impossible que Claude soit la principale héritière en dénommée en 1634.

demande au bailly, 1634

AD91-B1882  « Monsieur le bailly de la … ou monsieur son lieutenant. Supplye humblement damoiselle Claude Daribert veufve feu Clément de Gault vivant escuyer sieur de la Grange, héritière soubz bénéfice d’inventaire de deffuncte damoiselle Phillippes Lecointe douairière de feu Esmery Daribert vivant escuyer seigneur de la Grange Santerre le Val de Puyseaux et aultres lieux ses père et mère, première et principalle créantière de leur succession, dame de ladite Grange Santerre le Val de Puyseaux Chantambre Mesières les fiefs de Conches et Nerville, Chastres et Danonnille et aultres lieux, disant que depuis qu’elle en a esté remise en la possession et jouissance de ladite Grange Santerre et aultres lieux cy dessus despendant de la succession de sesdits père et mère elle auroit trouvé et recognu que plusieurs subjectz redevables et déptempteurs des terres et héritages subjetes et rellevant desdites seigneuries se seroient émancippés tant de nier à ladite damoiselle les cens rentes et aultres droits seigneuriaux qui luy peuvent estre eubz depuis le décès de sesdits père et mère, que mesme se seroient approprié et mis en possession et jouissance de plusieurs terres appartenant à ladite succession, c’est pourquoi ayant obtenu lettres de sa majesté à vous adressantes affin de faire assigner et convaincre lesdits subjects détempteurs et redevables desdites seigneuries tant à luy passer tiltres nouveaux et déclarations des terres et héritages qu’ils tiennent et possèdent rellevant de ses (f°2) seigneuries que de luy paier les cens rentes et aultres droicts seigneurieux qui luy sont deubs elle desireroit icelles mettre à exécution selon leur forme et teneur, à ces causes en enthérinant icelles qu’ils vous plaise luy décerner vos lettres de commission et commandement pour faire faire les affiches et commandements y contenus, affin de faire procéder par nottaires royaux à la confection … déclarations et recognoissances nouvelles de sesdits subjets desdites terres et héritages qu’ils possèdent dedans sesdites seigneuries … présentant à cest effet la personne de Me Nicollas Courts nottaire royal à Maisse, ordonnont suyvant et confirmément auxdites lettres commandement estre fait auxdits subjets et détempteurs desdits héritages subjets desdites seigneuries qu’ils ayent à comparoir par devant ledit (blanc) pour faire et passer tiltres nouveaux et déclarations des maisons masures terres et héritages qu’ils tiennent et possèdent rellevant et appartenant à sesdites seigneuries … » Note de bas de page : obtenu le 7 mai 1635

 

 

La très forte tempête du 14 février 1900 à NANTES : beaucoup de cheminées par terre, autres dégâts et victimes.

Introduction

Tout ce qui suit est la retranscription du journal quotidien LE PROGRÈS DE NANTES du jeudi 15 février 1900. Je n’ai retranscrit qu’une partie, car il y a encore beaucoup d’autres dégâts un peu partout dans le département et à Nantes. Mais je suis très choquée que sur Internet je ne trouve aucun site de météo qui relate autant de dégâts donc un tempête assez violente. On site certes une tempête, sans donner son ampleur, mais pour moi autant de dégâts à Nantes, est plus que rarissime !!!

La Tempête

Paris, 14 février
Une bourrasque violente s’est déchaînée cette nuit, causant une perturbation générale des lignes télégraphiques. Les communications sont interrompues avec la Suisse, l’Autriche, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, Strasbourg, Belfort et 107 bureaux pris dans toutes les directions.

Un Cyclone

Désolant spectacle
Les victimes. – Les dégâts
Voici de nouveaux détails sur le terrible ouragan de mardi :
Les Nantais conserveront toujours le souvenir de l’horrible nuit qu’ils ont passée mardi. De mémoire d’homme on ne se rappelle tempête plus effroyable, ni temps plus sinistre. Il ne manquait, pour ajouter à l’horreur de la situation, que l’éclat terrifiant du tonnerre ou la lueur fulgurante des éclairs. Mais, tel qu’il s’est déchaîné, l’ouragan dépasse, en imagination, ce que l’on a vu jusqu’ici dans notre contrée.
Seuls les gens qui ont vu des cyclones aux colonies ou dans les mers équatoriales peuvent se faire une idée du triste spectable qui s’est déroulé ici.
C’est vers six heures et demie que les prémices du cyclone – car c’est un cyclone que nous avons à enregistrer – se sont fait sentir. Durant toute l’après-midi une baisse barométrique n’avait cessé de se produite.
Au début, il soufflait brise comme disent les marins, et l’on sentait une tempête dans l’air. Cette tempête ne tarda pas à se déchaîner et à atteindre son intensité vers 8 heures 1/2.
A ce moment le vent faisait rage : il retentissait avec un fracas épouvantable, soulevant les ardoises, les cheminées, empêchant presque les passants de marcher dans une direction opposée à la sienne, obligeant de courir ceux qu’il prenait en poupe.
Des sifflements lugubres semblables à ceux de l’ouragan passant à travers le gréement, se faisaient entendre dans toutes les rues. Sur les quais, notamment, ce buit était assourdissant.
Ceux qui se risquaient dehoirs devaient y être bien forcés, car il y avait un véritable danger. De toutes les toitures pleuvaient sur la voie publique des ardoises, des tuiles, des briques, des vitres, des cheminées entières, voir même des moëllons Une véritable avalanche de matériaux menaçait le piéton. C’est dire combien il y avait peu d’empressement à sortir.
Ceux qui étaient dehors longeaient le plus possible les maisons, sachant fort bien que les ardoises s’abataient surtout sur le milieu de la chaussée après avoir voltigé dans l’air au gré du vent le plus violent que beaucoup aient jamais entendu. Il y avait bien à craindre la chute de tuiles ou de cheminées, mais leur rebondissement sur les gouttières les faisait retomber plus près des caniveaux que des murailles.
Mais combien il y avait peu de monde dans les rues ? Quelques-unes pourtant assez animées vers 9 heures étaient absolument désertes.

Les dégâts

On peut dire, sans crainte d’être taxé d’exagération, qu’il n’y a pas, à Nantes, une seule maison absolument indemne. Toutes ont eu plus ou moins quelques ardoises enlevées, et il faudra les faire visiter par les couvreurs … quand ceux-ci auront repris le travail, car, comme nous le disons par ailleurs, les couvreurs ont déclaré la grève ce matin.
Après l’accident du quai de Versailles qui a causé la mort de deux personnes, celui qui nous paraît le plus grave s’est produit rue de Launay, 9, à une maison à deux étages comportant des faux greniers.
La chute d’une cheminée a fait effondrer la toiture qui est tombée dans la chambre occupée par Mme veuve Métaireau, sa fille Mathilde, âgée de 25 ans, et son fils Pierre, âgé de 9 ans.
Par un hasard véritablement extraordinaire l’enfant effrayé s’était glissé dans la venelle. La toiture a écrasé le lit, mais l’enfant n’y était plus et il a pu se retirer sain et sauf, sans une égratignure. Sa sœur a été légèrement atteinte à une jambe et la mère n’a rien eu. Ces braves gens se trouveraient sans asile, aujourd’hui, ou n’auraient qu’une chambre à ciel ouvert si leur propriétaire ne leur avait donné immédiatement un autre logement.
Tous leurs meubles sont, cependant, perdus.
Place Saint-Pierre, la maison portant le n°2 a eu son toît enlevé. Les échaufaudages de la cathédrale ont résisté, mais la palissade en bois de l’Evêché a été emportée ; des planches étaient emportées et voltigeaient jusque sur la place Louis XVI.
En ce dernier endroit, l’Hôtel de Goyon et le Cercle Louis XVI ont eu leurs toitures arrachées ; il ne reste plus que les chevrons.
L’église Saint-Clément a beaucoup souffert. Des verrières sont criblées ; le zinc de la toiture est tordu et une partie du toît est à découvert.
Au couvent des Ursulines, les vérandahs sont détruites.
La maison touchant l’Oratoire, à l’angle de la rue du Lycée, a eu son toît en partie enlevé.
Place de la Monnaie, maison Verger, la chute d’une cheminée a défoncé le toît, qui s’est effondré dans le grenier avec un bruit épouvantable.
Au Pont Morand, tout l’angle d’une maison a été enlevé.
Quai Duguay-Trouin, beaucoup de ravages également.
L’immeubles de la Gerbe de Blé a eu une cheminée tout entière jetée sur la voir publique avec un bruit épouvantable et, ce matin, il y avait bien un tombereau de délivres à enlever.
Sur le même quai, au numéro 16, une autre cheminée s’est abattue dans la cour, d’une superficie de 50 mètres carrés environ, qu’elle a couverte de ses débris.
Au numéro 8, une échelle de couvreur, laissée mardi soir sur la toiture, s’est abattue sur la loge de la concierge. Il n’y a pas eu heureusement d’accident de personne, la concierge étant montée se coucher depuis un quart d’heure environ.
A l’angle des rues Crébillon et Boileau, une énorme cheminée est tombée sur la chaussée de la hauteur d’un cinquième étage.
Etendue sur la voie publique et pulvérisée, ces débris couvrent une étendue de rue sur une longueur de plus de dix mètres.
Place Lafayette, une cheminée, emportée par la bourrasque, a défoncé le toît.
Dans toute la ville, sur le quai de la Fosse en particulier, les plaques-annonces adaptées aux reverbères ont été arrachées.
Un accident plus grave, qui a causé d’importants dégâts, s’est produit en face de la gare de la Bourse. Les toitures en zinc des bateaux lavoirs ont été enlevées, jettées sur la cale et entièrement détériorées. L’un des propriétaires de ces bateaux, M. Rabuchon, estime sa perte à 800 francs environ.
Au Blanzy, les toitures en tôle ainsi que les palissades entourant les chantiers ont été en partie arrachées.
A la papeterie Gouraud et aux chantiers nantais, les dégâts sont peu considérables. Ils consistent, comme partout, en avaries aux toitures et aux cheminées.
Les guérites des douaniers et ds gardes-barrière des chemins de fer ont été toutes renversées.
Place de l’Edit de Nantes, encore une cheminée qui, ce matin, jonchait la voie publique, fournissant aux répurgateurs deux tombereaux de délivres. C’est le deuxième accident qui arrive à cette maison. Il y a plusieurs années, au cours d’une tempête, elle était découronnée de sa cheminée.
Place Gigant, toujours, toujours des jonchées, des jonchées de briques et de tuiles.
Rue de Gigant, 4, il ne reste plus de la toiture que la charpente. A 10 heures et demie, un de nos amis, qui habite là, rentrant chez lui a vu s’abattre à ses pieds la cheminée de sa maison. Un pas de plus et il était tué sur le coup.
Place Saint-Similien, un pan de mur s’est effondré ; place Viarmes et rue Thiers, 3, des têtes de cheminées ont été enlevées.
Pont de l’Arche Sèche, une toiture a été soulevée et nombre de tuffeaux arrachés et jetés sur la voie.
Place Bretagne, une baraque de loterie, tenue par Mme Blau, a été complètement démolie ; toiture et planches ont été arrachées.
La chapelle qui fait l’angle du chemin de Bonne Garde a eu sa toiture enlevée. Rue de la Ripossière, le préau de l’école des garçons a été enlevé et jeté dans le jardin de M. Cassard.
Au n°13 de la rue Lanoue-Bras-de-Fer, une petite maison basse a éé complètement défoncée par la chute d’une cheminée. Il n’y a eu aucun accident de personne.
Les usines Pilon, Voruz, Gondolo, les chantiers de la Loire, les chantiers Fouché et de la Brosse, ainsi que les magasins généraux ont vu une grande partie de leurs toitures enlevées par la tempête.
Place de la Petite-Hollande, la toiture du marché est enlevée sur une longueur de 30 mètres environ.
Au n°14 de la rue Haudaudine, il y a au moins 50 mètres de toiture à découvert.
A la minoterie Bossière, quai Moncousu, on compte 100 mètres de couverture enlevés.
Chez M. Revuil, marchand de vin, quai Ile-Gloriette, il y a eu environ 25 mètres de toiture défoncés.
A l’usine des diamants, rue de la Tour-d’Auvergne, une cheminée est tombée et tous les carreaux de la toiture en verre ont été cassés. On a dû, ce matin, renvoyer les ouvriers venus pour travailler.
A l’école de la rue Beauséjour, il y a beaucoup de dégâts.
Partout on ne signale que des cheminées tombées, des toits enlevés.
Quai Hoche, un bateau-lavoir appartenant à M. Tricot, demeurant au numéro 4 de ladite rue, a sombré.
Quai Moncousu, le bateau-lavoir appartenant à M. Raffeneau, demeurant au numéro 2 de ladite rue, a eu le même sort.
Sur ce quai, les fils télégraphiques traînaient à terre.
La maison appartenant à Mme Franck, située au numéro 2 dudit quai, a eu trois cheminées renversées. L’une d’elles est tombée sur une petite maison voisine, défonçant le toît. Le plafond s’est effondré sur le lit des locataires qui étaient couchés. Ils ont pu se sauver à grand peine et leur mobilier est détérioré.
Au laboratoire de l’école de médecine, une cheminée a détérioré une partie de la toiture en tombant.
La gare de l’Etat a beaucoup souffert : cheminées renversées, carreaux brisés, lanternes à gaz emportées, etc. La toiture d’une halle aux marchandises a été en partie enlevée, le dépôt des machines a été très endommagé. Celui de la Compagnie de l’Ouest a été complètement découvert et en partie défoncé. Une aubette a été renversée.
Deux poteaux télégraphiques et une partie de la rampe du pont des chemins de fer de la Vendée ont été renversés sur la voie, rendant la marche des trains difficile.
Tous les trains ont du retard.
Un poteau télégraphique s’est brisé et est tombé en travers du pont de Pirmil, cassant 7 mètres environ de rampe.
La toiture du dépôt des machines de la gare de Nantes-Legé a été enlevée sur une longueur d’environ dix mètres.
Place du Bon-Pasteur, maison du Soldeur, encore une cheminée enfoncée.
Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer tous les dégâts qu’au causés dans notre ville l’épouvantable cyclone.

Enlevés par le vent
Pour donner une idée de la violence du vent, citons ce détail qui nous a été raconté par une personne digne de foi.
En face de la Petite-Hollande, deux jeunes filles et un jeune homme rentraient chez eux quand un coup de vent formidable souleva le groupe de terre. Prises de frayeur et croyant leur dernière heure venue, les deux jeunes filles se jetèrent dans les bras l’une de l’autre et, en cherchant à se retenir, cramponnèrent le jeune homme. Les trois personnes furent transportées sans toucher terre à une dizaine de mètres.

Au Jardin des Plantes

Mais où le désastre est immense et les ruines lamentables, c’est dans notre beau Jardin des Plantes, si admiré des étrangers, et qui n’avait pas été aussi atteint depuis l’hiver 1879-80 qui gela son unique rangée de magnolias.
Une cinquantaine d’arbres, des plus forts, des plus rares, des arbres qui ne se peuvent remplacer, sont couchés sur les pelouses, décoronnés, fendus, tordus, déchirés, arrachés.
Ils gisent là, les pauvres géants de notre arboriculture nantaise, eux qui étaient la plus belle parure de notre Jardin des Plantes.
Le cèdre séculaire que tous les Nantais connaissent et sous lequel un bataillon tout entier eût pu se mettre à l’ombre, le cèdre séculaire qui dut entendre, au cours de sa longue existence, bien des serments amoureux, est parmi les victimes du sinistre.
Les squares, les parcs particuliers, les jardins privés n’ont pas été plus respectés.
Partout ce n’est que désolation, arbres du luxe, arbres de produit ont été arrachés par centaines.
Boulevard Delorme, place du Petit Bois, cours Saint-Pierre et Saint-André, square du Palais de Justice, square de l’Hôtel-Dieu, les arbres détruits ne se comptent plus, non plus que sur nos grandes routes nationals et départementales.
Du Pont-du-Cens à Orvault, on nous affirme que beaucoup d’arbres, au moins soixante, jonchent le sol et qu’il n’y a pas moins de vingt maisons qui ont eu leurs toitures enlevées.
Dans l’allée de la Civelière, route de Clisson, quatorze superbes ormeaux ont été jetés à terre.
Dans la propriété de M. Durand, même allée, vingt-deux arbres ont été coupés ou déracinés.
Chemin de Vertou, trois sapins sont tombés ; l’un d’eux s’est abattu sur une toiture qui a été démolie.
Boulevard Victor-Hugo, la tempête a causé de nombreux dégâts. Plusieurs toitures sont enlevées.
Dans le parc de M. Bosselu, plusieurs arbres énormes ont été arrachés et l’un d’eux, tombant sur les dépendances de la maison d’habitation, a littéralement défoncé la toiture.
Dans la propriété de M. Lanlois, à Chantenay, un magnifique parc a été rasé comme si une armée de bûcherons y avait passé. Les dégâts sont évalués par M. Langlois à plusieurs milliers de francs.
Place du Général Mellinet, deux arbres sont couchés sur le sol.
Dans la maison de la rue de Gigant habitée par M. Fargues, pasteur protestant, était un vieux sycomore ayant près de quatre mètres de circonférence et qui semblait devoir braver les vents, les tempêtes, les ouragans, voire les cyclones, abrité qu’il était de toutes parts par la maison et les murs des maisons voisines. La cime de cet arbre formidable s’est ébranlée sous les coups du vent et a entraîné la chute de det arbre qui était une vériable curiosité nantaise.
Avenue de Lusançau, un cèdre appartanant à M. Le Cadre, adjoint, a été fendu en deux.

Dans le Port

Dans le port, les accidents sont peu graves. Voici cependant ceux qu’on nous signale :
Le trois mâts Lafontaine, amarré au quai de l’Aiguillon, a arraché un pieu à l’estacade.
Le trois mâts Saint-Louis, quai Ernest-Renaud, a cassé ses amarres et arraché deux pierres du quai.
Le brick Marie-Thérèse, en réparations aux chantiers Lefrançois, à chassé sur ses angres et est venu boucher le canal nord-sud.
Jusqu’à dix heures, ce matin, les Abeilles n’ont pu aborder au ponton de la Prairie-au-Duc.
La gabarre Trois-Frères, appartenant à la maison Loiret et Haentjens, chargée de brai, a coulé au quai de l’Aiguillon.

Accident au pont de Pirmil

Vers 9 heures du soir, le nommé Bernier, cultivateur au Bois Hardy, commune de Chantenay, passait sur le pont de Pirmil avec sa carriole attelée d’un cheval. L’attelage a été renversé et le conducteur s’est trouvé engagé sous son cheval. Il a été retiré de sa fâcheuse position par MM. Léopold Frémy, 19 ans, forgeron, rue Michel Columb, 2, et Augustin Douaud, 12 ans, chaisier, rue Sanlecque, 2.
Conduit au poste des pompiers, M. Bernier a reçu les soins que nécessitait son état qui n’est fort heureusement pas grave.

A la brosserie Ruff

Une cheminée qui s’écroule. – Deux morts. – Plusieurs blessés.
L’accident le plus épouvantable dans ses conséquences, ayant pour cause le cyclone, s’est produit à la manufacture de brosses et de crins Ruff, installée entre le quai de Versailles et la rue Ouche de Versailles. Près de cette dernière rue avait été construite dernièrement une cheminée de trente mètres de hauteur. Tout à côté se trouvait une maisonnette à un étage servant d’habitation au chauffeur Ferdinand Léauté, marié et père d’un garçon de 6 ans.
Les époux Léauté, ayant travaillé à la brosserie Ruff, étaient allés habiter la Montagne, puis étaient revenus à l’usine il y a douze jours environ.
Il était 10 heures un quart environ, lorsqu’un bruit épouvantable, ressemblant à un coup de tonnerre prolongé, vint troubler le sommel des habitants du quartier.
En un clin d’œil, les jeunes Edouard Glotin et Pierre Menoreau sont debout et, sortant sur la rue, ils se rendent compte du sinistre : la cheminée de l’usine venait de s’effondrer presque complètement.
Le premier soin des jeunes gens est de monter au premier étage, où habient les époux Benisson et Lavigne.
Les époux Lavigne, dont la chambre a été préservée, sortent une échelle, car il leur est impossible de se servir de l’escalier.
Dans la chambre des époux Benisson, le spectacle est effrayant. Au dessus du lit où deux des enfants sont couchés, une partie de la cheminée a fait un trou béant ; le lit est recouvert d’une énorme quantité de briques sous laquelle les pauvres petits sont ensevelis. On s’empresse de déblayer, et la joie des parents est grande quand ils parvienent à sauver leurs enfants à peu près indemnes. La petite fille âgée de huit ans est blessée à la joue, le petit garçon âgé de quatre ans est blessé à la tête, mais les blessures sont légères.
Les secours étant promptement organisés, M. Benisson sauve rapidement sa famille, en passant par la chambre de ses voisins et en gagnant la rue à l’aide de l’échelle.
Mais ce n’est pas tout ; une grande partie de la cheminée est tombée sur la maison des époux Léauté, et on redoute un grand malheur. M. Menoreau pénêtre le premier dans la chambre et est effrayé à la vue de l’horrible spectacle qui s’offre à ses yeux.
Le plafond est entièrement défoncé, le lit du ménage disparaît sous un monceau de décombres. Par un hasard extraordinaire, le petit Léauté, âgé de 6 ans, dort paisiblement dans sa couchette.
Les voisins entrent rapidement dans la chambre, on arrive à découvrir les cadavres encore chauds des malheureux. Leur poitrine est littéralement broyée, leurs jambes écrasées, leur visage horriblement contracté laisse deviner une minute d’atroces souffrances.
A ce moment, il est onze heures envirion, et les pompiers, difficilement prévenus par suite d’une interruption téléphonique, sont sur les lieux avec leurs appareils de sauvetage. En ce qui concerne les secours, leur présence est désormais inutile, et nos pompiers sont uniquement occupés au déblaiement.
M. le docteur Chauvet arrive à son tour mais il ne peut que constater la mort des époux Léauté.
Nous nous sommes rendus aujourd’hui sur les lieux du sinistre pour procéder à une enquête personnelle. Les ouvriers travaillent à l’usine comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé, mais le coup d’œil offert est navrant. Les toits des deux maisons sont défoncés, les chambres sont remplies de décombres, les meubles brisés. C’est prudemment que l’on doit traverser les lieux, car les poutres brisées peuvent à chaque instant s’abattre.
Le toit recouvrant le couloir de sortie est entièrement détruit, et l’on comprend fort bien que les sinistrés aient cru bon de s’échapper par les fenêtres.
On nous rapporte que le petit Léauté, effrayé par le formidable craquement produit par la chute de la cheminée, s’est brusquement enfoui sous les couvertures pour tomber aussitôt dans un profond sommeil. A l’heure actuelle il ignore encore le profond malheur qui le frappe, et il joue insouciant, chez sa grand’mère habitant le Chêne-Creux.
En terminant, nous devons féliciter MM. Glotin et Menoreau, qui ont fait preuve en la circonstance d’une remarquable présence d’esprit, et qui ont contribué pour une large part au sauvetage des habitants en danger.
Disons enfin, à titre de renseignements, que la cheminée qui s’est écroulé, avait été élevée à quatre reprises.

la grève des couvreurs

Sur la même page du même journal du même jour

 

Autrefois le baptême était obligatoire dans les 3 jours, sauf pour les nobles qui pouvaient attendre des mois

Introduction

Autrefois le baptême suivait de quelques heures la naissance, car l’église catholique avait une règle très stricte qui stipulait qu’au délà de 3 jours il ne devait plus être fait, sauf dérogation spéciale de l’évêque.

les nobles dérogeaient à cette règle

J’ai déjà rencontré beaucoup de baptêmes de nobles plusieurs mois après la naissance, alors que chez les roturiers j’avais trouvé quelques baptêmes refusés lorsque l’enfant avait plus de 3 jours, et il avait alors fallu demander à l’évêché une autorisation spéciale.

Claude Daribert avait 6 mois à son baptême

Claude Daribert, fille d’Emery et Philippe Lecointe, nobles à Valpuiseaux (92, Essonne) est l’épouse de Clément Gault de la Grange dont je vous parlais hier.  Elle est née le 3 juin 1581, et compte-tenu des guerres de l’époque, il est probable que son père était absent et on a attendu son retour, 6 mois plus tard.

« Val de Puiseaux le 3 décembre 1581 fut baptisée Claude fille de noble homme escuyer Emery Darribert et noble damoyselle Philippes Lecointte sa femme son parrin noble homme escuyer Claude Despine conte de Vultabe ses marraines noble damoyselle Marye de Quyeroy et noble damoyselle Anthoynette de la Chastres et fut née ladite Claude le troisième jour du moys de juing précédant ledit baptesme au mesme an que dessus »

 

Claude Haton, prêtre auteur de Mémoires, vivait rue de Troyes à Provins en 1585

Introduction

Les actes notariés donnent une foule de détails, non seulement sur les proches parents, mais aussi sur les lieux car autrefois on bornait chaque parcelle par le nom de tous les voisins. C’est ainsi que je trouve que Claude Haton, célèbre pour ses Mémoires, demeurait rue de Troyes à Provins en 1585.

Claude Haton

Son patronyme me passionne car je descends des Haton d’Anjou, sans lien apparent avec ceux de Seine-et-Marne, dont voici ce que j’ai déjà publié :
Claude Haton, auteur des Mémoires de la Champagne 1553-1582, conseille sa nièce devenue veuve, Le Mériot 1597
Pierre Haton et Lupien Chevrier cèdent leur droit de succession à celui qui a en charge les enfants mineurs du défunt, Melz sur Seine (77) 1597

rue de Troyes à Provins

La rue de Troyes existait encore en 1823 : « Dans la rue de Troyes, ainsi nommée parce qu’elle était autrefois la route pour la ville de Troyes, il y a un ancien bâtiment sous lequel est une double voûte, dont une très déformée par vétusté ; au-dessus étaient des magasins voûtés. On en a depuis longtemps détruit les cintres encore apparents, pour en faire une habitation. Denièrement on a percé dans le mur de devant des fenêtres, et abattu les anciennes ouvertures. Cet endroit, qui n’avait pas toujours servi de magatin, s’appelle Château-Fort. Actuellement c’est une maison : elle a des titres qui datent de plus de cinq cents ans. Voyez, dans les notres, Château-Fort. Dans la même rue était le petit hôtel-Dieu, le marché aux orges et une halle aux draps. » (OPOIX Christophe, Histoire et description de Provins ; Provins 1823)

La voici dénommée route de Troyes à la même époque : en bas à droite – Elle était au S.E. de la ville. Il y avait aussi une porte, disparue, mais que Claude Haton a connue :

le petit hôtel-Dieu de Provins

Dans certaines grandes villes on retrouve non seulement un Hôtel-Dieu mais aussi un petit hôtel-Dieu. Le petit devait être très ancien à Provins, probablement même avant la construction de l’Hôtel-Dieu, et il a disparu en 1740.

  • « Des femmes, logées au petit hôtel-Dieu de la rue de Troyes, sont maltraitées et violées par Nicolas Yver, maître du guet, et ses gens. » (Mémoires de Claude Haton : contenant le récit des événements accomplis de 1553 à 1582, principalement dans la Champagne)
  • Notice sur le petit Hôtel-Dieu de Provins… En 1740, le petit Hôtel-Dieu disparaissait après que les masures et dépendances qui en restaient encore eurent été données à cens et rentes à un particulier (Bulletin de la Société d’archéologie, sciences, lettres et arts du département de Seine-et-Marne 1865-1925)

le bornage avec Claude Haton, 1585

AD77-1057E414 Delanoe notaire à Provins
1585.01.11 vue 225 – Michelle Jossot veuve de feu Gilles Ogeneau demeurant à Provins donne en pur vrai et loyal don entre vifs à Jacqueline Veloudart fille de Denis Veloudart sa niepce la moitié par indivis de tout tel droit qui lui appartient en une maison couverte de thuille court et jardin derrière appentils les lieux comme ils se comportent assis à Provins rue de Troyes tenant d’une part au petit hostel Dieu et à Me Claude Hatton prêtre d’un bout sur le pavé avec les passages et aisances de ladite maison

Les femmes de Provins géraient pour leur mari lorsqu’il s’absentait pour affaires ou guerre, 1585

Introduction

Je vous ai déjà parlé de l’éducation exceptionnelle des femmes à Provins. Elles secondaient aussi leur époux en affaires, car si Provins est connu pour avoir été une place importante dans le commerce, les marchands étaient aussi souvent en déplacement pour affaires, et leurs épouses traitaient alors devant notaires des actes importants. Pour mémoire, je vous rappelle que les femmes n’avaient aucun droit de traiter devant les notaires et que cette délaguation était exceptionnelle, ainsi j’ai vu à Angers les épouses de conseillers au parlement de Bretagne etc.. mais ceci est fort rare.

les Philippe à Provins

J’ai étudié les ancêtres de Jules Verne et il se trouve descendre d’une famille PHILIPPE de Provins.
Claude PHILIPPE †/octobre 1632 (selon le baptême du 31 octobre 1632 de Claude Prevost) sergent au baillage de Provins x ca 1605 Denise DESOUBZMARMONT
1-Claude PHILIPPE parrain à Provins St Quiriace le samedi lendemain de St Paul 1613 de Gabriel Philippe fils de Daniel Philippe et Anne Lelorgne – Parrain Provins St Quiriace le 31 octobre 1632 de Claude Prevost fils de Jean et Anne Philippe et dit « Me Claude Philppe fils de feu Claude »
2-Pierre PHILIPPE °Provins St Quiriace
3-Perrette aliàs Petronille PHILIPPE °Provins St Quiriace janvier 1607 « en latin, Petronilla Claudii Philippe et Denisia Marmont patrinus Carolus Georget matrina Petronilla de Romilly (s) – vue 14 5Mi6277 »
4-Anne PHILIPPE °Provins St Quiriace 27 juillet 1609 « baptisé Anne fille de Claude Philippe marchand demeurant au chastel de Provins et Denise Desoubzmarmont parrain honneste personne … praticien demeurant audit lieu et marraine Jehanne Chanterie femme de Jehan Desoubzmarmont huissier audiencier au bailly du Palais à Paris et Marye Triollet (ns) fille de noble homme Jehan Triollet
5-Marguerite PHILIPPE °Provins St Quiriace 15 janvier 1612 « baptisé Marguerite fille d’honneste personne Claude Philippe sergent royal à Provins et Denise Marmont parrain François Briantes (s) fils d’honorable homme Me Jehan Briantes Me chirurgien à Provins marraines honneste femme Marguerite Petit (s) femme d’honorable homme Me Edmé Fleury notaire royal à Provins, et Anne Marchand fille d’honorable homme Me André Marchant bourgeois à Provins » x (contrat de mariage 14 novembre 1636 AD77-260E8 père vivant huissier élection de Provins) Nicolas MICHAL
6-Pierre PHILIPPE °Provins St Quiriace 1er août 1614 « baptisé Pierre fils d’honorable homme Claude Philippe sergent au baillage de Provins et Denise Doubzmarmont parrain honneste personne Pierre Legrand marchand demeurant au chastel de Provins, et Claude Philippe fils de feu Pasquier demeurant audit chastel, marraine Loyse Desoubzmarmont fille d’honneste personne Nicolas Desoubzmarmont marchand demeurant audit Provins »
7-Marie PHILIPPE °Provins St Quiriace 17 janvier 1617 « baptisé Marie fille d’honorable homme Claude Philippes sergent à Provins de de Denise Soubzmarmont parrain Abraham Briantes (s) fils d’honneste personne Me Jehan Briantes chirurgien audit Provins marraines Marie Colombeau fille d’honneste personne Pierre Colombeau marchand audit Provins et Anne Benard (s) fille d’honneste personne Jacques Benard aussi marchant audit Provins »
Cette famille n’est pas étudiée sur les bases de données, et elle est manifestement rare donc ceux qui sont du même milieu bourgeois de Provins sont très probablement liés. Ainsi, je vous mets ce jour Catherine Philippe, bourgeoise de Provins, qui constitue une rente pour la somme principale de 132 écus, somme importante en 1585.

le patronyme Philippe en abrégé

Eh oui ! les patronymes subissaient aussi les abréviations paléographiques, aussi je vous ai entouré de rouge le patronyme Philippe abrégé par le notaire car c’est ainsi qu’il est le plus souvent écrit, mais rassurez-vous la signature de Catherine Philippe n’est pas en abrégée !

constition de rente par Catherine Philippe

AD77-1057E414 Delanoe notaire à Provins

1585.01.02 vue 220 – Comparut personnellement Jacques Girard laboureur demeurant à Marival paroisse de Villegruys lequel de son bon gré sans force recogneu avoir vendu ceddé quicté transporté constitué assis assigné et par ces présentes vend constitué assiet et assigne promis et promet garentir fournir faire valloir par chacun an à ses propres sousts et despens à honorable homme Jehan Robinot marchant et bourgeois de Provins absent stipulé et accepté par honneste femme Katherine Philippe à ce présente achepteresse pour eulx leurs hoirs etc c’est à savoir sa femme la somme de 11 escuz d’or sol de rente annuelle … ceste constitution ainsi faicte moyennant le prix et somme de six vingts douze (132) escuz d’or sol argent fournis audit vendeur constituant a eu et receu dudit Robynot par les mains de ladite Philippe sa femme et à luy délivrés comptés et nombrés présent le notaire et tesmoins

 

L’anniversaire de la naissance d’un individu est une fête récente : autrefois il était donc difficile de connaître son âge et celui de ses proches.

Indroduction

J’avais publié cet article sur ce blog le 1er janvier 2010. Malheureusement, je découvre aujourd’hui, horrifiée, qu’il existe des généalogistes qui croient à l’âge au décès que le prêtre écrivait dans son acte de décès. Ils n’ont rien compris aux modes de vie de nos ancêtres !!! 

L’anniversaire du baptême était interdit par l’église 

Autrefois la date de naissance n’était pas connue des intéressés ni de leurs parents.
Comme la plupart d’entre vous sans doute, je me souviens de ma première recherche d’acte de naissance. J’avais le mariage qui donnait un âge, et j’avais naïvement retranché l’âge de l’année de mariage, croyant trouver la naissance. Et bien sûr je n’avais pas trouvé, car elle était quelques années plus tôt. Puis j’ai découvert dans les registres que la mention la plus fréquente était :  « ou environ »
Dur, dur, de comprendre d’où sortait cette mention d’approximation, et pourquoi nos ancêtres ne connaissaient leur âge qu’environ.
J’ai enfin trouvé l’explication, et aujourd’hui je vous emmêne découvrir les pratiques de nos ancêtres en matière de calcul d’âge et d’anniversaire.

TANT QUE VOUS N’AVEZ PAS LES DEUX ACTES (naissance et décès) VOUS N’AVEZ PAS LE DROIT DE VOUS CONTENTER DU SEUL ACTE DE DECES POUR DONNER UN ÂGE AU DÉCÈS

Histoire de l’anniversaire

Tout ce qui suit traite uniquement de la France, car de nos jours, avec la mondialisation, on ne sait plus très bien de quelle pratique on parle, surtout sur le Web ! Mon blog est dédié à ceux qui ont vécu autrefois en Haut-Anjou et il faut donc revenir aux pratiques françaises avant la Révolution. Voici d’abord les dictionnaires, pour mémoire :
Anniversaire, Annua parentalia. (Jean Nicot: Le Thresor de la langue francoyse, 1606)
Anniversaire. adj. Ce qui se fait d’année en année au mesme jour, l’année estant revoluë. Feste anniversaire. Procession anniversaire.
Anniversaire. s. m. Ne se dit que du service que l’on fait pour un mort une fois chaque année à perpetuité. C’est aujourd’huy que se fait l’anniversaire du feu Roy. (Dictionnaire de l’Académie française, 1st Edition, 1694)
Autrefois en France, comme c’est encore le cas dans certains pays, l’anniversaire était le « jour du souvenir », que le souvenir soit joyeux, et c’est alors une fête comme la prise de la Bastille, ou triste et c’est la Saint Barthélémy.
Les fêtes étaient nombreuses, à tel point qu’au Moyen Age on ne compte que 200 jours ouvrables par an. Elles sont toutes catholiques, dédiées à Dieu, selon le calendrier liturgique, et aux saints. Et je vous ai préparé un billet sur le nombre de fêtes autrefois.
Mais, à propos des saints, leur fête est l’anniversaire du jour de leur mort, et non celui de leur naissance. Selon saint Augustin :

« Nous célébrons justement l’anniversaire de ceux que le monde a conduit plus heureusement à la vie éternelle que la matrice qui conduit au monde ».

Ce qui signifie qu’un martyr naît par sa mort en entrant dans la vie éternelle. Célébrer sa naissance (évoquée ici par le terme de « matrice ») n’est qu’un péché d’orgueil individuel. On fête seulement l’anniversaire de la naissance du Christ.
Durant le Moyen Age, la célébration de la personne est bannie, l’individu ne compte pas. Célébrer son anniversaire personnel comme nous le faisons aujourd’hui aurait été péché d’orgueil selon l’église.
Les mémoires personnels, dont celui de Thomas Platter, fort détaillé et absoluement à lire, ne font état d’aucun anniversaire de la personne, mieux, Thomas Platter lui-même précise que lorsqu’il s’enquérit de sa date de naissance on lui répondit qu’il était venu au monde le dimanche de la Quasimodo 1499. On ne s’exprimait qu’en terme de jour religieux : fête liturgique ou saint du jour. Quand la fête est mobile, qui aurait été en mesure de calculer ?

L’individu, condamné en quelque sorte à ne pas connaître sa date de naissance, fête par contre le saint dont il porte le nom, mais tous ensemble à l’église, et non individuellement au foyer. Ce que nous appelons de nos jours « notre fête », était donc autrefois l’unique fête de l’individu et encore, elle n’était pas fêtée dans l’intimité du foyer, mais collectivement à l’église. Ceci devait être impressionnant lorsqu’on s’appelait Marie, Pierre etc… mais cela devait certainement être plus compliqué, voire inexistant, lorsqu’on portait un prénom rare !

l’individu commence un peu à émerger

A partir de François 1er le prêtre tient un registre paroissial des baptêmes, mais il est le seul à y avoir accès, d’ailleurs le droit canonique interdit l’accès aux registres de moins de 100 ans. Il est le seul a donner des certificats de baptême à ses confrères pour un mariage hors de la paroisse, que l’immense majorité de la population est incapable de lire. Ce sont donc les prêtres et eux seuls qui calculent l’âge de la majorité pour le mariage.
Quant aux tutelles et curatelles, elles relèvent du même cheminement de l’information, cette fois vers les représentants de l’autorité judiciaire, qui calculent donc l’âge de la majorité, bien sûr communiqué aux notaires qui devront procéder aux actes authentiques concernant le mineur puis le compte de tutelle à la majorité.

du péché d’orgueil qui est le culte du moi, à un début d’anniversaire

Le temps passe, et nous voici à l’époque de Louis XIII. Même le roi ne fête aucun de ses anniversaires, par contre le jour de la saint Louis feu d’artifice , grande fête populaire. Jusquà la Révolution, même les rois de France ne marquent qu’un anniversaire dans leur vie, et encore sans fête, c’est celui qui marque une étape importante de leur vie : le jour de leur 17 ans, qui leur donne majorité royale.

Il faudra attendra la fin du règne de Louis XIV pour voir les mentalités évoluer, et la date de naissance connue, tout au moins citée, par des nobles, hommes de plume, et bourgeois. On ne sait s’ils l’ont fêtée, car le mot « anniversaire » n’est pas évoqué à cette occasion. Mais les 2 pratiques, celle de la fête du saint, et celle de l’anniversaire ont dû commencer à se mélanger dans ces classes sociales.

L’histoire de l’anniversaire de la naissance commence seulement au 19e siècle

Alors, en ce jour du 1er jour de l’an, qui fut toujours une fête, même du temps du calendrier Julien, qui confondait alors le 1er de l’an et Pâques, je suis persuadée que ceux de nos ancêtres qui savaient compter jusqu’à 100, se donnaient ce jour-là un an de plus, puisqu’ils ne connaissaient que l’année de leur naissance, et encore, quand ils la connaissaient !
Alors je vous souhaite à tous un joyeux anniversaire, car au terme de ce qui précède, vous venez tous en ce premier jour de l’an de faire comme nos ancêtres l’on pratiqué : prendre une année de plus !
Et ne soyons plus étonnés des âges aléatoires que nous observons dans les registres, car le plus souvent le prêtre ne faisait pas la recherche dans son registre paroissial, si tant est que les mariés ou les morts y soient nés. Il indiquait l’âge approximatif soit à l’estimation visuelle, soit au chiffre approximatif connu des proches. C’est la fameuse mention « ou environ »
Pourtant, parfois, un prêtre a conscieusement pris le temps avant la sépulture de consulter l’acte de baptême, ce fut le cas pour mon ancêtre Perrine Coquereau inhumée à Cheffes le 3 février 1653 « Perrine Cocquereau femme de Jehan Choisy des Grois âgée de 50 ans 7 jours, a esté ensépulturée au cimetière de céans après avoir receu tous les saints sacrements par moy prêtre vicaire soussigné, et à esté fait service solemnel le jour de sa sépulture huit luminaires comme l’ordinaire le jour de St Blaise 3 février 1653 ». Et le baptême se trouvait bien là dans le registre, comme j’ai pu le constater. Les scientifiques facétieux disent que c’est l’exception qui confirme la règle !

Encore une fois, vous venez de prendre ce jour un an au compteur, car tel était autrefois le sort de nos ancêtres.

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