Nicolas Denais donne 5 000 livres à sa très jeune épouse, don exceptionnel, car âgé il sait qu’elle lui survivra longtemps

Ce que j’ai aimé dans mes recherches, c’est comprendre les modes de vie de nos ancêtres à travers les milliers d’actes notariés que j’ai dépouillés qui m’ont permis de reconstituer bien plus que le suivi de leur patrimoine au fil des siècles et des métiers pour beaucoup de branches de mes ancêtres. En effet, dans certains actes, lors du mariage ou de la succession, j’ai observé que beaucoup de mes ascendants allaient au delà de ce que le droit coutumier leur imposait. En particulier dans les contrats de mariage, certains époux faisaient un don à leur épouse bien supérieur. Le droit coutumier était en fait un minimum à respecter mais on pouvait autrefois donner plus.

Nicolas Denais, marchand fermier, a 51 ans, sans enfants, lorsqu’il passe contrat de remariage (cf ci-dessous) en février 1721 avec Renée Blanchet seulement âgée de 20 ans. Il apporte 10 000 livres, elle 3 000 consistant en la closerie de la Guedonnière à Combrée.  Il lui fait un don exceptionnel, sous une forme que je n’ai jamais rencontrée : « ensemble la somme de 5 000 livres de laquelle ledit sieur futur espoux fait don à ladite future épouse pour sa jeunesse » Il lui donne donc au total 15 000 livres, ce qui est une somme très importante, bien supérieure à ce que possède la bourgeoisie moyenne en province.
Il meurt 3 ans plus tard laissant sa jeune veuve de 23 ans enceinte d’une seconde fille. Elle ne se remariera pas, et lorsqu’elle marie 20 ans plus tard ses 2 filles elle leur donne chacune 5 000 livres, preuve qu’elle a su garder le patrimoine, et le gérer car on sait aussi qu’elle signe fort bien, ce qui est rare.
D’ailleurs elle signe beaucoup mieux que lui (cf ci-dessous)
Je descends de Nicolas Denais et Renée Blanchet à travers la seconde fille, Marie-Anne, celle qui ne naîtra que 3 mois après le décès de son père. J’ai une immense tendresse toute particulière pour Marie-Anne Denais, car non seulement sa mère fut jeune veuve, mais sa grand mère paternelle aussi et elle-même deviendra jeune veuve, et toutes les trois avec des enfants à élever, sans se remarier, et laissant au mariage de leurs enfants la fortune totalement intacte, et le rang social aussi. C’est une incroyable épopée de femmes veuves… que je vais vous conter car les veuves n’étaient pas toutes pauvres, et les hommes tous des inconscients, laissant leur épouse et leur progéniture sans rien… Le droit coutumier les préservait certes du minimum, mais bien des contrats de mariage montrent un au delà du droit, et beaucoup de conscience des hommes autrefois de leur devoir vis à vis de leur succession.

Cet acte est aux Archives Départementales de la Mayenne AD53-3E62-57 devant René Mahier notaire royal à Château-Gontier – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :



https://www.odile-halbert.com/wordpress/vues/Denais-Blanchet-1721d


« Le 16 février 1721[1] furent présents h. h. Nicolas Denais marchand, veuf de Catherine Boullay, demeurant à Gastines paroisse de Chemazé d’une part, demoiselle Renée Blanchet fille, procédant sous l’autorité de discret Me René Blanchet prêtre curé de Bouchamps son curateur à personnes et biens, demeurante en la maison de h. h. Jacques Blanchet marchand son ayeul, et ledit sieur Blanchet prêtre audit nom, demeurant au lieu de Bouchamps, entre lesquels a été fait avant aulcune bénédiction nuptiale le contrat de mariage qui suit, c’est à savoir que ledit sieur Denais et demoiselle Blanchet se sont de l’avis et consentement, scavoir ledit sieur Denais de ses amis cy après nommés, et ladite demoiselle Blanchet dudit sieur Blanchet prêtre curé son curateur, dudit sieur Blanchet, de h. h. Julien Gousdé marchand son oncle, de h. h. Vincent Goudé aussi marchand son cousin germain [fils du précédent, et ils sont tous deux la branche de Grez-Neuville, aisée], et autres parents et amis f°2/ soussignés se sont promis mariage et iceluy solemniser … cy après, et que tout légitime empeschement cesse ; auquel mariage ledit sieur Denais et demoiselle Blanchet entreront avec tous et chacuns leurs droits mobiliers et immobiliers scavoir ceux dudit sieur futur espoux en la valeur de 10 000 livres et ceux de ladite future épouse du lieu et closerie de la Guedonnière paroisse de Combrée, bestial et semances, maison … habits et hardes le tout de valeur de 3 000 livres ainsi que ledit sieur futur époux a reconnu et dont il se contente, et de tous lesquels droits cy dessus il en entrera en la communauté qui s’acquérera entre eux du jour de la bénédiction nuptiale nonobstant la disposition de notre coustume à laquelle ils ont f°3/ dérogé en ce retard, chacun la somme de 300 livres, et le surplus desdits droits bestiaux et semances cy dessus reteront de nature de propre … patrimoine et matrimoine à eux leurs hoirs et estocs et lignées, et à tous effets mesme de don, ensemble ce qui leur pourra cy après échoir soit de succession directe collatérale donation ou autrement ; pourra ladite future espouse ses hoirs et ayant cause … renoncer à ladite communauté quoi faisant ils reprendront franchement et quitement de toutes debtes de communauté tout ce que ladite future épouse aura aporté audit mariage luy sera échu, ensemble la somme de 5 000 livres de laquelle dit sieur futur espoux fait don à ladite future épouse pour sa jeunesse, lequel don ne pourra néanmoins estre exigible qu’après le décès dudit futur époux, déchargé des debtes de la communauté, desquelles audit cas d’aléniation f°4/ ladite future épouse ses hoirs et ayant cause seront déchargés par ledit futur époux sur ses biens quoiqu’obligée ou solidairement conclue avec ledit futur époux ; et en cas d’aliénation desdits propres ils en seront entièrement remplacés sur les effets et acquits de la communauté par préférence, et où ils ne seroient suffisant à leur égard, sur les propres et effets dudit futur époux qui a constitué douaire à ladite future épouse sur tous et chacuns ses biens y sujets, la cas échéant, le tout par hypothèque de ce jour ; ce qui a été ainsi convenu, stipulé et accepté et à ce tenir faire et accomplir par lesdites parties, elles s’obligent elles leurs biens choses … sous la réserve des droits dudit sieur Jacques Blanchet curateur de ladite future épouse dont règlement sera nécessaire avec lesdits futurs mariés f°5/ dont etc fait et passé en la maison de la Pitauderie paroisse de Chemazé demeure dudit sieur Jacques Blanchet oncle de ladite future épouse, en sa présence, de ses dits amis, de la demoiselle son épouse, de demoiselle Anne Goudé fille cousine de ladite demoiselle future épouse, Me Jacques Godelier sieur de la Martinière marchand apothicaire à Grez près Neuville, Me Pierre Mahier et autres parents et amis des futurs mariés, et de Joseph Lepage et Jean Langlois témoins à ce requis »
[1] AD53-3E62-57 devant René Mahier notaire royal à Château-Gontier

L’histoire des femmes, telle que je l’avais autrefois lue, était bien loin de rendre tout ce que j’ai découvert dans tous les notaires de Maine et Loire et Mayenne sur mes ascendants. Mais pour faire des études telles que celles que j’ai faites il faut commencer par faire l’arbre généalogique, et les historiens se considèrent bien supérieurs aux généalogistes et lorsqu’ils tentent d’approcher les notaires, ils le font notaire par notaire, ce qui est absurde, car dans aucune de mes recherches cela ne se passe ainsi, et personne n’était fidèle autrefois à un notaire donc on obtient aucun suivi du patrimoine. Je ne regrettes pas les 20 ans de déplacement hebdomadaire que j’ai fait à Angers ou Laval, c’était certes une méthode qui ressemble à la pêche à la ligne, mais mille fois plus productive avec le temps car j’ai ainsi des suivis extraordinaires du patrimoine de mes ascendants.

J’avais autrefois acheté le livre l’Histoire des femmes en Occident, tome 3 du 16 au 18ème siècles, de Georges Duby et Michelle Perrot. J’ai toujours l’impression quand je regarde cet ouvrage que je n’y retrouve pas mes ancêtres. En janvier 2024, sur Internet, je suis triste quand je lis sur internet l’histoire des femmes selon la BNF (c’est pire sur l’IA de Google) :

Ces lignes sont écrites par Nathalie Grande, professeure des universités, Université de Nantes, département Lettres Modernes, UFR Lettres et Langages. Je suis horrifiée de lire ces lignes, et je suis certaine après avoir passé plusieurs décennies dans les archives notariales et chartriers que Molière n’est pas historien… et ne connaissait que quelques femmes, loin de les connaître toutes…
Comment oublier toutes ces femmes qui furent des collaboratrices, ayant domestique à la cuisine, nourrice pour les enfants, et ayant appris à lire, compter et surtout gérer, car dans le milieu de la bourgeoisie marchande, on éduquait pour savoir manier les affaires, qu’on soit un garçon ou une fille. C’était le cas, en Anjou du moins, de toutes les épouses de marchands, qui assuraient certainement conjointement avec leur époux la comptabilité, car cette fonction de leur métier était extrêmement importante. Certes, les archives n’ont pas conservé de traces de ces comptabilités, quoique quelques traces, mais bien avant Excel et les logiciels de comptabilité, il fallait compter et noter.
Avant de vous prouver ce que je viens de vous écrire, je tiens à rappeler :

  • avant la Révolution, l’homme devait nourrir femme et enfants, sinon c’était un péché
  • plus de 80 % des Français sont paysans
  • même si les femmes risquent le décès en couches, certains hommes meurent aussi jeunes laissant veuve et enfants
  • la bourgeoisie de province, dont les marchands, a domestiques, donc les femmes du temps libre et toutes ne s’occupent pas uniquement de broderie
  • les bourgeois de province tiennent à leur rang et le transmettre donc prévoient leur décès précoce en impliquant leur épouse dans les affaires, afin que l’affaire leur survive
  • certes, le droit laissait à l’homme le droit de gérer officiellement, mais il était responsable des biens de madame

 

 

Histoire du moulin du Fief-Briant, Angrie (49)

Le journal Ouest-France publiait en 2018 : « Candé a compté 17 moulins au fil des siècles. Les bâtiments du moulin du Fief-Briant viennent d’être acquis par le groupe Manitou, qui pourrait les transformer en parking paysager. Le vieux moulin du Fief-Briant, érigé au début du 14e siècle, pourrait disparaître définitivement pour laisser place à un parking paysager. »

Il s’agit d’un moulin à eau sur un étang qui est retenue d’eau sur le ruisseau nommé le Fief-Briant. Le voici sur la carte de Cassini 1815, et celle de Geoportail 2023.

Voici son histoire dans le chartrier de Candé in « Histoire de la baronnie de Candé » Comte René de l’Esperonnière, Angers, Lachèse Imprimeur, 1894, p. 342.

FIEF-BRIANT (Le), ferme et moulins. – Le ruisseau de Fief-Briant prend sa source dans la commune d’Angrie, près la ferme de la Rincerie, et vient se jeter, tout proche de Candé, dans le ruisseau des Grands-Gués. Après avoir formé le grand étang d’Angrie, qui existe toujours, il alimentait autrefois un étang créé en 1299 ou 1300 par un seigneur de Candé, Geoffroy IV de Chasteaubrient, qui lui donna la dernière moitié de son nom. Comme nous l’avons dit dans la notice consacrée à ce seigneur, la chaussée ayant été trop élevée, les terres environnantes, qui appartenaient à divers particuliers, furent inondées, et pour maintenir son étang au niveau qu’il avait choisi, Goeffroy de Châteaubeiant acheté, à la fin de l’année 1300, les prés et les champs qui l’avoisinaient. Nous avons retrouvé les détails de ces diverses acquisitions, qui furent toutes conclues à Angers :
Le vendredi après la fête de saint André l’apôtre, l’an de grâce 1300, Jean Coé, de la paroisse de Candé, vendit « à noble homme Jouffroy, sire de Candé et de Chasteaubriant, chevalier, tous les prés qu’il possédait en la rivière du Petit-Gué sise en la paroisse d’Angrie, proche l’étang au seigneur dessus dit, et tenus dudit seigneur à six deniers de cens, dus au jour de Saint-Nicolas de Candé ». La vente fut consentie pour le prix de quatorze livres dix sols de monnaie courante.
« Le mercredy emprès la feste de Toussainctz », Danion le petit, clerc de la ville de Candé, céda, pour la somme de neuf livres dix sols, à « noble homme Jouffroy, seigneur de Chasteaubriant, chevalier. » deux pièces de prés « lesquelles ledit chevalier avait nées en son estang que il avoit fait faire proche Candé, » et une autre pièce de pré joignant ledit étang.
« Le vendredy emprès la feste Sainct-Martin d’hiver, l’an de grâce mil et trois cens, » quatre nouvelles acquisitions furent conclues par Geoffroy de Châteaubriand :
Jean Le Baillif. de Candé, lui vendit un pré « situé en l’estang dudit chevalier. entre le pré du prieur de Saint-Nicolas et le pré de Jean Coé, au fief dudit prieur », pour le prix de soixante sols.
Joachim Grenet, de Candé, vendit une pièce de terre « sise en l’estang » pour cinquante sols.
Guillaume Legrand, de la ville de Candé. céda, au prix de quatre livres de monnaie courante, « deux pièces de pré que ledit Monsr Jouffroy avait nées en son estang que il a faict jouxte Candé. »
Enfin, Jouffray Guiton. de Candé. et Guillaume de la Turrière (?), de la paroisse d’Angrie, vendirent une pièce de terre et une pièce de pré, tenues du fief de Jehan Lantier à douze deniers de rente, et situées près la terre de Jean Coé, pour la somme de six livres de monnaie courante[1].
Au commencement du XVIIe siècle, des contestations s’élevèrent entre le baron de Candé et le seigneur d’Angrie, au sujet du niveau auquel devait être maintenu l’étang de Fief-Briant. Une note du 16 février 1625 donne les renseignements suivants : « L’étang est à main droite en allant de Candé à Challain. « La chaussée a une longueur de trois cents pas, et de largeur, pour chemin, treize à quatorze pas[2]. »
L’étang de Fief-Briant était situé dans le fief d’Angrie, ce qui donnait au seigneur de cette paroisse le droit d’y faire tenir l’eau suffisamment haute pour pouvoir y noyer les malfaiteurs condamnés à ce cruel genre de supplice De plus, il recevait quatre deniers pour chaque criminel « noyé et exécuté à mort « dans ledit étang. »  Ces droits furent abandonnés, le 3 mars 1634, par Charles d’Andigné, en retour du titre de châtellenie que le prince de Condé consentit à accorder à la seigneurie d’Angrie. Le même seigneur renonça en même temps à « prétendre aucun droit de fief ni de propriété au moulin à eau et à l’étang de Fief-Briant, ni en toutes les terres couvertes par l’eau dudit étang, lorsqu’il est en son plein[3]. »
L’étang de Fief-Briant, d’une contenance de vingt journaux environ, y compris les rivages, fut desséché à la fin du XVIIIe siècle.
Il est encore mentionné, avec le moulin à eau et les deux moulins à vent, dans l’aveu rendu, en 1787, par Charles-Clovis Brillet, chevalier, baron de Candé. Ce dénombrement lui donne les limites suivantes : à l’ouest, le moulin à eau ; au nord, des champs dépendants des métairies du Bois-Robert et de la Quiriaie ; à l’est, des terres et des prés de la ferme de la Boue et, au midi, d’autres champs de la Boue et du Bois-Robert.
L’ancien moulin à eau sert maintenant d’habitation au meunier qui dessert les deux moulins à vent placés sur une butte, à l’entrée de la ville de Candé. Ceux-ci ont été acquis, en 1890, par M. Robert, de Mme de Bats, née Grosbois, héritière de M. de Sailly.
[1] Archives du Gué. Copies vidimées du 27 novembre 1634 et du 17 janvier 1635.
[2] Idem.
[3] Archives de Noyant, reg. G.

Le droit de meltonnage dans la baronnie de Candé (1453), plus connu ailleurs comme droit d’abeillage

Je vous souhaite un bon réveillon dans la douceur des mouches à miel aliàs avettes.

Le sucre est récent dans notre histoire, et en tant que Nantaise, cette histoire est encore visible dans la cheminée de l’ex-sucrerie Beghin-Say, toujours dominant la ville de Nantes.
Le sucre ne devait pas être sur toutes les tables au XVIIème siècle, mais en 2023, notre alimentation française représente près de 2 millions de tonnes/an, soit en moyenne 35 kg de sucre par an et par Français, alors que la moyenne mondiale se situe autour de 20 kg. Donc en France c’est la douceur de vivre qui attire… entre autres.
Avant ce XVIIème siècle, seul le miel était douceur, et probablement pas sur toutes les tables. J’ai beaucoup de mal à imaginer la vie sans cette douceur sucrée, et j’en conclue que la vie de nos ancêtres était bien loin d’être douceur…

Puisque je vais vous parler d’abeilles, laissez-moi aussi vous conter que sans électricité, on s’éclairait à la bougie, sans compter les innombrables cierges de l’église catholique autrefois. Notre esprit moderne, croyant sans doute à la cire d’abeille, aurait sans doute tendance à croire que toutes ces bougies et cierges d’antan en était faits. Il n’en ai rien, et l’immense majorité des bougies et cierges de nos ancêtres étaient de saindoux, c’est dire que nos ancêtres jouissaient de l’odeur du saindoux brulé. Certes, ils avaient bien d’autres odeurs à subir… et nous avons aujourd’hui oublié que notre nez ne sait plus rien de tout cela et ne connaît plus que les bonnes odeurs…

J’ai trouvé la trace d’un droit sur les abeilles dans le chartrier de Candé in « Histoire de la baronnie de Candé » Comte René de l’Esperonnière, Angers, Lachèse Imprimeur, 1894, p. 342. Curieusement, ce droit sur les abeilles n’existe qu’à Candé, Angrie, Freigné et Challain, et il n’y a rien sur les autres paroisses.
Mais auparavant, je dois vous faire un peu de vocabulaire ancien et disparu de nos jours.
Avette est une forme régionale ou vieillie d’abeille. Ces deux noms sont issus de diminutifs de apis, le nom latin de cet insecte (Dictionnaire de l’Académie française, en ligne). Sur Gallica, en ligne, on constate que le terme Avettes était assez fréquent sur toute la France autrefois. Et vous allez même découvrir qu’on les appelait aussi Mouches à miel
Meltonnage est dérivé de miel et c’est le nom, rare et local, de l’abeillage. Dans l’Europe du Moyen-Âge, l’“abeillage” était un droit féodal autorisant les rois, seigneurs et abbayes de prélever une certaine quantité d’essaims, de ruches, de cire et/ou de miel dans les ruchers de leurs vassaux. Cela montrait bien l’importance accordée à cet aliment à cette époque.

Candé et Angrie

BOIS (le), ferme, — Le domaine et hébergement du Boys fut attribué à Olivier d’Andigné, par acte de partage du 30 juin 1392. – Août 1453. Jehan d’Andigné, sieur du Boys, fils de feu Olivier d’Andigné, était possesseur du droit de meltonnage dans les paroisses de Saint-Denis de Candé et d’Angrie. — 23 août 1498. Denis d’Andigné, écuyer, sieur du Boys, était tenu de fournir, en raison de son droit de meltonnage. trois flambeaux de cire à la table du baron de Candé, pour le souper qui terminait le jour de la réception de ses hommages. N’ayant pas rempli cette obligation, il fut condamné à une amende de sept sols six deniers qu’il paya ce jour , en la Cour de Candé. — L’année suivante. 1499. il rendit hommage de foi lige, pour ce même droit de meltonnage, à Françoise de Dinan. dame de la baronnie de Candé. — En 1519, noble homme Pierre d’Andigné était seigneur du Bois et en même temps de Maubuisson, paroisse de Challain. — Cette ferme fut réunie à la terre d’Angrie en 1656.
Propriétaire : Mme Hersart du Buron.

Challain

« Le 5 septembre 1582, Gabriel de Beauvau, chevalier de l’ordre du Roi, écuyer d’écurie du Roi, maître des Eaux et Forêts du pays et duché de Touraine, seigneur des Aulnais, etc., confesse être « homme de foy par trois fois, deux liges et une simple » de haut et puissant seigneur messire Antoine d’Espinay, au regard de la châtellenie de Challain, à cause et pour raison de son fief, terre et seigneurie des Aulnays[1] et partie du domaine d’iceluy. »

« Lesquels fiefs aux Bureaux et de la Sensie, j’ay et advoue droict de prendre, toute fois quantes que le cas y advient à escheoir, les deulx parts de ventes, yssues et autres esmolumens de fiefs, avesques les deulx parts de la finance et amandes de la quintaine… Et aussy, droict d’espaves mobiliaires et foncières, petites coustumes des denrées vendues, trocquées et eschangées… avec les deux parts du droit de meltonnaige d’avettes.. Aussy les deulx parts des proffictz et esmolumens de la cire provenant desdictes avettes et mousches à miel ; ensemble du miel d’icelles, en quelconques lieux et endroictz de votre dicte terre et seigneurie de Challain qu’elles puissent estre trouvées par espaves. Lequel droict et proffict de meltonnaige se receuille et lève par vos gens et par les miens, et se départ entre vous et moy, c’est assçavoir à vous pour une tierce partye et à moy pour les deulx parts, fors et réservé ès lieux de Gorieux, de la Haye et du Plessis-de Récusson , esquels lieulx je ne prends rien.

« Et pour raison desquels fiefs aux Bureaux et de la Sensye, je vous doibz et suis tenu poier par chascun an, au jour et terme d’Angevyne et my-caresme, par moytier, la somme de treize sols tournoys de taille sommable et païable, en la main de vostre chastelin ou recepveur. Avesque, je vous doibz et suis tenu vous poïer par chascun an, la vigille de Nouel, à cause dudict droit de meltonnaige, touteffois que vous et Madame vostre femme, ou l’un de vous, estes demeurans en vostre chasteau et mannoir dudict Challain, service de deux flambeaux de cire, à heure de disner, pesant chascun flambeau un quarteron de cire. »

Freigné

« De vous, très haut, très puissant, très excellent prince Henry de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang. premier pair de France…, baron de Candé…
« le 25 août 1634, Je, Louis de la Tour–Landry, chevalier des Ordres du Roy, seigneur marquis de Gilbourg et de la terre et chastelenie de Bourmont, connois et confesse estre votre homme de foy lige au regard de votre dite baronnie de Candé, à cause et par raison de madite chastellenie, terres, fiefs et seigneuries de Bourmont,
« Je advoue pareillement avoir tous droits d’espaves, forrestage, de meltonnaige, droit d’aubenaige, désérance[1], de congnoistre de toutes actions civiles et criminelles, et droit de jurisdiction ordinaire pour traiter mes sujets par ma Cour, tout ainsi que mes prédécesseurs et moy avons accoutumé d’en jouir.
[1] Jean de l’Espinière était sénéchal des Aulnais en 1566, 1577. – Pierre de Mariant, 1585, 1599. – Jacques de Mariant, 1601.
[1] DÉSHÉRENCE : Ce droit permettait ait au seigneur d’entrer en possession du fief d’un vassal décédé sans héritier revendiquant la succession.

L’ancienne maison du Breil existait encore à cette époque ; les termes employés pour sa déclaration sont identiques à ceux de l’aveu de 1622.

François de l’Esperonnière énumère les droits féodaux que nous avons précédemment mentionnés, droit de haute. moyenne et basse justice, de gibet à deux piliers, de poteau au pâtis Bousin, de quintaine, etc., etc., mais il déclare, pour la première fois, avoir droit de meltonage[1], et, qu’en vertu de la transaction du 18 avril 1668, ses sujets et vassaux, pour les actions qu’ils peuvent avoir entre eux, sont et demeurent justiciables de Bourmont »[2].
[1] Droit sur les abeilles.
[2] Archives de la Saulaye. »

Le meltonnage aliàs abeillage ne figurent pas dans le traité des fiefs

Il existe plusieurs ouvrages donnant les droits autrefois, et le meilleur en Anjou est le Traité des fiefs , par M. Claude Pocquet de Livonière,… Seconde édition
Je l’ai donc consulté longuement en ligne sur Gallica sans trouver autre mention que le droit d’épave, mais rien sur le meltonnage aliàs abeillage. Le voici , p. 595

« Pour ce qui est des Espaves mobiliaires, nos Coutumes les donne au moïen- justicier par l’art. 40. & quoique régulierement l’universalité des meubles soit mise au nombre des choses immeubles, le bas-Justicier ne peut pas revendiquer les meubles universels délaissés par Bâtardise ou Desherence, comme une espece d’Es pave fonciere ou immobiliaire mais lesdits meubles appartiennent au moïen-Justicier par les art. 41. & 2<58.
De ces Espaves mobiliaires qui appartiennent au moïen-Justicier dans notre Coutume, comme nous venons de le dire, il en faut excepter l’Espave du Faucon & du Destrier qui appartient au Baron, à l’exclusion de tous autres Seigneurs inferieurs par l’art. 47. de la même Coutume d’Anjou, qui explique ce que c’est que destrier.
Il en faut encore excepter les Espaves des Mouches à miel, que notre Coutume appelle Avettes, & qu’elle donne au Seigneur bas-Justicier, à la charge de les partager avec le proprietaire du fond, suivant les art. 12. & 13. »

Droit d’espave. « Droit seigneurial par lequel une chose égarée et non réclamée appartient à un seigneur haut justicier« 

Les habitants du village de Montlambert (Angrie, 49) devaient au seigneur un gant blanc rendable la nuit de Noël au banc du chastelain en l’église.

 

MONTLAMBERT, village. – Ancien fief, où le prieur de Saint-Nicolas de Candé avait droit de moyenne et basse justice. Il appartenait avant le XVIe siècle à une famille de ce nom. A l’assise tenue à Candé, le 6 février 1499, Jehan de Monlambert s’avoua sujet du seigneur de Candé pour raison de ses lieux de Monlambert et de la Myotaye, et reconnut devoir, de rente annuelle : au seigneur d’Angrie, deux boisseaux de seigle et cinq boisseaux d’avoine menue, et au seigneur de Roche-d’lré, six boisseaux d’avoine menue. — Le 8 novembre 1559. les détenteurs du village de Montlambert furent condamnés à dix sols d’amende pour avoir ouvert « une carrière à pierre et à ardoise, » et à payer à l’avenir le douzième des ventes, pour le droit de forestage. — Le 15 septembre 1667, Michel Gohier et consorts, détenteurs du village, reconnaissent devoir au seigneur d’Angrie, au terme de Notre-Dame Angevine : dix-huit boisseaux d’avoine, mesure ancienne de Candé, vingt-trois boisseaux de seigle, même mesure, douze gerbages[1], six oies, six gélines, trente-six sols six deniers oboles tournois en argent et un gant blanc. – De plus, ils devaient au seigneur de Roche-d’Iré dix-huit boisseaux d’avoine. – En 1789, le village de Montlambert comprenait neuf closeries qui relevaient d’Angrie et étaient soumises aux mêmes redevances ; le gant blanc était « rendable la nuit de Noël au banc du châtelain, en l’église d’Angrie. »

Six fermes. – Propriétaires : MM. Hallopé, Thouron, Chevalier, L. Robert, Peltier et Mlle Pécoul.

[1] Le GERBAGE était un droit levé sur les gerbes.

in « Histoire de la baronnie de Candé » Comte René de l’Esperonnière, Angers, Lachèse Imprimeur, 1894, p. 370

Voici la définition complète de GANT selon le Dictionnaire du Moyen Français sur ATLIF : Je vous ai mis en rose la définition qui concerne le gant dû au seigneur à Noël, car c’est clairement indiqué dans ce dictionnaire.

GANT, subst. masc.
[T-L : gant ; GD : gant1 ; GDC : gant ; DEAF, G121 gant ; AND : gant ; FEW XVII, 505b,506a : *want ; TLF : IX, 69b : gant]

A. –

« Pièce de l’habillement qui recouvre la main«  : Je soushaide que tels gens fussent En païs ou il ne sceüssent Chemin, ne voie, ne sentier ; Si n’eüssent housel entier, Gant, mouffle, mitte, n’esperon, Housse, chapel ne chaperon ; Et si feïst si grant froidure, Comme il doit faire par nature A Noël, pour vëoir la guise… (MACH., D. Lyon, 1342, 203). L’autre toloit le queuvrechief A s’amie dessus son chief, Moufles, gans, houlette ou sainture, Et s’en fuioit grant aleüre. (MACH., D. Lyon, 1342, 214). Colin Guerart, demourant à Chastres soubz Montlehery, laboureurs de draps ; com Verart des Ermences, près de Ableville, faiseur de gans (Reg. crim. Chât., I, 1389-1392, 320). …et, ce fait, mist un gant en l’une de ses mains, et un chascun desdiz botereaulx print par le pié, et iceulx, chascun à par soy, mist en un pot de terre neuf que portez avoit avec soy oudit jardin (Reg. crim. Chât., II, 1389-1392, 330). …une paire de gans (Reg. crim. Chât., II, 1389-1392, 216). PREMIER BERGIER. (…) Quant mes ganz faitiz mis avray Et mon chappellet de festus O mon tabart qui est veluz Et bien faiz de tresbon bureau, Ne seray je pas bien et beau (…) ? (Gris., 1395, 46). Item, et avec ce sera fait don et present, audit jour, par ledit maire desdiz religieux et un d’iceulx religieux au premier huissier de Parlement (…) de ungs gans et une escriptoire (Paris domin. angl. L., 1426, 232). Gans pertuysez, Chappeaulx frisez, Taillez a tort et a travers, Souilliers decoupez et percez, Et d’aultres faintises assez (ALECIS, Blas. faulses am. P.P., a.1486, 242).

[Différencié selon la matière de confection] Gant de cerf/gant de lievre/gant d’agneau/gant de laine… : Mace le Boursier, gantier du Roy, pour 6 paires de gans, tant de chevrotin comme de canepin (Comptes argent. rois Fr. D.-A., I, 1352-1360, 135). …une paire de gans de cerf à fauconnier, baillée à Maxe, le barbier dudit seigneur (Comptes argent. rois Fr. D.-A., I, 1352, 136). Les chapeliers qui font des gans de laine et des bonnets, peuvent employer la laine, le poil et le coton (Ordonn. rois Fr. S., t.4, 1366, 702). …pour 6 paires de gans de lièvre, livrées pour ledit seigneur à Poincet, sommelier de son corps (Comptes argent. rois Fr. D.-A., I, 1352, 136). [8 fr.] pour 4 paires de gans de chamois tannez, brodez et fourrez de gris et menu vairs, baillez à Mgr (Invent. mobiliers ducs de Bourg. P., t.1, 1375, 428). À ung gantier de la ville d’Aix, pour II paires de gans de chevrotin (Comptes roi René A., t.2, 1417-1480, 358). Item VII pareils de gans blancs de camoix. (CAUMONT, Voy. N., p.1420, 81). Tu te disies Emanüel. Encore vaulx tu mains q’ung aigneaul, Car de sa peau on fait des guans ! (Pass. Auv., 1477, 212).

[Employé pour une punition] : Aussi tout que Roland eu finé sa paroulle, son oncle l’empereur, moult indignez contre luy, a grant melancolie de son gant destre, qui estoit riche et broudés d’or, va donner a travers le visaige de Roland et l’attaint tellement sur le nés que le sang en vint habondamment du coup (BAGNYON, Hist. Charlem. K., c.1465-1470, 32). Se il te frappa de son gant par maniere de correction, devoyes tu tirer ton espee sur luy ? (BAGNYON, Hist. Charlem. K., c.1465-1470, 34).

[Différencié selon l’usage]

ARM. « Pièce d’armement couvrant la main«  : …celluy qui sacque armes molues soixante lb. par (…) celluy qui fiert de baston ferré ou affaitié de pierre ou la main garnie de gand ou aultre chose, dix lb. (Hist. dr. munic. E., t.1, 1402,,, 208). …à Bernard (…) présentement lui ay baillé III fo pour achapter ungs gans de maille, une sallade et ung boucler (Comptes roi René A., t.1, 1478, 385).

Rem. Doc. 1349 (Men auketon, mes wans de fier) ds GDC IX, 682b ; pour la description et l’évolution de l’équipement militaire cf. Beaulieu-Baylé, Le costume en Bourgogne, 1956, 159.

En partic. Gant de baleine/gant de fer/gant de plates. « Gantelet«  : 6 paires de lons wans de baleine (…) 7 paires de wans de plattes, s’en sont les 3 paires de laiton (Doc. 1358. In : GAY I, 762). Et estoient armés la grigneur partie de maillès, de huvettes, de capiaux de fier, d’auquetons et de gans de balaine (FROISS., Chron. R., XI, c.1375-1400, 44). Défense de porter (…) wans de fiers à picos (…) sur 60 s. de fourfait (Doc. 1395. In : GAY I, 763).

COST. MILIT. Gant à tirer (à l’arc) : À ung gantier, pour cincq gans à tirer de l’arc, prins par mondit seigneur l’escuyer (Comptes roi René A., t.1, 1479, 399). …pour six gantz à thirer par luy livrez aux six frans archiers de ladicte ville. (Fr. arch. Compiègne B.H., 1487, 205). …XX s.p. pour avoir fait et livré trois custodes de cuir blanc et rouge à mettre trousses de flesches, six gantz à tirer et six aultres paires de gantz, quy ont esté baillez aux six frans archiers de la ville. (Fr. arch. Compiègne B.H., 1487-1488, 205).

FAUCONN. « Gant destiné à recouvrir la main du fauconnier pour la protéger des serres de l’oiseau«  : …pour un gant senestre, à fauconnier, livré audit mons d’Orliens (Comptes argent. rois Fr. D.-A., I, 1352, 138). [[12 fr.]] pour 6 paires de gans pour les fauconniezrs de Mgr (Invent. mobiliers ducs de Bourg. P., t.1, 1374, 385). …VIJ paire de gans à fauconnier : C’est assavoir, une paire de chamois fourré de gris pour le maistre Fauconnier, pour ce 48 s. p. Item, une paire doublés d’ iraingne de Malines, 48 s. p. Et les autres V paire sont tous senestres, à fauconnier, et a chascun gant VJ longes (Comptes argent. rois Fr. D.-A., II, 1387, 220). [D’une variété d’éperviers]…et mesmes quant on les paist ilz estraignent et saillent au visaige et mordent (et couvient avoir ung gant en la main destre, dont les doiz du gant soient couppez, pour doubte des esgratinures) et portent voulentiers au couvert. (Ménagier Paris B.F., c.1392-1394, 151). Et lors monte ly preudoms les degrez de la sale, et le roy aprez. Et quant ilz furent en la sale, si voient a un des boux une perche qui estoit de la banne de la licorne, et ot dessus estendu une piece de veloux, et fut l’esprevier dessus, et le gant emprez lui. (ARRAS, c.1392-1393, 303). Item, quant est de Merebuef Et de Nicolas de Louviers, Vache ne leur donne ne beuf, Car vachiers ne sont ne bouviers, Mais gans a porter espreviers, Ne cuidez pas que je me joue, Et pour prendre perdrys, ploviers, Sans faillir… sur la Machecoue. (VILLON, Test. R.H., 1461-1462, 90). [R.H., Comment. Test., 153-154 ; Thiry, 174.]

.

[P. iron., dans le lang. d’un bourreau, en parlant des chaînes mises à un prisonnier] : Veyci souliers a quoy on dance Et gans pour pourter esparvier. (Myst. st Sébast. M., c.1450-1500, 83).

Gants (pontificaux)/gants de prelat. « Gants liturgiques remis à l’évêque lors du son sacre et qu’il utilise pour porter la crosse«  : Ungs gans pour prélat, pontifficaulx, garniz, par les poignez et dessus la main, de Agnus Dei de grosses perles ; et est ledit ouvrage de maçonnerie de grosses perles. (Invent. mobilier Ch. V, L., 1379-1391, 136). …uns gans pontificaux, garnis et estoffez de perles (Ch. VI, D., t.2, 1420, 368). Une paire de gans pour prélat que le roy porte avant lui, et sont garniz sur les poingnez et sur les mains de Agnus Dei de menues perles, prisé 4 l. – Uns autres petits gans à prélat de broderie sur champ d’or (Doc. 1424. In : GAY I, 761). gans de prélat fais à l’esguille sur lesquels a 2 fermaulx d’or esmaillés (Doc. 1461. In : GAY I, 761).

[Gant utilisé comme réceptacle, comme bourse] : LE PAPE. (…) Mais que me bailles les deniers Que j’en demant. LE BOURGOIS. Sire, vez les ci en ce gant Et en ce sachet cy de cuir. (Mir. pape, 1346, 361). …X sols en menue monnoye, qui estoient mis et envelopez en un petit drapeau de linge blanc, et ycellui drapeau enté et bouté en un gan. (Reg. crim. Chât., I, 1389-1392, 6). A quoy dist ledit Meingot qu’il lui donneroit deux blans pour en avoir une [une poulaille], lesquelz deux blans ledit Julien lui bailla, et les mist en son gan. (Ecorch. Ch. VII, T., 1441, 467). Et quant elles furent dessus [les reliques], ce qui demoura sur le premier drappeau, sur quoy elles estoient comme aulcunes scintilles, il les prist devotement et puis les mist en son gant. (BAGNYON, Hist. Charlem. K., c.1465-1470, 173).

[Gants portés par le bourreau pour attacher ou exécuter un condamné] : Au pendeur pour un blans wans pour mettre Mathieu Glore en l’eskele pour che qu’il s’estoit aidés de fausses lettres et y fu mis par 3 jours, 16 d. (Doc. 1342. In : GAY I, 759). Pour les wans du pendeur, 12 d. (Doc. 1344. In : GAY I, 759). A Jacques Ernoul, sergent et officier de la haulte justiche de la ville d’Amiens (…) Pour cordes et wans livrés pour icellui Jacques Ernoul, et pour ce à lui payé 2 s. (Doc. 1421. In : GAY I, 759). BOURREAU. Tendez ung peu le col, tendez, Car vous serez tantost fringans. Mon vallet, baille moy mes gans, Car il me convient faire office. (LA VIGNE, S.M., 1496, 311). Adonc le montent a l’eschafault, et Bruslecosté met ces gans et seint ung couvrechief (Myst. st Laur. S.W., 1499, 208).

Rem. Cf. GAY I, 759a s.v. gant : « l’exécuteur des hautes oeuvres s’en sert pour attacher au gibet les criminels et les suicidés ».

B. –

[Valeur symbolique du gant]

1.

[En signe de soumission] : Adonc respondi li rois de France, si com je fui depuis enfourmés, ou deubt respondre : « Et je me rench à vous », et li bailla son destre gant. (FROISS., Chron. L., V, c.1375-1400, 55). Si descendi de son coursier, et vint à l’escuier et dist : « Ren toi ! » Chils qui entendi son langage, respondi : « Ies tu gentils homs ? » Et li bastars dist : « Oïl. » – « Donc me rench je à toi. » Et li bailla son gant et son espée. (FROISS., Chron. R., IX, c.1375-1400, 259). Chils prist le roi d’Escoce par vaillance de corps et d’armes, et ot son gant et le fist fiancier a lui. (FROISS., Chron. D., p.1400, 781).

2.

TOURN. [En signe de défi] « Gant jeté comme gage de combat«  : « …et s’il vuelt faire la bataille, si le me face savoir briefment, car je sui en bonne voulenté ». Dont leur bailla un gant ployé par mi ; et les message le receurent et puis se mirent au retourner sanz plus attendre. (Bérinus, I, c.1350-1370, 167). Et a ce mot la dame le revesti par un gant de faire la bataille, et Aigres le reçut a moult grant joie, pour quoy il fut cellui jour prisié et honnoré. (Bérinus, II, c.1350-1370, 140). …j’en feray bataille Contre toy (…). Vezci mon gant. (Mir. marq. Gaudine, 1350, 164). Alors, quant tous seront en point, laquelle chose leur sera demandee, le mareschal, par nostre ordonnance, yra vers le millieu du champ, qui portera le gant du gaige en sa main. Lequel, a haulte voix, par troiz foiz dira : Laissiez les aller ! (…) Et a la derraine parolle gettera le gant au millieu des lisses. (LA SALE, Salade, c.1442-1444, 221). …et luy mist sus et de faict, qu’il avoit meurdry son parent recelléement, et luy jecta ung gand pour gaige, et le vouloit combatre à l’escu et au baston (LA MARCHE, Avis gage bat. P., c.1494, 18).

[Dans un cont. métaph.] : Dangier, je vous giette mon gant, Vous apellant de traïson, Devant le Dieu d’Amours puissant Qui me fera de vous raison : Car vous m’avez mainte saison Fait douleur a tort endurer, Et me faittes loings demourer De la nompareille de France. (CH. D’ORLÉANS, Ball. C., c.1415-1457, 65).

[En signe de consentement] : Mais Reynier perdoit bien sa payne, car le roy luy avoyt desja donné son gant en signe de licence. (BAGNYON, Hist. Charlem. K., c.1465-1470, 39).

3.

DR. FÉOD. « Droit du seigneur dans les mutations de fief« 

Rem. Doc. 1447 (…tous les wans qu’il appartient a avoir a toutes heritanches et reliefs.) ds GD IV, 217c.

[Redevance annuelle due au seigneur (ou à son lieutenant)] : …ledit Noël n’est tenu poïer aucune chose (…) fors seullement uns gans du pris de trois deniers tournois à la recepte de Conchez chacun an au terme saint Remy. (HECTOR DE CHARTRES, Cout. R., 1398-1408, 299). Item, ilz doivent avoir fueillée pour leurs loges de la foire de saint Laurens. Et pour ce doivent païer au verdier et aux sergens ledit jour à chacun uns gans ; ou le verdier ou son lieutenant peut arrester la boiste. (HECTOR DE CHARTRES, Cout. R., 1398-1408, 324).

.

En partic. Gant blanc (de devoir) : …nostre dit chevalier et chambellain, ses hoirs, ses successeurs et ceuls qui ont ou auront cause d’eulz, tendront la dite rente de nous et de noz successeurs, et de ceus qui ont ou auront cause de nous et de eulz, à deux paires de ganz blanz rendables chascun an aus termes dessus diz (Doc. Poitou G., t.1, 1330-1333, 372). …il avoit baillié à Macé Guarnier, vallet, et aus siens, à heritage perpetuel, toutes les choses heritaux, tant terres, rentes et autres choses qui jadis furent monsieur Thiebaut Chastignier et Alain de la Forest (…), pour un gans blans de devoir, en la quelle baillie nostre dit chier amé filz avoit reservé et retenu pour nous le usufruit des dictes choses (Doc. Poitou G., t.3, 1350, 25).

[Dans un cont. métaph.] : Lors pris mes gans, si li tendi ; Dont il qui bien y entendi Les prist, et puis si les laissa ; Après un po se rabaissa, Si que secondement les prist, Puis les laissa, puis les reprist, En signe de moy moustrer voie Que trois amendes li devoie. Moult bien le me signefia, Et pour verité m’affia Qu’il les me couvenroit paier. (MACH., J. R. Nav., 1349, 276).

[Employé à propos d’une surface, exprime la petitesse de celle-ci] : …se je l’ay a tort la couronne enquergnant Au voloir Ciperis me seray obligant, Car a tort ne tenray ja de terre plain gant. (Cip. Vignevaux W., p.1400, 162).

Rem. Cf. F. Möhren, Renforcement nég., 1980, 141-142.

C. –

[Empl. avec une nég. pour exprimer une valeur minimale] : Jeunece sui, la legiere, La giberresse et coursiere, La sauterelle, la saillant Qui tout dangier ne prise un gant. (GUILL. DIGULL., Pèler. vie hum. S., c.1330-1331, 369). …De si faite vantise je n’en donroie un gant (Voeux héron G.L., c.1346, 93). …s’il est aussi vaillans, Hardis et corageus, aussi entreprendans, Comme il est grans et lons, postiex et souffissans, Vers cestui ne valut Olivier né Roelans. Chertez, s’il n’est hardis, il ne vault pas .ij. gans, Fors pour faire jalous et nous et nos enfans (Baud. Sebourc B., t.1, c.1350, 80). Amis, je vous prie et commant Dez meilleurs armeüres vous allez adoubant, Car les vostres ne vallent la montance d’un gant. (Flor. Octav. L., t.1, c.1356, 90). Le fer de l’espée fu tranchanz, Ly escu ne valut .ij. ganz (THOM. SALUCES, Chev. errant W., 1394, 453). Je ne acompte ung gant, Talent n’ay de menger ne boire tant ne quant, Mais de veoir l’estat ay le cuer desirant. (Gir. Vienne D.B., c.1350-1400, 161). Ainsi va Dagoubert Ciperis manechant, Mais le conte ne le doubte la montance d’un gant. (Cip. Vignevaux W., p.1400, 93). …telz motz ne vault ung gant (Cip. Vignevaux W., p.1400, 99).

Rem. Cf. F. Möhren, Renforcement nég., 1980, 136-141.

D. –

P. métaph.

1.

« Profit«  : Tu as basty plusseurs dictz elegans, Plaisans a ceux qui voeullent voir et lire, Sy qu’en cest art pour le pris et les gans On t’a volut maistre et docteur eslire (MOLINET, Faictz Dictz D., 1467-1506, 835).

Avoir les gants. « Avoir les profits«  : Aufemont, Viez Pont, Enguerrans, Beaumont, Bouteillier, j’ay des gans Du pais ou il fault combatre (DESCH., Oeuvres R., t.7, c.1370-1407, 58). …dire que fames n’ont pas acoustumé d’en parler ainsy plainnement, dame Eloquance n’en aura pas les gans. (COL, Resp. deux traités H., 1402, 96). …mais ce ne fut point si tost que la rouyne Blanche et la Belle Geande ne lui venissent a l’encontre nomcier la venue du roy son mary, car chascune en vouloit avoir les gants pour les premieres nouvelles [« avoir le privilège d’annoncer les premières nouvelles »]. (Percef. IV, R., c.1450 [c.1340], 180).

2.

[Cont. grivois] : Item, laisse et donne en pur don Mes gans et ma houcque de soye A mon amy Jacques Cardon, Le glan aussi d’une saulsoye, Et tous les jours une grasse oye Et ung chappon de haulte gresse, Dix muys de vin blanc comme croye, Et deux procés, que trop n’engresse. (VILLON, Lais R.H., c.1456-1457, 18).

Rem. Burger, 68 ; Thiry, 70 ; Di Stefano, 130.

[À propos d’une femme] : Croy que le premier qui vendra Et fera ce qu’appartendra, La foy promise, c’est du mains. A lui complaire contendra : Femme est ung gand a toutes mains. (MARTIN LE FRANC, Champion dames I-II, P., 1440-1442, 209).

Avoir les gants (d’une femme). « Avoir avec elle un commerce charnel«  : AFFRICQUEE. Ennement, estes le premier A qui ja mais me consenty. LE SOT. Le sang bieu ! vous avez menty, Sauve l’honneur des assistans, Il n’en aura ja mais les gans, Ja mains n’en sera le centiesme. [« il ne sera rien moins que le centième »] (P. Jouh. D.R., a.1488, 29).

Rem. Cf. cet ex. tiré des Farces, Cohen XXII, v. 205-206 : Quoy je cuydoie avoir les gans, Mais à ce que je voy j’en suis veufve. cf. en outre FEW XVII, 506a.

.

[P. allus. à une chanson] : GUILLOT (varlet, en chantant). « Hau ! les gans, bergere ; Hau ! les gans, les gans ! » (Retraict T., c.1490, 198).

Gant (des noces) : « …Vous arés Florantine, demain l’espozerés ! G’irait querre le preste, demain la plevirés ! Arai ge ung gans dez nopcez quant vous la pranderés ? » Et quant Lions l’antant, si an fuit moult yrés (Lion Bourges K.P.F., c.1350, 161).

Rem. Sur le sens de cette expression cf. : Lion Bourges K.P.F., c.1350, 1089, note sur le vers 5065 : «Allusion à la coutume, attestée dès le quatorzième siècle, selon laquelle on donnait le jour d’un mariage quelques coups aux invités pour fixer dans leur mémoire le souvenir de la cérémonie et du lien contracté» ; cf. aussi : H. Lewicka, Les Comp., 1968, 74 : «sens figuré, peu clair, probablement « maladie vénérienne due à la noce »» ; nous suivons les explications d’O. Jänicke qui, dans le cr. sur ce même ouvrage, Vox rom. 29, 1970, 331, considère de noce non pas comme un syntagme mais comme un emploi occasionnel par lequel, celui qui parle, envisage le mariage comme suite probable de ses relations intimes ; voir aussi J. Rychner, A. Henry, VILLON, Test, t. II, Commentaire, 98-99.

DMF 2020 – Article revu en 2015

 

La bûche de Noël de nos ancêtres : Trefouel, Trefoueil, Trifoueil

C’est bientôt Noël. Aussi je vous remets ce que j’avais autrefois publié sur la bûche de Noël de nos ancêtres, car leur vraie bûche dans la cheminée est bien l’ancêtre de votre bûche glacée.

A cette occasion redécouvrez la vraie bûche de Noël, à travers ce qu’il ressort des chartriers angevins que j’ai pu lire.

Le 21 avril 1595 à Cherré, Maine-et-Loire, apparaît la plus ancienne mention locale du patronyme TREFOUEL, TRIFOUEIL, TREFOUEIL, TRIFFOUEIL. Julien Trifoueil y est déjà marié à une anvegine. Ils sont les auteurs de tous les porteurs du patronyme en Anjou, avec une remontée d’un descendant vers Laval. Voir mes travaux sur les familles TRIFFOUEIL

Le dictionnaire étymologique des patronymes de M. T. Morlet, 1991, précise :

« bûche de Noël et qui doit durer les trois jours de fête ». De son côté le Littré, 1877, renchérit « Dans le parler normand, grosse bûche, dite quelquefois bûche de Noël, H. MOISY, Noms de famille normands, p. 437. Étymologie : Bas-latin trifocalium, siége pour se tenir auprès du feu ; de tri, trois, et focus, foyer ; composition qui permet aussi trefouel au sens de grosse bûche de foyer. ».

Me voici donc une nouvelle fois sur la route Normande que j’appelle volontiers « la route du clou ». En effet, le patronyme est actuellement représenté en Seine-Maritime (23 porteurs) et Calvados (10). On connaît aussi à Paris la place Trefouel, point de Velib, à l’angle de la rue de Vaugirard et du boulevard Pasteur dans le 15e.

Julien Trifoueil, mon angevin, vient donc manifestement de Normandie, avant 1595. Quelques années plus tard, son fils Mathurin, né à Cherré en 1597, épouse à Champigné en février 1618 Adrienne BUCHER, de la famille Buscher qui donnera un maire d’Angers aux armes parlantes : un bûcher.
Je descends de ce couple : grosse bûche de Noël x bûcher ! Cela ne s’invente pas !
Mieux, ils ont dû me transmettre quelque gêne, puisque depuis plusieurs années, j’ai découvert en Anjou des traces de cette coutume féodale du Trefouel, plus vive dans l’Est.
C’est bientôt Noël. A cette occasion redécouvrez la vraie bûche de Noël, à travers ce qu’il ressort des chartriers angevins que j’ai pu lire.
Cette ancienne coutume de Noël (la bûche de Noël), droit féodal, consistait à mettre le tréfaut (trifoueil, treffoueil), grosse bûche ou souche, dans la cheminée du seigneur la vigile de Noël, afin qu’elle y brûle 3 jours. Le seigneur fournissant la souche, les hommes leurs bras. Puis, la cendre obtenue était distribuée car source de bienfaits inestimables.
On la rencontre rarement en Anjou, mais visitez le lieu parlant

du Feudonnet (feu donné) à Grez-Neuville

    1. (beaucoup de détails)

Puis, le lieu parlant de Noëllet

et aussi la Bourelière dans la cheminée du Grand-Marcé, et la Gavalaie dans celle du Petit-Marcé à Challain

Joyeuses fêtes de Noël auprès du tréfouel, si toutefois vous avez la cheminée de la bonne dimension…. voir une cheminée, car dans les tours, comme c’est mon cas, pas de cheminée !

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

Cet article était paru en 2007, mais je vous le déplace ici compte-tenu de son intérêt pour ce jour.

PS : à l’instant je reçois des voeux du Canada, avec photos, sous 60 cm de neige. Ils y sont heureux car eux, ils ont apprivoisée la neige sans se plaindre. Et ils me disent ahuris leur étonnement d’avoir entendu à la télé qu’en Europe on se plaignait !