LA SÈVRE NANTAISE – Emile Péhant, Jeanne de Belleville, CHANSON DE GESTE En plusieurs poèmes distincts, 1868

Cette chanson de geste, long, très long poème à la gloire d’Olivier de Clisson et sa femme Jeanne de Bellevile, écrit par Emile Péhant, est numérisé sur GALLICA, et j’ai seulement remis en forme le texte après avoir corrigé les quelques erreurs de texte de la machine. J’ai l’intention de vous remettre d’autres passages, tant c’est beau ! Ce jour je vous mets la Sèvre Nantaise…

TOME II
QUATRIÈME PARTIE

LE SERMENT.

  • I. LA SÈVRE NANTAISE.

Oui durant les longs jours de la saison brûlante,
Où le corps allangui traîne une âme indolente ;
Quand le rayon moins vif du soleil qui descend
Laisse enfin votre souffle attiédir votre sang ;
Quand le vent endormi se réveille et se lève ;
Quand l’esprit qui se calme à ses soucis fait trêve :
Oui, c’est plus qu’un plaisir, c’est une volupté
D’être par un bateau mollement emporté
A travers la fraîcheur d’une eau limpide et lisse,
Qui devant votre proue en angle aigu se plisse,
Ou vous suit en chantant, moins rapide que vous.
Comme tout prend alors des tons charmants et doux !
Ici, les longs carex courbés par le sillage ;
Là, le clocher qui pointe au-dessus du feuillage ;
Ici, les saules creux penchant leur front sur l’eau ;
Là-bas, le bourg qui grimpe aux rampes du coteau ;
Et le toit isolé qui blanchit et qui fume ;
Et l’horizon lointain déjà voilé de brume ;
Et, dans le fond du ciel, ce grand soleil en feu
Qui se couche dans l’or, sous un riche dais bleu !
Sur ces enchantements étendez le silence,
Votre cœur enivré prie et vers Dieu s’élance.

Mais si toute rivière offre à l’œil ces tableaux,
Qui, dépeints mille fois, semblent toujours nouveaux,
Comme leur charme augmente et parle mieux à l’âme,
Lorsque ces fraîches eaux que vous ouvre la rame,
Au lieu de serpenter aux bords plats d’un marais,
Longent de hauts coteaux chargés de bois épais !
A chaque tournant brille une grâce nouvelle,
Et la dernière vue est encor la plus belle.

Telle est la Sèvre ; aussi quiconque a vu son cours
L’admire autant que l’Erdre et s’en souvient toujours.
Avec leur frais silence, avec leurs eaux dormantes,
L’Erdre et la Sèvre sont comme deux sœurs charmantes
Entre qui l’œil hésite ; et pourtant je sais bien
Qui, moi, je choisirais… Mais chut ! n’en disons rien.

Le bateau qui portait Jeanne de Belleville
Depuis longtemps déjà glissait sur l’eau tranquille.
Grâce à ses trois rameurs, trois robustes lurons,
Dont un tenait la barre et deux les avirons ?
Il avait, près du bourg, pu franchir, sans encombre,
Les défilés formés par des rochers sans nombre,
Qu’un souffle de tempête arracha du coteau
Et qui sur leurs flancs bruns faisaient écumer l’eau.
Laissant bien loin là-bas la cascade qui gronde,
On nage maintenant dans une eau très-profonde,
Mais dont le lit parfois se resserre à ce point
Que des bords opposés chaque arbre se rejoint.
Si longtemps qu’un bas-fond ou des passes étroites
Offrirent des dangers pour des mains maladroites,
Olivier, attentif à l’écueil évité,
Admira les rameurs et leur dextérité ;
D’un regard curieux suivant chaque manœuvre,
Il voulut bien souvent mettre la main à l’œuvre,
Et les marins , joyeux des efforts de l’enfant,
Qui, si l’esquif passait, souriait triomphant,
Battirent des deux mains, quand sa gaffe rapide
Ecarta, d’un coup sûr, une roche perfide.
Pendant ce temps, Herblain et Jeanne, assis tous deux,
Repaissaient leur douleur de souvenirs hideux,
Regardant sans rien voir, dans un morne silence.
Mais quand loin des bas-fonds la barque enfin s’élance
Et, laissant à la rame entière liberté,
Sur un large courant glisse en sécurité,
Le bouillant Olivier, qui ne sait plus que faire,
En franchissant les bancs, s’approche de sa mère :
– « Je suis peu curieux et vous le savez bien,
Car de tous vos secrets vous ne me livrez rien ;
Mais je n’en garde pas une âme plus chagrine :
Ce qu’on veut me cacher, mon esprit le devine.
Vous ne m’avez point dit quelle grave raison
Nous fait, quand on y danse, abandonner Clisson ;
Eh bien , mère, avec vous je parie, et, pour gage,
J’offre ces verts lauriers conquis par mon courage,
Que vers Nantes, tous trois, si nous voguons ce soir,
C’est qu’enfin s’accomplit votre plus doux espoir. »

Jeanne à ce mot d’espoir frémit ; son cœur qui souffre
Revoit, sous cet éclair, les profondeurs du gouffre
Où tout ce qu’elle aimait, hélas ! s’est abîmé
Attirant dans ses bras cet enfant bien-aimé
Qui creuse à son insu sa cruelle blessure :
-« Ce soir tu sauras tout, cher fils, je te le jure ;
Mais, si tu ne veux pas me déchirer le cœur,
Oh ! ne me parle plus d’espoir ni de bonheur. »

-« Je ne sais pas pourquoi vous m’en faites mystère :
Si vous quittez Clisson, où l’on fête mon père,
C’est qu’il est de retour, pour moi c’est évident,
Et qu’avec notre duc à Nante il nous attend…
Il pourra m’embrasser sans trop courber sa taille,
Car j’ai grandi beaucoup… A défaut de bataille,
Il me racontera ses hauts faits au tournoi…
Crois-tu qu’il ait les prix que lui donna le Roi ?…
Ma mère, qu’avez-vous ? votre joue est bien pâle ! »

« Eh ! ne voyez-vous pas que votre mère râle ? »
S’écrie Herblain, debout et presque impérieux.

« Oh ! ce n’est rien, dit Jeanne, et je suis déjà mieux, »
Poignante est la douleur : si Jeanne la surmonte,
Ce n’est qu’à grands efforts que son âme se dompte ;
Cherchant donc un prétexte au hasard pour souffrir :
« O le cruel enfant, qui me fera mourir ! »
Dit-elle, en retenant Olivier, qui se penche
Pour cueillir au passage une large fleur blanche ;
Et, pouvant soulager enfin son cœur trop plein,
Jeanne pleure à son aise, en regardant Herblain.

Son fils lui saute au cou, l’embrasse et la rassure :
« Le péril n’était pas bien grand , je te le jure ;
Mais je sais qu’une femme est prompte à s’effrayer.
Allons, ne pleure plus : je m’en vais essayer
D’être, puisque d’un rien tu te fais un fantôme,
Tranquille comme un ange… ou mon frère Guillaume,
Qui, depuis le départ, dort là d’un si bon cœur. »

Et, donnant, en passant, un baiser au dormeur,
Olivier va s’asseoir, soufflant une fanfare,
A côté du marin dont la main tient la barre :
« Beau marinier, dit-il, puisqu’il faut rester coi,
Si tu sais quelque histoire, eh bien, conte-la moi. »

du Quai des Fumiers à la Cale au Foin : le quai Magellan, Nantes 1840

Il existe sur le site des Archives Départementales une vue splendide de la cale au foin, hélas elle se cache sous un nom totalement erroné : CHARGEMENT DE PAILLE ET FOIN, AU FOND LE PONT DE PIRMIL 33Fi112

  • rassurez vous, on ne charge pas de foin à Nantes, on décharge, car le foin ne pousse pas à Nantes, et la ville fait venir par chalands le foin. En effet Nantes, avant l’automobile, compte de très nombreux chevaux pour ses déplacements et transports.
  • rassurez vous, le pont est celui de la Madeleine et non celui de Pirmil

La véritable légende est donc :
Déchargement à la cale au foin quai Magellan, au fond le pont de la Madeleine

Cette cale au foin quai Magellan a un bien belle histoire. En effet, elle date de 1840, voici comment :

  • quai Magellan

(Notes de M. J. Forest, par Paul de Berthou, manuscrit aux Archives Municipales de Nantes)

Magellan, célèbre navigateur, mort en 1519
Chaussée Choismet
1595 Inscription. L’an 1595, cette chaussée, pour communiquer à la prairie Choismet, a été construite des deniers de la Ville, par les ordres de Messire du Bot, sieur de l’Aunay, maire de Nantes (Lebreton, 1 er juin 1837, p.3). Lebreton ne dis pas où il a trouvé cette inscription. Sans doute dans « l’Histoire lapidaire de Nantes », par Fournier, 2 vol. mss à la BM
La chaussée Choimet commençait à la jonction Est de la chaussée de la Magdeleine et du pont de la Magdeleine. Elle occupait une petite partie de ce qui est maintenant le quai Magellan. Elle longeait la chapelle de la Magdelaine et conduisait à la prairie de la Magdelaine, dont une partie se nommait, à ce qu’il paraît, prairie Choimet. J.F.
1834 Le conseil d’arrondissement invite la mairie de Nantes à éloigner le Parc aux fumiers, vrai foyer d’infection et d’incommodité pour les habitants d’une partie des Ponts et pour les malades de l’Hôtel-Dieu (Lebreton, 11 juillet 1834n p.11)
Le quai Magellan a été longtemps nommé Quai des Fumiers, parce que c’était là qu’on déposait toutes les balayures des rues, que le service de la répurgation apportait chaque jour. J.F.
Le nom de Magellan lui fut donné pendant la révolution (Etrennes du Commerce, 1793, 137)
1837 Le Parc aux fumiers, placé à l’extrémité de la prairie de la Magdelaine, vient d’être supprimé (Verger, Archives, I, 210)
1840 Nous voyons avec plaisir s’avancer peu à peu la construction du Quai Magellan qui, permettant de faire le tour de la prairie de la Magdeleine, et communiquant à la haute ville par le pont de la Rotonde (pont St Félix), métamorphosera tant ce quartier qui se couvrira peu à peu d’arbres, de magasins et de maisons d’habitation, et formera, en prolongation des deux cours, une promenade charmante (Lebreton, 7 mai 1840, p. 3)

Note d’Odile : Je suis très impressionnée par la date tardive (1840) pour éloigner les immondices et fumiers. D’autant qu’ l’hôpital était devant ! Nous avons fait quelques progrès depuis…

Grand mariage dans la petite chapelle Bonne-Garde : Nantes 1792

Manifestement la période est troublée, car c’est le prêtre jureur, et il écrit qu’en 1792 c’est l’an 4 de la liberté.
Les époux ne sont pas de Saint Jacques et n’y vivent pas.
Ils sont cousins germains.
Jamais la chapelle n’est utilisée dans le registre de St Jacques pour des sacrements, qu’ils soient baptême ou mariage.

Ce mariage fut manifestement sans la foule, car la chapelle ne le permettait pas, et pourquoi pas à St Nicolas ou à Ste Croix ?

Mais les heures sombres de la chapelle arrivent peu après, donc voici sa dernière heure mondaine !

« Le 23 avril 1792, an 4 de la liberté, après dispense de 2 bans, et dispense de consanguinité du deux au deuxième degré, ont été fiancés et admis à la bénédiction nuptiale, par nous curé de St Jacques de Pirmil, dans la chapelle de Bonne Garde, située en notre paroisse, le sieur François Gabriel Charles Mellinet, négociant, fils majeur du sieur François Mellinet négociant et de dame Luce Eulalie Letissier Desjardins, née en la paroisse de St Saturnin réunie à celle de Ste Croix en cette ville, et domiciliée de droit et de fait en la susdite paroisse st Nicolas, et, demoiselle Henriette Adélaïde Letissier Desjardins fille mineure du sieur Charles Tissier Desjardins distillateur, et de dame Marie Marthe Madoré, née en ladite paroisse st Nicolas et y domiciliée de droit et de fait d’autre part, … en présence de Anne François Mellinet frère du marié, négociant, demeurant paroisse st Nicolas, Adrien Faligan, négociant, demeurant paroisse st Jacques, son ami, Alexandre Letissier Desjardins commis dans les administrations de cette ville, frère de la mariée, et Julien Roussier marchand demeurant paroisse st Jacques »

Histoire de la chapelle Notre-Dame de Bonne-Garde : Nantes

L’histoire de la chapelle Notre-Dame de Bonne-Garde est brièvement évoquée p. 139 par le chanoine Jarnoux dans son ouvrage « Les anciennes paroisses de Nantes hors de la cité, 1982. Il s’avère qu’il a résumé ses prédécesseurs.
Car avant lui, 2 autres prêtres ont publié l’histoire de cette chapelle.
Le premier, André Jean Marie Hamon curé de Saint-Sulpice, a publié « Notre-Dame de France, ou Histoire du culte de la sainte Vierge en France depuis l’origine du christianisme jusqu’à nos jours, en 7 volumes 1861-1866. Son texte est en ligne sur le site http://www.infobretagne.com/nantes-ville-culte-sainte-vierge.htm
Enfin, l’abbé Emile Ricordel prêche le mois de Marie à Saint Nicolas à Nantes en 1904. Chacun des 31 jours est consacré à l’une des 31 Madones Nantaises. Ces 31 prédications sont publié en 1904 . Je vous en donne ci-dessous l’intégralité.
Ces 2 études, celle de Hamon et celle de Ricordel, diffèrent sur beaucoup de points, même si le fil semble identique.
Ainsi, l’origine du nom Bonne-Garde a 3 explications :
1. Pour Hamon « Le 4 novembre 1657, on la bénit sous le vocable de Notre-Dame de Bonne-Garde, probablement parce que, placée à une des extrémités de la ville, la plus exposée aux invasions des calvinistes du Poitou, on la regardait comme une défense de la cité, qui déjà, par le même motif, avait élevé, tout près de là, une statue à Notre-Dame de Bonne-Délivrance. ». Géographiquement parlant, c’est en effet là que se termine la zone artisanale de Pirmil et que commencent les exploitations agricoles. C’est donc bien une frontière. La date par contre semble bien tardive pour évoquer une menace calviniste, car Nantes en a déjà vu d’autres.
2. Ricordel c’est le nom de cette pieuse tertiaire, Marie de Bonne-Garde, à laquelle on doit la chapelle construite en 1657. Pour ma part, je ne pense pas que cette religieuse ait commis un tel péché d’orgueil que de mettre son nom en avant plutôt que celui de la Sainte Vierge.
3. Puis il évoque les prières à Marie pour sa protection devant la mort. Or, la chapelle est au confluent de la Loire et la Sèvre, et la Loire est une autoroute fluviale où de très nombreux bateliers, ne sachant par nager, luttent chaque jour contre ses dangers, car elle est sauvage, et est encore sauvage en 2019. Il est donc très vraisemblable, comme à Béhuard en Anjou, que les mariniers aient eu besoin de confier leur protection sous la garde de Marie.
Alors, Marie gardait-elle Nantes ou les mariniers ? Je reste convaincue que la protection devant la mort est l’explication la plus plausible compte-tenu du confluent imporant des 2 rivières.

Voici le texte de l’abbé Ricordel :
« Presque à l’entrée de la route de Clisson, sur ce plateau de Saint-Jacques, d’où l’on domine les belles vallées de la Loire et de la Sèvre, et d’où l’on voit toute la ville de Nantes à ses pieds, s’élève un élégant sanctuaire dédié à la sainte Vierge, et cher à nos concitoyens depuis déjà deux cent cinquante ans.
Ver le milieu du XVIIème siècle – au rapport des traditions du quartier – plusieurs personnes aperçurent un soir une statue de la saint Vierge, inconnue jusqu’alors en ces lieux, et qu’environnait une éblouissante clarté. Etonnées et ravies, elles s’empressèrent de recueillir la merveilleuse image et de la placer avec honneur dans leur maison. Hélas ! Marie n’accepta point leur pieuse hospitalité. Le lendemain, l’image avait disparu et on la retrouvait au lieu de l’apparition. Les religieux bénédictins, qui occupaient alors le prieuré de Pirmil, accoururent et transportèrent la statuette dans leur chapelle, actuellement église paroissiale de Saint-Jacques. Efforts inutiles, ce n’est pas là que la Vierge voulait être honorée, et, durant la nuit, la statue retourna dans le coin de terre qu’elle avait choisi.
Cette fois, la pensée de la Bonne Mère fut comprise, et son désir rempli : les voisins édifièrent immédiatement une petite grotte et le peuple, instruit du prodige, vint en foule la prier en ce lieu béni.
Quelques années s’écoulèrent, et la vénération pour la statue miraculeuse ne fit que s’accroître. Bientôt une pieuse tertiaire, respectée de tous pour sa vertu ainsi que pour sa charité envers les pauvres malades, et connue dans le quartier sous le nom expressif de Marie de Bonne-Garde, entreprit d’élever à la Mère de Dieu un monument plus digne de sa grandeur et de l’amour de son peuple. Elle fit appel aux voisins, qui entrèrent dans ses vues et se montrèrent généreux. Ses parents lui vinrent en aise les premiers ; et le gouverneur de Nantes, Charles de la Porte, duc de la Meilleraye et maréchal de France, joignit ses largesses aux aumônes des habitants de Pirmil. Le 4 novembre 1657, l’édifice était achevé, et l’on y célébrait, pour la première fois, la sainte messe.
Le sanctuaire bâti, la piété le décora, et bientôt la petite chapelle posséda de beaux ornements, des calices, des ciboires, libéralement offerts par les pélerins.
Ceux-ci accouraient de plus en plus nombreux ; de toute la contrée avoisinante, on venait avec empressement à Notre-Dame de Bonne-Garde. – Le peuple avait récompense le zèle de la pieuse tertiaire, en donnant son nom à l’oratoire qu’elle avait élevé. – Saint-Sébastien s’y rendait chaque année en pélerinage, et les paroisses voisines l’imitèrent plus d’une fois. Le concours du peuple rendit nécessaire la présence d’un prêtre qui fut attaché au service de la chapelle. Une confrérie y fut établie en l’honneur de la sainte Trinité, et y célébrait solennellement ses fêtes. Chaque soir, au son de l’Angelus, les fidèles aimaient à se réunir aux pieds de la Bonne Mère, et l’on conserve encore, après plus d’un siècle, le souvenir et le nom d’un pieux laïque qui présidait à la récitation du chapelet et au chant du cantique.
Comme tous nos autres sanctuaires, la chapelle de Bonne-Garde eut à souffrir de la Révolution ; elle aussi fut dépouillée de toutes ses richesses, elle aussi fut vendue, elle aussi vit sa statue miraculeuse menacée par des mains sacrilèges. Dieu toutefois ne permit pas que la ruine fût complète. Un courageux chrétien sauva la chère statue, et la chapelle ne fut pas détruite.
Les mauvais jours passés, les fidèles continuèrent à visiter Notre-Dame de Bonne-Garde ; mais les splendeurs de son culte étaient bien amoindries. Un saint prêtre, tout dévoué à Marie, et dont le nom est encore vénéré dans la paroisse de Saint-Jacques, M. l’abbé Durand, devait renouveler, par son exemple et par son zèle, cette antique dévotion. Plus d’une fois, en temps de sécheresse, dans les dangers d’une terrible innondation, sous la menace du choléra, il invoqua solennellement par des neuvaines la gardienne de la paroisse, et Marie justifia toujours les promesses de son nom.
Mais la chapelle tombait en ruines, et les agents de la voirie menaçaient et de la faire disparaître. Le zélé pasteur fit appel à ses paroissiens, et bientôt un élégant édifice vint prouver à tous que Marie ne s’était pas trompée en choisissant ce lieu pour sa demeure, et que ce peuple conserve fidèlement dans son coeur l’amour que ses ancêtres portaient à Notre-Dame de Bonne-Garde.
Chaque année, depuis lors, les habitants de Saint-Jacques y célébraient sa neuvaine de l’Ascencion à la Pentecôte ; chaque mois, au temps du moins où règne la liberté, ils s’y rendent en procession ; souvent aussi, malgré l’éloignement de ce faubourg, les fidèles de Nantes vont viviter la gracieuse chapelle, et je ne doute pas que vous tous, qui m’écoutez, vous n’ayez fait de pieux pélerinages à Notre-Dame de Bonne-Garde.
Jadis, au soir de la première communion, les enfants aimaient à se rendre dans la chapelle de Bonne-Garde et s’y consacraient ensemble à la Vierge Marie. C’était une touchante pensée ; Marie n’est-elle pas, en effet, la meilleurre gardienne de leur foi et de leur vertu ? Tous les hommes courent des dangers, tous ont befoin de se placer sous l’égide de Marie, et Marie les protège tous. N’est-il pas vrai cependant que la jeunesse est plus exposée ? que la jeunesse a plus à craindre pour sa foi et pour sa vertu ? La jeunesse court plus de dangers, parce qu’elle est ignorante et qu’elle côtoie les abîmes avec une insouciance qui fait trembler ; la jeunesse court plus de dangers par ce qu’elle est plus faible et qu’elle n’a pas encore acquis les bonnes habitudes qui rendent la vertu plus facile, la résistance plus forte ; la jeunesse court plus de dangers parce qu’elle est l’avenir, l’espérance, et que l’Enfer, le monde, les méchants cherchent à l’accaparer et multiplient les pièces sous ses pas ; la jeunesse court plus de danger parce qu’elle est à l’âge où le sang bouillone, où les passions s’allument, où le coeur et la chair tressaillent. Le jeune, plus encore que l’âge mur, a donc besoin d’être gardée par Marie.
Or Marie aime la jeunesse, et je ne crains pas de dire qu’il y a dans son coeur une place de prédilection pour les jeunes. Est-ce qu’une mère, qui aime tous ses enfants, ne montre pas cependant une sollicitude plus empressée pour les dernier-nés, parce qu’ils sont plus faibles, parce qu’ils ont davantage besoin de ses bras ? Ainsi Marie. Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble que Jésus a voulu cela. Pourquoi, lorsque du haut de sa croix il lui a donné tous les hommes pour enfants, les lui a-t-il confiés dans la personne de saint Jean, le plus jeune des apôtres, sinon parce qu’il voulait ainsi désigner principalement les jeunes à sa tendresse de mère ?
L’Eglise sait cela, les mères aussi ; de là tant de petits enfants voués à la sainte Vierge ; de là les consécrations au soir de la première communion ; de là les congrégations de jeunes gens et de jeunes filles, rangées sous la bannière de Marie… Donc, vous qui êtes jeunes, confiez-vous à Notre-Dame de Bonne-Garde ; vous qui avez des enfants et qui redoutez pour eux l’âge des tempêtes, confiez-les à Notre-Dame de Bonne-Garde.
Je remarque aussi dans l’histoire de notre modeste sanctuaire qu’on venait y demander à Marie sa protection contre la mort subite et, par là-même, la grâce d’une mort chrétienne ; que beaucoup de marins s’y rendaient de Rezé et des rives de la Loire pour réclamer son secours dans la tempête ou la remercier de son assistance.
Comme je comprends cette prière ! N’est-il pas vrai que si Marie nous garde, ce doit être surtout à l’heure de la mort. Avant de remonter au ciel, Jésus disait à son père : « Ceux que vous m’avez donnés, je les ai gardés, et aucun d’eux ne s’est perdu, si ce n’est le fils de perdition, afin que l’Ecriture fut accomplie ». Le désir de Marie, c’est de répéter à Jésus la même parole : « Ceux que vous m’avez donnés, je les ai gardés, et aucun d’eux ne s’est perdu. » Aussi comme elle veille sur ses enfants ! C’est surtout à la mort qu’ils risquent de se perdre ; c’est surtout à la mort qu’ils ont besoin d’être gardés. Voilà pourquoi nous lui disons chaque jour : « Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. »
Répétons souvent cette prière et ne manquons pas de nous recommander, en ce moment qui décidera de notre éternité, à Notre-Dame de Bonne-Garde. »

Retranscription exhaustive des baptêmes de Saint Sébastien d’Aigne fillette (succursale) du prieuré Saint Jacques de Pirmil, Loire Atlantique : 1615-1623

… Le dépouillement d’un registre présente en lui-même un attrait analogue à celui du miracle de Lazare. L’acte de naissance de ces morts du XVIIIe siècle, qui n’ont même plus de tombes, les restitue partiellement à la vie…

… La grande histoire peut mépriser les humbles en elle anonymes, comme sont en nous anonymes les millions de globule de notre sang. Mais ni elle, ni la petite histoire, ni même le roman, quelles que soient les précisions et la couleur de son récit, ne peuvent donner ce caractère d’authenticité, ce parfum de fleur desséchée… Hervé BAZIN – Vipère au poing.

J’ai eu ce plaisir, et voyez plutôt en quelle quantité !!!

Voici la table des baptêmes de Saint Sébastien d’Aigne, fillette (succursale) du prieuré Saint Jacques de Pirmil, Loire Atlantique – Saint-Sébastien-d’Aigne, aujourd’hui Saint-Sébastien-sur-Loire, a perdu en 1790 la moitié d’ellemême par le rattachement du prieuré Saint Jacques de Pirmil à la ville de Nantes. août 1615 – mai 1623

  • analyse
  • Ce registre est parfois difficile à déchiffrer car trop d’encre ou pas assez. J’ai donc mis beaucoup de points d’interrogation

    624 baptêmes sur 8 années
    soit 78 baptêmes par an.

  • variété des patronymes et des classes sociales
  • Pirmil montre une immense variété des patronymes mais surtout des classes sociales, avec la présence de très nombreux bourgeois ayant des postes importants au château de Pirmil, à la Chambre des Comptes de Bretagne, au Présidial …
    Chaque baptême est une occasion de rassemblement bourgeois, avec de très nombreuses signatures, sauf pour les classes modestes, que l’on reconnaît vite à l’absence de rassemblement bourgeois de signatures.
    Après avoir passé 3 semaines sur ce dépouillement, je constate que les exploitants agricoles, moins cultivés, fuyaient ces bourgeois et fréquentaient l’église du bourg de Saint Sébastien, malgré la distance.
    Gens de 2019, songez que sans automobile, vos ancêtres allaient à la messe et aux sacrements, dont le baptême dans les 3 jours après la naissance, depuis le village de la Gillarderie jusqu’au bourg de Saint Sébastien dont ils étaient les paroissiens, avant d’être assimilés à la ville de Nantes en 1790. Et rien d’étonnant qu’en 1790 ils se soient sentis malheureux de devenir Nantais, eux des cultivateurs et pas des artisants ou marchands !!!

  • orthographe et accent
  • L’orthographe des patronymes dépend du prêtre qui baptise et varie beaucoup, car manifestement au prieuré de St Jacques, les prêtres n’étaient pas issus de cette paroisse.

    Je viens de refaire ma page HTML (page de mon site en mode HTML) qui donne la liste et les liens de tous mes relevés gratuits, et j’ai été émue de revoir tant d’années après l’immensité de mon travail gratuit et bénévole, totalement libre d’accès sur mon site sans aucune adhésion, contrairement aux associations qui vendent et demandent une adhésion payante.

    J’ai par contre, à cette occasion, fait le tour d’Internet, à la recherche des relevés gratuits, et j’ai été tristement stupéfaite de constater que la gratuité n’est pas de mise !!! et pourtant, rien de plus simple sur Internet !!!

    Voir mes relevés gratuits, qui concernent l’Orne, la Mayenne, La Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, et même les Côtes d’Armor.

    En 1790 la paroisse de Saint-Sébastien-d’Aigne perdait plus de la moitié de ses habitants

    La loi du 14 décembre 1789 a créé 44 000 « municipalités » sur le territoire des anciennes « paroisses » baptisées par la suite « communes ». Mais certaines municipalités en profitèrent pour réclamer à leurs voisines quelques parties de leur territoire de sorte que le découpage administratif lors du passage de la paroisse à la commune entraîna parfois une modifications des limites du territoire. J’ai rencontré plusieurs cas de limites territoriales différentes entre celles de la paroisse et celles de la commune. Le cas le plus énorme, en tant que superficie prise par la municipalité voisine, est bien celui de Nantes prenant la moitié de Saint-Sébastien sa voisine.

    Le plan Cacault de 1758 (ci-dessus) donne les Récollets qui étaient la limite sud de Nantes jusqu’en 1790, et au delà c’était Vertais et la prairie d’Amont, Pirmil, Sèvre, Le Lion d’Or, la Gilarderie qui faisaient partie de la paroisse de Saint Sébastien d’Aigne.
    Comme ces quartiers de Saint Sébastient étaient loin du bourg, la paroisse de Saint Sébastien d’Aigne avait une fillette, c’est à dire une autre église autorisée à administer les baptêmes, mariages et sépultures : le prieuré Bénédictin de Saint Jacques Pirmil.
    Beaucoup de Nantais n’ont pas encore compris cette histoire du Sud de Nantes. Voici comment les historiens ont retranscrit ce conflit entre Nantes et Saint-Sébastien au sujet de leurs limites. (Voir l’ouvrage Du Village à la cité-jardin, Saint-Sébastien-sur-Loire, depuis ses origines, Robert Durand & Coll. 1986, p. 93) :
    « Un conflit se développe alors rapidement entre Nantes et Saint-Sébastien. A qui doivent être rattachés les quartiers des ponts ? Les arguments des Sébastiennais sont simples : il faut respecter le décret du 14 décembre 1789. La municipalité de Nantes développe un autre point de vue : Les habitants des cantons susdits ont toujours été regardés comme faisant une partie intégrante de la ville, supportants toutes ses charges et jouissant des mêmes avantages … Et les Nantais, faisant valoir leur point de vue dans les administrations supérieurs vont obtenir gain de cause … Le Directoire, oui le Procureur Général sundic, arrête que les quartiers de St Jacques, Pirmil et Dos d’Âne et Vertais resteront attachés à la Municipalité de Nantes. »
    C’est ainsi qu’en 1790 Nantes a acquis de Saint Sébastien ses quartiers ouvriers Vertais et Pirmil.
    L’ouvrage « Du village à la cité jardin, Saint-Sébastien-sur-Loire, depuis ses origines, Durand Robert et Coll., 1986 », raconte : (page 117)

    « Il faut dire que le découpage administratif de 1790 a été mal compris. On voit encore en 1795 et 1796, les habitants des hameaux de Sèvre, la Gilarderie, le Lion-d’Or, situés théoriquement à Nantes, se dire toujours de Saint-Sébastien. »