La rue Dos d’Âne (Nantes) en 1901 : une unique famille nombreuse

Je suis l’aînée d’une famille nombreuse, et l’histoire des familles nombreuses m’intéresse à ce titre.

La rue Dos d’Âne comptait 568 habitants dans 169 foyers en 1901, dont la majorité sont peu aisés à pauvres, voire sans travail. Je vais vous les mettre ici, mais ce jour je tiens à souligner qu’il n’existait alors qu’une unique famille nombreuse, avec 7 enfants, dans les autres foyers peu d’enfants, mais par contre ils vivent longtemps au foyer, et logent aussi des proches.

Voici donc la méritante famille TARDIVEL (dans la colonne de droite on a l’employeur, ici « divers »). La famille Tardivel demeure au n°73, maison surpeuplée, et je suppose que chaque foyer de cette maison n’avait donc qu’une pièce. Le père est manoeuvre aux Chantiers, et la mère, comme une grande partie des femmes est dite « néant », comme si elle ne faisait rien, on dira plus tard « sans profession » pour les maîtresses de maison :

Tardivel Joachim 48 chef manoeuvre Ch. Loire
Lemoux Azéline 45 femme néant
Tardivel Francis 22 fils manoeuvre divers
Tardivel Célestine 21 fille néant
Tardivel Henri 20 fils manoeuvre divers
Tardivel Louise 18 fille ouvrière divers
Tardivel Martial 16 fils néant
Tardivel Alphonse 7 fils néant
Tardivel Léon 6 fils néant
Tardivel Valentine 12 fille néant
Tardivel Louis 5 fils néant

 

 

Pas de pharmacien à Saint-Sébastien-sur-Loire en 1887 : il faut aller à Pirmil

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En 1887, le plus proche pharmacien pour les Sébastiennais est celui du 2 place Pirmil, et il s’appelle René Blanchard. Donc, la majorité des Sébastiennais font plus de 4 km, sans doute à vélo ou à pied.

Puis, cette pharmacie de la place Pirmil passe aux Meneux, père puis fils. C’est en 1936 que le père Meneux passe la pharmacie à son fils :

« Eugène-Léon Meneux, pharmacien, et Léonide-Eugénie-Joséphine Noyeau son épouse, demeurant 2 place Pirmil à Nantes, font donation partage à leurs enfants le 29 septembre 1926 devant Me Magdelaine, notaire à Nantes. Le fonds de commerce de pharmacie exploité à Nantes, 2 place Pirmil, comprenant : 1° l’enseigne, le nom commercial, la clientèle et l’achalandage y attachés ; 2° les différents objets mobiliers et le matériel servant à son exploitation, a été attribué à M. Edmond-Emile-Léon Meneux, diplômé pharmacien, célibataire, demeurant à Nantes, 2 place Pirmil. »

La place Pirmil d’alors disparaît dans les années 1970, mais tout le monde se souvient de la famille Vincent père puis fille, qui assuraient rue St Jacques la pharmacie du quartier. La pharmacie Vincent au 68 rue St Jacques existait déjà en 1901 où Henri Léoult, 40 ans, était pharmacien, installé dans la maison Lebraire.

J’habite Saint-Sébastien, et je dois avouer que j’ai le choix de pharmacies à moins d’1 km de mon domicile. Cela a bien évolué depuis 1887 !

L’ancien cimetière de Saint-Jacques, sous l’école de la rue du Frère Louis, Nantes 1827

1827[1] : la mairie de Nantes achète un terrain vague, presque entièrement déclos, formant l’emplacement de l’ancien cimetière de Saint-Jacques, situé à Nantes, rue de Vertou, à la charge pour la commune de Nantes de faire construire, à ses frais, sur ce terrain, et d’y entretenir perpétuellement une école gratuite pour les petites filles indigentes, et de payer les contributions foncières. (Journal de Nantes, 13 juin 1827, p.3)

[1] AM Nantes, notes sur les rues de Nantes par Jules Forest

Ce document m’apprend que j’ai été à l’école primaire des soeurs de la Sagesse, rue du Frère Louis, ancienne route de Vertou, située sur l’ancien cimetière de Saint-Jacques. Et l’école était prévue pour les indigentes, dont je n’étais pas, mais rapidement les religieuses ont du ouvrir à toutes les petites filles du quartier. Selon mes souvenirs, l’école privée n’était pas gratuite. Mais j’ignore si la ville de Nantes est toujours propriétaire comme elle le promettait en 1827 ?

J’ignorais qu’un cimetière avait existé là !

 

Nantes comptait 538 épiceries de détail en 1890, mais seulement 12 passé le pont de Pirmil

pour 122 750 habitants, ce qui donne 4,3 épiceries pour 1 000 Nantais (Almanach général des cents mille adresses de la Loire Inférieure, 1890 – sur le site des Archives Départementales de La Loire Atlantique, numérisé espace Presse)

Mais, passé le pont de Pirmil, le quartier de Nantes Sud, dit quartier St Jacques, ne comptait que 12 épiceries, dont 11 rue St Jacques et une seule passé le cimetière St Jacques. Il faut dire que passé le cimetière, on était en ZONE RURALE comme le définissaient les recensements d’alors, c’est à dire uniquement des jardineries de maraîchage, et encore peu d’habitants. Voici ces épiceries de 1890 passé Pirmil (les numéros supérieurs sont à Bonne Garde, car la numérotation part de Pirmil jusqu’au cimetière) :

Cassin Charles (veuve), rue Dos-d’Ane, 30
Ertaud Victor, rue St-Jacques, 26
Fonteneau Jean, rue St-Jacques, 150
Grelet Mathurin, rue St-Jacques, 80
Grésillon Michel, route de Clisson
Houssais Julien (Mlle), rue St-Jacques, 43
Jeannin Alfred, rue St-Jacques, 23
Lebris Jean (Vve), rue St-Jacques, 102
Maraud, rue St-Jacques, 27
Mary Félicité, rue St-Jacques, 168
Naux Charles, rue St-Jacques, 6
Pergeline Jean-Baptiste, rue St-Jacques, 9

Vous pouvez remarquer au passage qu’avant d’être coiffeur, les Mary tenaient épicerie.

Ce mode de vie autrefois, avant Leclerc qui l’a détruit

Née en 1938, là où vous avez encore la Croix des Herses, j’ai connu les courses quotidiennes car pas de frigidaire, et c’est ainsi que maman a élevé ses 6 enfants. J’étais l’aînée, donc c’est à moi qu’incombait chaque matin de me lever 1/2 heures avant les autres, prendre le bidon, aller à l’épicerie, et revenir avec 5 litres de lait et 2 pains de 4 livres.

Ainsi, le reste de la tribu avait chaque matin un bol de lait, et le reste du lait était utilisé à faire du riz au lait ou autre dessert, ou même bouillie, et j’en ai tellement brassé, brassé, et rebrassé, à en user la cuiller de bois.

Je n’aimais pas ce lait, et chaque matin commençait donc par un haut le coeur devant la crême ! Beurk !!! et l’odeur !!!! Beurk !!!! rien à voir avec notre lait pasteurisé conditionné etc…

Les immenses tartines, beurrées et confiturées, constituaient une bonne partie de l’alimentation.

C’était tout de même plus facile de faire des courses alimentaires autrefois qu’avec les grandes surfaces ! Pas besoin de voiture, c’était écologique…

Les habits de bougran de ceux qui soignent les pestiférés : Nantes 1583

Il fallait attendre 40 jours après guérison pour réapparaître. Et j’ajoute, « si toutefois on ne mourait pas ».

L’habit de bougran semble bien désigner un tissu de récupération, et comme nous sommes à Nantes un port avec voiliers, et fabriques de voiles, je suppose que ce tissu est fait de vieilles voiles. Voici la longue définition de ce tissu, qui semble avoit beaucoup varié au fil des siècles :

BOUGRAN[1] (Bougrain, Bucherame) n.m. Son nom viendrait de la ville de Boukhara, située en Ouzbékistan, à moins que ce ne soit de Bulgarie, dont les habitants sont les « Bougres », ou encore de « gabnar », en latin « validus fruit », allusionà l’enduit fortement fommé, que pourraient aussi signifier les mots bas latin « bucharanum, buchiaranum ». De très nombreuses formes de ce mot sont connues dès le XIIIè siècle : bougueren, boucheran, bouqueram, bouscq et, en Provence, Bocaran. Au Moyen âge, c’est une sorte de mousseline très légère, précieuse et chère, parfois utilisée en doublure, parfois imprimée ou peinte quand elle est portée par-dessus ou employée dans l’ameublement. On la rencontre surtout dans le domaine liturgique et dans le monde oriental. Elle est fabriquée en Arménie (Erzinghiam), au Kurdistan (Mouch et Mardin), en Perse (Ispahan), dans le district de Telingana et en Inde, pays de Malabar, au Tannay (Cambaye), au pays d’Habech en Afrique et enfin à Chypre. Le Bougran est importé en Occident dans les ports de Saint-Jean-d’Acre, de Constantinoble, de Satalia et de Famagouste.Au XIVème siècle, l’étoffe est mentionnée dans les « Comptes de l’Argenterie », à propos de Clémence de Hongrie (1328), qui possède une chambre de « bouqueran » blanc. Au XVème siècle, c’est un tissu de lin, utilisé en ameublement, en sellerie et pour les étendards de l’aristocratie. Entre les XVIIème et XXème siècles, le bougran reste une grosse toile forte et gommée, fabriquée en chanvre et coton (armure taffetas), de diverses couleurs, qui sert de garniture et de soutien à l’intérieur de rideaux et de vêtements civils et liturgiques. Au XIXème siècle, disparu des tissus précieux, le bougran est réservé aux vêtements de dessous. C’est souvent un tissu de récupération : vieux draps de lit, morceaux de voiles de vaisseau sont apprêtés et vendus comme bougrans, sans largeurs précisément définies, longs de 4,72 m. Fabriqué en particulier à Alençon, Caen, Paris, Rouen, en Angleterre, en Saxe, en Bavière et en Autriche.

[1] HARDOUIN-FUGIER Elisabeth et Coll., Les Étoffes, dictionnaire historique, Editions de l’Amateur, 2005