La propriété d’un bien foncier autrefois : l’exploitant agricole est rarement propriétaire de l’exploitation

Ce blog illustre uniquement le Haut-Anjou, parce que je le connais, et je ne parle que de ce que je connais pour l’avoir longuement étudié dans les archives notariales et autres archives. Rien ne sort sur ce blog d’un quelconque wiki ou forum, et autres lieux internautiques où n’importe qui a droit de dire n’importe quoi.

Ce qui caractérise la France de l’Ancien Régime, c’est d’abord l’extrême diversité entre provinces, voire même à l’intérieur d’une province : diversité de droits, coutumes, mœurs, logements, type d’exploitation, de cultures, vocabulaire, accent… etc… Il en résulte très souvent tant de différences sur un seul terme, que vous ne pouvez rien extrapoler hors du Haut-Anjou… voire m’écrire qu’il y a une erreur sur mon site parce que vous avez tel ou tel sens… et que j’en ai un autre. Consultez d’abord le Dictionnaire du Monde Rural de Lachiver, et vous constaterez que chaque mot peut avoir beaucoup de sens différents selon le lieu et l’époque…

Le présent billet s’efforce de répondre pour le Haut-Anjou à la question

    « mon ancêtre achète en 1623 un bien de 300 livres, à quoi cela correspond ? »

La question est incomplète car une partie de la réponse est dans cet acte, puisque tous ces actes spéficient clairement lieu, type de terre et superficie ; ces 3 paramêtres sont bien plus utiles que le montant en livres pour comprendre la réponse. Nous allons voir pourquoi, nous étudierons successivement : l’hémorragie du monde agricole, qui possède la terre agricole, comment et pourquoi placer ses économies.

  • 1-L’hémorragie agricole
  • La population agricole était de 80 % en 1800, 50 % en 1870, 36 % en 1945 et seulement 6 % en 1990. Autrefois majoritaire, elle constitue donc la majorité de nos ascendants.

  • 2-Propriété de la terre agricole
  • L’exploitant agricole d’autrefois est rarement propriétaire de l’exploitation. Celle-ci est appellée métairie et closerie en Haut-Anjou, la métairie étant environ le double de la closerie voire plus, en surface, en revenus, et en valeur de cession foncière. Dans les régions très voisines, pour lesquelles il existe des études, on estime que 75 à 80 % des terres agricoles sont sous bail soit à ferme (louage) soit le plus souvent à moitié. (j’y reviendrai). Mais je n’ai encore jamais trouvé d’exploitant en Haut-Anjou qui possède son exploitation.

    Selon Annie Antoine, « Fiefs et villages du Bas-Maine au 18e siècle », Editions Régionales de l’Ouest, Mayenne, 1994, le clivage richesse/pauvreté ne recouvre pas le clivage propriétaire/exploitant,

    et selon R. Dupuy « Structures foncières en Haute-Bretagne à la fin de l’Ancien Régime, Pierre.51-55 in Actes du colloque franco-québécois, Rennes-Québec, 1985, « le clivage majeur nous semble plutôt opposer les pauvres, qu’ils soient tenanciers ou propriétaires, aux riches, également fermiers ou propriétaies ou les deux à la fois. » (j’y reviendrai)

    Or, de temps, y compris de nos jours, une exploitation agricole doit avoir une surface minimale pour être rentable. Nous arrivons donc à la notion de surface plutôt que de valeur monétaire.

  • 3-Comment placer ses économies
  • Nous venons de voir qu’environ 20 % de la terre n’est pas aux mains de gros propriétaires bailleurs des exploitations agricoles. Ces 20 % sont constitués de lopins d’une à plusieurs boisselées, fréquemment des rangs de vigne aussi, et assez souvent exploités en direct. Ces propriétaires sont artisans ruraux, petits hobereaux, et agriculteurs (métayers, closiers, laboureurs).
    En effet, si l’exploitant agricole n’est pas propriétaire de son exploitation, il possède souvent quelques lopins, ou quelques rangs de vigne, pour son utilisation personnelle. Ces lopins sont en quelque sorte le placement de quelques économies, exactement comme de nos jours vous placez les vôtres sur un livret ou autre placement sûr. Ces lopins pouvaient parfois se montrer fort utiles, en cas de coup dur (tout comme votre livret A d’ailleurs…). Ainsi, lorsqu’un proche parent était arrêté en flagrant délit de faux-saunage, s’il n’était pas rédiviste, il pouvait négocier sa liberté contre une amende, souvent de 200 livres. Immédiatement, tous les proches alertés se retrouvaient chez le notaire et vendaient des lopins pour payer cette amende.

      Merveilleuse solidarité !

    Donc, en l’absence de banque autrefois, ces petites cessions de lopins de terre sont des placements d’économies, et ce sont des placement sûrs, ce qui ne gâche rien. C’était en quelque sorte le livret A de l’époque, qui rapportait un peu puisque ces petits lopins permettent de compléter un peu les revenus puisque cette fois les fruits vont entièrement à l’exploitant. Citons le cas de la vigne, que j’ai étudiée au moins jusqu’à Château-Gontier, qui est toujours possédée par quartiers ou rangs par de multiples petits propriétaires, car je le répète, autrefois il était moins dangereux de boire du vin que de l’eau… alors chacun tentait sa production…
    Et puis, et cela est totalement oubliée des générations actuelles, autrefois, on dotait ses enfants au mariage, donc les parents devaient économiser en plaçant dans le seul placement alors connu : un lopin de terre, parfois une petite maison… C’était même la principale destination des économies…. J’y reviendrai très longuement.

  • 4-Conclusion
  • Donc, votre ancêtre a placé ses économies de l’année, comme vous placez sur le livret A. Mais hélas, la comparaison avec le livret A s’arrête là, car de nos jours lorsqu’on économise sur lui ou ailleurs, on peut espérer (on le peut) acheter un jour un bien cette fois plus important comme un appartement, (le fameux apport personnel) etc… Autrefois, ceci n’était pas vrai. Ces populations rurales besogneuses avaient tout juste le temps de parer aux coups dur et de doter leurs enfants avant de disparaître, et tenter de leur procurer un statut comme le leur, mais jamais ils ne montaient socialement, sinon par une autre voie. J’ai dans mes ascendants un exemple, qui fera l’objet d’un billet. Mais ne rêvez pas, c’était rare… voire rarissime… Essayez de deviner la voie… Réfléchissez bien, vous pouvez y parvenir…
    J’ai mis sur ce site un grand nombre de rôles de taille, de contrats de mariage, d’inventaires après décès, et je vais vous faire des tables d’équivalence en autres biens de la même époque, ainsi le lit de chêne du métayer vaut 30 livres lui aussi.

    La prochaine fois je traite le coût d’une maison pour les petits artisans propriétaires. C’est important avant de passer aux meubles nécessaires. Et j’espère qu’au fil de ces billets vous pourrez devenir capables de gérer un budget de l’époque, sans passer par 2008 où les comparaisons ne sont bonnes à rien.. Ainsi, la terre est le bien qui est le plus incomparable : nous avons maintenant n’importe quel prix au m2, avec un facteur hallucinant, qui s’appelle la spéculation. Ainsi personne ne peut dire ce que vaut un m2 en France, tant les différences donnent le vertige. Ces différences n’existaient pas autrefois, seule la qualité agricole de la terre donnait quelques différences, minimes, au regard des abimes que nous connaissons de nos jours…

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

    NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905 CHAPITRE IX. EMPRISES MESQUINES.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Le facile ménage du peintre subit quelques lézardes. Après plusieurs scènes la fantasque Touffe d’or disparut définitivement un beau matin en criant à son amant un adieu sincère. Charles la regarda paisiblement partir bourrant sa pipe. Un mince détail, sinon un débarras. Elle l’ennuyait avec sa jalousie depuis quelques jours. Il rêvait d’un tableau original pour leur exposition du mois de mars. Or il avait trouvé le modèle en la personne de sa voisine.
    Madame Janny, la voisine, était une jeune femme de vingt-deux ans, forte, aux hanches puissantes, brune avec de larges cheveux et des yeux sombrement clairs comme des gueules de fournaise. Elle habitait avec son mari une mansarde étroite de l’autre côté du palier. Un logis qui sentait la misère affreuse. Peu de temps après son mariage, son époux fut cloué sur le lit par une maladie de la moëlle épinière. Depuis quinze mois, il n’en bougeait plus. A cet homme qu’elle adorait, elle consacrait son existence entière, le soignant, le nourrissant de son travail assez rare, car elle ne pouvait s’absenter. Jamais elle ne demandait de secours ; par exception seulement elle recevait chaque semaine des bons du Bureau de bienfaisance.
    Lorsque Charles apprit sa situation pénible et son noble servage, il s’empressa de lui rendre délicatement de bons services. Puis un jour il lui demanda de poser le nu. Il lui donnerait un prix très élevé. Vainement il essaya de la séduire par des offres même exagérées. Elle refusait toujours. Nul homme n’aurait le droit de voir son corps que son mari. Il ne le saurait pas. Qu’importe ! C’eut été une lâcheté, une tromperie. Elle serait encore plus que jamais fidèle au pauvre être douloureux qui se confiait naïvement à sa bonté.
    Charles n’avait pas insisté sur ces réponses fermes qui l’avaient touché au fond du cœur. Et maintenant que Berthe était partie, il l’avait priée de veiller à son désordre.
    L’image de l’oeuvre future le hantait. C’était Mme Janny qu’il évoquait au premier plan, puissante éducatrice de chair merveilleuse. Il fit de longues sorties au hasard espérant rencontrer un type semblable. Il fréquenta les mauvais lieux, les cabarets, les cafés chantants, les rues sordides. Rien ne répondait à son vouloir. Il palpa de ces viandes humaines à louer ou à vendre, voulut forcer sa foi, se mentir un instant. Châteaux de cartes qui s’écroulaient au moindre effort d’imagination. Il en fut presque malade. La tristesse l’isola. Des journées entières, il se renfermait chez lui, oubliant toute nourriture. Pêle-méle sur les meubles traînaient des croquis de femmes nues, où le visage — celui de sa voisine, — surmontait, des corps embryonnaires rayés de coups de crayons rageurs. Comme elle le gourmandait de sa conduite, il s’emporta contre elle. N’était-ce pas uniquement de sa faute s’il souffrait ? Ne pouvait-elle se sacrifier pour l’art ? Il ne la cherchait pas pour en faire sa maîtresse. Non ! Il la respecterait ainsi qu’on vénère une sainte. Ce ne sont pas des regards indécents d’homme qui l’effleureraient de souillures, mais des yeux vierges d’artiste, avides de l’unique beauté de la forme. Elle le priait de se taire, de ne pas insister. Elle ne pouvait céder à cause du malade aimé, car malgré tout c’était pour elle une vilaine trahison.
    Mussaud travaillait placidement à son sujet, une matrone épaisse devant épanouir un luxe de matière affriolante. Frayssère caricaturait des types avec ses ses marrons ; il en avait déjà terminé une demi-douzaine très drôles. Verneuil gardait sur son travail un silence discret. Il n’en était pas ainsi de Charmel. Oh ! les méridionaux, ils ne doutent jamais de rien.
    Charles contait son insuccès à son ami René. Celui ci le consolait. Bah ! elle cédera d’un moment à l’autre. De la patience et de la douceur. Bras dessus, bras dessous ils arpentaient les rues malpropres. L’oncle, M. de Lorcin avait réitéré ses invitations à son neveu. Le neveu continuait malgré les menaces de faire la sourde oreille. « Qu’il me flanque la paix, comme je la lui flanque. »
    Le 28 janvier à un dîner offert par René à son ami Delange pour sa fête, il y eut les petites Belle et Line. René ne les avait pas revues depuis leur rencontre au cirque. Il les interrogea adroitement sur le rendez-vous avec Varlette. Légèrement surexcitées par le champagne, elles dirent tout avec une impudeur étonnante. Elles avaient trouvé l’architecte à la porte ; il les avait conduites dans un hôtel meublé de la rue de la Boucherie. Pendant quatre heures il avait cherché des plaisirs insensés de lubricité où le ridicule se mêlait à l’ignoble. Assez obéissantes aux désirs du vieil impuissant, elles s’étaient efforcées de ranimer le feu éteint sous la cendre encore un peu chaude de la vieillesse. Elles riaient de raconter le hideux poussah nu comme un ver, allongé entre elles, la tête appuyée sur leurs pieds, passant sa langue avide entre leurs doigts, le long des chevilles, sous la plante, râlant comme un phoque avec des soupirs de joie, des cris d’enfants inarticulés. Il les avait fait revenir plusieurs fois, se livrant presqu’uniquement à son vice préféré, son mode de jouissance aphrodisiaque de ses sens séniles. René sentait ce récit lui mettre un gant de cuir défensif contre ces bourgeois aux saletés cachées, aux passions de pourceaux.
    René se rendait souvent rue Prémion, après son déjeuner, car il était sûr d’y rencontrer son ami. A la bonne chaleur de la salamandre nouvellement installée, ils causaient de leurs juvéniles aspirations. Deux amis goûtent d’immenses joies, que ne comprendront jamais les oiseux, à se réciter les fables de leurs âmes en une intimité épurée de femmes. Une fois en montant l’escalier, il rencontra le baron des Valormets. Celui-ci l’arrêta.

  • N’êtes-vous pas monsieur René de Lorcin ?
  • Si, Monsieur !
  • Je crois en effet vous reconnaître, car si vous souvenez je vous ai rencontré chez votre oncle vers le mois de novembre dernier.
    Je me souviens aussi de vous.
  • Je connais parfaitement M. de Lorcin. Nous faisions souvent la partie ensemble. Il y a bien longtemps qu’il ne vous a vu, m’a-t-il dit. Il me semble qu’il y a quelque chose d’urgent à vous apprendre. Ce sont vos affaires ; je n’aurais garde d’être indiscret.
  • René le regarda en face se demandant ce que signifiaient ses paroles.

  • Vous connaissez donc quelqu’un dans la maison ?
  • C’est ici qu’habite mon ami Delange.
  • Ah ! vous allez chez lui ! Un drôle d’individu ! Ce qui me déplait chez ces artistes, c’est la conduite dissipée qu’ils affichent partout. La jeunesse n’est pas de bois, je le sais malheureusement, mais qu’elle se cache. Votre oncle est absolument de mon avis.
  • Vous venez de sa part, on le jurerait !
  • Certes, non, M. de Lorcin lave son linge sale en famille, à moins de circonstances fâcheuses pour qui le veut bien !
  • Monsieur, je vous demande pardon, je suis pressé.
  • Quatre à quatre il se précipita chez le peintre à qui naturellement ii raconta la scène. Charles n’y prit qu’une médiocre attention. Dès que René eut fini son récit, il lui demanda brusquement :

  • La dernière fois que tu as vu mon père, as-tu remarqué sa tristesse préoccupée ?
  • Pourquoi cette question ?
  • Réponds-moi… Il m’a semblé ce matin excessivement drôle, craintif ; ses mains tremblotaient. Il m’a affirmé n’être pas malade. Je crains cependant quelque malheur. Le monde des affaires est changeant et la roue de la fortune s’arrête plus souvent sur les zéros que sur les dix.
  • Je ne veux pas te le cacher. Lolette et moi avons été frappés de son visage au cirque. Questionne-le plus vivement. Essaie de savoir.
  • Charles allait répondre, quand Mme Janny se précipita comme une folle dans l’atelier.

  • J’ai eu tort, monsieur Delange, de vous refuser de poser à vous qui êtes si bon pour moi. Vous me pardonnez, n’est-ce pas, car je suis toute prête maintenant, mais devant vous seul ?
  • Elle s’appuya sur le dos d’un fauteuil et deux grosses larmes coulèrent sur ses joues qui pâlissaient peu à peu.
    Les deux amis l’examinaient interloqués.

  • Qu’avez-vous, ma chère dame, qu’avez-vous à pleurer ? Qu’est-ce qui vous prend ? Que signifie cette offre brusque au milieu de votre douleur ?
  • Acceptez, je vous en prie, c’est de bon coeur. J’ai bien regret de mon refus. Il faut souffrir pour vivre et rester honnête.
  • Mais voyons, expliquez-vous ? Que vous est-il arrivé ?
  • Ah ! s’écria René, se rappelant sa rencontre dans l’escalier, M. des Valormets vous a donc, appris une triste nouvelle ?
  • Je ne peux pas vous dire. Non ! j’ai trop honte. Quelle canaille que cet homme !
  • Elle crispait ses poings et ses dents grinçaient de colère.

  • Vous devez au contraire nous avouer ce qui s’est passé entre le baron et vous. Si ce monsieur doit être puni…
  • Puni, vous voulez rire. Ce sont les Maîtres devant lesquels, nous, les pauvres, nous devons courber la tête. Et ils nous tyrannisent lâchement.
    Voyons soyez franche, que s’est-il passé ?
  • Eh bien voilà ! Chaque semaine le Bureau de bienfaisance m’envoie des bons par M. des Valormets. Il m’a fait un jour une proposition infâme. Je l’ai repoussée poliment pour ne pas perdre mes bons. Depuis ce temps-là, il n’a cessé d’insister, m’offrant le double, le triple de ce qui m’était accordé, puis il menaça de me faire rayer de la liste des pauvres. Je pris le parti d’aller moi-même au Bureau toucher mes bons, on me les refusa. Il le sut et insista davantage, voulut me tenter par de l’argent. Lassée, écœurée, je n’ai pu me maîtriser aujourd’hui, je lui ai craché mon mépris en pleine figure, le jetant à la porte de chez moi. Ses yeux flambaient, j’ai eu peur. Il a juré que je n’aurais plus à compter sur le Bureau. Alors il faut que nous crevions de faim mon mari et moi parce que je ne veux pas coucher avec les distributeurs de bons.
  • Calmez-vous, ma brave dame, lui dit doucement. Delange, vous ne manquerez de rien puisque je suis là. En second lieu mon ami René va s’occuper de votre affaire. Je ne sais s’il obtiendra raison, car tous ces gens-là, ça s’entend comme fripons en foire. Enfin,vous allez me faire le plaisir de ne plus pleurer ce qui me gâte vos jolis yeux, et maintenant que vous êtes mon modèle je tiens à le conserver intact.
  • René se donna une peine bien inutile à courir le reste de la soirée aux guichets des réclamations. Les humbles ont toujours tort. Ils mentent pour le plaisir de mentir et d’insulter les honnêtes gens qu’ils jalousent ? Le bon jeune homme sut d’une façon précise à quoi s’en tenir sur le chapitre de la charité collective et administrative. Ceux qui s’engraissent, ce ne sont pas les clients.
    En rentrant chez lui, il ne trouva pas Lolette, mais sur la table deux petites lettres, l’une rose sentant le trèfle incarnat, l’autre simple, griffonnée au crayon. Machinalement il ouvrit d’abord la plus belle. C’était une invitation de Mme Verdian à un thé pour le surlendemain. L’autre contenait ces mots : « René, adieu… il faut que je m’en aille:.. je t’aime toujours… J’ai nien du chagrin… oh ! les vilains hommes, les méchants qui me séparent de toi… ta Lolette chérie… »
    Il resta silencieux les dents serrées, les yeux pensifs, pendant qu’un frisson de peine lui glaçait les épaules. Il courut chez sa propriétaire :

  • Mme Demeux, avez-vous entendu venir quelqu’un chez moi dans la journée ?
  • Oui, Monsieur, il est venu vers deux heures un grand monsieur gris qui vous a demandé. J’ai répondu que vous étiez absent. Il est parti. Environ une demi-heure après, je l’ai vu revenir avec un autre homme. Ils ont frappé chez vous ; votre amie jour a ouvert
  • Vous les avez entendus causer.
  • J’en étais toute épeurée. Ils criaient parfois d’un ton terrible ; votre amie pleurait. Et cela pendant un bon quart d’heure, puis ils sont partis tous les trois. Elle marchait devant avec un gros paquet pleurant à chaudes larmes. Je n’ai pu m’empêcher de lui demander où elle allait. Alors le dernier venu m’a prié brutalement de m’occuper de mes affaires si je ne voulais pas en voir plus long. Je me suis renfermée chez moi, presque morte d’épouvante.
  • René, pâle comme une haut d’ivoire, ne répondit. rien. Il devinait une manoeuvre violente de son oncle. Une rage froide le faisait trembloter, plissait âprement son front blême. S’il avait pu prévoir l’af¬freuse aventure, il n’aurait pas été perdre des heures précieuses par charité. La bonté devient la balle qu’ils se lancent de raquette en raquette. Son oncle, il allait le troubler dans son repaire, il allait lui demander des comptes face à face sur le champ.
    Il courut. La course le rafraîchit. Il se reposa avant de sonner à la porte du bâtonnier. Sans demander quoi que ce soit, il passa hautainement devant le domestique el pénétra clans le cabinet de travail de l’avocat. En voyant entrer son neveu, M. de Lorcin qui écrivait posa sa plume et attendit tranquillement ce qu’allait lui dire le jeune homme. René ferma la porte derrière lui et debout, très froid :

  • Bonjour, mon oncle, vous m’avez plusieurs fois prié devenir vous parler. Je viens vous faire les ecuses de mon retard et vous demander ce dont il s’agit.
  • Mon Dieu, mon cher ami, j’avais à réprimander ta conduite un peu scandaleuse. Nous étions ici désolés de te voir suivre une voie préjudiciable à ton honneur et au nôtre, malgré les conseils que bous t’avions donnés. Nous sommes seuls, René, je fais abstraction des principes religieux. Puisque tu veux t’amuser, pourquoi ne t’amuses-tu pas en secret ? Pourquoi veux-tu que la ville entière sache que tu as une maîtresse et qu’on nous le jette au nez ironiquement ? Mais c’est de la bêtise de se ridiculiser ainsi, de se coller avec une femme quelconque quand on peut en cueillir des milliers qui fuient aux approches du matin ! Ma situation ne me permet pas d’avoir un neveu du même nom que moi balladant à son bras une catin par les rues de Nantes. D’ailleurs je ne comprends pas que tu n’aies pas eu honte d’abaisser ton nom aux yeux de tous les passants. Et ceux qui sont venus me le dire, des bourgeois fiers d’avilir notre race, de se montrer plus hauts parce que plus corrects. Ils riaient ; leurs rires cruels me faisaient mal. A mon âge, j’ai reçu, depuis un mois, trop de soufflets et trop de hontes !
  • René baissait la tête ; des larmes de colère honteuse mouillaient ses yeux. Il ne s’attendait pas à ce genre de reproches. Les paroles de son oncle touchaient juste. Le sang de ses veines avait le bleu du sang des Lorcin, le bleu de la noblesse orgueilleuse. Il avait été ridicule parce qu’il avait aimé. S’il avait été le chercheur de plaisirs grossiers, il serait resté le parfait gentilhomme. Et pourquoi la brute doit-elle annoblir l’homme, et l’amour l’avilir ?

  • Tu as peut-être cru l’aimer, continua M. de Lorcin, en es-tu bien sûr ? Je suis convaincu du contraire. L’amour n’est pas cet attrait rapide d’une chair facile à posséder et dont le charme n’a pas eu le temps de s’épuiser. Echafauder l’amour sur de la volupté, c’est bâtir avec des bulles de savon. Lorsqu’on a sucé le fruit jusqu’à la peau, on croque celle ci avec moins d’appétit, le reste, on le jette dégoûté.
  • Et si je veux goûter ce fruit jusqu’à la peau pour rejeter les déchets dans la paix de mon verger, de quel droit les passants viennent-ils lancer des pierres par dessus la haie ?
  • Du droit qu’ont les jaloux de se venger de leurs rancunes mesquines. Très beau de vouloir réformer la société, mais auparavant courbons-nous à ses lois si despotiques et gênantes soient-elles
  • Alors, qui montrera l’exemple de la future réformation ?
  • Ceux qui voudront pourvu que ce ne soit pas toi.
  • Pourquoi pas moi ?
  • Parce que tu ne t’appartiens pas uniquement à toi, mais à une race honorable dont il reste des descendants du même taux.
  • Et si c’était justement la raison de marcher en éclaireur dans cette nouvelle voie, guidé par la colonne lumineuse d’un nom immense. Si je le voulais parce qu’au-dessus des imbéciles qui m’insultent j’ai le mépris de les sentir mordre au talon, de les voir s’abaisser à leur tour en des replis de vipères, Si, parce que je puis les délier du sommet d’un orgueil auquel ils ne parviendront jamais.
  • Je t’empêcherais de faire une folie inutile !
  • Comme vous l’avez déjà fait ?
  • Comme je l’ai déjà fait.
  • Sournoisement, cruellement, sans vous soucier des larmes, des chagrins, des heures sans sommeils, de la tristesse des brusques séparations. Briser du bonheur avec autant d’indifférence qu’un crayon de deux sous, parce que l’orgueil, — la vanité plutôt — est froissé d’écouter bénévolement ces serfs du qu’en-dira-t-on !
  • Parce qu’il faut couper le mal dans les racines.
  • Qu’en avez-vous fait de ma Lolette aimée ? Quelle puissance draconienne avez-vous encore au vingtième siècle, qu’il vous suffise de parler pour que l’on sépare les amants en une seconde ?
  • Aucune puissance, seulement des droits pour modérer les têtes folles.
  • Vous appelez folie la sincère chanson d’amour, le duo des rires côte à côte, l’attachement juvénile des coeurs qui s’apprennent la vie mystérieuse ! Folie, les heures de bonheur parfait, du seul bonheur où le mensonge ne met pas ses doigts velus ! Folie, le charme de la jeunesse qui se penche en flots limpides de voluptés ! Folie, l’oubli des mesquineries du monde, l’indifférence des méchancetés d’autrui ! … Folie, si vous voulez, mais folie que vous devriez saluer au passage et non tacher de boue ou de sang.
  • Tes expressions me sont la preuve qu’il n’était que temps d’agir brusquement.
  • Avec des façons de valets, des précautions de bandits louches de romans.
  • Mon neveu, tu t’oublies à m’insulter !
  • Dites-moi où est mon amie ?
  • Pour que tu ailles la chercher…. cela m’aurait bien peu servi de l’avoir fait partir.
  • Je ne resterais pas à Nantes. Je ne vous gênerais plus, car c’est uniquement votre orgueil qui est en jeu.
  • Un orgueil qui est le tien et qui sera le même à cent lieues. Inutile d’insister davantage.
  • C’est dit. Vous êtes le plus fort aujourd’hui. Il ne me reste plus qu’à me venger en attendant que des gens plus éclairés suppriment ces droits exorbitants qui n’ont d’autre source nécessaire que égoïsme. Plus d’amour, plus de maîtresses. Ou prendra l’autre route, celle qui vous gène le moins dites vous, mais sur cette route il y a des pierres, et ces pierres seront pour vous. Vous me faites souffrir en mon corps et en mon âme, je vous le revaudrai au centuple. Je sais où est l’angle sensible, je chercherai qui l’écornera le mieux. Nous sommes de même race, têtus et volontaires. Merci de me l’avoir réappris. Je ne l’oublierai plus. Le mal pour le mal, chacun selon sa force, belle devise de conduite haineuse et vindicative que l’on apprend à votre école. Aurez-vous le courage de vous en prendre directement à moi au lieu d’attaquer une petite fille ?
  • As-tu fini bientôt ?
  • Un mot encore. Je ne dépends pas de vous. Si je n’ai pas su protéger mon bien contre les détrousseurs de l’ombre, je me tiendrai sur mes gardes pour me défendre. D’homme à homme, sang contre sang, il n’est pas bien sûr que vous ayez la victoire malgré votre puissance, votre fortune et vos adulateurs. Vous ne représentez ni mon père, ni ma mère, vous n’êtes plus pour moi que la race d’à côté. Je la respecte avec défiance.
  • Va-t-en, tu deviens grossier !
  • Au revoir, mon oncle, vous présenterez mes ramages respectueux à ma tante.
  • Quand la porte se fut refermée sur les pas de son neveu, M. de Lorcin cassa d’un coup sec son coupe-papier d’ivoire et ses doigts osseux en émiettèrent les restes sur le tapis.

    Rentré chez lui, René s’empressa d’accepter l’invitation de Mme Verdian.

  • Autant commencer par celle-là puisqu’elle y tient, pensait-il.
  • Charles auquel il conta son aventure, lui donna des conseils stoïciens.

  • Vois-tu, Charles, elle serait partie de son plein gré, je n’aurais pas fait un pas pour courir après elle. J’aurais bêtement pleuré au coin du foyer désert. Mais savoir qu’ils me l’ont enlevée, çà m’enrage au point que j’en oublie mon chagrin.
  • Allons, mon pauvre René, prenons notre si¬tuation avec une sage tranquillité. Il y a quelques jours nous étions mariés, aujourd’hui nous sommes veufs comme le jour de ton arrivée à Nantes. Est-ce un malheur ? Nous n’en savons rien ! Ce qui arrive doit être une nécessité contre laquelle nous serions bien fats de réagir. A quoi bon ? Cailloux légers des bas-fonds de la vie, les vagues des événements nous arrondissent le caractère. Rire et souffrir, tout est là, parfois l’apothéose d’une conscience indécise. Berthe, Lolette deux fleurs écloses sur le parterre de nos jardins, fleurs cueillies, humées, fleurs perdues dont le souvenir se dissipera comme leur parfum tendre de femmes aimées. Incidents de notre existence, chausse-trappes au long de la route, passé d’hier déjà trop loin. Ne regarder jamais derrière soi, agir le présent, contempler fièrement l’avenir, indifférents aux lambeaux de nos vêtements accrochés dans les haies !
  • René se promenait les bras croisés au travers de l’atelier ; son air sombre contrastait avec le calme de l’ami qui le haranguait du fond d’un fauteuil voltaire.

  • René, tu ne m’écoutes pas.
  • Je te dis que ce sont des canailles !
  • Soit. Ton âme fière devrait-elle s’attarder à des niaiseries ?
  • Des niaiseries ! Tu es fou ! Des niaiseries, ce droit de me voler ma maîtresse !
  • Niais ton emportement !
  • Que veux-tu donc que je fasse : pleurer comme un sot ou leur tordre le cou ?
  • Ni l’un, ni l’autre. Prendre la fortune comme elle vient et te rappeler qu’au-dessus des vicissitudes de nos vies, il y a notre amitié qui vaut plus de cent haines, plus de cent amours.
  • René fut touché. Il s’apaisa.

  • Merci, mon vieux, nous ne nous quitterons plus. Aucune femme ne viendra rompre notre fraternité de son ostracisme tenace.
  • Chez Mme Verdian le thé servi aux reflets d’un salon vert et or, René retrouva d’anciennes connais¬sances : Varlette qu’il affecta beaucoup de connaître et, qu’il terrifia de ses sous-entendus indiscrets, le baron des Valormets auquel il confia que le pire de l’honnêteté était de satisfaire un vice avec de moyens vertueux, le beau Gachard qu’il complimenta sur l’odeur nouvelle de son mouchoir, il entoura publiquement l’hôtesse de ses soins empressés et ultra-galants, afin de faire jaser la société sur de futures relations. Mme Verdian, charmée, congédia définitivement le jeune Gachard en une courte scène derrière un paravent. Au bout d’une heure, René, maître de la place, blagua les moeurs inquiètes de la ville.

  • L’amour est le premier devoir de l’homme. Sans l’acte d’amour que serions-nous ? Des bonbons de néant ! Des bonbons que l’on goûte à deux entre la mousseline des caresses. Et c’est l’acte le plus sacrifié. On en rougit, on le cache, ou l’ensevelit dans la lourdeur de l’ombre comme une jolie fillette sous d’affreuses capelines moires. Si parmi vous, mesdames, j’avais une maîtresse ou une femme qui me désirerait, oserait-elle ici-même se mettre nue et se coucher sur le tapis ? Si je la prenais devant vous, y en a-t-il une seule qui resterait calme et respectueuse ? Ne deviendriez-vous pas un troupeau hostile d’enfiellées semant partent la grande nouvelle de la contaminée sur la porte de laquelle vous inscririez le signe du lépreux. Chose étrange, l’amour, ce bêlement exquis de la douceur, enfanterait la haine, ou plutôt l’ennui de ne pouvoir suivre la même voie, sans que le voisin agisse comme vous agiriez aujourd’hui. L’amour n’a qu’un ennemi unique, un ennemi qui vaut la plus formidable des armées hostiles, l’envie. Souvenez-vous de la parole de Renan : « Si l’humanité n’avait plus qu’une heure et qu’elle en fût avertie, elle se transformerait en un immense troupeau de bêtes à deux dos.
  • Lon se récriait. L’on discutait. C’était un beau débat de femmes prudes qui savaient depuis longtemps à quoi s’en tenir sur la vertu forcée de leurs amies. Varlette s’agitant trop vertement contre René reçut le coup de fouet suivant, qui lui cala la langue le reste de la soirée : Monsieur Varlette, notez qu’il s’agit de l’acte naturel de l’amour et non de certains procédés grotesques qui le disqualifient. Puis René allégrement voulut clore la discussion par un toast malin :

  • Le plus sage d’entre nous, c’est M. le baron de Valormets. Son silence cependant n’est pas charitable. Sa longue carrière aurait pu nous fournir bien des arguments pour ou contre. Vous êtes avare de paroles, M. le baron, à une époque où l’on fait marché de tout, même de la charité. Un toast à M. des Valormets, sans rancune.
  • Celui-ci n’osa pas se fâcher devant le regard cruellement moqueur du jeune homme. Il avait compris.

    Cette nuit, alors que Mme Verdian se pâmait entre ses bras, René songea avec délices que ses gestes audacieux dans le salon envers sa nouvelle maîtresse avaient été épiés, que ses paroles railleuses allaient donner du coeur et de la langue aux bavardes, et que le remplacement du beau Gachard ferait boule de neige jusqu’au boulevard Delorme.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Dégradations au presbitère de Montreuil sur Maine, 1722 transaction pour réparer la porte et payer une amende de 30 livres

    Avec ce billet, j’ai ouvert une nouvelle catégorie JUSTICE (voyez colonne de droite).
    Autrefois, beaucoup de différents étaient traités à l’amiable par acte notarié, en forme de transaction, souvent pour éviter un procès couteux.

    Le 19 juillet 1721 Dvt nous Jacques Bodere Nre royal en Anjou résidant à Montreuil sur Mayenne, furent présents en leurs personnes, établis soumis Missire Pierre Laillault prêtre prieur baron seigneur au spirituel et temporel de la paroisse de Montreuil d’une part, (Montreuil sur Maine avait la particularité d’avoir à la fois un prieur et un curé et qui plus est le premier avait titre de baron.)
    Ambrois Alluce charpentier en bateaux faisant tant pour lui que pour Ollivier Alluce son cousin germain et autre,

    entre lesquels parties a été fait l’acte qui suit c’est à savoir que de la part dudit seigneur prieur aurait été fait demande de réparation dommages et intérêts pour les exactions et violence commises par ledit Ambrois Alluce et les dénommés, tant à la porte d’entrée de la cour dudit seigneur prieur que sur ladite maison, le mardi 15 de ce mois et dont ledit sieur prieur était en droit d’informer ; sur les environs 18 h du soir ;

    que ledit Alluce a reconnu, dont a demandé ses excuses et pardons audit seigneur prieur, pour laquelle instance que ledit seigneur prieur était prêt à faire mouvoir, et icelle assoupir et ont par l’avis de leurs conseils et amis transigé par transaction irrévocable comme cy après s’ensuit (l’affaire est rapidement réglée, 3 jours après on était chez le notaire pour une transaction !!! Il faut croire que les amis d’Alluce lui ont rapidement démontré l’utilité d’aller faire des excuses…)

    c’est à savoir que ledit seigneur prieur a bien voulu recevoir ledit Alluce tant pour lui que pour les autres ci-dénommés auxdites excuses et soumissions, aux offres que si malheureusement pareil leur arrivait de payer au profit de l’église de la paroisse la somme de 30 livres sans que ladite amende (amande) puisse être réputée comminatoire, et sous les mêmes peines et amendes d’insultes anciennes des habitants et paroissiens d’icelle, et s’oblige ledit Alluce rétablir la porte en question en le même état qu’elle était auparavant, (cela lui coûte cher, car avec cette somme il pouvait s’offir un lit de chêne garni, ou une formation de tonnelier etc...)
    et délivrera ledit Alluce à ses frais une copie des présentes en 8 jours prochains
    auquel acte et ce que dit est lesdites parties en sont respectivement demeurées d’accord et tout ainsy vouly consenti stipulé et accepté à l’entretenir obligent et renonçant etc dont etc
    fait et passé audit prieuré en présence de Me Vincent Quenion prêtre curé dudit lieu, et h. h. Alexis Delahaye marchand demeurant audit lieu témoins à ce requis et appelés, ledit Alluce a déclaré ne savoir signer de ce enquis et interpellé.

    Ce document illustre le rôle de médiateur des notaires autrefois. Il apporte aussi un chiffre, sur lequel il est utile de s’arrêter : le montant de l’amende fixé à 30 livres, outre les réparations. Dans la rubrique NIVEAU DE VIE, je vais en effet m’efforcer de vous inculquer la valeur de l’argent autrefois. Donc, notez déjà qu’avec 30 livres ont a de quoi payer une amende, et vous verrez bientôt que c’est juste un lit de métayer, etc… bref, des équivalences de l’époque, qui ne sont surtout pas transposables de nos jours, encore moins en euros…

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    Dispense de consanguinité entre Jean Juliot et Anne Pipard, La Rouaudière (53), 1754

    L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine et Loire, série G

    Je poursuis les dispenses.
    Comme vous l’avez remarqué, elles étaient classées à l’évêché, étant de nature religieuse, puis ces archives ont été versées aux Archives Départementales, mais comme la carte d’un diocèse différe de celle d’un département, il faut trouver dans le département voisin beaucoup de paroisses d’antan…
    J’ai le même problème en Normandie, où La Sauvagère n’est pas à ALençon mais relevait de l’évêché du Mans et non existant, à la Cornuaille relevant de l’évêché de Nantes, etc… donc c’est très fréquent…

    Voici la retranscription de l’acte : Le 22 novembre 1754, en vertu de la commission à nous adressée par monsieur l’abbé de Monteclerc grand doyen et vicaire général de monseigneur l’évêque d’Angers en date du 15 de ce mois, signée l’abbé de Monteclerc, vicaire général, et plus bas par Monsieur Péan avec paraphe, pour informer de l’empêchement qui se trouve au mariage qu’ont dessein de contracter Jean Julliot de la paroisse de la Rouaudière âgé de 24 ans, et Anne Pipard de la paroisse de Saint Aignan, âgée de 25 ans, n’ayant plus ni père ni mère tous deux de ce diocèse, et de famille de laboureur, nous prieur curé soussigné avons dressé le procès verbal qui suit, pour y être fait droit, selon les raisons à nous alléguées tant de la part des parties que des témoins et parents y appelés,
    de tous lesquels ayant pris serment séparément pour nous dire vérité, nous ont affirmés que ledit Jean Juliot et ladite Anne Pipard se recherchent de bonne foie en mariage depuis longtemps, de sorte que s’il ne leur était par accordé permission de s’épouser, il pourrait s’ensuivre un scancale et un grand préjudice à l’un et à l’autre, (de vous à moi, le scandale était surtout pour la fille, et je vous rappelle qu’on était scandalisé de peu, en l’occurence de simples fréquentations)
    de plus ils nous ont attestés que cette dite Anne Pipard n’a jamais été recherché par aucun autre parti convenable à sa famille à cause de sa difformité naturelle,
    en outre nous ont protesté que dans leurs paroisses voisines limitrophes, ils sont presque tous parents et alliés sans pouvoir trouver en ce petit pays de si peu d’étendue, autre parti convenable qu’il ne s’y trouve même empêchement, (ces arguments marchent bien, comme nous l’avons déjà vu, aussi sont-ils toujours avancés, même si cela n’est pas tout à fait vrai…)
    de plus par appréciation faite en conscience par Pierre Juliot père (tiens tiens !!! tout à l’heure il n’y avait plus de père ! j’ai l’impression qu’on fait dans l’approximation…) et par Pierre Juliot frère dudit réquérant et cy présents, ledit Jean Julien leur fils et frère n’a de tout bien valant, y compris la dot de 100 livres qu’on lui promet que la somme de 300 livres,
    et ladite Anne Pipard par estimation faite de même nature, aux dires de François Jeufreau son beau-frère, et de Jean Gasnier son cousin germain, aussi présents, et de tous serment pris, comme déjà dit cy-dessus, n’a tout au plus tant en bien fond qu’effets mobiliers qu’à la concurrence de 1 500 à 1 600 livres (il peut fermer les yeux sur la diformité ! Descendants si vous existez, pardonnez moi et riez … on s’amuse quand on fait l’histoire des familles…), jointes à celle de 300 livres dudit Jean Juliot, font de total ensemble celle de 1 800 ) 1 900 livres, (notez bien que cette somme de 1 900 livres est jugée trop faible pour envoyer à Rome, et payer la dispense de Rome, donc, même avec cette somme, qui n’est pas la pauvreté, mais l’aisance moyenne de l’époque, l’évêché n’est pas trop exigeant et octroie tout de même la dispense à son niveau. Je reviendrai sur les chiffres de fortune, soyez patients)
    en outre lesdites parties et témoins nous ont protesté que ledit Jean Juliot et ladite Anne Pipard n’étaient parents que du 3 au 4e degré selon l’arbre généalogique qu’ils nous ont fait dresser cy-après, à quoi comme à tout cy-dessus mentionné ils sont souscrit avec nous pour en constater,

    de Jacques Faguier et de Jeanne Geslin, souche commune, sont issus

  • Fiacre Faguier mari de Mathurine Poisson – 1er degré – Jacques Faguier mari de Jeanne Geslin
  • Louise Faguier épouse de Philippe Desestre – 2e degré – Jeanne Faguier mariée à Michel Pipard
  • Perrine Desestre mariée à Pierre Juliot – 3e degré – Anne Pipard requérante, fille dudit Michel Pipard et de ladite Anne Faguier
  • Jean Juliot Reguérant, issu de Pierre Juliot et de Perrine Desestre – 4e degré
  • à Brain ce même jour et an que dessus, nous parents témoins appelés souscrivons à toutes les raisons mentionnées cy-dessus pour foie y être ajoutée, les deux parties ont déclaré ne savoir signer, également que Pierre Juliot le jeune. Signé Pierre Juliot (c’est donc le père, et il n’a pas appris à ces fils… tiens, tiens !!!), P. Girard, François Jeuffrault, Poirier curé de Brain

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    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714

    1686 : juillet, août, septembre, (octobre absent du mansucrit), novembre, décembre

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 1er juillet (1686) le Sr Bodard grenetier à Candé épousa la fille du défunt Sr Durand Me apothicaire en cette ville, et de la dame Coueffé.
  • Le même jour (1er juillet 1686) se fit la cérémonie de l’établissement de l’Académie royale. Le canon tira le matin ; toutes les cloches de la ville sonnèrent depuis midy jusques à une heure. Les habitants sous les armes firent quantité de décharges ; plusieurs pièces devin coulèrent, les harangues commencèrent sur les cinq heures du soir Mr l’intendant et Mr Goureau conseiller honoraire au présidial y parlèrent savamment ; toutes les dames qui y furent, firent un des principaux agréments de cette feste ; cela fut suivi d’un superbe repas ; il y eût sur les neuf heures du soir des feux d’artifice et des illuminations par toutes les fenêtres des maisons de la ville. On éleva ce même jour l’effigie du Roy en buste dans le fond du jardin de l’Hôtel de ville.
  • Le 10 (juillet 1686) mourut le sieur Fagotin sergent ; son fils marchand de soye a épousé la fille du feu Sr Mabit.
  • Le 16 (juillet 1686) Mr Souché marchand à Nantes, riche de trente mil écus, épousa la fille de Mr Desmazures Sailland et de la dame Lejeune. Cette fille l’engagea par son mérite et sa beauté ; il est âgé de 54 ans.
  • Le même jour (16 juillet 1686) mourut monsieur Guynoiseau prêtre curé de la Salle.
  • Le 18 (juillet 1686) les ambassadeurs du Roy de Siam arrivèrent en cette ville. On tira la canon et on leur fit les présents. Ils partirent le lendemain pour Paris, chargés de plusieurs présents très riches pour le Roy.
  • Le 22 (juillet 1686) le fils de Mr Yvard notaire en cette ville épousa la fille du sieur Delmur marchand de soye.
  • Le 23 (juillet 1686) mourut la femme de monsieur Davy, notaire royal en cette ville, âgée de 34 ans. Elle a laissé 5 petits enfants ; elle s’appelait Boisard.
  • Le 24 (juillet 1686) mourut la femme de feu monsieur Petit de la Pichonnière de Piedfelon gentilhomme. Elle a laissé cinq enfants ; elle s’appelait Eveillard. Elle a été enterré en l’église de St Michel du Tertre.
  • Le même jour (24 juillet 1686) le nommé Gibert de Champfleury, de la paroisse de Thouarcé, fut pendu pour avoir tué deux femmes sortant de l’église de Thouarcé, et une autre qu’il tua dans son lit. Il y avait dans cette action de la rage et de la folie, ces femmes ne luy ayant jamais rendu aucun mauvais service. La mère sur Sr Simon praticien en était une. Il avoué que s’il n’avait été arresté il aurait tué tous ceux qui se seraient présentés devant luy.
  • Le 2 août (1686) mourut madame … veuve de feu monsieur La Chapelle et remariée avec monsieur Jacquelot, gentilhomme. Elle est morte fort riche et elle a plusieurs héritiers fort pauvres ; elle n’a point laissé d’enfants. (E. Toysonnier donne souvent la mention sans enfants, et je découvre une fréquence relativement importante de ces couples sans enfants, qui signifiaient toujours une succession fort interressante pour les collatéraux, j’y reviendrai)
  • Le 10 (août 1686) mourut la femme de Mr du Ribet Duménil ; elle s’appelait Jameray sœur de feu Mr Jameray avocat.
  • Le 12 (août 1686) le Sr Chouteau praticien, veuf de la dame Rigault épousa la fille de défunts Goubault Me chirurgien en cette ville et de la dame Gendry.
  • Le 18 (août 1686) la fille de défunt monsieur Bachelot, grenetier en cette ville et de la demoiselle Panetier, fit profession au couvent des religieuses Ursulines ; elle s’appelle Lézine.
  • Le 19 (août 1686) la fille de monsieur Butin et de la dame Gigon épousa monsieur de Vaulogé de la ville du Mans.
  • Le 25 (août 1686) mourut le sieur Briand praticien ; il avait épousé la fille du Sr Rocher, hôte de la Bataille.
  • Ce même jour (25 août 1686) mourut la femme du Sr de la Chaussée Me écrivain.
  • Le 26 (août 1686) le fils de Mr Deniau Me apothicaire et de la dame Chaudet épousa la fille du St Delhommeau huissier.
  • Le même jour (26 août 1686) mourut la femme du feu sieur Guyollay Sr de Puirengeard praticien ; elle s’appelait Françoise Janvier ; elle n’a point laissé d’enfants.
  • Le 1er septembre (1686) mourut Mr Pasqueraye prêtre chantre de St Martin
  • Le 10 (septembre 1686) le sieur Rigault clerc fils du défunt sieur Rigault huissier audiencier au siège de la prévôté, épousa la fille du Sr Richomme sergent et de la défunte dame Bovet.
  • Le 15 (septembre 1686) il y eut des feux de joie à la manière ordinaire pour l’heureuse naissance de Monsieur le Duc de Berry, fils de monseigneur et de madame la Dauphine.
  • Le 17 (septembre 1686) mourut Mr Duhalay maître chirurgien ; c’était un des plus habiles hommes du royaume pour accoucher les femmes.
  • Le mesme jour (17 septembre 1686) mourut le sieur Barault âgé de 89 ans. Il a laissé une fille mariée avec le Sr Gaultier huissier audiencier en l’élection de cette ville.
  • Le 20 (septembre 1686) Mr de la Grange Salmon, avocat à Saumur, épousa Melle Dupont. Cette fille avait été auparavant toute sa vie au service de madame de Milière.
  • Le même jour (20 septembre 1686) monsieur de Lancrau gentilhomme épousa mademoiselle de Bréon. (Le qualificatif de gentilhomme est réservé aux nobles et E. Toysonnier reflète dans sa manière de s’exprimer, la manière dont parlait entre eux les bourgeois d’Angers, j’y reviendrai)
  • Le 18 (septembre 1686) mourut la femme du feu Sr Guerin ; son fils est commis au greffe de la prévôté de cette ville.
  • Le 27, 28, 29 et 30 (septembre 1686) arrivèrent en cette ville seize cent hommes du régiment d’Alsace, les mêmes que nous avions l’année dernière pour y passer leur quartier d’hyver. (cette mention fait allusion à l’impôt de l’ustencile, qui était le logement par les habitants des militaires, et vous allez voir bientôt que la ville d’Angers tentera de négocier une somme avec le roi, pour éviter les militaires… sans doute peu appréciés durant autant de mois…inactifs…)
  • Le 28 (septembre 1686) le fils de feu monsieur Lanier qui avait été maître des requestes et ambassadeur en Portugal, et de la dame Liquet sa femme, épousa la fille de monsieur Vollaige de Vaux Girault et de la demoiselle de la Cartrie Talour. Le mois d’octobre est absent du manuscrit original et semble avoir été sauté par l’auteur.
  • Dans ce même temps, le sieur Goubault Me chirurgien, veuf de la dame Salais et fils de feu Sr Goubault aussy Me chirurgien et de la dame Gendry épousa la fille du feu Sr Delhommeau marchand de dentelles et de la dame Deschamps.
  • Le 4 novembre (1686) le fils du Sr Bertelot marchand épousé la fille du sieur Bridié aussy marchand et de Delle Brintaut.
  • Le 7 (novembre 1686) mourut la femme du sieur de la Carte Lesourd, commis au greffe de l’élection de cette ville ; elle a laissé trois petits enfants ; elle s’appelait Delommeau.
  • Le 9 (novembre 1686) mourut la femme du sieur Cireul ; elle n’a point laissé d’enfants ; elle s’appelait Cheminant.
  • Le 10 (novembre 1686) mourut monsieur de la Saunerie Gault, avocat. Ce n’était qu’un brouillon et qui plaidait de fort mauvaise grâce. Il était avocat de 1645 ; il a été enterré dans l’église d’Etriché.
  • Le 2 décembre (1686) monsieur Bachelot, fils de défunt Mr Bachelot contrôleur au grenier à sel de cette ville et de la demoiselle Panetier épousa la fille du feu sieur Ganches de la Fourerie et de la demoiselle Margaritteau.
  • Le 6 (décembre 1686) mourut le Sr Robert, commis au greffe du siège présidial de cette ville.
  • Le 8 (décembre 1686) mourut d’hydropisie le sieur de la Mothe Vieil praticien en cette ville. (HYDROPISIE. s.f. Enflure causée en quelque partie du corps par les eaux qui se forment & qui s’épanchent Dictionnaire de L’Académie française, 4th Edition, 1762)
  • Le 16 (décembre 1686) mourut monsieur de Narbonne Coutard, cy-devant marchand, de paralysie et de létargie. Il était d’une taille extraordinairement grosse.
  • Le 22 (décembre 1686) le fils de monsieur Dumenil cy-devant avocat du Roy au siège présidial de cette ville et de la défunte dame des Roches Gurie épousa la fille de monsieur Poullain Sr de Greez doyen de messieurs les conseillers du présidial et de la dame Deniau avant veuve du feu Sr la Marche Gandon.
  • Le 26 (décembre 1686) mourut madame Gohin ; elle a laissé plusieurs enfants ; une fille a épousé Mr Belot Sr de Martou ; une autre a épousé Mr du Planty Boylesve, lequel était veuf auparavant de la dame Juliot ; et un garçon a épousé la fille du Sr Bertelot auditeur des Comptes de Bretagne ; elle s’appelait Sérézin.
  • Le 28 (décembre 1686) mourut la femme de Mr Coutard avocat ; elle s’appelait Subleau sœur du feu Mr Subleau secrétaire du Roy.
  • Le 30 (décembre 1686) monsieur Avril Sr de Louzil conseiller au siège présidial de cette ville, fils de feu Mr de Louzil Avril aussy conseiller audit siège et de la dame Galisson, épousa la fille de monsieur Chérot avocat et de la demoiselle de la Combe Garciau.
  • Dans ce même temps, mourut Mr de Vaulogé gentilhomme du pays du Maine, mari de la demoiselle Butin.
  • Le mesme jour monsieur de la Hussaudaye Robert sénéchal de Craon, épousa mademoiselle Harangot, fille de défunts Mr Harangot receveur des décimes à Poitiers et de la demoiselle de la Butte Sara.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
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    Contrat d’apprentissage de tonnelier à Saint Lambert du Lattay (49), 1723

    pour Jean Vaillant chez Pierre Gaultier

    Nous poursuivons les contrats d’apprentissage.

    L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire. Voici la retranscription intégrale. Ce contrat est fort mal écrit, et pour le comprendre il faut faire de la phonétique mentalement. Pour vous aider, j’ai parfois mis en italique l’orthographe exacte. : Le 29 may 1723, par devant nous Charles Billault notaire royal Angers résidant à Rablay, furent présents établis et soubmis Pierre Gaultier thonelier (tonnelier) demeurant à la Mulonnière paroisse de Saint Lambert du Lattay,
    Renée Chevallier veufve René Vaillant et Jean Vaillant son fils, demeurant au bourg de Rablay,
    entre lesquelles parties a esté fait le marché d’aprentisage qui suit pour le temps et espasse (espace) de 18 mois qui commanseront (commenceront) le 18 juillet prochain et qui finiront le 10 janvier de l’année 1725,
    c’est à scavoir que ledit Gaultier a promis et par ces présentes promet et s’oblige montrer et enseigner sondit métier de thonelier audit Jean Vaillant sans rien luy en celer scavoir doller à faire les tonneaux de toutes fasons façons le norir (nourrir) coucher et reblanchir et luy donner bon trestement traitement ainsy que les mestres (maîtres) sont tenu de faire à leurs aprantifs à la charge par ledit Jean Vaillent d’obéir audit Gaultier et de faire ce qui luy commandera touchant sondit métier de thonnelier d’aller et venir où il voudra l’envoyer

    et est fait le présent marché d’aprantisage (apprentissage) pour la somme de 50 livres que ladite veufve Vaillent promet et s’oblige payer et bailler audit Gaultier scavoir 25 livres dans le jour et feste de Magdelaine prochaine et les 25 livres restent de la Saint Jean Baptiste prochaine en un an à paine (peine) etc
    ce qui a esté ainsy voulu consenty stipulé et accepté, s’obligeant lesdites parties leurs hoirs etc biens etc renonçant etc dont etc s’oblige ladite veufve Vaillant fournir coppie des présentes audit Gaultier dans un mois prochain, aussy à paine (peine),
    fait et passé audit Rablay en notre étude présents Pierre Chosteau couvreur d’ardoise Louis Beugnon sergent et René Vaillant Vigneron, demeurants audit Rablay, ladite veufve Vaillant et dedit René Vaillant ont déclaré ne scavoir signer

    Planche extraite de l’Encyclopédie de Diderot, article Tonnelier, Outils.

    DOLER, v. act. DOLOIRE, s. f. Doler apartient à tous les Arts, qui travaillent sur le bois. Égaler, aplanir; blanchir et unir le bois. — Doloire est un instrument de tonnelier, qui sert à doler le bois. (Jean-François Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, Marseille, Mossy 1787-1788). Le doloire de tonnelier était une sorte de hache dont le manche, très gros, est déporté pour faciliter le travail de l’ouvrier.

    La durée d’apprentissage est de 18 mois, et ce tonnelier travaille au coeur du vignoble Angevin, des côteaux du Layon, donc on peut le considérer comme représentatif de son métier.
    Or, une fois encore (voir Commentaire de la durée d’apprentissage du vinaigrier), j’observe une durée d’apprentissage totalement différente de ce que dit l’Encyclopédie de Diderot : L’apprentissage est de six ans, après lequel l’aspirant doit faire chef-d’oeuvre, pour être admis à la maîtrise. Cette phrase de Diderot semble extraite de Statuts exclusivement Parisiens et le moins qu’on puisse dire c’est qu’une fois encore ils ne représentent pas la France entière… Sans doute à Paris ne travaillait-on que des objets de luxe, pour la Cour ou autre, mais dans tous les cas qui n’avaient strictement rien à voir avec les objets du Français moyen…

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.