En 1926 l’eau n’était pas encore au robinet route de Clisson à Nantes ; un siècle plus tard la France manque d’eau tant nous en consommons !

Il y a 2 ans je vous parlais des porteurs d’eau rue Saint Jacques à Nantes et personne n’y avait encore l’eau courante au début du 20ème siècle.
En 1926, après l’arrivée de l’eau rue Saint-Jacques, ceux de la route de Clisson demandent à la ville de Nantes de prolonger l’arrivée de l’eau potable au robinet jusques chez eux, et pour mémoire la route de Clisson suivait la rue Saint Jacques après le carrefour de Bonne Garde.
Donc mes grands parents paternels qui demeuraient route de Clisson n’avaient pas encore l’eau courante, et elle n’est pas encore votée raconte l’article ci-joint. Ma cousine Anne, qui a le même âge que moi, se souvient très bien de l’installation de salle de bains dans la maison de nos grands parents communs, et ce juste avant la seconde guerre mondiale. Marly, marchand de salles de bains à Bordeaux, venait d’y installer une succursale, qui installa donc beaucoup route de Clisson.
Et nous voici en août 2020 devant un pénurie d’eau en France, et de probables coupures de robinet, mais il faut dire qu’en un siècle nous avons pris des habitudes du surconsommation incroyables, et nous avons bien oublié comment vivaient nos grands parents. J’ai donc hier tenté de comprendre ma consommation par rapport à la moyenne en France, car je consomme 22 m3/an et je ne peux vraiement plus rien réduire. La moyenne en France est au dessus de 150 m3/an à cause des jardins, piscines, baignoires et de l’agriculture. Je fais partie des Français qui vivent en copropriété et ne reçoivent donc pas une facture d’eau chaque année, car c’est une ligne au milieu de tant de lignes des charges qu’il faut beaucoup d’attention pour découvrir le relevé de mon compteur individuel chaque année. Je suppose que tous ceux qui vivent en appartement sont comme moi.

Le jour de la glane était fixé par les conseillers et annoncé à la messe, Gené autrefois

Les archives de la paroisse de Gené contiennent les coutumes de la paroisse. Je vais vous en proposer quelques unes tout à fait remarquables, et je commence par le glanage, que Wikipedia retace très bien.

Donc, cette coutume disparue nous est si joliement montrée dans les tableaux comme les Glaneuses de Millet. Nous avons modifié les méthodes agricoles et le glanage n’existe plus mais autrefois le jour était fixée par les conseillers municipaux et la date annoncée à l’église. A Gené on l’appelait la Glanne. « Pendant le mois de septembre, après avoir pris le jour avec les conseillers municipaux, on indique le jour où se fera la glanne. » (Archives Diocésaines du Maine-et-Loire) Je comprends qu’on ne glanait pas tout seul n’importe quel jour, mais que c’était tous ensemble le même jour défini par les conseillers.

Tsiganes, égyptiens, bohèmiens au XVIIème siècle

 

François de Vaux de Foletier, Bulletin de la Société d’étude du XVIIe siècle, 1971
LES TSIGANES EN FRANCE AU XVIIE SIECLE
Le XVIIe siècle paraît avoir été, du moins en France, le siècle d’or des Tsiganes. Jamais, en dépit des édits, des ordonnances, ces errants que l ‘on nommait « Egyptiens » ou « Bohèmes » n’ont circulé aussi librement a travers les provinces françaises. Les mentions de leurs étapes sont particulièrement nombreuses dans les archives au temps de Henri IV et de Louis XIII. et au début du règne de Louis XIV, plus que durant les périodes précédentes et suivantes. Sur la liste chronologique (évidemment incomplète) que j ‘en ai dressée, je note : cinquante-huit mentions de 1551 à 1660, trois cent huit de 1601, à 1650, quatre-vingt quatorze de 1651 à 1700, quatre-vingt deux de 1701 à 1750. Sous la conduite de capitaines empanachés et bottés, leurs compagnies bigarrées, armées d’épées, de dagues, de piques, d’arquebuses à rouet, de pistolets et de mousquets, s’étirent sur les grands chemins avec leurs chevaux, leurs ânes, leurs chiens, leurs charrettes, leur matériel de campement et leurs provisions.
Craints dans les campagnes, souvent expulsés du ressort d’une juridiction, ils poursuivent leur voyage vers des provinces plus hospitalières. Parfois l’un de leurs groupes se heurte aux archers des prévôts des maréchaux, lieutenants criminels et autres magistrats de robe courte. Ils savent se défendre par les armes, mais aussi par la procédure. Pour avoir contrevenu aux édits du Roi et arrêts de parlement, le capitaine Dodo est condamné aux galères par le prévôt des maréchaux de Blois ; il fait appel « comme de juge incompétent » au parlement de Paris et il obtient une réparation éclatante; le prévôt, dont la sentence est « mise à néant » est contraint de rembourser le prix de douze chevaux confisqués et vendus, et de payer des dommages et intérêts, Le même Dodo oblige, quelques années plus tard, le bailli de Melun à lui restituer aussi des chevaux.
Les seigneurs hauts justiciers, au lieu de chasser, comme ils le devraient, les bandes bohémiennes, leur accordent fréquemment leur protection. Quand les Tsiganes font baptiser leurs enfants, ils s’adressent volontiers, pour les parrainages, à des magistrats : par exemple, un substitut du procureur général du roi au parlement de Dauphiné, un conseiller à la Cour des comptes de Provence, un procureur du roi en l’élection de Saumur. Plus souvent encore à des membres de familles seigneuriales.
Ainsi, en Anjou, Antoinette de Bretagne, princesse de Guéméné, Marie-Anne-Ursule de Cossé, marquise de La Porte, Antoine du Bellay, seigneur de Sougé, Louis de La Tour-Landry, marquis de Gillebourg, Charles de Chambes de Maridor, marquis d’Avoir; en Touraine, Balthasar Le Breton, seigneur d’Ussé et la fille du seigneur de Villandry; en Poitou, Jacques de Nuchèze, seigneur de Badevillain; en Ile-de-France, Louis de Saint-Simon, gouverneur et bailli de Senlis (grand-père de l’auteur des Mémoires), en Nivernais, René d’Estutt, sieur de SaintPère, Roger, duc de Bellegarde; en Lorraine, Marie-Elisabeth, comtesse de Morhange, femme du Rhingrave, et Juliana, fille du seigneur de Nunheim. Ces exemples sont pris dans les registres paroissiaux catholiques. Mais on en trouve aussi dans les registres protestants : en 1615 à Bouxviller, en Alsace, le ministre luthérien baptise une petite Tsigane dont le parrain est le comte de Hanau, et dont les marraines sont Agatha Maria, comtesse de Hanau, et Anna Sibylla de Fleckenstein.
Ce n’est pas seulement pour solliciter des parrainages que les Bohémiens se présentent chez les châtelains. Ils font dans ies châteaux ou leurs dépendances de fréquentes visites et même de longs séjours. Surtout dans les provinces de l’Ouest. En Anjou. Charles, marquis du Bellay et prince d’Yvetot, en héberge au Plessis-Macé; de même. à Raguin son cousin Guy du Bellay, maréchal de camp. A Brissac, le fastueux François de Cossé, deuxième duc de Brissac, entretient durant plusieurs années de suite des compagnies entières d’Egyptiens; les chefs de ces bandes sont traités comme gens de distinction; ainsi, en 1629, Charles de La Grave, capitaine de Bohémiens, est inhumé solennellement dans l’église de Brissac; le même honneur est accordé en 1631 à son fils Charles de La Grave, en 1641 à René, fils de Jean Charles, capitaine d’une compagnie d’Egyptiens. De même, à Châlons dans le Maine, le 8 octobre 1626, « Jeremye Robert, conducteur de sa troupe d’Egyptiens, fut inhumé et enterré dans l’église de céans, par le commandement de Monsieur d’Anthenaise, et du consentement des paroissiaux ».
Or ce Jérémie Robert, lors de ses voyages en Haute-Auvergne, avait bénéficié de la protection des seigneurs de Mercœur, de Lignerac et de Cardaillac qui, les armes à la main, s’étaient opposés en 1612 à son expulsion par le vice-bailli. »

Je viens de trouver sur Gallica ce qui précède, qui éclaire mieux le cas de Charles de la Grave, dont il est question dans les commentaires. Vous voyez dans cet article que les troupes de Bohémiens étaient nombreuses dans notre Anjou, et que Charles de La Grave avait un fils aussi prénommé Charles, mais lui aussi inhumé comme son père, 2 ans plus tard en 1631. En conséquence, le baptême en janvier 1644 à Quintin (22) d’Amaury La Gave fils de Charles capitaine de Bohémiens, n’est pas un baptême qui suit la naissance comme dans le rite de l’église catholique d’alors, à savoir le baptême obligatoire dans les 3 jours après la naissance. D’ailleurs dans ces baptêmes il est le plus souvent précisé « né ce jour » ou « né hier » etc… Or, le baptême d’Amaury La Gave ne donne pas cette mention, donc il s’agit du baptême d’une adolescent dont les parents n’avaient pas lors de sa naissance jugé bon le rite catholique.

Égyptien : sorte de vagabonds qu’on appelle aussi Bohémiens (Dictionnaire de l’Académie Française, 4th édition, 1762) Merci Stanislas pour vos lumières sur l’ancienne langue française, car j’avoue qu’hier j’étais tombée dans le piège du terme égyptien.
Le Dictionnaire d’Emile Littré, 1872, ajoute :

Sorte de vagabonds qu’on appelle aussi bohémiens (voy. ce mot), et à qui, entre autres origines, on a attribué l’Égypte.

Et il cite

MOLIÈRES., Scapin, III, 3: La destinée a voulu que je me trouvasse parmi une bande de ces personnes qu’on appelle Égyptiens, et qui, rôdant de province en province, se mêlent de dire la bonne fortune et quelquefois de beaucoup d’autres choses.

Mieux, il me rappelle qu’en anglais bohémien se dit gypsei, modernisé en gipsy avec le sens bohémien, romanichel, gitan, tzigane (Mon dictionnaire anglais moderne). Gypsei et égyptien ont la même étymologie grecque. Ainsi les anglo-saxons ont conservé le sens de gens du voyage.

Je connaissais ces 4 derniers termes, mais je n’avais jamais entendu le terme égyptien pour des gens du voyage. En vérifiant dans mon grand dictionnaire encyclopédique Larousse, le terme n’est plus appliqué aux gens du voyage.
Donc, la petite égyptienne d’hier était un bébé abandonné à Azé par des gens du voyage. Ainsi nos ancêtres pouvaient aussi se faire dire la bonne aventure… Tout un programme que j’avais totalement occulté. Je n’avais jamais songé à la voyance autrefois, et je la découvre maintenant. Il est vrai que la voyance n’est pas ma tasse de thé, alors j’ai dû la négliger.
Voyez aussi mon billet d’hier sur ce sujet.

Concernant les Égyptiens, je remercie vos commentaires respectifs, et j’ai été voir le Dictionnaire de Trévoux et l’Encyclopédie Diderot qui complètent le précédent billet, mais n’expique pas cependant les compagnies d’Égyptiens du maréchal de Gié. Voici ces dictionnaires ci-dessous (attention, c’est très imagé et parlant, et pourtant de très sérieuses sources d’époque) :

EGYPTIENS, ou plûtôt BOHEMIENS, s. m. plur. (Hist. mod.) espece de vagabonds déguisés, qui, quoiqu’ils portent ce nom, ne viennent cependant ni d’Egypte, ni de Boheme ; qui se déguisent sous des habits grossiers, barbouillent leur visage & leur corps, & se font un certain jargon ; qui rodent çà & là, & abusent le peuple sous prétexte de dire la bonne avanture & de guérir les maladies ; font des dupes, volent & pillent dans les campagnes.
L’origine de cette espece de vagabonds, qu’on nomme Egyptiens, mais plus souvent Bohémiens, est un peu obscure, & on n’a rien de bien certain sur l’étymologie de ce nom.
Il est vrai que les anciens Egyptiens passoient pour de grands fourbes, & étoient fameux par la finesse de leurs impostures. Peut-être cette idée a-t-elle consacré ce nom dans d’autres langues pour signifier fourbe, comme il est très-certain que les Grecs & les Latins l’ont employé en ce sens ; les anciens Egyptiens étant très-versés dans l’Astronomie, qu’on ne distinguoit guere alors de l’Astrologie, peut-être encore aura-t-on pû sur ce fondement donner le nom d’Egyptiens à ces diseurs de bonne-avanture.
Quoi qu’il en soit, il est peu de nations en Europe qui n’ayent de ces Egyptiens ; mais ils ne portent cependant pas par-tout le même nom.
Les Latins les appelloient aegyptii, & les Anglois les ont imités, les Italiens les nomment zingari ou zingeri, les Allemans ziengner, les François Bohémiens, d’autres Sarrasins, & d’autres Tartares.
Munster dans sa géographie, liv. III. ch. v. rapporte que ces vagabonds parurent pour la premiere fois en Allemagne en 1417, fort basanés & brûlés du soleil, & dans un équipage pitoyable, à l’exception de leurs chefs qui étoient assez bien vêtus, quoiqu’ils affectassent un air de qualité, traînant avec eux, comme des gens de condition, une meute de chiens de chasse. Il ajoûte qu’ils avoient des passeports du roi Sigismond de Boheme, & d’autres princes. Ils vinrent dix ans après en France, d’où ils passerent en Angleterre. Pasquier dans ses recherches, liv. IV. chap. xjx. rapporte en cette sorte leur origine :  » Le 17 Avril 1427, vinrent à Paris douze penanciers, c’est-à-dire pénitens, comme ils disoient, un duc, un comte, & dix hommes à cheval, qui se qualifioient chrétiens de la basse Egypte, chassés par les Sarrasins, qui étant venus vers le pape, confesserent leurs péchés, reçurent pour pénitence d’aller sept ans par le monde sans coucher en lit. Leur suite étoit d’environ 120 personnes, tant hommes que femmes & enfans, restans de douze cent qu’ils étoient à leur départ. On les logea à la Chapelle, où on les alloit voir en foule : ils avoient les oreilles percées, où pendoit une boucle d’argent, leurs cheveux étoient très-noirs & crépés : leurs femmes très-laides, sorcieres, larronnesses, & diseuses de bonne-avanture. L’évêque les obligea à se retirer, & excommunia ceux qui leur avoient montré leur main « .
Par l’ordonnance des états d’Orléans de l’an 1560, il fut enjoint à tous ces imposteurs, sous le nom de Bohémiens ou Egyptiens, de vuider le royaume à peine des galeres. Ils se diviserent alors en plus petites compagnies, & se répandirent dans toute l’Europe. Le premier temps où il en soit fait mention en Angleterre, c’est après ce troisieme réglement, savoir en 1565.
Raphaël de Volterre en fait mention, & dit que cette sorte de gens venoit originairement des Euxiens peuple de Perse. Dictionnaire de Trévoux & Chambers. (Encyclopédie Diderot, article Egyptien)

Je vois que je ne me remue pas assez pour mes billets. Demain, je me remue, nous abordons le cousin remué de germain.

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

René Perier, aliàs Poirier, ne savait pas signer, mais son fils mineur signe, Villevêque 1618

Et il sait même fort bien signer, alors que vous allez voir qu’il es mineur, donc âgé de moins de 25 ans, et doit laisser sa mère et tutrice légale gérer pour lui ses affaires de succession, ici une dette paternelle.

Acte des Archives du Maine-et-Loire 5E121 – Voici ma retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 12 juillet 1618 après midi, par devant nous Julien Deille notaire royal à Angers furent présents establys et deuement soubzmis maistre François Davy sieur d’Argentré docteur en droits en l’université d’Angers, y demeurant, et Guillemyne Jousbert veuve feu René Poyrier lesné demeurant au lieu de l’Espinay paroisse de Villevesque tant en son nom que comme mère et tutrice naturelle des enfants mineurs dudit deffunt et d’elle et disant avoir la charge des enfants majeurs dudit deffunt de son premier mariage et en chacun desdits noms seul et pour le tout sans division de personnes ne de biens leurs hoirs etc lesquels confessent avoir compté entre eulx des fermes du fief de Pleinemoyson et choses mentionnées au bail fait par ledit sieur d’Argentré audit deffunt Poirier par devant nous le 28 décembre 1599 et d’icelle année jusques en l’année 1612 déductions faites des payements et choses qui viennent en déduction … remises et rabais volontaires faits par ledit sieur d’Argentré s’est trouvé ladite veuve esdits noms debvoir de reste la somme de 433 livres (f°2) qu’elle s’est esdits noms solidairement obligé payer audit sieur d’Argentré en ceste ville dans ung an prochainement venant sans novation d’hypothèque jusques au payement, et au moyen de ce ladite veuve esdits noms est et demeure quite et deschargée entièrement de toutes lesdites fermes esdits noms comme dit est … fait à Angers en présence de Jacques Poyrier fils de ladite Jousbert, Pierre Desmazière et Jacques Baudu demeurant audit Angers

René Perier, marchand fermier à Villevêque, ne sait pas signer, 1612

René Perier gère à ferme un fief, celui de l’Hôpital de Plemeyson en Villevêque, mais il ne sait pas signer, et je ne comprends toujours pas comment un marchand fermier ne savait pas signer car il fallait bien qu’il gère, compte etc… Ceci dit, je ne sais pas non plus où se trouve ce fief et si ce nom est correct car c’est ce que je lis.

Et voici un terme que je connaissais pas encore POCESSOIRE qui est ici écrit sur l’acte original possessoire

 

 

Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500) http://www.atilf.fr/dmf/

POSSESSOIRE subst. masc. « Droit de posséder un bien, c’est-à-dire d’en user et d’en jouir (p. oppos. au pétitoire qui concerne le droit de propriété) »

PETITOIRE subst. masc. « Demande faite en justice pour être maintenu ou rétabli dans la jouissance d’un bien (p. oppos. au possessoire, qui ne concerne que la possession de fait) »

 

Acte des Archives du Maine-et-Loire 5E121 – Voici ma retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

 Le 7 juillet 1612 avant midy, devant nous Jullien Deille notaire royal Angers fut présent estably et soubzmis René Perier marchand demeurant en la paroisse de Villevesque, fermier du fief de l’Hospital de Plemeyson sis en ladite paroisse et dépendant de la commanderie de l’ancien hospital d’Angers, lequel a confessé avoir nommé et constitué Me Noel Fromond procureur au parlement de Paris son procureur général et spécial pour occuper et pleder opposer appeler substituer et élire domicile suivant l’ordonnance et par especial de poursuivre en l’instance cy devant pendante par devant Nosseigneurs des requestes du palais audit Paris entre ledit constituant Messire François de Marans commandeur de ladite commanderie d’une part, et Me Pierre Besnard curé de Corzé d’aultre part, touchant les dixmes dudit lieu de Pleimoyson sur la terre et appartenances de Chauvin en Corzé (f°2) substituer appel soubz le nom dudit sieur de Marans de la sentence donnée auxdites requestes au profit dudit Besnard contre ledit de Marans pour le pocessoire desdites dixmes, iceluy appel relever y fournir griefs et y faire au surplus ce qu’il appartiendra ayant ledit constituant dès à présent agréable ferme et stable tout ce que par sondit procureur sera fait géré procuré et négocié, mesme les poursuites qui auroient cy devant esté faites auxdites requestes par ledit Fromond soubz le nom dudit Marans audit procès et généralement etc prometant etc obligeant etc dont etc fait et passé audit Angers à notre tablier en présence de Me Noel Beryuer et Loys Doostel clercs audit Angers tesmoings, ledit constituant a dit ne savoir signer

Des femmes signaient fin 16ème siècle à Vitré, Le Pertre, Brielles

Et sans doute avant, car il y a peu de sources pour le savoir, et les baptêmes sont le plus souvent sans les signatures il y a 4 siècles, aussi lorsqu’il existe des signatures sur ces actes, je m’en réjouis et je ne manque pas de le noter.

Donc, comme je vous le disais ici il y a 3 jours, la branche Hévin du Pertre va parfois accoucher à Vitré, car Jacquine Ronceray, leur mère, en est issue, d’une famille d’avocats, dans laquelle les femmes sont éduquées. Or, j’ai autrefois longuement étudié plusieurs familles d’avocats à Angers, dont je descends, et j’ai observé 2 sources qui indiquent comment ces filles étaient éduquées. L’une, dans mon étude Joubert, donne le contrat de remariage dans lequel une claude rarissime existe, je dis bien « rarissime », car j’ai dépouillé près d’un millier de contrat de mariages, et c’est la seule fois où j’ai rencontré cette mention.

« les enfants du 1er mariage dudit Joubert seront nouris et outre élevés ensemble un précepteur nouri en la maison d’iceux futurs conjoints, sans qu’ils soient tenus payer pension sur leurs biens jusqu’à l’âge de 20 ans, fors pour le regard des filles qui demeureront en leur maison jusques à ce qu’elles soient mariées ». Contrat de remariage de René Joubert le 24 mars 1587 à Angers.

Mais je ne peux en conclure que le précepteur était dans toutes les familles de la judicature, et que les filles y avaient droit, par contre à la même époque, toujours pour Angers, j’ai une autre ancêtre, mise au couvent à 9 ans, et on l’en retire à 16 ans pour la marier à un veuf. Elle signe, et c’est donc le couvent qui servait d’école pour quelques unes au moins de ces filles de la bourgeoisie, en l’absence d’école, car il faudra encore attendre plusieurs siècles avant de voir des écoles pour filles.

Donc à Vitré, soit les filles avaient droit à un précepteur, mais je doute fort que les filles de la bourgeoisie du Pertre et de Brielles aient eu un précepteur, je pense plutôt à un couvent, car je vois mal les mères éduquer leurs filles à l’écriture et lecture, mais sans doute que je manque de clairvoyance. La question m’obsède ces derniers temps, car j’aimerais comprendre comment, en l’absence d’école, on savait écrire.

Donc, je me réjouis de constater que j’ai dans mes ascendants des femmes qui signent fin 16ème. Jacquine Ronceray bien sûr signait, et voici la génération suivante (quelques extraits) !

Mais si j’ai du plaisir à voir ces actes, je suis triste aussi de lire ces jours-ci, en relisant et revoyant tout mon travail Audineau combien on ne savait pas signer, et ce même les garçons, après la Révolution à Clisson.

Et surtout, je reviens vous conter qu’à Brielles, le registre est très, très spécial. J’ai lu longuement et exhaustivement tant de registres, que vous conviendrez que je peux mesurer la rareté des naissances illégitimes et la manière très variée dont elles sont retranscrites, tolérées ou peu tolérées. Or, le registre de Brielles est sur ce point, c’est à dire les naissances illégitimes, tout a fait rarissime : le registre de Brielles contient quasiement une naissance illégitime par page, et même une naissance illégitime dans laquelle la mère refuse de garder l’enfant car il est né « débile », donc elle se bat pour rejeter l’enfant au père, en vain bien entendu. Bref, ce registre est tout à fait exceptionnel, à tel point qu’en le lisant j’avais le sentiment d’avoir sous les yeux, en cette zone alors frontière, une maison du type de celle qu’on nous montre parfois à la frontière espagnole !!! Mais il faut aussi que je vous conte qu’à Brielles il existait une famille au patronyme Catin, et quand c’est alors un marraine pour enfant illégitime, j’avoue avoir éclaté de rire, et pourtant je m’en veux car il n’y avait rien de risible, mais avouez que c’était exceptionnel.

Donc toutes femmes n’étaient pas respectées…. et à Brielles je suis plus triste que réjouie.

Odile