Confiseries de Noël en emballage de verre, fabriqué par Louis de Mesenge

En 1633, Louis de Mésenge, natif de la Ferrière-aux-Étangs, gentihomme verrier à la Plesse à Précigné (Sarthe, à 50 km N.N.E. d’Angers) livre pour Noël des boîtes à confiture.

Dans les innombrables actes notariés que j’ai dépouillés, j’ai eu une faiblesse pour les inventaires après décès, pour l’immense témoignage qu’ils livrent sur les intérieurs et les modes de vie du passé.
Alliant ma passion pour le verre et les verriers, à celle des inventaires, j’ai constaté, parfois avec quelque étonnement, la très faible pénétration des objets usuels en verre au 17e siècle en Anjou. Ils étaient un objet de luxe, réservés à une élite, car en fait, point d’usine, mais uniquement quelques ateliers de verriers fort rares et éloignés. Voir mon billet « ouvrons les fenêtres »
Aussi, la découverte d’une vente de tels objets rares, parmi les actes notariés, fut pour moi un joie sans pareil !

Voici l’acte :« Le 8 novembre 1633, Dvt Claude Garnier Nre Angers, Louys de Mezange, écuyer, Sr du Pont Dt en la paroisse de Présigné au lieu seigneurie de la Plesse, vend à Françoise Tribouillard marchande de verrerie, veuve de Mathurin Lapert Dt à Angers la Trinité, le nombre de quatre cents fais de verre bons et marchands assortis partie de verre à boire, de mascaron, verre commun, boîtes à confitures et verres de deux cents bouteilles d’un quart qui auront le col court et grande embouchure, le tout provenant de la verrerie dudit lieu de la Plesse, que ledit Sr du Pont promet livrer en cette ville d’Angers à la boutique de ladite Tribouillard chacune charge assortie tous les 15 jours, jusqu’à la parfaite livraison pour le prix de 200 L qu’elle promet payer en l’acquit dudit vendeur à h. h. René Guyet Sr de Fromentière marchand à Angers à Noël Prochain. »

Françoise Tribouillard, dont le nom vient du verbe tribouler : troubler, agiter, est effectivement une grande agitatrice, et pour tout dire, une révolutionnaire. A mon avis, elle vient de lancer la trêve des confiseurs, et, à ce titre, elle mérite une place dans l’Histoire avec un H.
En effet, l’acte stipule que la marchandise doit être livrée avant Noël, donc il s’agit pour cette commerçante hors norme, de vendre pour Noël !
En 1633, le sucre lui-même est une nouveauté, et tout fruit avec du sucre est appelé « confiture », alors que nous distinguons aujourd’hui confiserie, fruit confit, confiture.
Noël 1633 est une date dans l’histoire du sucre. En effet, c’est le 27 novembre 1632 qu’un arrêt de la Cour accorde aux épiciers le privilège de la vente exclusive du sucre, confiture, sirops, dragées…
Auparavant, le sucre était le privilège exclusif des apothicaires. Il fut d’abord paré de vertus médicamenteuses, mais d’aucun avait remarqué son petit côté gourmand ! Le monopole de la vente du sucre, fort lucratif, fut alors à l’origine d’une longue querelle entre apothicaires et épiciers, chacun voulant le monopole pour sa chapelle.
Ainsi, c’est dans ce joli quartier de la Trinité à Angers, qu’on nomme aujourd’hui la Doutre, où tant de maisons à pans de bois arborent avec fierté leurs 4 siècles, voire plus, que ce fit en ce Noël 1633 une immense révolution des modes de vie à Noël.
Mais, cette révolution ne fut pas la seule. Françoise Tribouillard lance aussi l’emballage : le récipient en verre pour confiture ! Vraiement, cette Françoise Tribouillard était une visionnaire : deux innovations en 1633, la confiserie à Noël et l’emballage en verre !
PS : Merci à Monsieur le maire de Précigné, et à tout autre lecteur de ce billet, de ne pas l’imprimer ou le rééditer, mais de signaler seulement son existence à ses administrés, en leur conseillant la visite de ce blog. Car, bien trop de maires du Haut-Anjou, ont abondament imprimé et diffusé, tuant mon site, or, ce site doit vivre, et pour vivre il doit tourner dans la guerre des clics qu’est Internet. Merci de le comprendre.

Joyeux Noël, Merry Christmas, Frohe Weihnachten !

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

4 réponses sur “Confiseries de Noël en emballage de verre, fabriqué par Louis de Mesenge

  1. Report des commentaires parus dans mon ancien blog :
    Galissonnière, le 21 décembre : Ce blog continue de nous étonner et de nous instruire !

    Marie-Laure, le 16 janvier : Bravo por ces cartes postales de la Doutre.Ces belles maisons anciennes ,de conte de fées existent elles toujours?

    Marie, le 6 avril : En 1700, un H H Jean Lepage, marchand confiseur,demeurant en la paroisse Ste Croix de la ville d’Angers.

  2. En vue d’une prochaine exposition sur la verrerie dans l’Orne (été 2011), j’aimerais prendre directement contact avec vous. Notamment pour discuter de ce Louis de Mésange !

    Merci de votre réponse,
    Salutations,
    Matthieu Le Goïc
    Chef du bureau des relations avec le public
    Direction des Archives et des biens culturels de l’Orne

      Note d’Odile :
      Je n’ai rien de plus sur de Louis de Mésange, que l’acte ci-dessus, que j’ai eu le bonheur de débusquer aux Archives du Maine-et-Loire, et qui atteste les premiers emballages de verre de la confiture, donc une étape importante à laquelle je pense chaque fois que je passe devant l’un de nos innombrables collecteurs de déchets de verre…
      Tout ce que j’ai sur les Mésange d’une part et sur le verre d’autre part, est sur mon site. http://www.odile-halbert.com/Metier/verrier.htm
      et sur mes travaux des familles Mesange de l’Orne http://www.odile-halbert.com/Paroisse/normand/Famille.htm
      Vous pouvez bien entendu, si cela vous est nécessaire, reprendre partie de mes travaux, et merci alors de citer mon site et mes travaux.
      Merci de prendre contact avec moi par postale
      Odile Halbert
      les Acacias
      19 rue du Genetay
      44230 Saint-Sébastien-sur-Loire.
      Je vous enverrai l’acte concernant Louis de Mésange. Mais, ceci dit, Madame Elisabeth Verry, directrice des Archives Départementales du Maine-et-Loire, pourra vous confirmer que je suis une excellente paléographe, et que mes retranscriptions sont totalement garanties, sauf parfois une petite erreur de frappe, car j’en frappe tellement que cela peut m’arriver.
  3. Bonjour, et merci de votre réponse.

    J’ai déjà consulté vos pages, bien utiles pour localiser tous ces verriers, extrêmement mobiles.

    Concernant ce Louis de Mésange, voici – pour information – quelques renseignements supplémentaires.

    Sans avoir clairement identifier sa filiation, il appartient à la famille de Mésange de la Ferrière-aux-Étangs. Il y gère – où y fait gérer – des héritages tout au long de sa vie…

    On le retrouve dans un premier temps du côté de La Brûlatte (verrerie de La Gravelle), dans la Mayenne.

    En 1631, il épouse à Précigné (verrerie de La Plesse) Louise Guesdon, veuve de Jacques de Brossard (un mariage sans nul doute intéressant, voire intéressé !). Dont il aura deux enfants : Jeanne et Urbain (décédé à l’âge de 2 mois).

    Il s’installe ensuite à Saint-Denis-d’Orques (verrerie de Charnie) où il demeure jusqu’à sa mort, le 27-05-1667. Il est alors enterré dans le choeur de l’Église, qui comporte par ailleurs un banc de la verrerie, sous lequel sont enterrés plusieurs membres de sa famille (des de Mésange, des de Brossard).

    Il me reste deux pistes intéressantes à exploiter : son contrat de mariage, et sa succession. À l’occasion, je vous ferez connaître le résultat de ces recherches…

    Merci pour votre autorisation, nous ne manquerons pas de citer nos sources !

    Salutations,
    Matthieu Le Goïc

  4. Bonjour,

    Je reviens vers vous pour une petite question concernant non pas ce Louis de Mésenge mais l’un de ses cousins.

    Sur votre site internet, vous citez Philippe de Mésenge, maître de la verrerie de la Hellonière à Laignelet en 1646. Puis je savoir quelle est votre source (je ne trouve rien dans les BMS) ?

    Par ailleurs ce ne peut-être le même que le sieur des Ventes, maître de la verrerie de Saires (et non Sains) qui est décédé en 1631. Il s’agit plus probablement du sieur de la Perrière (un frère du maître de la verrerie de Tanville), l’arrière grand père de Jacques-Charles (que vous citez également).

    Merci de votre réponse,
    Salutations,
    Matthieu Le Goïc

      Réponse d’Odile :

    Bonjour Monsieur,
    et merci de votre question, car effectivement, je reconnais que la présentation de la page HTML de mon site consacrée aux gentilhommes verriers est mal présentée.
    Car le § qui concerne la liste des « verriers de Haute Bretagne : selon l’étude non plubliée de Claudie Herbault, il a existé des sites verriers anciens en Loire-Atlantique. Les sites du Moyen-âge et du début de l’époque moderne ont disparu, mais divers documents d’archives mettent en exergue cette activité au début du 15e notamment dans la baronnie d’Ancenis, alors possession de la famille de Rieux (AD44 série E fonds de Rieux, comptes de Belligné etc… ). » (cette phrase surgraissée est extraite de ma page HTML sur les gentilhommes verriers.)

    Or, cette phrase donne la source à la fois d’archives, classées aux Archives Départementales de Loire-Atlantique en série E fonds de Rieux, et cette phrase donne aussi le nom de la personne qui avait étudié ce fonds mais qui n’avait pas publié son travail.
    Donc, veuillez excuser ma présentation vieillie et peu lisible, mais le fonds est bien en série E fonds de Rieux aux Archives Départementales de Loire Atlantique. Il s’agit d’un fonds du type « chartrier », et non de registres paroissiaux.

    Odile

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