Mercier, mercelot, porteballe, portepanier, colporteur

Lorsque j’ai étudié la Normandie dont les Guillouard sont partis début 19e siècle, j’ai découvert les communes de La Sauvagère et de La Coulonche, non loin de Bagnoles-de-l’Orne, et de la Ferté-Macé, et, dans ces communes, une grande partie de la population exerçait le métier de colporteur ou quincailler, le tout dans un pays proche de forges.

    Voir ma page la route du clou
  • Distances et portage des marchandises :
  • Même si j’ai depuis longtemps compris que la plupart de nos ancêtres ne possédaient pas de cheval, bien trop onéreux, mais se déplaçaient à pied, et pouvaient faire de bonnes distances dans la journée, parfois presque autant qu’un cheval qui lui fait 40 km. J’avais donc du mal à comprendre comment le colporteur, parti de La Sauvagère à pieds avec sur le dos (à col) sa caisse de bois à tiroirs pleine de marchandise, attachée par une sangle de cuir, parvenait 250 km plus loin avec de la marchandise. Or, je viens de lire un ouvrage qui donne cette vision du colporteur comme une image d’Épinal :

    l’image du colporteur voyageant seul, courbé sous son ballot, est inexacte. De chaque village partaient des groupes de douze à seize personnes, les domestiques, placé sous la direction d’un maître, qui conduisait une cariole tirée par un cheval ou un mulet et contenant la marchandise, ou une équipe souvent familiale d’environ six personnes, avec un âne portant le paquetage. Ils parcouraient de longues étapes : entre 24 km et 32 km par jour, ce qui représentait de sept à neuf heures de marches. En certains points, la petite troupe éclatait : chacun d’eux s’en allait à pied visiter villages et fermes isolées, pendant cinq ou six jourx, avant de rejoindre le chef en un lieu convenu.
    Vie rude : on économisait le moindre sou, et plutôt que de fréquenter les aubergres, trop coûteuses, on comptait sur la générosité des paysans pour se loger et se nourrir. (Les Outils de nos ancêtres, Mouret Jean-Noëln Hatier, 1993)

    Pélerins de Compostelle de l’an 2009 et autres marcheurs, ne souriez pas des distances, car vous êtes équipés autrement, ne serait-ce qu’aux pieds ! Pour ma part, je reste admirative devant les pieds de nos ancêtres, bien plus malmenés que nos pieds de 2009 !

  • Les marchandises :
  • Voici un inventaire de marchandises, donné p.231 de l’ouvrage

    aiguilles, fil, épingles, crochets, boucles de souliers, boutons, lunettes, boîtes à lunettes, miroirs, gants, peignes, jarretières, bas, plumes à écrire, couteaux, fourchettes, lacets, rubans, dentelles et volants, chapelets, tabatières, bagues, épices (clou de girofle, noix muscade, poivre) et denrées (sucre, tabac, anchois, olives), dire, blanc d’Espagne. (Histoire du colportage en Europe XVe-XIXe siècle, Fontaine Laurence, Albin Michel, 1993)

    Les images pieuses aussi, mais probablement peu de livres aux 16e et 17e siècles car j’en trouve très rarement dans les inventaires après décès, et les Angevins les achetaient directement à Angers qui a toujours eu un libraire.

  • La désignation du métier
  • Le plus souvent dénomme mercier, ou même petit mercier.
    D’ailleurs, lorsque j’ai mis sur ce blog, l’analyse du rôle de taille de Mozé en 1666, je vous signalais le nombre élevé de notaires, mais il y avait aussi un nombre élevé de merciers, puisqu’on en dénombrait 3.
    Impossible en 1666 de décrire ces merciers comme des boutiquiers sédentaires, et il s’agit bien de colporteurs, vendant de tout dans les villages environnants.

  • La boutique sédentaire
  • Le paiement à crédit
  • Le colporteur aliàs petit mercier, connaît ses clients, d’ailleurs si j’ai bien compris il est hébergé par les villageois. La plupart du temps il leur fait crédit et ils paient lors de son prochain passage, ce qui signifie que le colporteur fait sa tournée régulièrement au moins plusieurs fois par an.

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    12 réponses sur “Mercier, mercelot, porteballe, portepanier, colporteur

    1. Dans les villages et fermes,passaient en effet, ces colporteurs, encore dans les années 1900, et cela était l’évènement, car ils apportaient un peu de rêve à la fermière, privée de tout superflu, en lui présentant quelques « frivolités »Ils dormaient parfois dans la grange ( dans le foin )pour continuer le lendemain, vers d’autres lieux.Maman lui donnait un nom ? j’espère le retrouver…Je ne sais par quel moyen il se déplaçait,à pieds sûrement.Faisons parler nos anciens ! souvenirs perdus , car les anciens , ç’est nous …
      Note d’Odile : vos souvenirs sont merveilleux, car ils évoquent l’absence du superflu autrefois, surtout dans les campagnes. Merci de nous évoquer ici ce temps par trop oublié par notre société de consommation tout jettable, même les vêtements.

    2. Félicitation pour votre site, clair, précis et concis.
      Bravo pour votre travail.
      Réponse d’Odile :
      merci infiniement pour vos encouragements

    3. J’ai retrouvé,le nom de ce personnage,on l’appelait le « CAÏFFA », celui qui passait chez ma grand- mère, faisait traîner sa curieuse charrette à trois roues,par deux chiens. Il colportait cette marque de café, de nos jours disparue, je pense, et prévenait de son arrivée en criant CAÏFFA ! Il vendait également l’ensemble habituel de l’épicerie courante ,ainsi que de la mercerie (fil coton,aiguilles etc ) car à cette époque on reprisait !

    4. Information complémentaire sur ces « CAÏFFA » colporteurs de café.
      Ils avaient été lancés par un certain Albert CAHEN, qui avait acheté la cargaison d’un bateau au HAVRE, bateau, qui à la suite d’un coup de mer,avait eu son fret en partie noyé, donc invendable, CAHEN, avait tout acheté, il avait séché et fait griller le café,l’avait enfin vendu à la petite semaine par colportage.Ensuite, il était devenu,marchand de café et importateur.Il avait organisé son réseau de distribution dans les campagnes avec ces petites voitures à trois roues.
      ( Lettre de l’Ethnologue Bernard EDELNE de CAEN.)

    5. -Ces colporteurs qui venaient de loin faire commerce en Anjou.
      -Le 27 12 1652 à Marcé.
      -Sépulture ,d’un nommé Gabriel Gaigneron qui portois de la « fillerie » ? et des potz de terre à vendre,et a dit estre marié au païs du Maine,paroisse d’Alenson.
      (AM de Marcé (vue 224).

        Note d’Odile :

      Bonjour
      J’ai été voir l’acte.
      Je lirais GUIGNERON et je dirais qu’en marge on a écrit n’importe quoi plusieurs années plus tard
      Et vous avez bien lu FILLERIE, et je pense qu’il s’agit de fil de fer par de fil de lin, d’ailleurs on a dit dans ma jeunesse tréfilerie pour les métaux passés à travers des filières, et j’y ai m ême travaillé.
      La Normandie possédait des forges, d’où les cloutier quincaillers etc…
      Odile

    6. selon le Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500) http://www.atilf.fr/dmf/

      MERCERIE, subst. fém. « Marchandise vendue au détail par la corporation des merciers et comprenant la petite orfèvrerie, des objets d’art, des étoffes, des draps, des fils de soie, des rubans, des peignes, des gants…, et de menus objets de corne, ivoire ou os »

      Odile

    7. Bonjour
      Je fais des recherches sur les colporteurs qui utilisaient un âne pour un musée associatif car nous venons d’acquérir du matériel correspondant datant fin 19eme.
      Merci à tous ceux qui pourraient nous aider.

    8. Bonjour,
      je voudrais savoir si au cours de vos recherches vous avez rencontré le cas de femmes se déplaçant sur de longues distances, en dehors des familles de sabotiers, verriers, forgerons et les nourrices.
      Pour celles qui ne rentrent pas dans ce cadre, avez-vous trouvé des motifs de déplacements longue distance?
      Cordialement

      1. Bonjour
        Vous dirigez un cercle et une revue et vous y rédigez, le tout payant. La moindre des choses serait de vous identifier lorsque vous posez de telles questions.
        Je suis bénévole, et contre tout ce qui est payant.
        Je n’ai jamais rencontré les nourrices en déplacement, mais l’inverse, les enfants de Paris, mis jusque dans l’Orne en nourrice. Je m’étonne donc de votre question.
        Je n’ai jamais vu de forgerons se déplacer, mais les maîtres de forge et/ou leurs ouvriers des forges, ce qui est totalement différent.Je suis donc très étonnée de la formulation de votre question.
        Je vous ai donc fait un billet pour réponse ce jour, et ce, de ma plume et selon mes propres travaux.
        Ne pas plublier dans votre revue, mais mettre un renvoi à mon site et blog
        http://www.odile-halbert.com/wordpress/
        Odile

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