Vente de l’hôtellerie de St Nicolas, Angers, 1577

située faubourg saint-Jacques, par Jean Allain

En cette période de vacances, voici une hôtellerie, avec écuries pour loger vos chevaux.

    Il s’agit d’une vente, et le prix est élevé. Il voisine celui d’une seigneurie, d’autant que nous sommes en 1577. L’inflation, en cours, n’est pas encore terminée, et 50 ans plus tard, le prix aurait été plus élevé.

    Elle a des dépendances, car une hôtellerie doit loger les chevaux, etc…

    Elle figurait déjà sur ma page des hôtelleries, et j’avais alors noté que Péan de la Tuillerie y signalait l’existence d’un jeu de paume. C’était donc manifestement une grosse hôtellerie.

Cet acte notarié est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E7. Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 8 mars 1577 en la cour du roi notre sire Angers et de monseigneur fils de France et frère unicque du roy duc d’Anjou endroit personnellement establis
honorable homme Me Jehan Allain lieutenant général de monsieur le sénéchal de Beaumont au siège de Château-Gontier demeurant audit lieu de Château-Gontier confesse avoir vendu quitté cédé délaissé et transporté, et par ces présentes vend quitte cède délaisse et transporte perpétuellement par héritage
à honneste personne Mathurin Nepveu sieur du Boysaubin et Sébastienne Mahers sa femme, demeurant aux fauxbourgs St Jacques de ceste ville d’Angers à ce présents stipulant et acceptant et lesquels ont acheté et acheptent par ces présentes pour eulx leurs hoirs etc
les maisons cours jardins appartenantes et dépendances situées aux fauxbourgs St Jacques en ceste ville d’Angers où pend pour enseigne l’imaige de St Nicollas en ce compris une petite maison et jardin appellée la Basnyère ? le tout joignant d’ung costé aux étables (souvenez-vous, autrefois étables était le terme pour écuries, et je pense qu’ici ce sont des écuries) grange et jardin dépendant de la maison où pend pour enseigne l’image de St Julien qui est de l’aultre costé de la rue (au passage on apprend grâce à ce bornage que l’hôtellerie de St Julien faisait face à l’hôtellerie de St Nicolas) et aux jardins de la maison de la Potance, d’autre costé la maison et jardin de deffunt Jan Marays d’autre bout à la rue de Chedeville ? tendant du portail à l’abbaye de Sainct Nicolas d’autre bout à la grand’rue dudit faubourg St Jacques
Item, 4 arpends de terre situés auprès de la petite rivière en loyau dedans le Ponceau, 3 desquels arpends sont advenus audit Allain de la succession de ses défunts père et mère et l’aultre ledit Allain acquis de Guillaume de la Perdrix et (blanc) Marionneau sa femme
Item, une pièce de terre labourable situés ès Dousset ? contenant 3 journaux de terre ou environ joignant d’ung costé à une pièce de terre dépendant de la seigneurie de la Lande, d’aultre costé et d’ung bout le boys et fardes des Doussets dépendant de l’abbaye de St Nicolas d’autre bout le chemin tendant de Belle-Beille à la mestairie de Collombière
tout ainsi que lesdites maisons jardins bois arpends de pré et pièce de terre sont demeurés audit Allain en partage des biens de ses défunts père et mère et que ledit Allain a acheté l’aultre arpend de terre dudit de la Perdrix et sa femme sans aucune chose en retenir ni résver
tenues chacunes maisons jardins pièce de terre des fiefs de l’abbaye et cellerye de St Nicolas les Angers et lesdits prés du prieuré l’Esvière les Angers, aux cens et charges anciens et accoustumés, quelles parties ont déclaré ne scavoir et à la charge des acheteurs de payer lesdits cens et debvoirs et toutes autres rentes et charges dues pour raison desdites choses tant denier et seigneurie des fiefs que aultres
et oultre de payer lesdits acheteurs 10 livres de rente à Claude Laran dues pour raison des ladite maison comme rente hypothéquaire franche et quicte d’arréraiges du passé
transportant etc et est faite la présente vendition pour le prix et somme de 7 000 livres sur laquelle somme ledit Nepveu et sa femme de sondit mari par devant nous autorisée quant à l’effet et contenu des présentes, eulx et chacun d’eulx seul et pour le tout sans divition de personne ni de biens ont promis payer audit vendeur la somme de 1 000 livres dedans le jour et feste de Pasques prochainement venant et le reste montant 6 000 livres dedans le jour et feste de Toussaint prochainement venant etc…
fait et passé ès présence de Mathurin Viredoux sr de Champyère et Mathurin Théard tesmoings …

Demain, je vous emmêne pour 3 jours consécutifs, dans des histoires de roues, alors vous pouvez déjà songer à tout ce qui a une roue, histoire de voir si vous devinez les sujets sui viennent.

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Dispense d’affinité, La Selle-Craonnaise, 1734 entre Jean Ferron de Fontaine-Couverte, et Jeanne Guion de La Selle-Craonnaise

Merci à celles qui ont tenté de retrouver le mariage de la précédente dispense.
Même si le mariage est encore un mystère, il est certain qu’ils se sont surement mariés quelque part, car c’était une dispense avec bulle de Rome, donc avec des frais, et on voit mal des frais en vain.

La dispense suivant est extraite des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série G. – Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 4 septembre 1734 en vertu de la commission à nous adressée par Monsieur l’abbé Legouvello vicaire général de monseigneur l’évêque d’Angers en datte du 14 de ce mois d’août 1734 signée R. Legouvello pour informer de l’empêchement qui se trouve au mariage qu’ont dessein de contracter
Jean Ferron de la paroisse de Fontaine Couverte
et Jeanne Guion de la paroisse de La Selle Cranoise,
des raisons qu’ils ont de demander dispense dudit empêchement
de l’âge desdites parties,
du bien précisément qu’elles peuvent avoir,

ont comparu devant nous commissaire soussigné lesdites parties scavoir ledit
Jean Ferron âgé de trante huit ans et ladite Jeanne Guion âgée de 45 ans, Michel Boisseau, Radegonde Lepron, Renée Guion mère dudit Jean Ferron, Mathurin Ferron, François Ferron leurs parents, qui ont dit bien connoistre lesdites parties

et serment pris séparément des uns et des autres, de nous déclarer la vérité sur les faits et éclaircissements qu’ils nous ont donné nous avons trouvé qu’il y a entre lesdites parties un empeschement d’affinité du troisième degré au troisième

et à l’égard des raisons qu’ils ont pour demander la dispense dudit empeschement, ils nous ont déclaré s’estre mis en promesse de mariage et mesme avoir publier une fois leurs bans de mariage sans avoir connaissance dudit empêchement,

la segonde raison qu’ils se conviennent parfairement à cause de leur âge, et comme ils n’ont aucun fond et que tout leur bien ne consiste qu’en meubles et marchandises, ne peut aller qu’à environ 550 livres, ledit Jean Ferron n’ayant que 200 livres et ladite Jeanne Guion 350 livres ils se trouvent hors d’état d’envoyer en cour de Rome pour obtenir la dispense dudit empêchement ce qui nous a été certifié par lesdits témoins cy-dessus dénommez qui ont dit ne signer de ce enquis,
fait à Ballots lesdits jour et an que dessus. Signé Delorme curé de Ballots

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saint Lézin, évêque d’Angers au 6e siècle, honoré le 13 février bien que décédé le 1er novembre 608

Merci à Philippe de nous avoir initiés aux débuts de l’ardoise en Anjou, plus tardifs que saint Lézin. Ce billet était préparé car j’avais attendu la date de sainte Radegonde, hier, pour le faire suivre, tant il est lié dans le temps, à travers le roi CLotaire 1er, dont voici aujourd’hui un autre proche : saint Lézin.

  • Lézin, comme hier Radegonde, vient jetter une lumière sur cette période des mérovingiens, que les Britanniques ont surnommée « the dark ages », les temps obscurs. Alors ne nous privons pas de ces lumières dans l’obscurité.
  • D’autant que j’ai sur l’histoire des Mérovingiens de curieuses notions, surtout remplies d’images de mon enfance. Il sévissait alors un album en couleur, du type des images d’Epinal. Ces rois, dits fainéants, y étaient réprésentés allongés sur des chariots. Nous étions censés comprendre que c’était à peu près tout ce qu’ils savaient faire… et l’enfant que j’étais avait pris cela au premier degré.
  • Donc aujourd’hui nous abordons une seconde lumière dans ces temps obscurs : saint Lézin.
  • Lézin est un saint Angevin, et à ce titre il était un des saints incontournables de tout bon curé d’Anjou. J’en veux pour preuve ce que j’ai pu observer à Saint-Aubin-du-Pavoil, où j’avais analysé les saints utilisés par monsieur le curé : il avait la manie de donner le nom du saint au lieu de donner la date dans ses actes du registre paroissial, et il m’avait fallu retrouver alors tous ces saints pour leur date. Beaucoup de ces saints ne figuraient pas encore sur le site de Nominis, et je les leur avais indiqués.
    Le dictionnaire de Beleze le donne honoré selon certains le 13 février et selon d’autres le 1er novembre. En fait, Lézin est bien décédé un 1er novembre, et devrait à ce titre être honoré ce jour là, mais le 13 février 1169 eut lieu la translation de ses reliques, et les Angevins conservèrent alors cette date.
    C’est bien en effet le 13 février qui est donné par les calendriers de l’Abbaye de Saint-Aubin (étude publiée par J.M. Matz, Le Calendrier et le culte des saints : l’abbaye Saint-Aubin d’Angers, XIIe – début XVIe siècles, Revue Mabillon, 1996)
    C’est bien le 13 février que monsieur le curé de Saint-Aubin-du-Pavoil honorait saint Lézin.
    Il faut se fier à ces 2 sources, et conclure que Lézin était bien honoré le 13 février en Anjou, par suite d’une coutume qui avait oublié la date de son décès.

    SAINT LEZIN (selon Jacques Levron, Les Saint du pays Angevin, et abbé Pétin, Dictionnaire hagiographique ou vie des saints et bienheureux, publié par l’abbé Migne)
    La procession du Saint-Sacrement, communément appelée, à Angers, le procession du Sacre, ne revêt plus dans cette ville la splendeur d’autrefois. Elle n’attire plus, de toute la France, des « cousins du Sacre » qui venaient assister chez leurs parents angevins à la cérémonie et à la grande foire qui l’accompagnait. Elle dure aussi moins longtemps : l’on a sagement réduit à trois heures les dix ou douze heures qu’elle exigeait. (le « jour du sacre » était l’une des expressions utilisées par Mr le curé de St Aubin-du-Pavoil. J’observe ici que cette fête était accompagnée d’une foire, et qu’on y venait de toute la France !)
    Le cortège a perdu les représentants de ces innombrables corporations de métiers qui escortaient le dais, précédés de leurs lourdes et riches bannières. L’une des dernières à disparaître fut peut-être celle des « perrayeurs », les extracteurs d’ardoises, ces fameuses ardoises angevines chantées par du Bellay.
    Longtemps les perrayeurs vinrent au Sacre. Et leur bannière, au XIXe siècle, représentait sans doute, mitre sur la tête et crosse à la main, un saint évêque d’Angers, leur patron, successeur direct de saint Aubin, qui, en dépit des temps révolus, de l’indifférence des ouvriers et des idées nouvelles, une certaine popularité parmi les rudes travailleurs « d’à-haut et d’à-bas ».
    Pour quel motif Lézin devint-il le patron des perrayeurs ? Il est bien difficile de le savoir. Des légendes prétendent que l’évêque, dépourvu de biens, aurait possédé et mis en exploitation une des premières carrières d’ardoises. On dit même qu’il sauva la vie à un groupe d’ouvriers en écartant de sa crosse épiscopale une masse de pierre qui s’était détachée. C’est peu vraisemblable. (Voyez la remarque de Philippe pour dater l’ardoise plus tard que Lézin. Je ne doute pas un seul instant qu’à temps obscurs, histoire obscure et souvent encombrée de légendes, d’autant qu’en Anjou on a fait fort en légendes avec saint René !)
    Pour la même raison, on repoussera l’hypothèse suivant laquelle Lézin ayant été, durant sa vie, un grand bâtisseur, mérita le choix d’un corps de métier si étroitement lié aux maçons et charpentiers.
    D’après un document du XVIe siècle, « Lézin laissa parmi les perrayeurs une mémoire bénie. Ceux-ci lui élevèrent donc une chapelle à l’endroit où il fendit lui-même la première ardoise. »
    On voit que les hypothèses ne manquent pas. Laissons aux érudits le soin de les examiner ; un fait est établi : la chapelle, « oeuvre de piété des carriers », existait au XVIe. Elle se dressait sous les ombrages du bois de La Brosse, qui prit bientôt le nom du saint évêque. Ce bois disparut et fit place à un village c’est le quartier de Saint-Lézin à Trélazé.
    Non seulement les perrayeurs, mais tous les Angevins ont le devoir d’honorer ce saint, car ils lui doivent beaucoup.
    Fils d’un certain Gautier qui avait été, paraît-il, un des leudes de Clotaire Ier, Lézin fut élevé à la cour mérovingienne ; il suivit vraisemblablement les leçons de l’école du Palais. Les chroniqueurs contemporains qui l’approchèrent sont d’accord pour louer sa science et sa piété. (l’encyclopédie de Migne ajoute même qu’il appartenait à une famille illustre, qui lui fit donner une éducation digne de sa haute naissance… proche parent de Clotaire 1er. J’ajoute que Clotaire ayant eu 6 épouses, il était aisé dans un pays alors peu peuplé de se retrouver des alliances royales.)
    Bon chrétien, le fils de Gautier ne semblait pourtant pas destiné aux ordres sacrés. (toujours selon l’encyclopédie de Migne : « loin de se laisser éblouir par l’éclat des grandeurs, Lézin menait à la cour une vie pénitente, qu’il sanctifiait par le jeûne et la prière. » Ainsi, Radegonde n’était donc pas seule en prières à la cour de Clotaire ! )
    Clotaire en fit même un comte d’Anjou et le chargea d’administrer le pays en son nom. Chilpéric, successeur de Clotaire, ratifia ce choix.
    Lézin fut un prudent gouverneur. La détresse des pauvres gens, les malheurs qui l’environnaient, les difficultés aussi de sa tâche, le détournèrent peu à peu du monde et l’incitèrent à embrasser la vie monastique. Il hésitait toutefois. Un étrange incident vint fortifier son désir.
    Pour récompenser son zèle, Chilpéric, en bon suzerain, s’était proposé de le marier. Il lui destinait une jeune fille belle et sage, bien digne du comte. Au vrai, Lézin manifestait peu d’enthousiasme pour le mariage. Ce lien suprême lui fermait définitivement la voie en laquelle il rêvait de s’engager. Mais comme il lui était difficile de résister à l’offre de son maître, il se laissa fiancer.
    Le jour des noces était proche, un merveilleux miracle, — ce sont les propres termes du chroniqueur — un merveilleux miracle se produisit : la jeune fille fut frappée de lèpre. C’était bien là le signe par quoi se manifestait la volonté divine, plus forte que celle des hommes. Lézin le comprit et Chilpéric aussi. Le gouverneur de l’Anjou résigna toutes ses fonctions et se retira dans un monastère.
    Moine à Nantilly ou à Chalonnes, l’on est mal fixé — Lézin espérait s’y faire oublier. Les vicissitudes politiques contrecarrèrent à nouveau son goût pour la tranquillité. Chilpéric avait disparu ; Clotaire II au berceau, c’était son oncle Gontran qui, avec Frédégonde, gouvernait. L’évêque d’Angers étant venu à mourir, les anciens compagnons qui entouraient Gontran et Frédégonde estimèrent indispensable de mettre sur le trône épiscopal un homme sûr et brave. Lézin leur parut tout désigné. Il résista fort, puis finit par céder.
    Le nouvel évêque convertit les pécheurs, secourut les pauvres, réconforta les prisonniers. On dit même qu’il en délivra un grand nombre. On mettait en prison avec libéralité au VIe siècle. Ceux qui avaient cessé de plaire étaient aisément envoyés en « chartre privée ». Un jour qu’il passait près de la prison, Lézin entendit les cris de supplication des malheureux. Il intercéda pour eux, sans succès. Alors, il pria le Ciel, « et les verrous tombèrent, et les gonds des portes se détachèrent… » On a conservé longtemps en l’église Saint-Julien d’Angers, suspendus au mur comme ex-voto, les verrous de la prison arrachés par la vertu de Lézin.
    L’évêque d’Angers ne ressentait jamais de plus grande joie que de consacrer au Seigneur de chastes vierges. Sous son épiscopat, nombreuses furent les jeunes Angevines qui furent par lui vouées au Christ. Un tableau, d’ailleurs moderne, il n’est pas antérieur au XVIe siècle — de l’Hôtel-Dieu de Beaufort rappelle le souvenir de ces consécrations.
    Mais tout le monde n’écoutait pas respectueusement la parole du prélat. La haine du christianisme, ancrée au fond de certains coeurs obstinés, provoquait parfois de belles bagarres. Témoin la scène de violences dont fut victime le futur archevêque de Cantorbéry, Augustin, qui, escorté d’une troupe de moines, parcourut l’Anjou au temps de Lézin.
    Augustin et ses compagnons étaient parvenus aux portes d’Angers, exactement aux Ponts-de-Cé. Il était tard; le soleil se couchait. Remettant au lendemain la fin de sa course, le missionnaire d’outre-Manche se proposait de passer la nuit sur les bords de la Loire. L’hospitalité angevine ne se manifesta pas en sa faveur ! Des femmes, véritables mégères, refusèrent de lui ouvrir leur seuil, ameutèrent le voisinage et, saisissant des pierres, commencèrent à lapider les moines. Ceux-ci s’enfuirent, poursuivis par la horde féminine. Mais ils étaient épuisés ; ils n’allèrent pas loin et déjà étaient rejoints, quand le missionnaire, pour se défendre, leva son bâton de pèlerin et, d’un faux mouvement, le laissa retomber sur le sol. Aussitôt, de la terre, une source jaillit. Frappées de stupeur, les poursuivantes s’agenouillèrent et implorèrent pardon. On le leur accorda ; en souvenir du miracle, Lézin fit élever près de la source une chapelle qui fut dédiée à saint Augustin,
    On jugea pourtant que la gent féminine méritait punition : interdiction fut donc faite aux femmes de pénétrer dans la chapelle. Longtemps, elles durent assister aux offices du parvis de l’oratoire et jamais elles ne furent autorisée a puiser de l’eau dans la fontaine.
    Lézin ne se contenta pas de construire des chapelles. Il fut – nous l’avons dit – un grand bâtisseur d’églises. Il fit exécuter Saint-Jean-Baptiste, qui fut plus tard appelée Saint-Julien. Pour donner un éclat considérable au nouvel édifice, Lézin décidu d’envoyer à Rome un messager quérir une relié e di Précurseur : pour cette mission de confiance, ii choisit son disciple préféré, Mairnbceuf, qui devait plus tard lui succéder sur le trône d’Angers.
    L’auteur anonyme de la vie de saint Maimboeuf en vers français nous a conté l’événement :

      Quand saint Lézin très débonnaire
      Eut de nouvellement fait faire
      Une église de bel ouvrage
      Si récola en son courage
      La sapience et la bonté
      De saint Maimbœuf le vrai prud’homme
      Au saint-père jusques à Rome
      Il transmit la légation.

    Le voyage fut rude. Enfin, ayant précieusement sauvegardé la relique, Maimboeuf reprit le chemin du retour :

      A la cité dessus dite
      D’Angers entreprit son chemin
      Au bon évêque saint Lézin
      Présenta le don précieux,
      Qui le reçut d’un coeur joyeux.

    L’église Saint-Jean-Baptiste fut bientôt achevée. Et ce fut pour Lézin une grande joie d’aller s’y recueillir toutes les fois que ses lourdes charges lui laissaient quelques loisirs. Mais, à peine dehors, l’évêque était assailli de pauvres, de malades et d’infirmes qui le suppliaient. Un jour, importuné par cette foule ou plongé dans une méditation intérieure, il ne sembla pas voir douze lépreux postés sur son chemin. Pour attirer son attention, les malheureux poussèrent de grands cris. Emu, l’évêque se contenta de lever la main pour les bénir et continua sa route. Mais ce simple geste avait suffi ; tous les douze furent guéris. Maimbœuf, qui avait assisté à la scène, s’empressa d’avertir Lézin. Celui-ci, rempli d’humilité et de reconnaissance, chargea son disciple de construire aux lieux mêmes du miracle une église consacrée à la Croix du Sauveur : telle fut l’origine de l’église Sainte-Croix d’Angers.
    Lézin souhaitait se retirer en un ermitage, laissant Maimbœuf continuer sa tâche. Il ne put réaliser ce voeu :

      Mais en brief, il fut empesché
      Par infirmité tellement Que tantost véritablement
      L’âme rendit au Créateur
      Qui l’a mis en gloire et honneur.

    C’était le 1er novembre 6o8. Lézin fut inhumé dans la crypte de l’église Saint-Jean-Baptiste. Quand il fut élevé au rang des saints, en 638, Maimbœuf décida de transporter son corps dans une chapelle à droite du choeur. Une grande cérémonie eut lieu à cette occasion. On ouvrit le cercueil pour mettre les restes dû prélat dans une châsse. A la grande surprise des assistants, les vêtements du saint, après trente ans, n’avaient subi aucune altération. On les plaça avec soin près du corps et l’on prit l’habitude de les exposer à la vue des fidèles, tous les ans, le 13 février. Cette coutume se perpétua jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Le bon chanoine Péan de La Tuilerie, qui composa une description d’Angers à cette époque, note en effet : « Les ornements avec lesquels Lézin célébroit l’office divin se montrent encore aujourd’hui. » Et un autre historien précise que « la chasuble, d’une forme antique, était d’une étoffe de soie tissée d’or. Aux deux extrémités, deux figures en broderie d’or représentaient, l’une Eve séduite par le serpent avec ces mots Per Evam perditio, l’autre, la Vierge au moment de l’Annonciation, avec ces mots Per Maniam recuperatio. Son aube et son amict, d’une toile ouvrée, étaient encore entiers. »
    Au XVe siècle, Lézin fut choisi par les étudiants de la nation d’Anjou à l’Université d’Angers, comme saint patron. On sait que les écoliers étaient groupés, suivant leur nation ou région d’origine, en diverses nations. Il y avait la nation de France, celle de Bretagne, celle d’Aquitaine, etc. La nation d’Anjou était la première et la plus importante. Le 13 février était, pour les étudiants de cette nation, jour de liesse et de grandes réjouissances. On célébrait solennellement la fête du saint et un étudiant ou un maître était chargé de prononcer son panégyrique. Tâche parfois aride : quand on ne voulait pas répéter chaque année les mêmes antiennes, il fallait faire preuve de grand savoir ou d’originalité.
    Lézin n’était pas très connu dans les campagnes angevines. Certes, son nom était encore assez fréquemment donné jadis au baptême. Cette coutume a presque totalement disparu. Une seule paroisse est placée sous son patronage, celle de Saint-Lézin d’Aubance, non loin du Layon. on y voit, comme à la chapelle de Bel-Air, en Trélazé, une statue du saint. A Rochefort-sur-Loire qui est proche, une fontaine miraculeuse lui est dédiée : elle passe pour avoir jailli sous les pieds de l’évêque. (et j’ajoute, au risque de me répéter, que fin 16e et début 17e siècles, Mr le curé de saint Aubin du Pavoil avait saint Lézin dans son calendrier. Je reste persuadée qu’il n’était pas le seul, et que lui et ses confrères véhiculaient donc la mémoire de saint Lézin, d’où la fréquence de ce prénom dans nos régistres paroissiaux, alors que Radegonde est beaucoup plus discrète sur ce plan)
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    Vente de la closerie du Moulinet à Saint-Jean-de-Linières (49), 1571

    de Jeanne Allain à Jean Allain et Marguerite Lefebvre, et autres accords de la succession de leurs parents

    Voici 3 actes notariés concernant la famille Allain, extraits des Archives Départementales du Maine-et-Loire série 5E7.

  • 1-Vente de la closerie du Moulinet à Saint-Jean-de-Linières (49) :
  • Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 26 juin 1571, en la court du roy nostre sire à Angers et de monseigneur duc d’Anjou fils et frère de roy endroit par davant nous Mathurin Grudé notaire de la dite court personnellement estably
    Jehanne Allain veuve de defunt Pierre Guesdon demeurant aux faubours de Sainct Jacques de ceste ville d’Angers soubmettant confesse avoir ce jourd’huy vendu quicté cèdé délaissé et transporté et par ces présentes vend quitte cede délaisse et transporte perpétuellement par héritage à
    honorable homme Me Jehan Allain licencié es loix Sr de la Barre et à Marguerite Lefebvre sa femme à ce présente stipulant et acceptant par ces présenes pour eux leurs hoirs etc
    le lieu closerie et appartenances du Moulinet situé et assis en la paroisse de Saint Jehan de Lynière composé de maison, terres, jardins, vignes et autres ses appartenances et dépendances et tout ainsi qu’il est advenu et eschu à ladite establie de la succession de defunts Jacques Allain et Françoise Mellet ses père et mère et comme elle a tenu et exploité depuis qu’elle en est dame sans aucune chose en retenir ne réserver ledit lieu tenu du fief Gaymeur et aultres fiefs de cens debvoirs charges et rentes acoustumés lesquels lesdits advertys de l’ordonnance ont vérifié ne scavoir déclarer franche et quitte des arrérages du passé transportant etc
    et est faite ceste présente vendition quittance cession délay et transport pour le prix et somme de 600 livres tournois payée et baillée comptée nombrée comptant en présence et à vue de nous par lesdits acheteurs à ladite venderesses en espèces d’or et monnaie bonnes et à présent ayant cours au poids prix et cours de l’ordonnance etc tellement que d’icelle somme ladite venderesse s’est tenue et tient par ces présentes bien payée et contente et en a quité et quitté lesdits acheteurs leurs hoirs etc
    faisant laquelle vendition à ladite venderesse retenu et réservé grâce et faculté et octroye par lesdits acheters de pouvoir retenyr et rémerer ledit lieu de maintenant en 5 ans, ladite venderesse payant et refondant ladite somme de 600 livres tournois auxdits acheteurs leurs hoirs etc à laquelle vendition et à tout ce que dessus dit tenir etc garantir etc obligent etc renonçant etc foy jugment et condamnation etc
    fait et passé Angers en présence de Jehan Leconte praticien en cour laye demeurant Angers et Sébastien Villeneuve marchand demeurant en la paroisse d’Ingrandes pays d’Anjou tesmoins requis et appelés, ladite Jehanne Allain a dit ne scavoir signer

  • 2-Bail à ferme de la closerie du Moulinet à Saint-Jean-de-Linières (49) :
  • Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 26 juin 1571, en la court du roy nostre sire à Angers et de monseigneur duc d’Anjou fils et frère de roy endroit par davant nous Mathurin Grudé notaire de la dite court personnellement estably
    honorable homme Me Jehan Allain licencié ès loix advocat à Angers d’une part,
    et honorable femme Jehanne Allain veuve de defunt Pierre Guesdon demeurant au faubourg St Jacques les Angers d’autre part,
    soumettant etc confessent avoir aujourd’huy fait et par ces présentes font le bail et prise à ferme qui s’ensuit c’est à savoir que ledit Allain a baillé et par ces présentes baille à tiltre de ferme et non autrement à ladite Allain sa sœur qui a pris et a accepté, prend et accepte audit tiltre de ferme et non autrement du jourd’huy jusques à un an prochain venant le lieu closerie et appartenances du Moulinet sis et situé en la paroisse de Saint Jean de Linières tout ainsi que ladite Jehanne Allain l’a cy-devant et auparavant ces présentes vendu audit Allain et Marguerite Lefebvre sa femme
    pendant lequel temps ladite Jehanne Allain s’est constituée et par ses présentes constitué pour et au nom dudit Allain son frère à la charge de ladite Jehanne Allain de payer et acquitter ladite ferme de tous les cens rentes charges et debvoirs dus pour raison dudit lieu iceluy tenir et entretenir en bonne et suffisante réparation et faire les vignes de la façon ordinaire et icellles rendre faites façonnées et cultivées comme elles sont de présent et auparavant d’en jouir et user comme ung bon père de famille
    et est faite cette présente baillé et prise à ferme pour en payer oultre les charges dessus dites par ladite Jehanne Allain audit bailleur ses hoirs en sa maison de ceste ville d’Angers la somme de 50 livres tournois à deux termes par moitié à saint Jehan et Nouel le premier terme commençant à Nouel prochain venant en continuant ladite ferme auquel bail et prise à ferme et tout ce que dessus est dit tenir etc renonçant etc foy jugement et condamnation etc
    fait et passé Angers en présente de Jehan Leconte praticien en cour laye demeurant Angers et et Sébastien Villeneuve marchand demeurant en la paroisse d’Ingrandes pays d’Anjou tesmoins requis et appelés, ladite Jehanne Allain a dit ne scavoir signer

  • 3-Quittances de partages des biens de leurs parents :
  • Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 26 juin 1571, en la court du roy nostre sire à Angers et de monseigneur duc d’Anjou fils et frère de roy endroit par davant nous Mathurin Grudé notaire de la dite court personnellement estably
    honorable homme Me Jehan Allain licencié ès loix advocat à Angers et y demeurant soumis etc confesse avoir aujourd’huy eu et reçu de
    honorable femme Jehanne Allain veuve de defunt Pierre Guesdon demeurant au faubourg St Jacques les Angers à ce présente stipulante et acceptante et
    laquelle luy a baillé et payé compté et nombré comptant en présence et au vu de nous en espèces d’or et monnaie bonne et à présent ayant court selon l’ordonnance royal la somme de 290 livres tournois restant et faisant le parfait paiement de la somme de 615 livres 6 sols 8 deniers en laquelle somme ladite Jehanne estait tenue et obligée payer audit estably pour report de meubles des successions de ses défunts père et mère ainsi qu’il appert par accord fait et passé en la cour royale d’Angers par devant René Foussé en date de 28 mai 1579
    de laquelle somme de 290 livres restant comme dessus ensemble de toute ladite somme de 615 livres 6 sols 8 deniers tournois ledit estably s’est tenu à comptant et en a quicté et quicte ladite Jehanne Allain à ce présente et stipulante et acceptante pour elle ses hoirs etc
    aussi a ladite Jehanne establye soubmise et obligée sous ladicte cour quicté et par ces présentes quicte ledit Jehan Allain son frère ses hoirs etc de tous et chacun les frais, mises et autres choses qu’ils ont eu à faire ensemble pour raison de la succession de leursdits défunts père et mère,
    dont et desquelles choses il ont fait compte ensemblement tant de l’argent respectivement par eux reçu que pour le payement des fermes que tenait défunte Françoise Meslet leur mère tant de l’abbé de St Georges, du Sr des Brosses lieutenant d’Alençon, et de la dame de la Thébauldière dont ils se quittent respectivement l’un l’autre jusque à ce jour d’huy en ce non compris la ferme de St Berthélemy des Prés desquelles choses dessus dites lesdite sparties sont demeurées à ung et d’accord, et à ce tenir etc obligent lesdites parties respectivement etc foy jugement et condamnation etc
    fait et passé audit Angers en présence de Jehan Leconte et Guy Planchenault praticiens en cour laye demeurant Angers, la dite Jehanne Allain a dit ne scavoir signer

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

    sainte Radegonde, 13 août

    Cette Européenne, née en Allemagne à Erfurt en 518 et décédée à Poitiers en 587 est vénérée dans les 2 pays.

    1-Les sites à visiter :
    Honorée à Poitiers Le diocèse de Poitiers
    sainte Radegonde vue par l’église orthodoxe
    Voici l’église Sainte Redegonde à Poitiers
    Voici sa mémoire à Muehlberg en Allemagne
    ma page de cartes postales personnelles de Poitiers
    Découvrez la Thuringe (en langue française s’il vous plaît !, je ne sais pas si nous autres Français en faisons de même avec nos voisins)

    2-Le contexte historique.

    Pour comprendre la vie de sainte Radegonde, voici un bref rappel historique : Clotaire, le roi qui força Radegonde à l’épouser, est Clotaire Ier (vers 498-561), roi des Francs à Soissons (511-561), fils de Clovis Ier et de Clotilde. Il reçut de son père (511) les pays situés entre la Marne et la Meuse (royaume de Soissons), s’attribua, à la mort de son frère Clodomir (524), Tours et Poitiers et reconstitua à son profit l’unité du royaume franc à la mort de son frère Childebert Ier (558). (selon Encyclopédie Larousse) Il a 20 ans de plus qu’elle. Poitiers étant pour moi assez éloigné de Soissons, je comprends mieux à la lecture de ces 3 lignes le lien entre Soissons et Poitiers et comment Radegonde va s’installer à Poitiers.

    3-La vie de sainte Radegonde

    Voici sa biographie selon le Dictionnaire des noms de baptême, de G. Beleze, 1863 : RADEGONDE (Sainte), Radegundis (femme de conseil, en langue germanique), reine de France, au sixième siècle, fondatrice du monastère de Sainte-Croix, patronne de la ville de Poitiers, honorée le 13 août :
    Dans l’année 529, Clotaire, roi de Neustrie, s’était joint comme auxiliaire à son père Thierri, qui marchait contre les Thuringiens, peuple de la Confédération saxonne. Les Thuringiens furent défaits dans plusieurs batailles ; leur pays, ravagé par le fer et le feu, devint tributaire des Francs, et les deux rois vainqueurs se partagèrent le butin et les prisonniers. Dans le lot de Clotaire se trouvaient deux enfants de race royale, le fils et la fille de Berthaire, l’avant-dernier roi des Thuringiens. La jeune fille, nommée Radegonde, avait à peine dix ans ; ses larmes et sa beauté naissante touchèrent le coeur de Clotaire, qui l’emmena dans les Gaules et la plaça dans une de ses maisons royales, au domaine d’Athies, sur la Somme. Là, par les soins de Clotaire qui avait formé le dessein de la prendre pour épouse, elle reçut des plus excellents maîtres une éducation conforme au rang qu’elle devait occuper un jour. Elle fut instruite dans la religion chrétienne par saint Médard, évéque de Noyon, reçut de ses mains le baptême et elle puisa dans ses enseignements les principes de la foi la plus vive et la plus sincère. En même temps elle étudiait, avec une merveilleuse intelligence, les lettres romaines et les ouvrages des Pères de l’Église. En lisant l’Écriture et les Vies des saints, elle pleurait et souhaitait le martyre ; ce n’était pas sans terreur qu’elle voyait approcher le moment d’appartenir comme femme au roi dont elle était la captive et qui avait causé tous les malheurs de sa famille.
    Cependant Radegonde, résignée à la volonté de Dieu, accomplit le douloureux sacrifice qui lui était imposé ; elle épousa Clotaire et devint reine. Mais l’attrait de la puissance et richesses n’avait rien qui pût séduire son âme toute occupée de Dieu ; le temps dont elle pouvait disposer après l’accomplissement des devoirs que lui imposait sa condition, elle le consacrait à des oeuvres de charité ou d’austérité chrétienne ; elle se dévouait personnellement au service des pauvres et des mal des. La maison royale d’Athies où elle avait été élevée et qu’elle avait reçue en présent de noces, devint un hospice pour les femmes indigentes, et l’une des plus douces occupations de la reine était de s’y rendre pour remplir l’office d’infirmière dans ses détails les plus rebutants. Elle jeûnait fréquemment, et assise à la table somptueuse du roi son époux, elle se faisait servir les mets les plus simples ; des légumes et des fruits secs composaient toute sa nourriture. Souvent la nuit elle se levait pour s’agenouiller dans son oratoire et offrir à Dieu ses larmes et ses prières.
    Cependant Radegonde aspirait de tous ses voeux à la vie du cloître ; mais les obstacles étaient grands, et six années se passèrent avant qu’ elle osât les braver. Un dernier malheur de famille lui donna ce courage. Son frère, qui avait grandi à la cour de Clotaire, comme otage de la nation thuringienne, fut mis à.mort par l’ordre de ce prince. Dès que Radegonde apprit cet horrible meurtre, elle demanda à Clotaire l’autorisation de se retirer dans un monastère, et, ayant obtenu l’assentiment du roi, elle se rendit à Noyon, auprès de saint Médard. Elle trouva le saint évêque dans son église, officiant à l’autel, et s’approchant vers lui, elle lui dit : « J’ai renoncé au trône pour embrasser la vie religieuse, et je viens te supplier de me consacrer à Dieu. » L’évêque répondit : « L’homme ne peut séparer ce que Dieu a uni. » Comme elle insistait, il demanda le temps de réfléchir. Alors les seigneurs et les guerriers francs que Clotaire avait chargés d’escorter la reine, craignant que ce prince ne se repentit d’avoir donné son consentement à une séparation irrévocable, proférèrent contre saint Médard des paroles menaçantes, disant qu’il n’avait pas le droit d’enlever au roi une femme qu’il avait solennellement épousée ; les plus furieux osèrent mettre la main sur lui et l’entraîner des degrés de l’autel dans la nef de l’église. Pendant ce tumulte, Radegonde, qui avait cherché un refuge dans la sacristie, jeta, par une inspiration soudaine, un costume de religieuse sur ses vêtements royaux, rentra dans l’église, et s’avançant vers saint Médard, qui était assis dans le sanctuaire : « Si tu tardes davantage à me consacrer, dit-elle, si tu crains plus les hommes que Dieu, tu auras à rendre compte au Pasteur souverain qui te redemandera l’âme de sa brebis. » Ces paroles imposèrent le respect aux seigneurs francs, et sint Médard, y voyant un ordre du ciel, n’hésita plus ; il se leva, imposa les mains sur Radegonde et lui conféra le titre de diaconesse, quoiqu’elle n’eût pas l’age requis pour l’obtenir. Le diaconat, espèce de sacerdoce, mettait les femmes qui en étaient revêtues en rapport immédiat avec l’Église.
    Le première pensée de Radegonde, après avoir été ainsi consacrée Dieu, fut de se dépouiller de tout ce qu’elle portait sur elle de joyaux et d’objets précieux. Elle couvrit l’autel de ses ornements de tête, de ses bracelets, de ses agrafes de pierreries, de ses franges de robes tissées de fils d’or et de pourpre ; elle brisa de sa propre main sa riche ceinture d’or, en disant : « Je la donne aux pauvres. » Libre enfin, elle se rendit à Poitiers, où elle fonda un monastère qu’elle plaça sous l’invocation de la sainte Vierge et dans lequel elle établit la règle de saint Césaire, évêque d’Arles. L’étude des lettres figurait au premier rang des occupations imposées à la communauté ; on devait y consacrer deux heures par jour, et le reste du temps était donné aux exercices religieux, à la lecture des livres saints et à des ouvrages de femmes ! Les religieuses les plus instruites s’occupaient à transcrire des livres pour en multiplier les copies. Après avoir ainsi tracé la voie et donné l’impulsion, Radegonde abdiqua toute suprématie, et fit élire abbesse, Agnès, jeune fille dont elle avait surveillé l’éducation. Volontairement descendue au rang de simple religieuse elle faisait sa semaine de cuisine, balayait à son tour la maison, portait de l’eau et du bois comme les autres ; mais malgré cette apparence d’égalité, elle était reine dans le couvent par le prestige de sa naissance royale, par son titre de fondatrice, par l’ascendant du savoir et de la bonté. C’était elle qui maintenait ou modifiait la règle ; c’était elle qui raffermissait par des exhortations de tous les jours les âmes chancelantes, et qui expliquait, pour ses jeunes compagnes, le texte de l’Écriture sainte.
    L’empereur d’Orient, Justin II, ayant envoyé à Radegonde un morceau de la vraie croix, la réception de cette précieuse relique se fit avec toute la pompe des cérémonies religieuses, et l’on entendit alors pour la première fois le Vezilla regis ; hymne célèbre en l’honneur de la croix, que Fortunat, évêque de Poitiers, avait composée pour cette solennité. Ce fut aussi à dater de ce jour que le monaatère prit le nom de Sainte-Croix. Dans les dernières années de sa vie, Radegonde redoubla ses austérités. « Celui, dit Fortunat, qui pourrait retracer ses travaux, sa charité pour les pauvres, ses rigueurs pour elle-même, celui-là prouverait qu’elle fut à la fois martyr et confesseur. » Sainte Radegonde mourut en 587. Ses funérailles furent célébrées par Grégoire, évêque de Tours, au milieu d’un immense concours de peuple, et, suivant sa volonté dernière, elle fut inhumée dans l’église de Notre-Dame hors des Murs (aujourd’hui Saint-Radegonde), qu’elle avait fait construire.

    4-Sa mémoire près de nous :

    L’abbaye Sainte-Croix de Poitiers existe toujours, avec ses 14 siècles d’existence et un site Web !

    En Anjou, à Chênehutte-les-Tuffeaux, a existé un ermitage sainte Radegonde, dont la collation appartenait à l’abbé de St Florent et la présentation au seigneur de la Mimerolle et plus tard de Trèves, suivant la volonté du fondateur Jean Berruel, en 1582 (D. Huynes, Mss. f° XXX). En dépendait un clos de vignes sont les chapelains titulaire au 17e siècle se contentaient de partager les revenus, sans y habiter, avec un ermite de leur choix qui vivait des quêtes. Le dernier bénéficier, Dumas, vers 1680, laissa tomber le gîte en ruines. A côté s’élevait une chapelle, avec petit clocher à flèche élancée, que le nom de Ste Radegonde garda en vénération. Les pélerins qui l’y venaient invoquer, devaient pénétrer sous l’autel en se baissant, par une porte d’un mètre à peine de heuteur, et s’y tourner et retourner dans un petit caveau. On y voit encore la niche où figurait la statue, les banquettes taillées dans le roc, des arcades et des colonnettes bien conservées. Le jour de la fête réunissant une assemblée joyeuse. (C. Port, Dict. du Maine-et-Loire). Cette chapelle semble avoir disparu, car elle ne figure pas sur la page des Monuments Historiques de la commune de Chênehutte-Trèves-Cunault.

    Plus près de moi, en Loire-Atlantique, des religieuses de l’abbaye royale de Saint-Sulpice, ordre de Saint-Benoît, du diocèse de Rennes, fondèrent en 1141 au Loroux-Bottereau le prieuré de Sainte-Radegonde, tandis que vers la même époque, d’autres religieuses de la même abbaye fondaient le prieuré des Couëts, qui est toujours un haut lieu de la catholicité.

    Enfin, le prénom Radegonde existe bel et bien dans les registres paroissiaux, aussi bien en Anjou qu’en Loire-Atlantique.

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    Construction d’une maison neuve à Chazé-sur-Argos (49), 1575

    Construction d’une maison de closier, à 2 chambres basses dont une seule aura cheminée

  • Le donneur d’ordre est le fermier de la terre, c’est à dire qu’il agit en tant que gestionnaire au nom du propriétaire.
  • Les caractérisques de la maison sont de 11,7 x 5,2 m de superficie intérieure, pour un mur de 0,65 m et une hauteur de 2,6 m, ce qui me fait dire que cette maison sans étage et avec une seule cheminée est une maison de closier.
  • Le montant est peu élevé, soit 140 livres, mais le maçon devra fournir les matériaux pour le prix, sauf ceux qu’il pourra récupérer à Angrie sur une autre maison.
  • L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E7.
  • Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 3 juin 1575, devant Grudé notaire royal Angers, furent personnellement establyz honnestes personnes sire Pierre Besnard marchant fermier de la terre et seigneurie du Bignon paroisse de Vern d’une part, et Pierre Hamelin marchant demeurant au lieu de la Paillardière paroisse de Chazé-sur-Argos d’autre part, soubzmettant lesdites parties respectivement confessent avoir fait et par ces présentes font les accords et conventions qui s’ensuyvent
    c’est assavoyr que ledit Hamelin a promys et promet et demeure tenu faire et parfaire bien et deument de toutes choses nécessaires une maison de longueur de 36 piedz de long et de largeur de 16 pieds le tout de dedans en dedans, et faire les murailles de ladite maison à pierre et à mortier, ladite muraille de 2 pieds d’épaisseur et de haulteur de 6 pieds hors terre sans y comprendre les fondements et oultre faire les pignons à muraille l’un desquels (le pied est une mesure de longueur, qui varie, et j’ignore sa valeur en 1574 à Chazé. Comme la variation est inférieure à 50 %, voici le calcul dans l’unité la plus répandue, le pied de roi, qui fait 31,483 cm, donc la maison fera 11,7 m de long et 5,2 m de largeur utiles, pour un mur de 0,65 d’épaisseur, sur une hauteur de 2,6 m, soit une petite maison basse)
    y sera tenu faire une chemynée à chaux et sable avecques ung manteau de boys
    et de faire en ladite maison ung entredeulx à coulombaige à murs à barreau et terrasse (le colombage est la cloison faite à colombage, et la terrasse le plafond avec le grenier, aussi gaîte de la même manière (voir les maisons à pans de bois). Il y a donc 2 pièces en bas, mais une seule à cheminée, l’autre est ce qu’on appelle une chambre froide)
    et le plus convenablement en la meilleure sorte et manière que faire se pourra et oultre de fournir et bailler par ledit Hamelin de toutte charpente bonne et marchande nécessaire à faire et construyre ladite maison et de faire couvrir ladite maison bien et deument de ardoyse le tout faict et parfait dedans le jour et feste de Nouel prochainement venant,
    et pour parfaire partye de ladite maison ledit Hamelin pourra prendre et accomoder en ce qui sera trouvé estre bon et convenable des vieulx merrains tant de charpente pierre et ardoyse qui proviendra de la vieille maison de la Boystardière paroisse d’Angrye (cette pratique de la récupération des matériaux était générale, à tel point que c’est ainsi que même nombre de châteaux ont disparu, servant de carrière)
    et pour tout ce que dessus faire et parfaire bien et deument par ledit Hamelin dedans ledit temps ledit Besnard a quicte et quicté ledit Hamelin déduit et rabattu audit Hamelin stipullant et acceptant la somme de sept vingt livres tournois en laquelle somme ledit Hamelin estoyt tenu et redevable vers ledit Besnard pour les causes portées et contenues par obligation faite et passée en la cour royale d’Angers par M. Grudé notaire le 23 aoust 1574 portant la somme de 500 livres tournois
    sur laquelle somme de 500 livres ledit Besnard a confessé par davant nous avoyr par cy davant eu et receu dudit Hamelin la somme de 360 livres tournois dont il s’en est tenu à contant et en a quicté et quicte ledit Hamelin tellement que ne resteroyt que ladite somme de sept vingt livres (140 livres) sur ladite somme de 500 livres,
    de toute laquelle ledit Hamelin moyennant ces présentes est demeuré et demeure quicte vers ledit Besnard lequel l’en a quicté et quicte pareillement desquelles choses dessus lesdites parties sont demeurées à ung et d’accord et à tout ce que dessus est dict tenir etc
    fait et passé audit Angers ès présence de honorable homme Me Jehan Huot Sr de la Binetterye et Guy Planchenault praticien en cour laye demeurant Angers tesmoins, ledit Huot a dit ne pouvoyr signer par son indisposition

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