Simon Berault et Jeanne Rahier acquièrent les Essarts, Martigné sur Mayenne (53) 1448

Introduction

L’orthographe de la seigneurie des Essarts était autrefois « les Sars » et ici il est écrit « seigneur dessars » et non des Essarts. On peut donc retranscrire soit des Sars, soit d’Essars.
Simon Berault, banquier à Laval, sut faire fortune pendant la guerre de 100 ans, acquérir des terres. Il a laissé une nombreuse descendance. J’avais publié sur mon blog sa succession : Rapports des avances d’hoiries des 12 enfants de Jean Berault et Françoise Beudin à leur succession, Martigné 1539

le prix de 1 000 livres pour une surface non définie

Autrefois, avant les mesures de superficie venues maintenant du ciel qui mesure toute sur terre, il existait des arpenteurs munis d’une corde à la main, et on spécifiait dans les actes de vente le bornage au Sud, Nord, Est et Ouest en nommant tous les noms des propriétaires voisins. Donc même pour la vente d’une petite pièce de terre, l’acte était long car le bornage prenait beaucoup de lignes. Et aussi, la surface était certes spécifiée, mais le notaire ajoutait toujours le terme : environ.
Ici, pas de bornage ni de superficie, donc il faut croire que tout était si bien connu qu’il était inutile de spécifier ces points importants.
Pour le paiement, comme souvent, il est divisé en plusieurs parties, dont la cession d’une rente due en seigle mesure de Laval, et je constate donc que les rentes à Laval pouvaient être exprimées en seigle alors qu’à Provins, je les trouve en froment.

tricherie

Dans leurs actes, les notaires avaient des formules pour exclure toutes les dérives futures imaginables, et la plupart du temps leurs phrases se ressemblaient, mais ici, outre les termes habituels synonymes de fraude, je découvre pour la première fois dans un acte aussi ancien un terme que je pensais récent, et qui est toujours d’actualité : tricherie. Inutile de vous dire, que j’ai souris en voyant ce terme !

vente des Essarts aliàs les Sars, 1448


AD53-400J148 – parchemin, le 6 septembre 1448
1. Sachent tous présents et avenir que en notre court de Laval en droit par devant nous personnellement estably Patry Lebreton
2. seigneur d’Essars en la paroisse de Martigné, soubmetant lui avec tous ses biens et choses ou pouvoir et juridiction …
3. quant à ce que s’ensuit tenir et accomplir, lequel de son bon gré et pure voulonté sans aucun pourforcement
4. confessé et encore recognoit et confesse soy avoir vendu et transporté et par ces présentes vend et transporte
5. perpétuellement par héritage à Symon Beraut et Jehanne sa femme achetans pour eulx leurs hoirs et ayant cause
6. c’est à savoir les maisons herbergement domaine moulin feaige cens rentes garennes et toutes … dépendant
7. dudit lieu d’Essars sans rien y retenir tout ainsi que le souloit tenir et posséder Estienne de Mondot …
8. lieu au temps de la vendicion qu’il en fist audit Patry Lebreton vendeur ledit domaine et appartenances sis …
9. ladite paroisse de Martigné es fiez de la Mote d’Aron et de la Courtaille ou autres seigneuries qu’elles qu’elles …
10. d’avoir à tenir poursoir expoiter et faire exploiter desdits achateurs de leurs hoirs et de ceulx qui auront …
11. lesdites choses ainsi à eulx vendues et en faire doresnavant à toujours comme de leurs autres propres
12. procession et tiltre de ceste présente vendicion laquelle a esté et est faite dudit vendeur auxdits acheteurs
13. le prix et somme de 1 000 livres tournois monnoye de 10 denies la piece à 27 sols
14. paier c’est à savoir en 12 septiers de seigle mesure de Laval de rente que ledit vendeur estoit tenu
15. auxdits achateurs rendus à sa maison à Laval francs quites et délivrés que ledit vendeur a …
16. le prix et somme de 214 livres 10 sols et l’outreplus qui est 780
17. sols paiés en notre présence en or et en monnoye, et dont ledit vendeur s’est tenu pour content de …
18. en tant que lesdites choses héritaux ainsi vendues ledit vendeur promet et est tenu pour lui
19. garder garir garentir délivrer et deffendre auxdits achateurs et leurs hoirs envers tous …
20. que mestier sera, en faisant paiant et acquictant les devoirs foy hommages et autres charges
21. à cause desdites choses sans plus en faire, et en oultre ledit vendeur promet faire lier et obliger sa femme
22. et le lui faire avoir agréable dedans la Toussaints prochainement venant, et quant à tout ce que dessus est dit tenir
23. et acomplir et aux coustz mises dommages et intérests rendre et amender auxdits achateurs et leurs …
24. en … par le deffaut dudit vendeur de tenir et acomplir tout ce que dessus dit
25. oblige ledit vendeur auxdits achateurs et leurs hoirs soy ses hoirs et tous ses biens meubles immeubles présents
26. et avenir en quelquonques lieux qu’ils soient, renonçant icelluy vendeur quant en cest fait pour …
27. à toutes exceptions déceptions de nul de vol de fraude de tricherie et de deceprance, à tout droit …
28. à toutes coustumes vieilles et nouvelles à cest fait constraires et généralement à toutes et chacunes les choses …
29. de fait de droit que de coustume pourroient valoir ou autrement à venir contre la forme …
30. en tout ou en partie, et de tout ce que dessus est dit tenir entretenir et acomplir de point en point
31. jamais venie encontre et appléger et contrappléger opposition ne autrement en aucune manière
32. a donné ledit vendeur la foy et serment de son corps en nos mains, ce fut fait donné et jugé …
33. par le jugement et condempnation de notre dite court, le 6 septembre 1448

Nicolas Lecourt, élu pour le roi à Provins, prend en location 2 travées de maison, 1598

Introduction

Autrefois de nombreuses ventes et/ou locations de maisons ne portaient que sur une partie de la maison. Souvent il s’agissait d’une ou deux pièces, ou même une moitié de pièce, mais je trouve aussi plusieurs actes qui définissent la partie de la maison concernée en nombre de travées.
Comme vous sans doute, j’avais des difficultés à imaginer ce que cela signifiait. J’ai donc regardé sur le dictionnaire du moyen français et c’est l’espace entre deux poutres, garni par un certain nombre de solives (Dictionnaire du Moyen Français sur ATLIF en ligne)

Nicolas Lecourt est élu pour le roi

Nicolas Lecourt n’est pourtant pas ce qu’on pourrait appeler un pauvre, et je pensais que ces actes concernant seulement une partie de maison était plutôt le sort des pauvres. Donc, nous voyons ici qu’il n’en est rien. Mais ceci dit que pouvait donc bien vouloir mettre dans ces 2 travées Nicolas Lecourt, sans doute des domestiques ? car j’ai du mal à comprendre que c’est pour lui
Je m’intéresse tout particulièrement aux LECOURT de Provins car je descends d’Elisabeth Lecourt épouse Fauchon. Et comme vous l’avez sans doute compris, je reconstitue toutes les familles du même nom, pour mieux les comprendre.

Location de 2 travées de maison à Provins

Le bail de ce loyer de 2 travées de maison est pour 18 ans, et tous les baux à l’époque sont payés à l’année, et le terme de la Brie est le jour de Saint Martin d’hiver.

AD77-1057E424  Jacques Delanoe notaire à Provins – 1598.05.16 vie 147 – Fut présent en sa personne Me Nicolas Lecourt controleur et esleu pour le roy notre sire en l’eslection de Provins lequel recognu avoir prins et retenu prent et retient par ces présentes le tiltre d’administration et pension d’argent de Me Quiriace Charron au nom et comme procureur et recepveur des dames relligieuses abbesse et couvent des Cordelières lez Provins bailleur audit tiltre qui lui a promis garantir c’est à savoir une pièce de pré contenant 3 arpents environ la pièce comme elle se comporte assise en la prairie et proche le moulin de l’estang tenant d’une part à l’héritage dudit moulin d’autre part à l’héritage de la fabrice monsieur st Pierre de Provins d’un bout sur la ruelle de Voulsie et d’autre bout sur le chemyn faisant poincte du reste dudit chemyn la situation ledit preneur a dit bien savoir et s’en tient contant  … jusques à 18 ans 18 payements moyennant 6 deniers de cens payable au censeur desdites relligieuses … et ung escu 2 tiers de loyer au jour et feste de St Martin d’hiver

 

Marion Bureau femme délaissée de Georges Moreau fait un don à l’église St Nicolas de Provins, Lizines (77) 1598

Introduction

L’abscence existait aussi autrefois, et au bout de quelques années les femmes dont le mari avait disparu pouvait retrouver leurs droits. Le terme utilisé ici par le notaire est extrêmement fort, car il la dit « femme délaissée ». J’ai rencontré peu de cas d’abscence dans les minutes des notaires en Anjou, mais tout de même quelques uns.

dons à l’église Saint Nicolas de Provins, 1598

Les minutes du notaire Jacques Delanoe donnent souvent des renonciations, terme qu’il utilise pour ce que je pense être des dons, et en mai 1598 beaucoup de renonciatins en faveur de l’église Saint Nicolas de Provins. Manifestement, cette église honorait une mémoire et un évennement exceptionnel, ou une construction ? donc les donc ont alors afflué.

renonciation de Marion Bureau femme délaissée

On peut supposer qu’elle n’a pas d’enfants et ne s’est pas remariée, mais qu’elle a de quoi vivre ! Donc toutes les femmes seules n’étaient pas pauvres.

AD77-1057E424 Jacques Delanoe notaire à Provins – 1598.05.16 vue 145 – fut présente en sa personne Marion Bureau femme délaissée de Georges Moreau de présent absent de ce pays demeurant à Segnolles paroisse de Lisines laquelle recognut avoir renoncé et renonce par ces présentes pour au nom et proffict des vénérables doyen chanoines et chappitre de l’église collégiale monsieur St Nicolas de Provins ce acceptant par stipulant présents Me Mace Marchand doyen Pierre Robinot chambrier Nicolas Grandjean prêtres habitués de ladite église ayant charge dudit chappitre c’est à savoir à tous tels droits parts et portions nom raison fonds propriété possession et autres qui peult compéter et appartenir compète et appartient à ladite céddante es maisons jardins aireaux terres labourables …

Claude Miracle, cordonnier à Orléans, est frère de Jean Miracle marchand à Provins, 1598

Introduction

En tant que Nantaise, j’ai des ascendants à Orléans, car la Loire était la voie d’échange. Ici, pas de fleuve pour relier Provins à Orléans, et pourtant Claude Miracle s’est établi à 180 km de son lieu de naissance. C’était sans doute un cas semblable à mes bretons, c’est à dire, un fils cadet pour lequel il n’y avait pas de place pour la succession au métier du père le plus souvent réservé à l’aîné. Eh oui ! le droit d’aînesse existait bel et bien ! Donc, au cadet, pas de place la plupart du temps, et on allait même jusqu’à lui mettre un ballot sur le dos et le laisser partir chercher fortune ailleurs. Enfin, j’ai écrit « le laisser partir », mais en vérité je pense qu’on le forçait à partir…

les procurations entre cohéritiers partis au loin

Ceux qui sont partis au loin, même en Amérique ou ailleurs, étaient obligatoirement informés lors des successions et/ou ventes des biens de leurs héritages. Ils répondaient alors en envoyant une procuration passée devant leur notaire local, c’est ainsi que j’avais pu remonter des Canadiens etc… bref, c’est fréquent, et je vous mets cet acte pour vous illustrer ces procurations;..

Claude Miracle a eu des descendants 

Et ils sont en panne sur Geneanet, dites leur de voir mon blog et ensuite rechercher à Provins

bail d’une maison ruinée 

AD77-1057E424 Jacques Delanoe notaire à Provins – 1598.04.27 vue 122 – Fut présent en sa personne Denis Gaulthier mareschal demeurant à Provins lequel recognut avoir prins et retenu prend et retient par ces présentes à tiltre de rente annuelle et perpétuelle de Jehan Miracle marchand demeurant audit Provins en son nom pour les 3 parts et encores avec procuration de Claude Miracle son frère cordonnier demeurant en la ville d’Orléans et fondé de lettres de procuration dudit Claude passées par devant François Vannier notaire et tabellion royal au chalet d’Orléans en datte du 9 juillet 1595 pour l’effet cy après déclaré et dont est aparu audit juré laquelle est demeurée es mains dudit bailleur lequel esdits noms a promis et promet garantir de tous troubles et empeschements quelconques audit preneur ses hoirs et ayant cause à l’advenir c’est à savoir une maison couverte de thuille de fond en comble du fors ruynée court derrière les lieulx comme ils se comportent assis à Provins rue du Celoison assis près la porte tenant d’une part à Nicolas Prevost à cause d’Elizabeth Basille sa femme d’autre part à une ruelle

Prix d’une jument à Provins en 1598 : moins cher qu’une voiture en 2025 !

Introduction

Autrefois pour se déplacer, outre les pieds, moyen le plus fréquent, il y avait le cheval qui permettait 40 km/jour ou relais cheval dans les relais de poste pour faire plus de 40 km dans la journée.

prix d’un cheval en 1598

La jument est vendue ci-dessous 26 écus, et pour le double on avait une maison ! En 2025 la voiture est vendue en moyenne 35 000 € et vous ne trouverez aucune maison habitable au double, même rarement à 10 fois plus. C’est dire qu’autrefois l’immense majorité n’avait pas les moyens de circuler à cheval et se déplaçait à pieds.

la jument vendu par Jacques Privé, tanneur à Provins 

AD77-1057E424 Jacques Delanoe notaire à Provins – 1598.04.28 vue 116 – devant midy en l’etude du juré fut présent en sa personne Edmé Gennel praticien demourant à Monceaux lequel a recognut debvoir et promet payer à Jacques Prive marchand tanneur demourant à Provins absent ou au porteur la somme de 26 escuz sol pour vente d’une jument soubz poils rey gris payable ladite somme à 2 termes et payements esgaulx qui seront en deux jours et à St Martin d’hiver ensuivant

 

Catherine Philippe, veuve de Jean Robinot, bourgeois de Provins (77), accepte ses dettes, 1598

Introduction

Du vivant de leur mari, les femmes autrefois n’avaient aucun droit, mais devenue veuve, elles avaient tous les droits qu’avait leur mari, et même le droit d’hériter des dettes de leur mari ! Car ici, Catherine Philippe, veuve de Jehan Robinot, accepte une sentence rendue contre son défunt mari, pour un impayé, et paye même les arriérés.

la merveilleuse signature de Catherine Philippe

Je suis restée longtemps en admiration devant cette signature exceptionnelle. Certes, j’ai partagé déjà avec vous sur ce blog, les nombreuses signatures de femmes au 16ème siècle à Provins, mais ici, la fioriture qui suit la signature est celle d’un bon bourgeois de Provins, et plus que stupéfiante pour une femme !!!

héritage de le sentence rendue contre son défunt mari

AD77-1027E424 Jacques Delanoe notaire à Provins

1598.04.01 vue 105 – fut présente en sa personne honneste femme Catherine Philippe veuve de feu Jehan Robinot lesné vivant bourgeois de Provins laquelle tant en son nom que soy faisant fort des enfants dudit deffunt et d’elle laquelle a consenty et accordé consent et accorde que la sentence cy devant et dès le 27 mars 1597 rendue au proffict des vénérables doyen chanoines et chapitre de l’église collégiale Notre Dame du Val de Provins à l’encontre dudit deffunt Jehan Robinot son mary, Claude Robinot et autres des autres ses … au baillage de Provins signée Defontaires pour raison de la somme de 40 sols de rente annuelle et perpétuelle dont sont chargés plusieurs héritages situés et assis au finage de Gouaix et es environs, soit à l’encontre d’elle exécutoire comme elle estoit contre ledit deffunt son mary saus son recours déclarant qu’elle a payé les arriérés de ladite rente en son regard au jour de St Martin d’hiver dernier qui est le terme de payer ladite rente