Quand les marchands ciergiers d’Angers faisaient venir de Bretagne de la cire jaune : 1588

Le tour de France est en Bretagne.

Alors voici un produit de Bretagne en 1588 : la cire jaune de Bretagne achetée par un marchand ciergier d’Angers.

Les Bretons produisaient-ils plus de cire qu’ils s’en consommaient ? Songez qu’alors, sans électricité tout était éclairé à la bougie, et que les cierges à l’église étaient très nombreux, et surtout très gros, et en outre les processions avec des cierges très nombreuses. Bref, la Bretagne produisait donc la cire jaune en quantité suffisante pour en exporter !!!

Maintenant, je n’ai pas calculé combien de cierges on pouvait produire avec 250 kg de cire jaune. A vous de l’imaginer.

J’ai trouvé cet acte aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E1 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 22 mars 1588 après midy, en la cour du roy notre sire Angers endroit par davant nous François Revers notaire d’icelle personnellement establis Raoul Morin dit le prince, demeurant au bourg de Moiron ?? pays de Bretagne en l’évesché de St Malo comme il dit d’une part, et honorable homme Macé Arnoul marchand Me cierger demeurant audit Angers d’aultre part, soubzmectant lesdites parties respectivement eulx leurs hoirs etc confessent sans contrainte savoir est ledit Morin avoir ce jourd’huy vendu et par ces présentes vend audit Arnoul le nombre de 500 livres de cire de Bretagne jaulne neufve bonne loyale et marchande au poids et laquelle … sera au grand poids du roy de ceste ville d’Angers … que ledit Morin a promis bailler et livrer à ses despens franche et quite en la maison dudit Arnoul audit Angers savoir la moitié desdites 500 livres de ladite cire d’huy en 15 jours et l’autre moitié dedans (f°2) ung mois après ensuivant le tout prochainement venant, et est faite la présente vendition pour et moyennant la somme de 105 escuz sol au prix de 25 escuz pour chacun cent de ladite cire, sur laquelle somme de 105 escuz ledit Arnoul a ce jour d’huy en présence et à veue de nous et des tesmoins cy après nommé solvé payé et bailler manuellement content audit Morin la somme de 30 escuz sol qui ladite somme a eue prinse et receue en francs de 20 sols pièce quarts d’escu et testons bons et de poids au prix de l’ordonnance royale, de laquelle somme de 30 escuz sol ledit Morin s’est tenu content, et laquelle somme de 30 escuz ledit Morin a promis desduire audit Arnoul sur le prix de la livraison de ladite cire ; tout ce que dessus voulu stipulé et accepté par lesdites parties respectivement à ce tenir etc dommages et obligent etc lesdites parties respectivement etc à peine etc et le corps desdites parties à tenir prison comme pour deniers royaulx tant en Anjou que en Bretagne et par tous autres lieux par deffault de faire et accomplir le contenu en ces présentes par sa forme et contenu renonçant etc foy jugement et condemnation etc fait Angers en notre tabler, en présence de Loys Allain et François Odiau demeurant audit Angers tesmoings – Et au pied de l’acte la quittance du solde en date du 5 avril suivant

Les luminaires des fondations faites à l’église Sainte Croix d’Angers 1640-1659

Cet acte est un feuillet lié à l’acte précédent, qui concernait le bail des luminaires de l’église Sainte Croix d’Angers. Le bail faisait suite au bail précédent, daté de 1640, et signé par le père de Gabriel Denyau, et ici on a donc uniquement le complément de luminaire concernant les fondations faites entre 1640 et 1659
Elles sont au nombre de 4 fondations, d’importance très inégale, mais 4 fondations en 19 ans, c’est beaucoup quant on songe aux siècles précédents qui s’accumulent ainsi.

Cet acte est aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, 5E4 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Fondations acceptées à Ste Croix depuis le 17 décembre 1640
Le 21 février 1641 la fondation d’un service et vigile et 3 messes pour defunt monsieur de la Brosse pour le luminaire qui a servi à dire le dit service 10 sols par chacun an il en a 17 années le 17 décembre 1658 se sont 8 livres 10 sols
Le 19 juillet 1649 pour maistre Jean Houdyer 2 anniversaires et vigiles et une messe chacun an à la feste de ste Anne 2 saluts, il y a 30 sols assignés par chacun an pour le luminaite il a 8 années eschues le 19 juillet 1658 se sont 12 livres
Le 20 avril 1656 a esté acceptée la fondation de madamoiselle la Brosse de vigiles et 3 messes il a 2 années eschues le 20 avril 1658 10 sols par chacun an se sont 20 sols
Le 9 septembre 1657 a esté acceptée la fondation pour monsieur Aveline 12 grandes messes 2 services et vigiles et 3 grandes messes 3 saluts il a y a une année eschue le 9 septembre 1658 60 sols
somme totale 22 livres 10 sols

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Gabriel Denyau, ciergier, prend le bail de fourniture pendant 7 ans du luminaire de l’église sainte Croix : Angers 1649

le détail, très précis et minutieux, de toutes les sortes de cierges et bougies de cire jaune ou cire blanche illustre la manière de s’éclairer autrefois dans les églises. J’ai été frappé de la variété des fournitures de cierge, et en particulier la plus infime qui est (je cite) les « bougies à bouger », c’est à dire celles qu’on porte à la main dans un petit chandelier pour bouger dans l’église noire l’hiver.

Je descends 5 fois des DENYAU et en particulier j’ai bien un DENYAU cierger début 17ème siècle à Pouancé, mais malgré la rareté toute relative de ce métier je ne peux faire aucun lien à ce jour, mais pourtant, c’est un métier où il fallait se former avec précision.

Cet acte est aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, 5E4 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le mardi 11 mars 1659 avant midy, devant nous Jacques Lory et Jean Carré notaires royaux à Angers furent présents establys et deuement soubzmis honorables hommes François Cathernault marchand et Jean Burolleau marchand de draps de soye demeurant en ceste ville paroisse de ste Croix députés et ayant charge quant au fait des présentes des aultres paroissiens de ladite paroisse par conclusion raportée sur la pièce des conclusions de ladite paroisse en dabte du 1er janvier dernier d’une part, et honorable homme Jacques Denyau marchand ciergier en ceste ville y demeurant dite paroisse d’autre part, lesquels ont fait entre eux le marché qui s’ensuit, c’est à savoir que ledit Denyau a promis et s’est obligé par ces présentes de fournir et entretenir de luminaire ladite église ste Croix en la forme cy après déclarée pendant le temps et espace de 7 années entières et consécutives qui ont commencé au 23 décembre dernier et qui finiront à pareil jour : premier 4 cierges de cire jaune de 2 livres pièce qui seront posés sur le resteau du grand autel et un de pareil poids devant le Crucifix qui seront allumés tous les dimanches de l’année fors de Notre Dame, 4 festes solempnelles, premier jour estant feste de ste Croix, st Jean l’évangéliste et st Estienne et 2 aultres cierges de pareille cire jaune d’une livre pièce qui seront aussi allumés aux jours cy dessus pendant la célébration des anniversaires en quoi la fabrice est obligée de fournir de luminaire ; plus de fournir tous les jours de luminaire de 2 cierges d’un quartier pièce qui seront allumés pendant la célébration des messes à basse voix des prêtres habitués en ladite église seulement et aux externes qui y pourront venir jusques à 6 messes par jour et non en plus avant l’un desquels sera aussi allumé pendant la célébration desdits anniversaires mis sur les fosses des fondations de ladite église ; plus d’un cierge pascal de 5 livres à la feste de Pasques et de 13 tenebraux aux ténêbres d’un quartier pièce ; plus fournira à ladite feste de Pasques et my août de 2 torches neuves de 2 livres pièce pour servir à ladite église à estre allumées en la manière accoustumée ; de fournir outre ledit Denyau de 2 cierges de cire blanche de 10 livres pièces sur l’autel de notre Dame et 2 de 13 livres pièce de cire blanche sur l’autel de Notre Dame de Pitié, lesquels seront seulement allumés les jours de Notre Dame à 4 festes solempnelles de l’an et jour de la Circoncision ; de fournit de 2 cierges de cire blanche d’une livre pièce qui seront allumés seulement en la manière accoustumée dans les chandeliers d’argent lors des processions ordinaires et extraordinaires de ladite paroisse ; et quand besoing sera aux aultres jours de 4 petits flambeaux aussi blancs de 11 livres pièce pour estre allumés la sepmaine sainte lorsque le Saint Sacrement sera sur l’autel et aux aultres jours qu’il sera déposé solempnellement sur le grand autel de ladite église ; et fournira seulement 2 de mesme sorte sans que pendant ledit temps il en soit allumé d’aultre ; et outre fournira pareillement ledit Denyau d’une livre de bougie à bouger au sacristain de ladite église pour allumer les luminaires et ce par chacun an et de 10 cierges de cire jaune d’une livre pièce sur l’autrel de St Sébastien qui seront allumés pendant la célébration des services qui se font en l’honneur dudit st Sébastien et de st Roch et aux jours des indulgences introduites en ladite église ; et pareillement fournir la nuit de Noël d’une livre de chandelle pour les sieur curé et chapelains de ladite église et de luminaire à tout les anniversaires qui sont fondés en ladite église et que la fabrice est obligée fournir ; et est fait le présent marché pour et moyennant le prix et somme de 95 livres par chacun an qui seont payés audit Denyau par les procureurs de fabrice de ladite paroisse aux jours de st Jean Baptiste et Noël par moitié le premier payement commençant au jour et feste de st Jean Baptiste prochain et à continuer etc et outre et en faveur des présentes jouira ledit Denyau pendant le présent bail de 64 livres et demie de cire jaune et de 28 livres de cire blanche le tout en souches de cierges qu’ils ont entre mains et retirera après le bardot de defunte honorable femme Catherine Allain veufve de deffunt h. h. Gabriel Denyau ses père et mère et duquel nombre de cire il se charge par ces présentes, à la charge dudit Denyau de fournir de pareil nombre à la fin du présent bail ; et est accordé entre les parties que ledit Denyau sera tenu fournir de luminaire pour ladite paroisse outre que celuy mentionné au présent marché à peine de le perdre sans pouvoir faire aucune demande aux paroissiens à quoi il renonce dès à présent et est aussi convenu que ledit luminaire estant sur le rateau du grand autel sera allumé lors du service du st Sacrement que le célèbre permier dimanche de chacun mois a issue des vespres à la manière accoustumée, sans par ledit Denyau estre tenu de fournir de cierges blancs pendant ledit service et ont lesdits sieur Cathernault et Parolle audit nom compté et accordé avec ledit Denyau de tous les luminaire qu’il aura à fournir aux anniversairezs et services qui ont esté fondés et célébrés en ladite église de ste Croix depuis le bail fait avec ledit defunt Denyau son père et qu’il n’estoit obligé de fournir par ledit bail passé par nous notaire le 17 décembre 1640 à la somme de 22 livres quelle somme luy sera payée et délivrée par le procureur de fabrice à présent en charge et en fera ledit Denyau quite lesdits paroissiens vers et contre tous ; auquel marché est dit tenir etc dommages etc obligent etc renonçant etc foy jugement et condemnation etc fait et passé audit Angers à notre tablier présent Me Julien Bodere et Jacques Blouyn praticiens demeurant audit Angers tesmoings en présence de noble et discret Me Mathurin Jousselin prêtre curé dudit ste Croix

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Du ciergier ferron au maréchal en œuvres blanches : la fabrique d’outils

La fabrication en usines des outils date de la première moitié du 19e siècle.

Avant, c’est un artisan, le maréchal en œuvres blanches, qui fabrique les outils qui servent aux charpentiers, charrons, menuisiers, tonneliers, jardiniers, bouchers, etc… En 1642, apparaît le terme « taillandier » pour désigner ce métier. Voir les métiers de la forge.

Il se fournit chez le ciergier ferronier : « Le 3 octobre 1659, devant Jean Bergé notaire des Ponts de Cé, Maurice Pelletier, maréchal en œuvres blanches, et son épouse Marie Garreau, demeurant sur l’Isle aux Ponts-de-Cé, reconnaissent devoir 33 livres à Yves Marchais, ciergier ferron à Saint Maurille des Ponts-de-Cé, marchandise de fer et acier.

(Archives Départementales du Maine et Loire) » « pour marchandie de fer et assiet vendu et livré » En paléographie, on a le réflexe de phonétiser dans sa tête afin de déchiffrer. Ainsi l’assiet ! et on a toujours en tête les termes d’époque : la marchandie, etc…
Marie Garreau reconnaît devoir avec son époux le paiement du fer livré, ce qui signifie que l’activité artisanale de son époux est une activité communautaire, et elle est solidaire de son époux dans cette activité. Les épouses sont toujours impliquées dans un achat communautaire, ainsi le veut le droit coutumier.
Le montant de l’achat est relativement important pour un artisan, et représente certainement la moitié ou la totalité de son revenu annuel.
Enfin, le marchand ciergier ferron est installé aux Ponts de Cé, qui est à la sortie d’Angers vers les terres de vignoble, où les tonneliers sont nombreux, et les outils demandés. Normalement, on ne rencontre le marchand ciergier ferron que dans les villes, car il exerce en grande partie un commerce de gros pour artisans.
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marchand ciergier ferronnier, Angers, 1653, inventaire

A Angers, les fabricants vendeurs de chandelles, appellés ciergiers, avaient diversifié leurs ventes par le métal.

Nous avons vu la dernière fois la naissance du commerce de détail du verre et de la confiserie, en 1653. A cette date, on trouvait depuis longtemps du métal dans la boutique du marchand ciergier ferronnier.
Comme son nom l’indique, le ferronnier vendait d’abord le fer : fer plat, essieux, cercles pour tonneaux, et même tout ce qu’il fallait pour souder. Il ne fait pas les instruments ménagers encore vendus par les quincaillers colporteurs.
Mais certaines nouveautés étant apparues, il s’était encore diversifié.
Il vend des carreaux (ancêtres des vitres), mais aussi le plomb alors indispensable pour monter ces carreaux dans les fenêtres (quand elles avaient des vitres, souvenez vous de l’histoire des vitres).
Une autre nouveauté (qui va valoir à ce billet les honneurs des moteurs mouchards d’internautes dangereux) est apparue : l’arme à feu. Il vend donc du plomb pour faire les munitions. Et puis, dans la même gamme de produits, il vend carrément la poudre à canon. Son magasin était donc assez dangereux en lui-même par son stock !
D’ailleurs il vend également des produits pour artificiers !
L’inventaire de sa boutique en 1653 permet de reconstituer ce qui précède.
Il achète directement au fabricant. Nous verrons dans un prochain billet, que comme pour le verre, le fabricant vient à Angers proposer et vendre sa marchandise directement à ces marchands.
Certains marchands ciergiers ferronniers s’enrichissent assez pour acquérir des terres, ainsi les Mauvif de Montergon à Brain-sur-Longuenée. Plus généralement, ils ont issus de milieux notables.
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