Olivier Le Fourbeur « moderne mari » de Charlotte Doisseau, Genêve 1606

Le dictionnaire du Moyen-âge donne pour « moderne », ce qui est « actuel », donc Charlotte Doisseau était remariée, et voici toute la preuve, avec un acte passé à Genêve en 1606 qui se trouve en pièce jointe de l’acte passé à Angers par Jean Marces son fils de son premier mariage, ayant le pouvoir de sa mère pour toucher sa part d’héritage après accord avec les Cupif.

L’acte passé à Genêve a des tournures de phrase et un vocabulaire un eu différent de ceux des actes passés à Angers, mais je vous en propose une retranscription rapide. Je vous le mets d’abord, suivi de l’acte passé à Angers dans lequel il est en fait une pièce jointe, avec la signature de Charlotte Doisseau.

J’ai trouvé cet acte aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E8 – Voici sa retranscription  rapide mais fiable pour les preuves de filiation

Tous soit notoire et manifeste que comme ainsi soit que cy devant naquicyts ? accord eust esté fait et traité entre honnorable homme Jehan Marces fils et cohéritier de feu François Marces, en qualité de procureur légitimement fondé de honnorables Olivier Le Forbeur et Charlotte Doisseau mère dudit Jehan Marces par acte signé Demonchon notaire de la ville et cité de Genêve en date du 4 mai 1605 d’une part, et noble homme Jehan Cupif sieur de la Robinaye manant et résidant au lieu d’Angers d’aultre à l’occasion du droit de succession par ladite Doisseau prétendu sur la seigneurie et droits en dépendant de la Robinaye, et de la Grée, et sur certaine maison située au lieu de Candé, et que par le susdit accord fait entre les parties par l’intercession de leurs amis et qui fut fait et passé juridiquement audit lieu d’Angers par devant Me Roger notaire et tabellion royal en date du 15 juillet suivant, le prénommé Jehan Marces fut tenu de faire tenir en main dudit Cupif dans 3 ans ans prochain venant un acte de ratiffication en forme authentique de la part d’iceulx mariés Le Fourbeur, et lequel acte de ratiffication tost après le retour d’icelui Jehan Marces en recherche cité de Geneve, il auroit envoyé audit sieur Cupif par personnage express nommé Pierre Boulier … d’iceluy faite par moy notaire soubsigné en forme authentique sans qu’iceulx mariés Le Forbeur et encores moings ledit Marces ayent eu aulcung asseure notice de la deslivrance et réception d’iceluy, a l’occasion de quoi s’acheminant expres ledit Marces audit lieu d’Angers pour la suite et effectuation du susdits accord, ce jourd’huy 23 juillet 1606 par devant moy notaire soubsigné et les tesmoings soubznommés se sont derechef establis et personnellement constitués lesdits Marces Lefourbeur, ladite Charlotte Doisseau agissant de l’authorité d’iceluy, lesquels tant conjointement que séparément ont … déclarant de plus fort ratiffier apouver le susdit accord et traité amiable, tout ainsi et à la forme qu’il leur a esté raporté par iceluy Marces avec promesse de l’avoir et tenir pour agréable ferme et stable, et de mesmes donné comme ils donnent à iceluy Marces présent et acceptant plein pouvoir et mandement expres de faire et passer au profit et avantage dudit sieur Cupif les actes de concession, cession de droits et aultres portés par le susdit traité et accord amiable, pour et au nom de ladite Doisseau sa mère et tous aultres qu’il appartiendra estant à iceluy préalablement satisfait par ledit Cupif en ce qui concerne son … selon que lesdits Marces Lefourbeur l’ont promis et juré par sement par eulx solempnellement fait et professé es mains de moy notaire soubsigné pour l’entière observance d’iceluy et soubs l’obligation de tous et singuliers leurs biens meubles immeubles présents et futurs qu’ils ont soubmis à toutes compulsions et soubz les ples en tel … situés, ayant d’ailleurs lesdits Marces renoncé comme ils renoncent à tous singuliers (f°2) droits à eulx favorables maximement ladite Doisseau dudit Lefourbeur son moderne mary à tous droits faits et introduits en faveur des femmes …

Le 22 mars 1607 avant midy, par devant nous René Serezin notaire royal à Angers fut personnellement estably Jehan Marcetz demeurant en la ville de Genesve au nom et comme procureur de Olivier Le Forbeur son beau père bourgeois de ladite ville de Genesve et de Charlotte Doiseau sa mère femme dudit Leforbeur comme il a fait apparoir par ratiffication de l’accord ci après spécifié soubz la cour de Genesve par devant Gabriel Patou, lequel audit nom a quité et quite noble homme Jehan Cupif sieur de la Felonaye, vénérable et discret Me François Cupif chanoine en l’église d’Angers, noble homme Claude Cupif recepveur des deniers du clergé et noble homme René Lepeletier sieur de Grignon son gendre de la somme de 600 livres tz qu’ils étaient solidairement obligés payer auxdits Le Forbeur et Doiseau sa femme en la ville de Lyon pour les causes portées par accord et transaction passée soubs nostre cour par devant Pierre Roger notaire d’icelle le 15 juillet 1605 (f°2) ratiffié par lesdits Le Forbeur et Doisseau …

Un testament de protestant : Philippe du Hiret, Angers 1629

Ce testament est celui du fils unique de Marguerite de la Cottinière. Il est insinué en février 1634 et il semble bien que cette insinuation suive immédiatement son assassinat, car je situe son assassinat en 1634. Ce testament est plus bref que celui de sa mère dans les débuts se référant à la religion. Par ailleurs il évoque un dame du Hallay, sans que je puisse identifier qui est cette dame, bien que je descende des DAVY du HALLAY et qu’à cette date de 1629 il y a bien une Suzanne Poisson épouse de Charles Davy du Hallay, or Charles Davy est aussi évoqué dans le testament de Marguerite de la Cottinière. Le lien entre eux est sans doute la religion !

Cet acte est aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, 1B162 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

« (en marge : testament fait par Philippes du Hiret sieur de la Hée, de la religion prétendue réformée) Au nom du père du fils et du st esprit, le 24 juin 1629[1] devant nous Bertrand Lecourt notaire royal à Angers fut présent estably et duement soubzmis Phelippes du Hiret escuyer sieur de la Hée demeurant audit Angers paroisse de la Trinité, lequel estant de présent en santé de corps d’esprit d’entendement et de pensée, considérant qu’il convient à tout humaine créature vivante mourir et finir ses jours, ne sachant l’heure et qu’il n’est rien plus certain que le mort ne plus incertain que l’heure d’icelle ne veut décéder de ce monde en l’autre sans avoir fait testament : Premier a recommandé son âme à Dieau le créateur lequel il luy plaise en toute humilité de luy faire pardon et miséricorde pour l’amour de son fils bien aimé notre seigneur Jesus Christ qui est mort pour nos péchés a ressucité pour notre justification, et de recepvoir son âme en son paradis lors qu’il luy plaira la tirer de ce monde et que don corps soit inhumé au lieu et sépulture ordinaire de la religion prétendue réformée de cette ville. Item ledit testateur a donné et donné par ces présentes à l’église prétendue réformée de Sorges pour la subvention du pasteur d’icelle la somme de 120 livres tz à une fois payée à la commodité de sa femme. Item ledit sieur de la Hée a donné légué cédé et transporté  et par ces présentes donne lègue cède et transporte à damoiselle Henriette de Portebize son espouse tous et chacuns ses biens meubles et choses de noture de meubles censés et réputés de meubles tous ses acquests et conquests présents et avenir et la tierce partie de ses propres en quelques lieux et endroits qu’ils puissent estre situés qu’il a à présent et aura lors et au temps de son décès dont il décédera vestu et saisi pour en jouir par sadite femme incontinent son décès advenu, savoir des meubles et acquests à perpétuité et en pleine propriété pour elle ses hoirs et ayant cause, et dudit tiers de ses propres sa vie durant seulement et néanlmoings ou ladite de Portebize se remarierait et qu’elle eut des enfants de son second mariage de ladite religion prétendue réformée ledit de la Hée veult et ordonne que ledit legs ci-dessus à elle fait dudit tiers de ses propres soit aussi à perpétuité pour elle ses hoirs etc, desquelles choses ci-dessus données s’est ledit testateur dévestu désaisy et en a vestu et saisy sadite femme et luy a baillé et baille par ces présentes la tradition seigneurie jouissance et possession sans quelle soit tenue en demander et requérir aux héritiers dudit testateur nonobstant toute disposition du droit et coustume au contraire ce fait par ledit testateur pour l’affection et amitié qu’il luy a porté et porte à sadite femme bons traitements et gouvernement et aussi que très bien luy plait. Plus ledit testateur veut et entend que sadite espouse ne pourra contraindre la dame du Hallay et ses héritiers de 5 ans à compter du jour du décès dudit testateur pour ce qu’ils pourroient debvoir audit sieur de la Hée. Lequel sieur du Hiret a révoqué et révoque par ces présentes toutes autres donations et testaments et codiciles qu’il auroit ci-devant faits, veut et entend qu’ils demeurent nuls comme non faits, duquel testament en avons présentement fait lecture audit sieur de la Hée, lu et relu iceluy, qu’il a dit bien entendre et pour excuter iceluy a nommé et nomme par ces présentes Me Eveillard sieur de la Croix avocat au siège présidial de cette ville son exécuteur testamentaire qu’il prie et supplie en prendre la charge et pour ce faire lui a baillé et transporté par ces présentes la possesison de tous ses biens jusques à concurrence de l’accomplissment du présent son testament ; à ce tenir oblige etc renonçant etc foy jugement et condemnation etc fait et passé audit Angers en notre tablier en présence de Me René Alain sieur du (blanc) demeurant à Paris, et Me Pierre Quantin sieur de Launay demeurant en la paroisse de Gouez et René Letessier praticien demeurant à Angers tesmoins. – Le testament ci-dessus a été insinué au greffe civil d’Anjou et siège présidial d’Angers pour y avoir recours quand besoin le 21 février 1634. »

 

Un testament de protestante : Marguerite de la Cottinière, Angers 1608

Je poursuis la mise en ligne de quelques uns des innombrables documents que j’avais trouvé sur les HIRET, ici Marguerite de la Cottinière qui est épouse de Charles Hiret sieur de la Hée. Le testament de l’église réformée est aussi passé par notaire et vous aurez demain celui de son fils, aussi de l’église réformée. Ces Hiret sont la lignée noble, celle de Tugal, et je ne descends pas de ces Hiret, et j’ajoute  que les Hiret sont très nombreux.

Dans mon ouvrage l’Allée de la Hée des Hiret j’avais étudié successivement 1-cette lignée noble, 2-ma lignée, géographiquement proche mais non reliable à ce jour, 3-la lignée de Jean Hiret l’historien, proche de ma lignée, 4-la lignée des Hiret du Bailleul qui n’a rien à voir avec les précédentes, malgré toutes les âneries qui sévissent sur les bases de données.

Cet acte est aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, 5E36 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 30 mai 1608, Au nom du père du fils et du St Esprit, sachent tous présents et advenir que en la cour du roy notre sire Angers endroit par devant nous Pierre Richoust notaire royal à Angers a esté présente et duement establie damoiselle Marguerite de la Cottinière femme et espouse de Charles Hiret escuyer sieur de la Hée, à présent demeurante en la paroisse de la Trinité de cette ville d’Angers, soubzmectant elle ses hoirs etc que estant de présent au lit malade toutefois par la grâce de Dieu saine d’esprit d’entendement et de pensée, considérant qu’il convient à toute personne humaine créature vivante mourir et finir ses jours n’estant l’heure (f°2) connue et qu’il n’est plus certain que la mort ni plus incertain que l’heure d’icelle, ne voulant décéder intestate de ce monde en l’autre sans avoir fait testament, confesse et laquelle a ercognu et confessé avoir fait et ordonné ce présent son testament et ordonnance de dernière volonté par lequel elle ordonne et dispose de ses affaires ainsi et comme s’ensuit. Premier a recommandé son âme à Dieu son créateur et père le suppliant très humblement luy pardonner et remettre gratuitement tous ses péchés et offences et Jésus Christ son sauveur rédempteur et médiateur de lui communiquer son saint esprit qui soit habitant en elle pour luy donner persévérance jusques à la fin en la foy du saint évangile de nostre seigneur Jésus Christ. (f°3) Item ladite testatrice veut et ordonne que quand son âme sera séparée et départie d’avec son corps sondit corps estre inhumé ensépulturé et enterré avec ceux de la religion réformée et conduite modestment et sans pompe au sépulchre par ceulx de ladite religion en mémoire de la résurection générale de la chair que ladite testatrice attend. Item ladite testatrice a donné et donne par ces présentes la somme de 100 livres tz aux ministres et anciens de l’église réformée d’Angers pour estre par leur advis ladite somme employée aux usages et affaires de ladite église et entretien d’icelle, ainsi qu’il sera advisé par la discretion du consistoire d’icelle église, laquelle somme de 100 livres sera baillée par Philippe Hiret escuyer son fils unique et seul héritier quand elle périra à ung ou deux des anciens de ladite église pour cet effet. (f°4) Item elle veut que sondit fils possède le bien de ladite testatrice et que aussi sondit fils ne demande rien au sieur de la Hée son père du vivant dudit père s’il ne plait à sondit père. Item elle dispose veut et entend que ledit sieur de la Hée son mari mettre en réparation telle qu’il appartient les biens et choses héritaulx des douaires et usufruits appartenant à ladite testatrice d’autant qu’il les a possédé et en a joui. Et a ladite testatrice révoqué et révocque tous autres testaments et codiciles et donations si aucuns se trouvaient qu’elle eut ci-devant faits dont elle n’a néanmoins aucune cognaissance et veut qu’ils demeurents nuls et que cestuy son testament sorte son plein et entier effet selon sa forme et teneur (f°5) et pour iceluy exécuter à nommé eslu et choisi pour ses exécuteurs honnorables hommes Me Jean Lelievre sieur de la Saulvagère licencié es droits advocat Angers, Charles Davy sieur du Hallay et ledit Philippe Hiret escuyer son fils chacun d’eux seul et pour le tout … Fait et passé audit Angers en la maison de ladite testatrice après midi en présence de honnorable homme Pierre Dugrat marchand Me apothicaire Robert Salantin marchand pannecotier Jean Anthoine Me menuisier Jean Cotelle et René Delalande demeurant audit Angers tesmoins, ledit Anthoine a dit ne savoir signer. Item ladite testatrice a déclaré que la moitié des bestiaux et sepmances qui sont à présent sur les lieux dont elle jouit pour son douaire et usufruit lui appartiennent et veut que sondit fils les ait et prenne après son décès, ensemble les bestiaux et sepmances qui sont aussi sur les lieux qui lui appartiennent à perpétuité elle a moitié des bestiaux et sepmances et veut que sondit fils les ait et prenne pareillement après sondit décès. »

Obsèques du Dr Alcime Rousseau, Herbignac 21 janvier 1923

Il se déplaçait encore à cheval, mais quelques médecins de campagne avaient déjà une automobile. Les accouchements relevaient encore des médecins de campagne. Certes, auparavant pour les accouchements il n’y avait que les matrones désignées… 

« Les obsèques de M. le Dr Rousseau ont eu lieu dimanche 21 janvier 1923[1], en présence d’une foule considérable, venue de tous les alentours, à 20 km à la ronde.

Sur la tombe, le Dr Amédée Monnier, professeur à l’école de Médecine de Nantes, et ami personnel du défunt, prononça un magnifique discours que nous avons tenu à reproduite ici intégralement :

C’est avec une indicible émotion et une douloureuse surprise que j’ai appris la mort du Dr Alcime Rousseau. Avec une grande émotion, car il était mon ami depuis la jeunesse, et aussi l’ami des vieux jours, ami sûr, ami fidèle. Avec surprise, car rien ne faisait prévoir que sa fin fût si proche. Son activité était restée la même. Le jeudi 18 janvier, il avait continué ses habitudes professionnelles. Dans la soirée survient un cas d’obstétrique urgent, particulièrement pressant. Prévoyant que des complications sont susceptibles de se produire, et jugeant que de sa résolution dépend le sort de 2 êtres, que dès lors sa présence est indispensable, bien que déjà en pareille occurrence il avait ressenti une fatigue réelle, sans hésiter et malgré des conseils opposés, il part, il se précipite au grand galop de son cheval. Le cas est sérieux en effet : l’intervention sera laborieuse. Qu’importe ? Il déploiera tout son art, il y mettra s’il le faut, toute sa force. La manœuvre est habilement exécutée ; elle s’achève heureusement. La mère et l’enfant sont sauvées. Le tâche accomplie, il accuse un malaise, il s’assied et tombe foudroyé comme tombe sur son champ de bataille après un dur combat le soldat victorieux mais épuisé et à bout de souffle.

Ainsi « ce bel ouvrier est mort l’outil à la main » et son dernier geste aura été un geste de générosité héroïque au service d’une malade en péril. Pouvait-on demander plus au médecin, qui depuis 35 ans, dans des conditions qu’il est inutile de préciser ici, se dépensait pour les autres sans compter ? N’est-ce par là le couronnement le plus magnifique d’une vie, qui se résume dans les mots : Intelligence, Travail, Dévouement, Probité, Modestie. Des médecins de cette trempe méritent d’être signalés. Inclinons-nous respectueusement. Comme elle est pour ceux qui ont vécu dans son intimité, cette brusque mort est pour la contrée une perte cruelle. Sans nul doute elle laissera un vide dont bientôt on appréciera l’importance, car on peut l’affirmer, sans porter préjudice à qui que ce soit, le poste que le Dr Alcime Rousseau remplissait d’une façon admirable, personne ne le remplira comme lui.

Les débuts de sa vie ont été difficiles et rudes. De très bonne heure orphelin, il ne perdit point courage. Il n’avait point de fortune, mais il avait mieux déjà : un cerveau et une volonté. Il sut, par des procédés multiples, qui pour d’autres auraient pu paraître humiliants, mais qui ne faisaient qu’ennoblir une âme comme la sienne, donner du premier coup à sa vie l’orientation la meilleure et la plus sûre. Il avait en outre hérité des sentiments et des principes excellents d’une famille aussi modeste que naturellement distinguée. Et il garda une fidélité invariable aux exemples reçus de ses premiers maîtres, aux principes et aux idées qu’il en avait reçus et qu’il savait justes.

Sa réputation était celle d’un laborieux, d’un laborieux obstiné et fervent de la méthode. Au Collège, à l’Ecole de Médecine, à l’Hôpital il a tenu le premier rang parmi les élèves. Il a vécu à cette époque surtout dans le monde « des livres ». Durant sa vie d’étudiant ou d’interne, on était sûr de le rencontrer dans sa chambre, au travail, et aussi d’être reçu avec le plus parfait accueil ; Il n’en sortait d’ailleurs que pour aller prendre ses repas ou donner des répétitions, – son gagne-pain, – ou visiter sa sœur, la seule survivante de sa famille, dont il avait un peu la charge. Quant aux réunion ou fêtes publiques il les fuyait pour la raison qu’elles sont la plupart du temps d’un profit douteur et qu’elles auraient pu diminuer son entraînement au travail.

A sa sortie du Collège, le Dr Rousseau possédait déjà un bagage bien assorti de connaissances non seulement des auteurs français mais aussi des auteurs grecs et latins à l’instar de beaucoup de jeunes gens de l’époque, sous l’influence bienfaisante de programmes bien établis. Il garda jalousement le goût de telles études et dans la suite, malgré les soucis et les multiples occupations d’une clientèle étendue et dense, il aimait à se tenir au courant de certaines publications de choix, les goûtait sûrement et s’en délectait entre deux courses, comme on se délecte d’un délicieux aliment. Ainsi, sous des apparences simples, peu communicatives, quelque peu froides ou même timides, il cachait un esprit brillant, d’une finesse originale, un caractère à la fois plein de douceur et d’énergie, un cœur très bon. Ses causeries étaient aimables, spirituelles, agrémentées d’une érudition parfaite, dont il ne cherchait certes pas à se prévaloir. D’ailleurs aux mérites incontestables de son esprit s’ajoutait, comme complément, une saine modestie. Et je ne suis pas certain que cette modestie ne lui ait porté parfois préjudice. Ceux qui l’ont connu ne l’ont point connu ambitieux. Il vivait loin du bruit, en dehors du monde, en dehors des « clans ». Il regardait comme préférable de laisser à d’autres, qui n’avaient pas sa valeur, le soin de ravir les places, de « décrocher » les honneurs, de « violenter » la renommée.

C’est avec de telles qualités d’esprit et de cœur qu’il se présenta dans le canton d’Herbignac, pour y exercer la médecine. Ses connaissances étaient à point. Pour les acquérir et les parfaire il n’avait rien négligé. Il avait plutôt entamé sa santé qu’il n’avait gaspillé son temps. Ses maîtres, ses camarades, tant de l’hôpital que de l’Ecole de Médecine, savaient reconnaître et apprécier unanimement sa grande valeur. Tous s’attendaient à le voir poursuivre plus loin ses actives et complètes études, et à porter ses vues vers de plus hautes sphères. Mais lui était la simplicité même comme il était le désintéressement en personne. Un oncle qui fut un protecteur et un ami, et qui avait été toujours pour lui un sage conseiller l’engagea, vu son influence dans le pays, à venir à ses côtés. Par déférence plus que par goût peut-être, le Dr Rousseau écouta cette voix, qui retentissait comme un doux écho du foyer familial, dont de si bonne heure il avait été privé. La décision fut prise en ce sens. Voilà pourquoi la petite ville d’Herbignac fut dotée en l’année 1888, d’un médecin de haute valeur, d’un clinicien avisé, d’un praticien aussi modeste que distingué, doublé d’un homme charmant et plein d’esprit. Et pendant 35 années, il y a vécu d’une vie qu’un biographe aurait à décrire. Et il y a vécu, durant ce long intervalle de temps, sans presque en sortir, attaché qu’il était à sa besogne de médecin de campagne. A 60 ans et plus, on l’a vu aussi ardent au travail qu’il l’était à 10 et surtout à 20 ans. Que dis-je ? Avant-hier encore il s’attelait à une tâche qu’il n’aurait pas dû faire et qui lui a été si fatale. Aussi bien a-t-il jamais refusé à quelqu’un ses services, ses conseils, son appui ? Prenait-il même le temps de reposer son corps fatigué, un peu usé même ? « Prendre du repos » est un terme bien vague et une impossibilité quand il s’applique au médecin qui comme le Dr Rousseau était sans cesse sur la brèche, c’est-à-dire au service de ceux qui souffrent, peinant le jour et combien de fois la nuit, ayant pour principal souci de faire son devoir en soulageant, heureux et fier de porter très haut et très droit le drapeau médical, dont il était un si signe représentant.

Il était en effet de ceux qui se font gloire d’être médecins et qui mettent la science médical au-dessus de tout ; à coup sûr, il la prisait plus que le prestige mesquin d’une richesse sèche et stérile ou d’un blason improductif et sans mérite. Enfin il pensait justement que c’est le médecin qui fait sa situation et non la situation qui fait le médecin. Cela se sentait dans son attitude. Fût-on prince, fût-on paysan, il semblait avoir, quand on l’abordait, un air quasi grave avec un langage peu familier. Unique effet, marque évidente de cet esprit de distinction, dont il était fortement imprégné et dont il ne s’est jamais départi. Ce n’était chez lui ni parade ni pédantisme. Personne ne s’y trompait. Tout le monde l’estimait. Il était surtout aimé de deux à qui il livrait sans compter les trésors de sa science, de sa bienveillance et de son dévouement absolu. Il y aurait beaucoup à dire sur cette vie de labeur et d’effacement. Les limites d’une esquisse aussi rapide l’interdisent. Mais si l’on en juge par l’affluence énorme et recueillie qui s’est empressée autour de sa tombe, on en déduit aisément que le Dr Rousseau a été compris, que chacun lui est reconnaissant d’avoir accompli sa rude tâche avec une conscience, une fidélité et un zèle qui sont allés jusqu’au sacrifice de sa vie.

Déjà cette certitude doit réconforter ceux qui le pleurent si amèrement. Mais ce réconfort s’accroît encore du fait que ce médecin de grand cœur et d’esprit élevé était un chrétien dans toute l’acception du terme. Et sa foi n’était pas une foi de surface. Elle s’appuyait sur des convictions solides, puisées dans une étude approfondie des récits historiques anciens. Il avait étudié avec réflexion, attachant une grande importance aux traductions authentiques et aux faits rapportés par les témoins d’une époque. Il ne rejetait jamais de parti pris un texte, sous prétexte que la clarté n’apparaissant pas à son intelligence, qui malgré tout avait des bornes, comme toute intelligence.

De tous points de vue donc, on ressent un réel chagrin de voir disparaître une aussi noble figure, de voir s’en aller l’un des meilleurs et l’un des plus parfaits ouvriers de la médecine. Et n’avais-je pas raison au début de ce discours de proclamer qu’une mort aussi subite est pour tous une perte cruelle. Et si maintenant je reporte ma pensée au foyer que cette belle âme a quitté, à cette femme éplorée qu’un tel drame accable, à ces fils, à cette famille dont il était le soutien, la force, la lumière, la fierté, le bonheur enfin, mon émotion grandit, ma voix devient de plus en plus hésitante. Je n’ai plus qu’à garder le silence et à verser des larmes avec eux, aucune parole n’était capable de consoler ou d’adoucir une semblable douleur.

Mon cher Alcime

En toi j’ai perdu un excellent ami. Ma tristesse sera éternelle. Ne m’en veux pas d’avoir pris la parole sur ta tombe. Notre amitié était si vieille et si forte – vieille et forte – nous nous le répétions souvent – de plus de 50 ans, que j’ai regardé comme une obligation de jeter un peu de lumière sur les beautés de ton caractère d’homme et de médecin, sur « les inconnues » de ton âme résignée. Cette âme, se réflétait entière dans ta franche, douce et réconfortante amitié. Cette âme, ta compagne si signe, si dévouée, si pieuse, si sincère, l’a reconnue dans l’affection dont tu n’as cessé de l’entourer. Tes fils l’ont certainement comprise. Ils t’imiteront, eux qui se sont distingués sur les champs de bataille de la Grande Guerre, eux qui savent que l’honneur n’est pas un vain mot. Aussi bien ils tiendront à conserver intact l’héritage fameux que tu viens de leur transmettre. Ainsi ils perpétueront ton souvenir et par eux nous en vivrons.

Mon cher Alcime, ta vie a été celle d’un sage et d’un chrétien. Ta mort a été glorieuse. Repose maintenant dans la Paix et que Dieu te donne dans le Ciel promis aux élus la place qu’il t’a destinée.

Ami, au revoir.

En cette douloureuse circonstance, nous renouvelons nos très vives condoléances aux familles Rousseau et Fagault.

 

[1] AD44/Presse : Le Guérandais

saint Mesme aliàs saint Maxime

Nous avons vu la semaine précédente que le père du marié était Mesmé Lefebvre.
Comme j’ai au sud de Chinon un ancêtre Mesme Beranger, j’ai été voir ce joli prénom, et là, stupéfaite, j’ai découvert que c’était un saint Maxime !
Voici sa biographie extraite de l’encyclopédie Migne :

saint Mesme, aliàs saint Maxime, Maximus, solitaire, et abbé de Chinon, sortait d’une famille noble de l’Aquitaine, et était frère de saint Maixent et de saint Jouin, qui furent l’un et l’autre évêques de Poitiers.
Il fut élevé dans le monastère de saint Martin de Tours, et il était encore jeune lorsqu’il perdit son saint maître. Ayant été élevé au sacerdoce, il se retira dans le monastère de l’Ile-Barbe, près de Lyon, dont il devint abbé. Mais, les embarras que lui causait le gouvernement de sa communauté, qui manquait souvent du nécessaire, à cause des incursions des barbares, le déterminèrent à se démettre de sa dignité, malgré les instances de saint Eucher, évêque de Lyon.
S’étant mis en route pour retourner en Touraine, il pensa périr en passant la Saône, et sa conservation fut regardée comme un miracle. Revenu dans sa patrie, il fut obligé de prendre le gouvernement d’un monastère qu’il avait fondé à Chinon, où il mourut dans un âge fort avancé, vers le milieu du 5e siècle.Sa sainteté fut attestée par des miracles avant et après sa mort.

Une partie de ses reliques se garde à Bar-le-Duc, où il est connu sous le nom de saint Maxe.
Fête le 20 août.

Si j’ai bien retenu, ce saint avait 2 frères saints. Heureuse leur mère qui porta 3 saints !

Attention, il a existé d’autres saint Maxime, mais pour saint Mesme, il n’y a que ce saint, qui dérive aussi de Maximus.