Accord entre propriétaire, fermière et métayer sur une dette du métayer du Petit Carqueron, Le Lion d’Angers 1643

la fermière, Mathurine Bordier, agit manifestement dans la continuité d’un bail à ferme signé par son défunt mari et elle-même auprès de Renée de Mergot sieur de Montergon.
Soulignons au passage qu’on découvre tout à la fin de l’acte qu’elle ne sait pas signer, mais rassurez vous elle sait compter et curieusement il est dit dans l’acte qu’elle possède un papier journal des comptes entre elle et son métayer ! J’avoue ne pas avoir très bien réalisé comment on peut tenir un papier journal de comptes quand on ne sait pas signer !
Son métayer lui doibt beaucoup d’argent, car la somme se monte à 152 livres ce qui est à l’époque bel et bien le prix de la ferme d’une métairie pour une année. Donc, on peut aisément imaginer qu’elle ait des difficultés à payer elle même au propriétaire l’année de ferme échu.
Or, ici, on découvre que le propriétaire, très social, non seulement ne la poursuit pas, mais lui avance la somme due et se retournera lui-même contre le métayer.
Entre-temps elle avait fait saisir les bêtes du Petit Carqueron car elle avait entamé une procédure pour son remboursement.
J’ai donc compris que c’est le métayer lui-même qui est allé supplié René de Mergot d’intervenir en sa faveur ! cela montre que ce noble avait manifestement une réputation d’homme socialement humain.
Pour compliquer l’acte qui suit, notez cependant que René de Mergot est âgé et que ce sont ses 2 gendres qui transigent en son nom.
Bref, cet acte nous donne une très belle histoire sociale ! et comme dans les contes de fée, les bêtes sont rendues au métayer !

J’ai trouvé cet acte aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E36 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 28 avril 1643 avant midy par devant nous René Billard notaire de la chastellenye du Lion d’Angers ont esté présents en leurs personnes establiz et deument soubzmis soubz ladite cour chacune de honorable femme Mathurine Bordier veufve de deffunt honorable homme Charles Verdon demeurant Angers paroisse de St Maurille d’une part
et Guillaume Delahaye métayer demeurant au lieu du Petit Carqueron paroisse dudit Lion tant en son nom que soy faisant fort de Renée Bellier sa femme à laquelle il a promis faire ratiffier et avoir ces présentes pour agréable dedans d’huy en huit jours prochainement venant à peine etc neantmoings etc et encores Jacques d’Escorce escuyer sieur de la Violais et Claude ? (non déchiffré) aussi escuyer et René de Mergot escuyer sieur de Montergon leur beau père, d’autre part
entre lesquelles partyes respectivement ont esté fait l’accord qui suit quitance et obligation en la forme et manière qui s’ensuit c’est à savoir que sur ce que ladite Verdon demandoit a estre payée de la somme de 152 livres un sol tz à elle due de reste par René Brisset mestayer du lieu du Petit Carqueron dont elle estoit fermière faulte de payement de laquelle somme de 152 livres un sol ladite Bordier auroit obtenu devant le lieutenant de cette juridiction condemnation en vertu de laquelle elle auroit fait procédé par saisie sur la moitié des bestiaux appartenant audit Brisset et qui estoit sur ledit lieu du Petit Carqueron suivant le procès verbal de saisie fait par Bienvenu le jeune en date du jour d’hier qui les auroit enlevés et mis en garde en la maison de Pierre Drouin marchand demeurant au dit Lion d’Angers et voulant procéder à la vente d’iceux pour de deniers en provenant estre ladite Verdon payée de son deu pour à quoy obvier seroit intervenu lesdits sieur de la Viaulais et Decorce esdits noms qui auroient payé à ladite Bordier ladite somme de 152 livres 1 sols restant dont elle s’est contentée et en a quitté et quitte ledit Brisset luy etc et au moyen dudit payement cy dessus fait parlesdits sieur de la Violais et Decorce esdits noms qui ont recogneu que ladite somme cy dessus par eux payée sont des deniers dudit de Montergon ladiet Bordier a mis et susbrogé met et susbroge ledit sieur de Montergon en ses droits et hypothèques ce qui a esté stipulé par lesdits sieur de la Violais et Decorce esdits noms par le moyen duquel payement et pour tout garantage ladite Bordier a bailler et mis ès mains desdits sieur de la Viollais et Decorce pour ledit sieur de Montergon trois obligations sur ledit Brisset l’une en dabte du 13 novembre 1624 passée par Sébastien Leroyer notaire de cette cour montant 12 livres au profit de deffunt missire Mathieu Betran dont ladite Bordier est héritière, et du 18 octobre 1625 passé par Mathurin Leroyer notaire de cette cour montant 30 livres l’autre du 12 novembre 1635 passée par nous montant la somme de 36 livres et le surplus de ladite somme de 152 livres 1 sol qui estoit deue à ladite Bordier par ledit Brisset sont compris tant le compte fait avec ledit Brisset sur le papier journal de ladite Bordier que des sommes par elle payée en l’acquit dudit Brisset comme ils l’ont présentemet recogneu et par ce moyen ladite Bordier consent délevrance des choses cy dessus saisies auxdits Delahaye et Brisset lesquels ont présentement pris et receu les bestiaux mentionnés au procès verbal dudit Bienvenu lesquels ils ont emmené audit lieu du Petit Carqueron lesquels bestiaux lesdits Delahaye et Brisset consentent qu’ils demeurent affectés hypothéqués et obligés avecq tous les autres biens meubles et immeubles de quelque nature qu’ils soient jusque à concurrence de ladite somme de 152 livers 1 sol cy dessus
ce qui a esté ainsy voullu stipulé et accepté par lesdites partyes à quoy tenir etc dommages etc obligent lesdites parties respectivement elles leurs hoirs etc les biens etc renonçant etc dont etc
fait et passé audit Lion en nostre tablier présents Estienne Sigoigne recepveur des traites du bureau dudit Lion, Estienne Verdon marchand tanneur demeurant audit Lion tesmoings à ce requis et appellés
lesdits sieurs sieurs de la Viollais et Decorce esdits noms protestent que ces présentes ne pourront nuire ne péjudicier audit sieur de Montergon à se pourvoir sontre lesdits Delahaye et Brisset pour les devbvoirs deubz à cause dudit lieu comme pour les réparations d’iceluy esquels ils sont tenus et demeure quitte et deschargé et ont lesdits sieurs recogneu que ladite mestaierie du Petit Carqueron est bien et deument ensepmancé comme icelle Verdon estoit ttenu par son bail
lesdits Bordier Delahaye et Brisset ont dit ne savoir signer

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog.

8 réponses sur “Accord entre propriétaire, fermière et métayer sur une dette du métayer du Petit Carqueron, Le Lion d’Angers 1643

  1. E.3352.(Carton.)-6 pièces,papier.
    1608-XVIIIe siècle.-MERGOT (de).
    -Hommage rendu au fief de La Cour-de-Pierre par René de Mergot,sieur de Montergon,pour la métairie de La Bigotière;-présentation par Marguerite de Rennes,veuve de Charles de Mergot,de la chapellenie de Sainte-Catherine,en l’église de Saint-Lambert -des-Levées;-notes généalogiques par le feudiste Audouys.
    (Série E.Titres de famille.AD du Maine et Loire.C.Port.)

  2. -En 1554,Sébastien de Mergot,fut poursuivi en justice,pour avoir enterré son père René de Mergot,seigneur de Montergon,dans le choeur de l’église prééminence réservée à François de Juigné,alors seigneur de la paroisse de Brain.(Google.)
    http://jean.poussin.perso.neuf.fr/monterg.htm

      Note d’Odile :

    La source de cette note est un cahier, tenu par plusieurs curés successifs à Brain, qui précise en page 41 :

    « René de Mergot, père de Sébastien, doit être mort dans les premiers mois de 1554. A cette époque celui-ci avait fait enterré son père dans le chanceau de l’église, droit réservé au seigneur de la paroisse, et eut à soutenir un procès qui maintient ce droit à messire François de Juigné, seigneur de Brain sur Longuenée et de la Brossinière, à qui on reconnut également le titre de fondateur ;.. Cependant on ne voit pas que Sébastien de Mergot ait été contraint de faire exhumer le corps de son père. »

    J’ajoute que par la suite la famille de Juigné entretint des liens avec les de Mergot, et j’en veux pour preuve le parrainage de Juigné, ainsi en janvier 1618, vue 98 du registre que je suis actuellement à retranscrire.
    Odile

  3. -André Sarazin dit dans « VIEUX LOGIS EN ANJOU »

    -LE MANOIR DE MERGOT A MIRE-

    « Il n’est pas impossible que la seigneurie de Mergot,ait primitivement appartenu et donné son nom à l’antique famille de Mergot par la suite,fixée sur la terre de Montergon,au bord de la fôret de Longuenée. »

    A t’on progressé dans cette interrogation ?

    Bonne journée.
    M@rie.

  4. L’armorial de l’Anjou de Denais distingue 2 familles :
    Bonjour madame
    Je n’ai pas grand chose, seulement l’ouvrage de Denais, l’Armorial de l’Anjou, qui distignue 2 familles de ce nom :

    de Mergot
    De sable à trois molettes d’éperon d’argent, à la fasce d’argent frettée de sable (Audouys, 994, p. 110 – V de Tessé)

    de Mergot (de Montergon, du Carqueron, des Cours, de la Verrie.
    D’azur à trois chevrons d’or.

    Bonne journée
    Odile

  5. -Merci Madame,et surtout merci d’être toujours » vaillante » chaque matin à nous transmettre vos découvertes et trouvailles, tellement appréciées.

  6. -Le 28 mars 1678 à Miré.
    Bapt de Philippe ,fils de Vincent ? Le Manceau et de Jeanne Conin.?
    Par: Messire Philippe de La Lande,chevalier,seigneur de Plains.
    Mar: Damoiselle Renée Jeanne de La Lande,fille de Mr de La Lande,seigneur de Mergot,tous de cette paroisse.
    Miré AM-BMS-1675- 1703 (vue 14)

    En sait on plus sur ce Mr de La Lande,seigneur de Mergot en 1678 à Miré ?

  7. -Dans Tiercé « Pour un château qui va mourir »
    André Sarazin dit:
    -Guyon L’Enfant,chevalier,seigneur de la Patrière et de Cimbré,avait épousé Jeanne de Chivré et André,son fils,sera en 1489 nommé capitaine du château de Montjean.Marié à Dame Jeanne Pelaud,il en aura Georges,qui en 1545,épousera Françoise du Plessis,grand’tante du cardinal de Richelieu.
    (voir « Guillaume L’Enfant,Seigneur de Scépeaux de la Patrière ».
    -Billet du 31 8 2012.
    -Blog Mme O Halbert).

    -Madeleine L’Enfant épousera Guillaume Drouet,ou de Rouet,dont le père,homme d’armes de la compagnie de M.de Puygaillard,gouverneur du château d’Angers,avait été anobli en 1586.
    -Guillaume Drouet,leur fils,mourra à Angers en 1651 et son corps sera rapporté à Tiercé pour être inhumé dans l’église paroissiale.L’une de ses petites filles,Anne de Rouet,épousera,à la fin du siècle Philippe-Claude de La Lande,sieur de Plains,au Louroux-Béconnais,d’où,un autre Philippe de La Lande,seigneur de Cimbré,capitaine au régiment des grenadiers du roi,qui, en 1727,fait reconstruire le château et y mourra,à 82 ans,le 3 avril 1776.Sa fille avait épousé en 1758,dans la vieille chapelle du château,le marquis de Brémont.
    ( Voir « Transaction entre les héritiers de Simon de Bussy et Guillaume Drouet »
    -Billet du 6 9 2010.
    -Blog Mme O Halbert.)

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