Prison pour femmes en 1634 la cave du cloître Saint-Martin d’Angers,

Nous étions hier dans le tabac. Or, au 19e siècle, l’entrepôt de tabac d’Angers occupait les ruines de l’église Saint-Martin, dont la nef s’était effondrée en 1829. En 1634, on y mettait bien autre chose, dans une cave.

Le terme cave ne signifie plus grand chose pour nombre d’entre nous, habitants les ensembles et autres tours de béton, dont celle qui m’abrite. Mais, autrefois (et encore dans les maisons anciennes), c’était franchement sous terre, sous la maison. Lorsque j’étais petite, notre maison en possédait une, et lors des bombardements, nous nous blotissions ensemble dans la cave, se pensant à l’abri, tandis que nos parents nous racontaient que c’était l’orage. Comment peut-on dire à des enfants que des bombes leur tombent dessus ?.

Voici la cave que je viens de découvrir, en 1634. L’acte est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire : Voici la retranscription : Le 22 avril 1634, devant nous Laurent Chuppé notaire royal Angers furent présents personnellement establis et duement soumis Me Jacques Margautin bedeau et serguer de l’église royale Monsieur St Martin de cette ville d’Angers, y demeurant paroisse St Michel de la Palludz d’une part,
et honneste fille Jeanne Moreau lingère demeurante audit Angers paroisse dudit St Martin d’autre part,
lesquels sont volontairement fait et font entre eux le bail à louage qui s’ensuit, c’est à savoir que ledit Margautin a baillé et baille par ces présentes à ladite Moreau ce requérante pour le temps et espace de 8 années entières et consécutives qui commenceront au jour et feste de Noël prochain
savoir est le corps de logis dépendant de la bedellerye dudit St Martin à présent exploicté par la veuve Feuryau comme il se poursuit et comport sans réservation en faire par ledit bailleur
pour en jouir par la preneure ledit temps durant bien et duement comme un bon père de famille sans rien y malverser ains entretiendra ladite preneure ledit logis en bonne et due réparation de terrasse viltre carreau et couverture, et rendra le tout bien et duement réparé desdites réparations à la fin dudit présent bail comme lui seront baillées au commencement d’iceluy,
demeure ladite preneure tenue fermer et ouvrir soir et matin la grande porte du cloistre estant soubz la petite chambre dudit logis lors qu’il plaira audit sieur doyen chanoines et chapitre de l’église dudit St Martin l’ordonner par conclusion capitulaire
et oultre demeure ladite preneure tenue délivrer la clef de la cave dudit logis qui est la prison dudit St Martin audit bailleur et la tenir nette pour y mettre des prisonnières lors et toutefois et quante qu’il en sera requis et fera ladite preneure tailler le volier (volier : du Poitou à la Sarthe, espalier, tonnelle, treillage destiné à supporter la vigne, à la faire grimper le long des maisons) de ladite appartenance de temps et saison convenable et en baillera par chacun an 6 beaux raisins de ceux qui proviendront audit bailleur, et est fait ledit présent bail à louage oultre les charges ci-dessus pour en payer et bailler par ladite preneur audit bailleur la somme de 30 L tournois par chacun an par moitié .. (AD49)

Le Dictionnaire du Maine et Loire, de Célestin Port, dans sa première édition, tome 1, page 58, à l’article Angers, Saint-Martin, précise

« Autour de l’enclos régnaient des cloîtres, loués presque entièrement à des laïcs ; à l’entrée, vers la rue Saint Martin, une cave attenant à la maison des Greniers, servait de prison capitulaire. »

Voici donc la cave du cloître Saint-Martin, qui servit autrefois pour enfermer des femmes… Mais la locataire a aussi le charme d’une treille. Elle doit l’entretenir et en donner chaque année 6 grappes de raisin au bailleur.
Je m’imaginais qu’à Angers il n’y avait qu’une prison, et je n’avais même pas réfléchi qu’on ne mettait pas les femmes avec les hommes… Je viens de découvrir qu’il existait avant le 16e siècle, bien d’autres prisons. Célestin Port (Dictionnaire du Maine et Loire) dit qu’il y en avait une dans chaque fief ayant justice.

Quant au bedeau, il était décrit dans le billet du 23 février « Nantes la Brume », sous le nom de Suisse, et je me souviens avoir vu dans mon enfance ce personnage au costume curieux, marcher devant Mr le curé lors des processions dans l’église Saint-Jacques. C’était du plus bel effet lors des mariages.

Comme tout bail, ce bail indique que le locataire doit entretenir en bon état de réparation terrasse vitre carreau et couverture. Nous partons demain dans la terrasse, ce faux-ami des baux Angevins.

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5 réponses sur “Prison pour femmes en 1634 la cave du cloître Saint-Martin d’Angers,

  1. Report des commentaires parus dans mon ancien blog :
    Marie-Laure, le 26 février : Pour le bedeau /suisse (beadle en GB…) ,il y en avait un lorsque j’étais petite ,à la messe, le dimanche à la cathédrale ,fort impressionnant dans son uniforme et avançant en tapant le sol du manche de sa « hallebarde »…

    Marie, le 26 février : J’ai aussi le souvenir de cet impressionnant personnage ( pour moi petite fille ) chargé de faire la police aux fêtes religieuses, avec bel habit d’apparat, ticorne et canne à pommeau d’argent.
    Après consultation de photos d’archives ( à la loupe !) je constate qu’il s’agirait plutôt d’un bicorne ( peut-être cette coiffure avait elle un nom qui lui était propre ?) avec plumet ? blanc, il portait également gants blancs et bas blancs.et en plus de la canne à pommeau d’argent, Marie- Laure à raison une hallebarde !
    Note d’Odile : Voir le billet du 8 mars 2008

    Marie-Laure, le 26 mars : oui, il est « imprimé » dans ma mémoire à jamais car j’en avais peur…(ainsi que l’odeur de l’encens « empirée  » par le fait d’être à jeun…)

  2. Bonjours, je suis actuellement en classe de Premiere ES, au lycée Jean bodin, au pont de cé, dans le maine et loire. Cette année il y a la BAC pour les exposés. Et le sujet de mon groupe et moi même se porte sur les prisons. Notamment les conditions de vies, du nombres de détenus par cellules ( et autres..). Dans notre exposé nous voudrions parler des prisons de l’époque. C’est pourquoi je fais appel à vous pour me donner quelque informations sur les conditions de vie dans les prisons a l’époque.
    Veuillez me répondre sur mon adresse mail. Merci de votre compréhension.

      Note d’Odile :
      Quelle époque ? celle du 16e et 17e siècles ou la nôtre ?
      Pour celle des siècles passés, allez à la médiathèque à Angers consulter des ouvrages d’histoire. Les documentalistes sauront vous les conseiller utilement.
      Pour ma part, je ne connais pas les conditions de détention, je sais par contre que la prison n’était pas une peine autrefois, seulement une mesure de saisie de corps pour dettes, et pour envoyer aux galères etc… Mais, je sais que beaucoup racontent qu’on y mourrait beaucoup, alors que je vois passer dans les actes notariés beaucoup d’élargissement, qui tendent à montrer qu’on pouvait en sortir. Ceci dit on devait alors payer sa pension, et je suppose que le geôlier ne traitait pas de la même manière les pauvres et les riches.
  3. Essayez de trouver ce livre »Moi, Barthélémy Dumont, geôlier de La Conciergerie  »
    de Arlette Lebigre
    très bon descriptif de la prison de la Conciergerie entre 1608 et 1625.

  4. Je viens d’écrire un article sur la vie d’un suisse d’église ayant officié en la cathédrale de Rodez dans les années 1900 . A paraître sur le quotidien régional Centre Presse …

    Puis-je l’illustrer avec la photo légendée « St. Jacques de Nantes 1936 » dont vous avez accompagné le billet du 8 mars 2008 « suisse ou bedeau » ?

    Le cas échéant, je peux faire apparaître que le suisse ou bien encore « flouter » le visage des mariés.

    Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes sentiments distingués.

    jacques boutet

      Note d’Odile :
      Je suis d’accord, à condition que vous inscriviez sous la photo :
      Mariage à Nantes en 1936 – photo extraite du blog : http://www.odile-halbert.com/wordpress/?p=3302

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