Les cochons de ville autrefois : du recyclage des déchets verts à l’orgue à cochons de Louis XI

J’ai eu la chance il y a 15 ans de faire partie de l’équipe bénévole qui retranscrit les délibérations municipales de la ville de Nantes au 16e siècle. C’est ainsi que j’ai pris conscience de l’hygiène des villes d’alors, en particulier de l’égoût à ciel ouvert que constituaient les ruelles, et des cochons qui allaient et venaient librement. J’avais écrit un article sur ce sujet énorme, et je vous le publierai bientôt, c’est promis.
Ainsi, une grande partie des ordures, étaient recylées directement ! Ne parlons pas de l’hygiène, inexistante !

Plus récemment, toujours à Nantes, j’ai travaillé à la Biscuiterie Nantaise, alors située place François II, c’est à dire proche du centre ville. Une ancienne ouvrière me racontait avoir connu les cochons place François II, rassurez vous, ils n’étaient pas sur la place François II elle-même, mais sur la terrasse de l’usine. En effet, toute industrie alimentaire, autrefois comme de nos jours, génère des déchets exactement comme toute ménagère. Donc, je peux témoigner que jusqu’au milieu du 20e siècle, les cochons étaient encore sur place…

Ceci dit, les cochons, largement utilisés dans ce but de recyclage par nos ancêtres, ne sont pas silencieux. Et c’est ainsi que j’en arrive à l’anecdote célèbre de Louis XI et les cochons. Cette anecdote suit le jour maudit de la fête de la musique, diversement apprécié en France : béni par certains, mais maudit et très mal supporté par d’autres, dont je suis, car peu amateur de décibels imposés. Les plus chanceux ayant la possibilité de choisir alors une éclipe sur la côte… pour fuir le bruit…

Or donc, Louis XI aimait prendre des bains de foule à travers la France, et vint souvent en Anjou, pas uniquement à Béhuard, comme nous l’avons vu hier. Il aimait alors passer par dessus ses conseillers, et questionner directement les notables du coin, histoire d’entendre par lui-même les problèmes des Français… Sur ce point, il ne lui a manqué que la télévision pour être plus moderne que les autres….

Louis XI, importuné du grognenement des cochons qu’il rencontra dans une de ses promenades angevines, en allant de Beaugé ou de Segré à Pouancé, dit, en plaisantant, à l’abbé Baigné qui le suivait ordinairement « faites-nous donc quelque belle harmonie avec le chant de ces oiseaux ». L’abbé n’y manqua par, et fit construire une vaste machine imitant l’orgue, mais élevée sur une base divisée par cases, dans lequelles il logea des porcs, depuis le cochon de lait jusqu’au pourceau. Des pointes de fer placées sur ces cases et mises en jeu par un clavier, piquant ces animaux, leur arrachaient des cris qui ressemblaient pas mal aux sons de l’orgue de cette époque reculée. Cette singulière invention amusa le roi, et, par conséquent la cour. Louis XI récompensa l’abbé, mais l’histoire nous dit que l’ayant rencontré peu après, il lui redemanda l’abbaye qu’il lui avait donnée depuis quelques années ; l’abbé Baigné répondit au roi qu’ayant été quarante ans à apprendre les deux premières lettres de l’alphabet A, B, il le priait de lui accorder autant de temps pour apprendre les deux suivantes C, D (abbé cédez). Le roi, enchanté, lui accorda sa demande et y ajouta d’autres bénéfices. (selon J. Bouchet, Annales d’Aquitaine, t77). »

Ouf, la fête de la musique 2008 m’a épargnée car la municipalité avait opté pour d’autres quartiers cette année… Pour celle de 2009, mon plan sera soit l’hôtel extra-muros, soit la voiture au vert, soit le casque anti-bruit… Les municipalités devraient distribuer gratuitement des casques antidécibels… ou un hébergement au vert…

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

PS : voici la vache tueuse (relevée par Marie), rue Toussaint à Angers, 1650 :

9 réponses sur “Les cochons de ville autrefois : du recyclage des déchets verts à l’orgue à cochons de Louis XI

  1. Report des commentaires parus dans mon ancien blog :
    Marie, le 22 juin : Beaucoup d’esprit l’abbé Baigné ! mais une grande cruauté… Dans chaque ferme en effet il y avait la « soue » et le »parc » à cochon,et quand le moment était venu de tuer la pauvre bête, c’était la fête, parents et amis venaient aider à sa préparation pour la mise au saloir. On disait, venez donc  » on tue le cochon « c’était l’occasion d’un bon repas avec diverses préparations dont les rillettes et les fameux « rillauds » chauds, un régal…

    Marie, le 44 juin : H S, puisque le billet du jour portait sur les cochons de ville…mais on pouvait aussi y croiser des vaches ! < 27 Juin 1650 Paroisse de St Evroul, sépulture d'une pauvre femme mendiante qui fut tuée par une vache en la rue Toussaint;> (Supplément à la Série E ,Arrondissement et ville d’Angers )

    Marie-Laure, le 22 juin : Je crois avoir vu cette orgue à cochons reproduite dans un film Français des 10 dernières années , genre au 17 ou 18ème siècle,par un gentilhomme « savant » excentrique…Je ne me souviens plus du titre? Tuer le cochon était une grande fête, partout,même en Italie ou en GB : ils disent que l’ on peut tout utiliser dans un cochon à part le « squeak » !: le cri qu’ils poussent ! Mais ce Abbé , lui , pouvait absolument tout utiliser!!!

  2. De cette histoire de « porcs musiciens », Pascal Quignard s’en « entretient » sans passé par vous avec les lecteurs de son ouvrage « La haine de la musique » (cf. le VIe traité), et ce depuis 1996 !
    cf aussi cette livraison du 16 juillet 2007 dans « le blog du passé » :
    Réponse d’Odile : vous avez mis un lien vers un site subventionné par la publicité, et j’ai retiré ce lien car toute publicité est interdite sur mon site, ceci est une règle éthique !

    cf. de même cette reprise anachronique de l’anecdote dans le film de « Le libertin » de Gabriel Aghion (2000)

    Votre mention « Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet. Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog. » appelle en l’occurrence à cette interrogation :
    Quelle légitimité de droit d’auteur avez-vous donc sur cette histoire ?

    Réponse d’Odile : Ce billet traite de mon témoignage personnel des cochons mangeant encore les détritus pendant les années 1940 et j’ai parfaite légitimité à témoigner de ce fait; afin que la postérité le connaisse. Il traite aussi de mes travaux personnels, dans lesquels j’ai souvent rencontré les cochons dans les ruelles.
    Concernant la seconde partie du billet, car vous n’avez pas lu la première, je vous rappelle qu’en matière de droit d’auteur, la règle des 70 ans s’applique, après quoi, les droits tombent dans le domaine public. Or, l’orgue de Louis XI ne date pas des auteurs dont vous parlez, ni de vous, mais est depuis longptemps dans le domaine public, tant elle a été reprise depuis plusieurs siècles. Entre autre, j’en parle dans mon ouvrage L’Allée de la Hée des Hiret, gentilshommes campagnards mi Angevins mi Bretons 1500-1650. J’y cite Charles GOUDE, Histoire de Pouancé et de La Guerche, Chateaubriant 1885. En effet, mon ouvrage se déroule à Pouancé, dont le château fut le théatre des orgues à cochons. Cet ouvrage m’a demandé 10 ans de travaux dans les archives notariales et les chartriers. Ma citation est page 105 de mon ouvrage disponible à la BNF, depuis sa parution en 2000.

    N.B. : Sur l’hygiène dans les villes, je vous recommande par exemple le petit ouvrage de Dominique Laporte, « Histoire de la merde » (Christian Bourgois éd., col. Première livraison, 1978).

  3. Exact ,j’ai votre livre très intéressant sur les Hiret je confirme aussi .Pour faire un parallèle :ce n’est pas parce que l’on commente les fables de La Fontaine que l’on a un droit d’auteur sur les dites Fables ,certains confondent tout.

  4. En effet cette anecdote se retrouve dans la savante étude des Hiret de Mme Halbert ; il faut bien mal connaître son blog et ses études pour imaginer qu’elle puisse faire dans la facilité et le plagiat.

  5. Hier soir, vendredi 9 avril 2010, FR3 a montré un commerçant qui a mis récemment en place 2 cochons à côté de sa boutique pour recycler les déchets verts, dans une commune qui vient de passer au paiement des déchets.
    Inutile de vous dire combien je revoyais le passé, à la différence près qu’autrefois les cochons mangeurs de déchets étaient en liberté, ce qui n’était probablement pas l’idéal !
    Mais avouez que je me devais de souligner ici ce retour aux méthodes ancestrales oubliées, et d’ailleurs présentées gentiement par le journaliste comme une grande idée innovatrice !

  6. Amusant en effet ! Merci pour cette information que j’avais ratée. Vers le retour du cochon en ville peut-être ?

      Note d’Odile :
      c’était aux infos régionales, donc Pays de Loire, c’est pour cela que vous ne l’aviez pas.
      Nous avons même eu le droit de voir les cochons et leur enclos, et de savoir qu’il y avait un cochon et une cochonne (sic).
      et de voir les habitants heureux de venir leur donner leurs épluchures de fruits et légumes pour payer moins de taxe ORDURES MENAGERES
  7. A quand les cochons municipaux dans les petits villages afin de diminuer les taxes ?

      Note d’Odile :
      Dans les plus grands aussi ! et contrairement aux vers à compost, le porc est mangeable et donc un rapport municipal. Ici, à Saint-Sébastien, nous ne manquons pas d’espaces verts naturels qui s’y prêteraient. Naturellement il faut les mettre en enclos clos et surveillé, car notre époque connaît aussi hélas le peu de respect du bien public, et les porcs seront tentants
  8. Pour en revenir aux cochonnailles,et mes bons souvenirs d’enfance (pour moi,chez ma tatie Juliette )
    « Les rillauds et l’art d’en parler »
    Dans ma tante Giron, l’écrivain angevin René Bazin,relate avec bonheur, l’art de cuire les morceaux de poitrines porcines appelées « rillauds » en val de Loire »
    « La cuisson des rillauds dans toutes les fermes du pays est l’occasion d’une fête, à laquelle les parents et les enfants sont conviés.
    C’est une grave affaire, une entreprise difficile, tout le monde n’a pas le coup d’oeil nécessaire,le don mystérieux de deviner l’instant précis où le lard est cuit sans être fondu, doré sans être roussi ; le comble du talent est d’obtenir des rillauds rosis.
    Mais il faut être sorcier pour cela »
    (Le Petit Futé.Pays de la loire)

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