Maître en l’art d’écriture, Angers, 1638

transaction entre un père et son fils sur les biens qu’il lui doit

Autrefois on mourrait souvent jeune.

  • Mais l’enfant qui avait perdu l’un de ses parents avait droit à la succession des biens du parent décédé à sa majorité.
  • Ce qui signifie en clair que le parent survivant devant un compte précis à l’enfant.
  • Dans le cas ci-dessous, si j’ai bien compris, le fils n’est pas encore tout à fait majeur, mais réclame sa part tout de même. Je n’ai pas sa date de naissance exacte mais comme l’acte donne le contrat de mariage des parents en 1615 et que nous sommes en 1638, il ne peut avoir atteint les 25 ans requis pour la majorité.
  • De vous à moi, j’ai compris que le fils fait des études de droit et fort de ses connaissances a intimider son père pour avoir sa part.
  • En effet, le fils est dit praticien suivant le palais, et je suppose qu’il se destine à devenir avocat ou juge, mais ne me le demandez pas car je n’en sais rien.
  • Mais la situation est compliquée, car la mère de ce fils était la 3e épouse, et il doit dont y avoir au moins 3 communautés de bien, etc… enfin, moins simple qu’ordinaire.
  • L’acte notarié qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E5.
    Retranscription intégrale de l’acte notarié : Le 22 janvier 1638 après midy, par devant nous Nicolas Leconte notaire royal à Angers ont esté présents establiz et deuement soubzmis
    honorable homme Me René Bouvet maistre et professeur en l’art d’escripture en ceste ville et y demeurant paroisse de St Pierre d’une part,
    et René Bouvet son fils et de deffunte Renée Morin sa troisième femme émencipé et praticien suivant le pallais en ceste ville y demeurant en la paroisse de St Maurille dudit lieu d’autre,

    lesquelz mesme ledit Bouvet filz en présence de l’authoritté et consentement de Me Pierre Alllard son curateur en cause ont compté accordé et transigé par accord et transaction irrévocable de leurs différends ainsy que s’ensuict

    assavoir que pour demeureur ledit Bouvet père quictte vers sondit filz de la somme de 200 livres faisant moitié de 400 livres réputez propres de ladite deffuncte Morin par son contract de mariage passé par deffunt Sallais vivant notaire de ceste cour le 14 septembre 1615 il a baillé relaissé et transporté à sondit filz le contrat de 12 livres 10 sols de rente constitué pour 200 livres sur messire François Ruellan docteur professeur en médecine en ceste ville par acte passé par devant nous le (blanc) pour par iceluy son filz ses hoirs etc en jouit en pleine propriété et à perpétuité et en disposer ainsy qu’il verra bon estre à ceste fin luy en a mis la grosse en main et subrogé en ses droictz et hipotecques mesmes pour en recepvoir les aréraiges depuis le 1er jour de ce mois
    lesquelz appartiendront pareillement audit Bouvet filz les meubles et debtes de la communauté dudit Bouvet père et de ladite déffuncte Morin revenant à la somme de 323 livres 8 sols tournois qui est un quart desdits meubles et debtes, iceluy Bouvet père en paiera seullement pour la part afférente audit Bouvet filz tant meubles debtes actives de la communauté dudit Bouvet père et de ladite déffuncte Morin un petit jardin contenant 20 cordes ou environ nommé Boucheneau situé au bourg d’Esvière acquis durant ladite communauté et dont ledit Bouvet père est seigneur des trois quartz ils demeure tenu et promet paier à sondit fils la somme de 300 livres tournoys à quoy ils ont compté et composé par l’advis de leurs parents et amis et conseils, laquelle somme il paiera lors de la majorité de sondit filz et jusques audit paiement la rente ou intérestz à raison du denier 18 suivant l’ordonnance, revenant à 16 livres 13 solz 4 deniers par an et à la fin d’huy en un an, le premier terme et paiement escheu d’huy en un an prochain et à continuer etc sans que la stipulation desdits intérests puisse suspendre le paiement de ladite somme principale ledit temps de majorité venu,

    à ce moyen demeure ledit Bouvet filz quictte vers sondit père du raplacement fait aux enfants de sa première communauté de luy et de deffuncte Marye Desaille sa première femme ensemble des debtes passives de la communauté desdits Bouvet et Morin sa troisième femme
    et iceliy Bouvet père seigneur pour le tout dudit jardin de Bouchereau et parce que les aréraiges de ladite rente due par ledit Ruellan appartiennent audit Bouvet père jusques audit premier jour de ce mois ensemble de pareille somme de 12 livres 10 sols demeurée à sondit fils par partages à prendre sur Pierre Delahaie

    et à cause de la noriture et entretenement d’iceluy son filz jusques audit jour lesquels arreraiges reviennent par calcul qui en a esté fait à la somme de 14 livres ledit Bouvet filz les prendra et s’en fera paier avecq le courant et en tiendra compte à sondit père sur la somme de 6 livres moitié de 12 livres contenue en une cédulle de sondit père du 18 août dernier que sur lesdites rentes qui lui sseront données par sondit père au premier terme

    et à ce moyen sont demeurés respectivement hors de cour et de procès et l’assignation pendante entre eux au siège de la prévosté de ceste ville nulle et de nulle effet sans aucuns autres dommages inthérests et despans par ce que du tout ils sont ainsy demeurez d’accord voulu stipullé et accepté tellement que audit compte accord transaction et tout ce que dessus est dit tenir gardet et entretenir etc aux dommages etc obliger etc renonçant etc

    fait audit Angers maison de nous notaire en présence de noble homme Me Laurent Gault Sr de la Saulnerye et René Malvault Sr de la Batardière advocats au siège présidial de ceste ville et y demeurant tesmoings


    Cette image est la propriété des Archives Départementales du Maine-et-Loire. Je la mets ici à titre d’outil d’identification des signatures, car autrefois on ne changeait pas de signature.
    J’ignore ce que ces Bouvet sont devenus, d’ailleurs j’ignore même s’il faut lire Bouvet ou Bonnet, mais cela bien malin qui peut le dire en vérité à la lecture d’un seul acte. Ces Bouvet ne sont pas les miens.

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    6 réponses sur “Maître en l’art d’écriture, Angers, 1638

    1. Quand les femmes,pouvaient être »maîtresses en l’art de l’écriture »
      Le 14 décembre 1689 au Plessis- Grammoire,baptême de Louis,fils de hh Louis Dedinan,Me chirurgien et de Jeanne Cousin.
      Par: hh Mathurin Cousin,marchand,son grand père.
      Mar:Demoiselle Jeanne Dedinan lénée ?,maîtresse en l’art de l’écriture,demeurant à Angers, paroisse de St Maurille.signe Jeanne Dedynan ( vue 77 )

        Note d’Odile :
        Merci beaucoup. Je lis la même chose que vous.
        Je pense que les apothicaires éduquaient leurs filles, et même bien. Je peux rapprocher de Louise Moynard, l’épouse Gallichon, que nous avions rencontré ici allant à cheval à 45 km voir les métayers.
        Je suppose que cette demoiselle de Dinan enseignait à quelques jeunes filles de famille, car les écoles pour filles sont encore rares en 1689. Je ferai le point sur ce sujet ici bientôt.
        Odile
        PS : au passage, je remarque que vous savez fort bien naviguer dans mon blog, car vous avez relié au sujet pertinent, et c’est tout bonnement merveilleux. Je ne fais pas souvent le compliment, mais j’y tiens vers vous, car je vous sais très caduque ! 😆
    2. E.2014.(Registre.)-in-folio,papier;58 pages.
      1639-1705.-CHOLLET.
      – « Mémorial des affaires »de Gervais Chollet,de Châteaugontier,chapelain de Saint-Maurice d’Angers,des Filles-Dieu et de La Madeleine du Bourgneuf en la paroisse Saint-Quentin du Craonais.C’est un résumé de la gestion financière de ces divers bénéfices,entremêlé de détails biographiques intéressants sur l’éducation de l’auteur et ses relations avec Henri Arnauld: »Pendant le temps que je fus au séminaire,voyant les ouvrages à la main des livres d’église,que faisoit le sieur Maillard,notre supérieur,je prins résolution de m’addonner à cette sorte d’ouvrage,pendant le temps et les intersistes de mes ordres;je me formay la main à ces sortes d’escritures,qu’on nomme moulées,et come j’avois un grand fond des autres sortes d’écritures,je n’eus pas de peine à me perfectionner,de sorte que j’entreprins dès ce tems de gros ouvrages,sur lesquels,en continuant depuis ce temps,j’ay fait des profits assez considérables.On inventa dans ces premiers tems ces sortes d’alphabets coupez en latin;si tost que j’en vis,j’entrepris d’en faire et y réussy si bien,que j’en ay fait depuis pour plus de deux mille livres;… »et ailleurs: »J’ay eu l’honneur de rendre les plus assidus services à défunct messire Henry Arnaut,évêque d’Angers,principalement pendant quatorze à quinze ans,souvent au défaut de ses aumosniers;…comme sa vue se diminua notablement peu à peu,jusqu’environ dix huit mois avant son décès,le talent que Dieu m’avoit donné pour les écritures et les différents caractères lui furent d’un très grand service,pour faire les offices et pour les fréquentes ordinations qu’il tenoit régulièrement à tous les Quatre-Temps;de sorte qu’à mesure que sa vue se diminuoit,je luy grossissois les caractères d’écriture, »etc.
      (Série E.Titres de famille.AD de Maine et Loire.C.Port.)

    3. E.4366.(Carton.)-23 pièces,papier,dont 3 imprimées.
      1620-1785.-VILLE DE BEAUFORT.
      -Lettre de Labillois,maître d’école à Ingrandes,qui fait offre de ses services(1768); »Ce n’est pas sur une simple lettre qu’il faut juger de l’écriture.Si vous désirez des preuves de mon talent,je suis à lieu de vous en donner,j’ajouterais presque de satisfaisantes.Outre les éléments de la lecture,de l’écriture,j’enseigne l’arithmétique dans toutes ses parties et application.Quant à mes moeurs,j’ose vous assurer qu’elles sont irréprochables. »
      (Série E- Communes et Municipalités.AD de Maine et Loire C.Port.)

    4. Une bien jolie description de ces femmes qui tenaient un « livre de raison »
      Du chant matinal du coq au tintement de l’angélus du soir,ce sont,ces bonnes et attentives ménagères,qui suppléent le mari absent,qui surveillent les serviteurs et qui conduisent avec une économie et un ordre parfaits tout le train de la maison.
      Levées avec l’aurore,elles veillent bien souvent très tard le soir,pour se recueillir avec la nuit qui s’étend,dans l’examen de leur journée,la méditation de leur devoir.
      « Ma mère,dit fort à propos Lamartine,dans ces Confidences où il a mis peut-être le meilleur de ses souvenirs d’enfant,de son coeur de poète,ma mère avait l’habitude,prise de bonne heure dans l’éducation un peu romaine qu’elle avait reçue à Saint-Cloud,de mettre un intervalle de recueillement entre le jour et le sommeil…
      Quand tout le monde était couché dans la maison,que ses enfants dormaient dans leurs petits lits autour du sien,qu’on n’entendait plus que le souffle régulier de leurs respirations dans la chambre,le bruit du vent contre les volets,les aboiements du chien dans la cour,elle ouvrait doucement la porte d’un cabinet rempli de livres d’éducation,de dévotion,d’histoire;elle s’asseyait devant un petit bureau de bois de rose incrusté d’ivoire et de nacre,dont les compartiments dessinaient des bouquets de fleurs d’oranger;elle tirait d’un tiroir de petits cahiers reliés en carton gris comme des livres de compte.Elle écrivait sur ces feuilles pendant une heure ou deux sans relever la tête et sans que la plume se suspendit une seule fois sur le papier pour attendre la chute du mot à sa place. »Et ce que cette mère vigilante,cette épouse modèle écrivait ainsi pour elle-même et pour Dieu dans le silence nocturne c’était, dit son fils en relatant ses souvenirs,’les dates heureuses ou tristes,les évènements intérieurs,les épanchements d’inquiétude et de mélancolie »enfin tout ce qui,dans la journée bien remplie qui venait de finir,constituait l’essentiel d’une existence si laborieuse,si fervente et si simple.
      Ce que Mme Lamartine,en procédant d’une façon si quotidienne,écrivait ainsi tous les soirs,l’almanach régulier qu’elle tenait de la sorte de ses travaux,de ses joies ou de ses douleurs,c’était tout bonnement son » livre de raison »,le livre du foyer où la mère à défaut du père,enregistrait avec un soin pieux les faits matériels ou moraux remarquables de la maison et de la famille. »Fais comme moi,disait plus tard,à son fils le grand poète,cette femme admirable;donne un miroir à ta vie.Donne une heure à l’enregistrement de tes impressions,à l’examen silencieux de ta conscience.Il est bon de penser,le jour,avant de faire tel ou tel acte; »J’aurai à en rougir,ce soir devant moi-même en l’écrivant ! »
      (« La vie de famille au dix-huitième siècle » Edmond Pilon.)

    5. -Sous les mots de » Livre de raison »,nos pères désignaient le journal de famille où,à côté des comptes hebdomadaires et mensuels,paie des ouvriers,ventes et achats,dépenses de la maison,on lisait le résumé des faits saillants intéressant le domaine,au sujet du bétail,des travaux effectués,des exploitations projetées;comme aussi l’exposé des améliorations obtenues et des expériences poursuivies;comme enfin le récit des évènements domestiques:naissances,mariages,morts,sans parler des surprises de la vie.Il contenait souvent une autre partie encore,tout intime,toute d’avertissements des pères à leurs fils,à l’aîné surtout en qui s’incarnait la tradition,de conseils qui traitaient des préoccupations matérielles et morales de l’homme à la tête d’une maison,et s’inspiraient à la fois de méthodes de culture et de principes de conduite.C’était comme autant de jalons plantés sur le chemin parcouru pour indiquer le sens de la marche depuis l’origine,pour inculquer l’instinct de prévoyance et l’idée de suite,aiguiller la race vers l’avenir. »
      -Ah ! ces » livres de raison » ,rédigés le plus souvent,d’une plume malhabile,avec une grosse écriture tremblée,c’est par eux,les bons vieux agendas familiaux,tenus au jour le jour par une main appliquée,que nous approcheront au plus près de cette intimité d’un siècle dont nous sommes les fils et les petits- fils.
      (La vie de Famille au XVIII e siècle Edmond Pilon.)

      -Un de mes » très proche » (près de 80 printemps ),s’astreint chaque jour, ,sur cahier grand format,depuis près de 30 ans,à décrire et commenter les faits et évènements de sa journée ,et ce,malgré certains soirs de grande fatigue. Merveilleux pour les descendants !

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