Bail à ferme de la chapelle de sainte Anastase, Segré la Madeleine, 1592

    Voir mon étude de la famille PILLEGAULT

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E1 – Voici la retranscription de l’acte : Le 16 février 1592 après midy en la court du roy notre sire à Angers endroit par davant nous François Revers notaire d’icelle furent présents et personnellement establiz chascuns de vénérable et discret Symphorian Mantardeau prêtre chapelain de la chapelle madame Ste Anastaize desservie en l’église de Marie Magdalene de Segré diocèse d’Angers demourant ès cloitres de Sainct Lau les Angers d’une part
et honneste homme Pierre Pillegault marchant tanneur demourant en la paroisse de la Chapelle sur Oudon d’aultre part

    c’est pour moi une information importante, car j’ai ainsi le métier de Pierre Pillegault

soubzmectant lesdites parties respectivement etc confessent etc avoir faict et encores font le marché et convention tel et en la forme et manière que cy après s’ensuit
• c’est à scavoir que ledit Mantardeau chapelain susdit avoir baillé et par ces présentes baille audit Pillegault ses hoirs qui a prins et accepté prent et accepte à tiltre de ferme et non autrement du jour et feste de Toussainctz dernière passée jusques à troys années prochaines ensuivant et troys cueillettes entières et parfaictes suyvant l’une l’autre sans intervalle de temps et qui finiront à pareil jour et terme lesdites troys années finies et révolues, scavoir est le temporel fruictz profilts revenuz et esmoluements de ladite chapelle de Ste Anastase composée de 2 closeryes l’une nommé Antaise située en la paroisse de Ste Gemmes près Segré l’aultre nommé le Pressoir sise en la paroisse de la Chapelle sur Oudon près ledit Segré tout ainsi que icelles closeries se poursuyvent et comportent sans aulcune chose en réserver ne retenir,
• Item 11 septiers de blé seigle mesure de Segré que doibt par chacune année au jour et feste de la Nativité Notre Dame le seigneur de Souvigné Barraton requérable par ledit chapelain audit jour au lieu seigneurial de l’Isle sis en la paroisse de St Aulbin du Pavoil près ledit Segré laquelle requisition ledit preneur demeure tenu faire pour et au nom dudit chapelain en vertu de ces présentes ou autrement ayant pouvoir et procuration spéciale

    il s’agit du lieu de l’Isle Baraton, qui a aujourd’hui totalement disparu

• à la charge dudit preneur de tenir et entretenir le bail à ferme de Jehan Martineau qui encores dures jusques au jour et feste de Toussainctz prochainement venant si bon semble audit Martineau et d’en prendre et recepvoir le prix de ladite ferme et autres subventions spécifiées par ledit bail passé par devant nous
• à la charge de tenir et entretenir et rendre à la fin desdites troys années les logies et appartenances desdites closseries en bonne et suffisante réparation et les recepvoir bien et deuement réparées dudit Martineau pour ladite closerie du Pressoir et la veuve et hoirs de deffunct Pierre Dubiez pour ladite closerye d’Antaise et où elles ne seroient en bonne réparation les y contraindre au nom dudit bailleur en vertu des baulx à ferme pour ce faictz lesquels baulx pour ce faire iceluy bailleur
• sera tenu fournir et bailler audit preneur et en conduira ledit bailleur et poursuivra l’action et procès à ses despens où ils differeroient obéyr à ladite clause de réparations,
• et oultre demeure tenu ledit preneur payer et acquiter pendant lesdites troys années tous les cens rentes charges et debvoirs que doibvent lesdites deux closeries et en rendre quite et indemne ledit chapelain ses hoirs et recepvoir nourrir couchez ledit chapelain luy avec un cheval 2 fois l’an et par l’espace de 2 jours et 2 nuits par chacune fois

    le logement du bailleur est ainsi parfois une clause du bail à ferme. Vous voyez que son cheval est aussi logé et nourri.

• et de payer et bailler audit bailleur en sa maison Angers pendant ces présentes au jour et feste des roys eu premier jour de l’an une fouace de la farine d’un boisseau de froment mesure dudit Segré avec un anble ? de chappons
• et de comparoir aux assises des seigneurs des fiefs où sont assises les héritages des dites closeries
• et de payer les officiers desdits seigneurs de leurs frais en ce que leur appartiendra de jouyr
et user desdites choses affermées comme un bon père de famille sans y faire laisser faire ne souffrir estre faict aulcune démolition auxdites choses
• ne abattre par pied ne par branche aulcun arbre marmantau ne fructuau mais seulement émonder ceux qui ont de coustume estre coupés et esmondés ne souffrir estre faicte aulcune meprise au tiltre d’icelle chappelle
• et si aulcune y estoit faicte en advertir immédiatement ledit bailleur chapelain pour y faire et ordonner ce que de raison et est dict conventioné et accordé entre lesdites parties que ledit preneur • ne pourra enlever aulcunes pailles ne engrais de sur lesdites closeries comme à semblable ledit Martineau et veuve dudit Dubiez ne les peuvent enlever par la teneur de leursdits baulx à ferme,
• et oultre les charges susdites ledit preneur ses hoirs est et demeure tenu payer et bailler audit bailleur ses hoirs par chacune desdites troys années la somme de 45 escuz sol franche et quite en ceste ville d’Angers maison dudit bailleur payable à un seul payement par chacun an au jour et feste de Toussainctz le premier terme commanczant au jour et feste de Toussainctz prochainement venant et à continuer et ad ce faire ne pourra ledit preneur ne aultre pour luy alléguer aulcun esmpeschement quelconque soit de guerre, volleryes, pillages, mais a prins ledit preneur ladite ferme à tous périls et fortunes pour ce que ledit bailleur a diminué le prix de ladite ferme de douze escuz sol et autres pour s’assurer du prix et paiement susdit autrement ces présentes n’eussent esté,

    nous sommes dans la décennie la plus sombre à cause de tous les fléaux, y compris la peste, et les baux à ferme varient selon les négociations entre bailleur et preneur. Ici, on voit que le bailleur préfère diminuer le prix de la ferme de 21 %, et ne pas assumer les risques.
    La phrase qui suit laisse penser à une négociation.

• soustiendra ledit bailleur ledit bénéfice luy appartenir avec ce qui en déppend comme cy dessus est déclaré, garantir par ledit bailleur audit preneur autant que peut et doibt en matière bénéficiale,
et à tout ce que dessus est dessus dict sont lesdites parties venues à un et d’accord, renonczant etc obligent lesdites parties respectivement à prendre etc foy jugement condemnation etc
fait à notre tablier Angers ès présence de Michel Lory et Anthoine Joubert praticiens demeurant audit Angers

Cette vue est la propriété des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E1, Revers notaire royal Angers

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog. Tout commentaire ou copie partielle de cet article sur autre blog ou forum ou site va à l’encontre du projet européen
40

4 réponses sur “Bail à ferme de la chapelle de sainte Anastase, Segré la Madeleine, 1592

  1. Chère Madame, pouvez-vous me dire ce qu’est exactement le « Chanzeau » ou « Chanceau » d’une église ? C’est un terme que je vois souvent dans les registres
    paroissiaux, mais je ne sais pas ce qu’il signifie exactement. Ayant pu mesurer l’étendue de votre érudition, je me permets de vous questionner à ce sujet.

    Jean-Louis

    Note d’Odile :
    Le chanceau était aussi orthographié autrefois cancel, qui est le terme d’origine.
    Il s’agit d’un terme d’architecture, qui désigne les barreaux d’une grille qui ferme une enceinte.
    Le chanceau aliàs cancel dans une église est l’endroit du choeur d’une Église qui est le plus proche du grand Autel, et qui est ordinairement fermé d’une balustrade.
    Il en existe encore de magnifiques (balustrades), en particulier j’en ai vu en Bretagne, en bois magnifiquement ouvragées. Les fidèles assistaient aux offices derrière.

    Bien entendu, la grille elle-même n’existait que dans les églises primitives, mais le nom resta pour l’emplacement près de l’autel, et on le rencontre très souvent en Anjou.

    Dans le droit coutumier d’inhumation dans l’église, il y eut une hierarchie des places par rapport au choeur (donc à l’intérieur du chanceau)
    Le chanceau, qui délimite le choeur, est bien sûr la place la plus près de Dieu, puisque près de l’autel, et c’est là que le seigneur fondateur de paroisse a toujours eu droit d’inhumation.
    Les autres personnes obtenant par la suite une inhumation dans l’église n’avaient pas cette place de choix, mais pouvaient avoir droit à l’autel de la vierge, dans la nef, etc…
    Donc, lorsque vous rencontrez dans un acte de sépulture la mention du chanceau, c’est qu’il s’agit de l’emplacement le plus près de Dieu (près de l’autel) réservé au seigneur fondateur.

    Il existe pour la petite histoire, quelques cas de différents, entre autre à Challain. Fouquet fit déloger un autre noble et le fit remettre au cimetière, en arguant qu’il était seigneur fondateur et seul habilité au chanceau…. Mais ceci est la petite histoire…


    grille ou chanceau de la chapelle sainte Barbe du Faouët, telle que sur mon site, collection particulière, reproduction interdite

  2. Si j’ai bien compris vos très interressantes explications, le chanceau est ce que l’on appelle en Bretagne un Jubé, qui a disparu dans la majorité des églises et chapelles au cours des siècles pour faire place à la Sainte Table de ma jeunesse, laquelle n’existe plus actuellement.
    Note d’Odile :
    Oui, moi aussi j’ai connu dans ma jeunesse une grille basse en demi cercle autour de l’autel de l’église saint Jacques de Nantes, autour de laquelle il y avait une marche sur laquelle on s’agenouillait pour recevoir la communion. Elle était en fer forgé, et le plus souvent une nappe blanche venait dessus.
    Je pense que ces grilles étaient un vestige de l’esprit du chanceau d’autrefois, séparant le choeur et son autel des fidèles. On appelait cela la sainte table.
    Pour ce qui est du jubé, c’est plus une tribune, ou lieu élevé dans une Eglise en forme de galerie, & qui est ordinairement entre la nef & le choeur. Il est propre à certaines provinces, dont la Bretagne. Il joue la même fonction de séparation du choeur et des fidèles. Je pense que dans la chapelle sainte Barbe du Faouët, le jubé est en haut de la carte postale ci-dessus, mais la partie basse qui est une grille allant jusqu’à terre et plus un chanceau.
    A moins qu’un spécialiste puisse nous éclairer plus en détail concernant l’art religieux en Bretagne…

  3. je pense qu’il sagit plutot de la chapelle Saint Fiacre

      Note d’Odile :

    Non saulement je n’ai pas pu confondre FIACRE et ANASTAIZE car je suis une paloéographe avertie, mais je pense que vous n’avez pas lu l’acte que j’ai retranscrit ci-dessus.
    En effet la chapelle en question est bien dite « desservie en l’église », ce qui signifie qu’il s’agit de l’une des significations du mot CHAPELLE qui ressort alors du bénéfice ecclésiastique parfois appelé chapelenie
    Je vous suggère de vous référer aux dictionnaires.
    Le dictionnaire de l’époque de l »acte que j’ai retranscrit est en ligne sur la page
    http://artflsrv02.uchicago.edu/cgi-bin/dicos/pubdico1look.pl?strippedhw=chapelle
    qui donnt les dictionnaires d’autrefois
    dont

    Dictionnaire de l’Académie française, 1st Edition (1694)
    chapelle

    CHAPELLE. s. f. Petit edifice consacré à Dieu, Cette chapelle est au milieu des champs. la chapelle d’un Prieuré.

    Il se dit aussi de certains lieux pratiquez dans des Eglises ou dans des maisons particulieres, dans lesquels on dit la Messe. Il y a bien des chapelles dans cette Eglise. la chapelle de la Vierge. la chapelle de saint Joseph. ce Bourgeois a une chapelle dans sa Paroisse. l’Evesque luy a accordé permission d’avoir chapelle dans sa maison.

    Chapelle, est aussi, Une sorte de benefice simple. Un tel a fondé une chapelle. ce Prestre a une bonne chapelle de quinze cens livres de rente. il a permuté sa chapelle contre une Cure.

    La Chapelle du Roy, Est le lieu où le Roy entend la Messe. Musique de la Chapelle. Maistre de Chapelle.

    On appelle aussi, La Chapelle du Roy, Tous les Officiers & Musiciens qui y servent. La Chapelle du Roy marcha & fut à l’armée.

    On appelle aussi, Chapelle, Toute l’argenterie dont on se sert dans une chapelle, comme le calice, le bassin, les burettes, les chandeliers, la croix. Ce Prelat a une belle, une riche chapelle de vermeil doré.

    On nomme dans les pompes funebres, Chapelle ardente, Un couvert de bois garni de quantité de cierges allumez, sous lequel on met le corps d’un défunt, ou la representation.

    On dit, Que le Pape tient Chapelle, pour dire. qu’Il assiste à l’Office divin accompagné des Cardinaux, soit dans son Palais, soit à l’Eglise. La chapelle du matin. la chapelle du soir.

    et aussi les dictionnaires actuels dont celui en cours de l’académie Française, aussi en ligne

    (1)CHAPELLE n. f. XIIe siècle. Du latin médiéval capella, désignant le manteau de saint Martin, relique conservée à la cour des rois Francs ; puis « trésor des reliques royales », et « oratoire du Palais royal où la relique était conservée », enfin « oratoire privé ».
    1. Lieu abritant une relique. Par ext. Petit édifice religieux. Une chapelle au milieu des champs. Les chapelles sépulcrales d’un cimetière. 2. Lieu consacré au culte dans un domaine, un établissement, une maison religieuse. La chapelle du château, du lycée. La chapelle d’un couvent. Spécialt. Chapelle ardente, voir Ardent. 3. Enceinte ménagée dans une église, en dehors du chœur, et contenant un autel. La chapelle de la Vierge. 4. Ensemble des objets nécessaires à la célébration de la messe. Une chapelle de vermeil. Une chapelle portative. 5. Corps des ecclésiastiques attachés à une chapelle. La chapelle du roi. Ensemble des chanteurs et des musiciens d’une église. Il faisait partie de la chapelle de Saint-Eustache. La chapelle pontificale. Maître de chapelle, celui qui dirige la musique dans une église. Fig. et péj. Groupe littéraire ou artistique très fermé, coterie. Avoir l’esprit de chapelle. Ce sont des histoires de chapelle. 6. TECHN. Voûte d’un four à céramique, d’un four de boulanger.

    Vous voyez qu’autrefois, comme encore de nos jours, il y a plusieurs sens au terme CHAPELLE et que l’édifice que vous semblez comprendre n’est que l’un des sens du terme CHAPELLE

    J’ai un avantage sans doute sur vous, car je suis catholique et j’ai une bonne connaissance dans les églises de Nantes, dont la cathédrale, des multiples chapelles qui existent encore physiquement dans les églises.
    Et autrefois, il y avait même des fondations pieuses sous forme de bénéfice ecclésiastique, qui portaient aussi le nom de chapelle
    Merci de m’avoir lue et j’espère que vous avez maintenant une bonne notion de la dévotion à sainte Anastaize autrefois dans l’église de Segré !
    Odile

  4. Voici le texte original de 1592, et j’ai mis des croix rouges près des termes nommant la chapelle desservie en l’église de la Madeleine de Segré

    Cliquez sur l’image pour l’agrandir

    Odile

Répondre à Galissonnière Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *