Transaction après partages de la succession de feu Thomas Millet et Marguerite de La Barre, Angers, 1574

Lorsqu’il y a un ou plusieurs enfants mineurs, et que les biens sont assez conséquents, les accords entre héritiers pour le douaire et leur part sont toujours délicats. Ici il y a entente, mais après bien des négociations entre eux.

  • Ces accords sont toujours une preuve de généalogie irréfutable.
  • L’acte notarié qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série E4252
  • Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 30 novembre 1574, comme par partages faits des successions de défunts nobles personnes Thomas Millet et damoiselle Marguerite de la Barre vivant Sr du Chastelet entre leurs héritiers
    ayt esté délaissé plusieurs choses immeubles et héréditaux demeurées indivises à damoiselle Jacqueline de Sainct Morin veuve de defunct noble Jacques Millet vivant Sr de la Gasnotière et du Chastelet comme ayant les droits et actions de noble homme Jehan Lemazoan fils aisné et principal héritier de defunct noble homme Michel Lemaczon vivant procureur du roy à Angers et damoiselle Antoinette Millet fille desdits défuncts Sr et dame du Chastelet et de damoiselle Marguerite Millet fille desdits deffuncts Jacques Millet de la dite de St Morin,

    dont ladite de St Morin disait partaiges avoir esté faicts et rédigés par escript ensemble des acquets faits par sondit défunt mary et elle et assignation sur partie des propres de sondit défunt mary luy avait esté allouée pour son douaire suivant la coustume du pays

    luy avait à semblable esté délaissé plusieurs choses héréditaux situées en ce pays et duché d’Anjou dont défunct Anne Mellet enfant dudit défunct Jacques Millet et elle serait décédé seigneur resté et saisy pour en jouir par elle

    dont elle estait fondée jouit par le bénéfice de la coustume de ce pays et duché d’Anjou et par acquit par les accords faits pour raison entre ladite de St Morin et nobles personnes René de Frezeau Sr de la Grasnotière et Samson de la Barre Sr de l’Etang et Jehan de la Barre Sr de la Baussinaye lieutenant général pour le roy à Chinon et curateur de ladite damoiselle Marguerite Millet eussent esté rédigés par escript signés et arrestés d’aulcuns d’entre eulx et que chacun d’eulx ont jouy de ces choses au désir d’un accord

      ceci illustre le nombre d’écrits et accords parfois nécessaires lors des partages

    toutefois ledut Sr du Frezeau curateur aurait depuis obtenu lettres royaulx afin de cessation dudit accord sur lesquelles était les parties encores penchées et indécis audit siège de Baugé, si comme les parties dénommées cy-après ont esté d’accord et pour raison de ce estre en danger de tomber en plus grand frais de procès pour auquel obvier et eulx en redonner paix et amour nourrir entre eulx lesdits de Saint Morin de Frezeau et de La Barre curateurs de ladite Millet pour cest effect personnellement estaly et dument soumis en notre cour royale Angers et par devant nous Mathurin Grudé notaire royal,

    noble homme Jehan de Boisjourdan Sr de la Gyraudière mary de ladite de St Morin et ladite de St Morin dument autorisée devant nous demeurant au lieu et maison seigneuriale de la Girauldière paroisse de La Jubauldière d’une part

    et ledit Frezeau demeurant au Lude

    et le de La Barre Sr de l’Es… paroisse de Juvigné près le Lude d’autre pars, soumis etc confessent avoir fait et font cesser leurs différents et procès leurs circonstances … transigé pacifié et apoincté, transigent, pacifient et apoinctent comme s’ensuit

    c’est à scavoir qu’il est à ladite de St Morin tant pour son droit des acquets faits pendant et constant le mariage dudit défunt Millet son mary et d’elle, pour les acquets par elle faits dudit Lemachan est et en demeure comme autrefois et les ont lesdits curateurs délaissés perpétuellement par héritage scavoir est les maisons et jardin terres labourables et appartenances de Mestouchon le lieu domaine métairie et appartenances et dépendances des Places et le lieu domaine métairie et appartenances et dépendances de la Coustardière avecque les taillis de Loup Pendu le lieu domaine et closerie de la Hardurièrerie ainsi que l’exploire Jehan Guyot à Longuée avecque les vignes dudit lieu à la charge de ladite Saint-Morin de payer et acquiter les cens rentes et debvoirs dus pour raison desdite choses qui en recevront pour l’advenir sauf que pour le regard de ladite closerie et appartenances de la Hardouyinerie elle ne sera tenue payer aulcuns cens ou rentes par bled ni poulailles dont ledit lieu demeure deschargé pour l’advenir … mais est et demeure seulement ledit lieu chargé de 2 sols 6 deniers de cens vers la recepte de la seigneurie de Parcé qui demeure à ladite Millet sa fille et dont ladite de Saint-Morin ne sera tenu aucune chose payer pour le cours de sa vie,

    plus est demeuré à ladite de Saint-Morin pour son douaire … la maison seigneuriale, jardin, cour, prés, du Chastelet, mesme verger et garennes près ladite maison, et quand ladite Millet sera mariée sera tenue ladite de Saint-Morin sa mère la loger et habiter en ladite maison et s’en fera régler en cas qu’elle ne puisse accorder avecque sadite fille et garder pour en jouir et y habiter suivant la coustume du pays

    comme à vie demeure et appartient les prés de Launay, du parc de … des grands bois de la Vacherie sans en pouvoir abattre que par mestier et à la charge d’en user comme un bon père de famille (l’expression ne se met pas au féminin, et l’usufruitière doit user en bon père de famille !) et usufruitière doit faire des taillis, et autres taillis entre les ;.. et du Chastelet et de la mestairie appartenances et dépendances de ladite Vacherie, de la mestairie d’Amance et appartenances des Delaye de la métairie et appartenances de l’Aulnaye du moulin et appartenances de Chaillou avecque les bois sans iceux abattre comme dessus sinon en user comme douairière et usufruitière doit faire de la moictié de la prée de … de 18 quartiers de vigne au cloux de la Grand Maison (c’est beaucoup, et représente de quoi vendre une grande partie du vin) ainsi qu’ils sont par cy devant … des fiefs cens et rentes, tant en deniers que poulailles (poule) et de la métairie fief tenantes et autres fiefs demeurés en partage desdits de Saint-morin et Millet avec les profits revenus esmoluements et … desdits fiefs non compris les rentes et bled qui en dépendent
    plus lui demeure comme dit est les domaines et appartenances du Chasteau Gaillard et de la Blanchetière à la charge de ladite de Saint-Morin de payer les cens et debvoirs dus pour raison desdites choses qui eschoiront pour l’advenir et à ladite damoiselle Marguerite Millet pour son droit patrimonial et successif de ses défunts ayeulx père et frère est et demeure la propriété de toutes et chacune les choses cy-dessus délaissées par douaire à ladite de Saint-Morin,

    et luy demeure comme autrefois perpétuellement par héritage pour en jouir dès à présent et comme elle a faict depuis leurs accords,
    et premier le lieu d’Aulerne ? mestairiie et appartenances et dépendances de Langlée, le moulin et appartenances de Brouillette, le moulin et appartenances de Cutelle, la métairie domaine et appartenances de la Brosse, les acquets faits audit lieu de la Brosse par ledit de Saint-Morin pendant sa vaduité à la charge des retraits si aulcuns intervenaient les bleds et rentes dépendant des fiefs délaissés à ladite de Saint-Morin cy-dessus que autres bleds et rentes qui leurs seraient demeurés par partages faits des successions desdits deffuncts Sr et Dame du Chastelet …

    fait et passé Angers en présence de nobles hommes … Signé De La Barre, De La Barre

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    5 réponses sur “Transaction après partages de la succession de feu Thomas Millet et Marguerite de La Barre, Angers, 1574

    1. Madame,

      En faisant des recherches sur les constructeurs supposés et propriétaires successifs d’une vénérable maison de famille angevine sur Internet, j’ai rencontré, à plusieurs reprises, votre site riche en informations.

      Je vous remercie pour l’important travail de recherches et déchiffrage que vous avez réalisé jusqu’à ce jour.

      Il y a quelques années, lors de rédactions de mémoires de fin d’étude, j’ai pu m’éprouver au dépouillement d’archives de la fin du XVIIIème siècle !

      Mais j’admire votre aisance dans des documents bien plus anciens et beaucoup moins lisibles.

      Votre travail bénéficie à nombres d’Internautes, grace à votre site fort bien monté.

      Un grand merci.

      Cordialement votre.

      Th. Gaultier

        Note d’Odile :
        Merci. C’est sympa de venir ainsi m’encourager.
        D’autant que tant d’internautes ne mesurent pas l’ampleur de mon travail !
    2. Madame,

      Votre travail mérite encouragements et soutien des internautes qui trouvent, je pense, quelques réponses à certaines de leurs recherches !

      Concernant Thomas Millet et son épouse, je les suppose originaires de Normandie.

      En effet, je n’ai rien sur eux, dans les archives des AD de Maine et Loire, si ce n’est un procès de 1533 – en latin – concernant un problème de bornage… et la transaction après partage, transcrit par vos soins.
      Concernant ce procès, des membres de ma famille se sont attelés à le traduire en diagonal pour en connaître la teneur.

      Mais, les patronymes de ce couple se rencontrent en Normandie. Par manque de temps, je n’ai pu faire des recherches dans les archives locales.

      En revanche, les données sur les Le Maczon sont plus nombreuses. J’en ai découvert une partie sur votre site, et l’autre partie dans les articles rédigés par Paul Brichet dans deux périodiques angevins, dont je pourrais vous donné les références, si cela vous interresse. A moins que vous ne les connaissiez déjà.

      Bonne continuation.

      Codialement votre.

      Th. Gaultier

        Note d’Odile :
        Oui, je pense par ailleurs avoir déjà vu passer sur mon blog un Normand venu s’installer au Lude, ce qui signifierait que la voie d’échanges était tracée.
        Concernant les Lemaczon, j’ai encore des actes anciens à retranscrire, mais le plus souvent ils concernant la famille étudiée par Bernard Mayaud, bien que ce dernier la remonte plus tardivement. Je les mettrai un de ces jours sur le blog.
        Odile
        PS encore merci pour vos encouragements et votre compréhension de mon immense travail
    3. 1. « le de La Barre Sr de l’Es… ». Je pense que ce de La Barre est Samson, Sieur de l’EsTANG, terre de la paroisse du Lude.

      2. Pour information, il existe encore, aujourd’hui, au lieu dit la Grande Maison, sur la commune de Fontaine-Milon, dans le Baugeois, des parcelles de vignes, exploitées par un viticulteur.

      Celui-ci met tout son savoir faire pour redonner ses lettres de noblesse à ce cru local.

      Et les progrès sont palpables d’année en année.

      A votre santé…. à consommer avec modération !

      Cordialement votre.

      Th. Gaultier

        Note d’Odile :
        Merci pour ces compléments.
        Effectivement c’est bien Samson de La Barre sieur de l’Estang, qui était cité dans l’acte plus haut, et, lisiblement. La seconde fois qu’il est cité dans l’acte, c’est au moment où le notaire, après avoir énoncé les attendus et désaccords, passe à la transaction proprement dite, et redonne alors les parties présentes.
        Bonne journée.
        Odile
    4. Madame,
      je suis très interessée par le couple Thomas Millet et Marguerite de La Barre car je viens d’étudier le fief du Châtelet au Lude dans le cadre de mon travail d’inventaire du patrimoine à la Région des pays de la Loire.
      Sauriez-vous l’année approximative de leurs naissances ou de leur mariage ?
      Au Châtelet, les analyses de dendrochronologie donnent les dates de 1507 et 1527 (pour l’agrandissement). La chapelle, qui doit être contemporaine ou immédiatement postérieure au logis de 1507, est ornée des armoiries de Thomas Millet (de gueule à trois losanges) entourées de celles de son épouse Marguerite de La Barre (d’azur à la bande d’or et deux croissants). Ce qui date la chapelle postérieurement ou en même temps que leur mariage. De plus, dans la chapelle il y a une petite niche en trompe-l’oeil sur laquelle figure l’inscription « [vermibus hic] donor et sic ostendere conor quôd, sicut ponor,ponitur omnis honor » qui correspond à l’épitaphe du dominicain Hugues de Metz mort vers 1270 qui accompagne également une représentation de la danse macabre des femmes éditée en 1491. Elle est peut-être placée là pour célébrer la mort d’une femme illustre comme Anne de Bretagne en 1514 ou plus vraisemblablement Claude de France en 1524 (inscription ajoutée ?). Néanmoins, il semblerait que Thomas prolonge le logis en 1527 en ajoutant une grande salle.
      Leur fils Jacques est seigneur du Chastelet et de la Ganetière (sur la même commune). Les lieux-dits cités dans le texte de 1574 se trouvent proche du Chastelet : l’Anglée, Brouillette, Cutelle … Les vignes de la Grande-Maison sont situées sur la commune de Dissé-sous-le Lude près d’une maison qui porte le même nom. Ces lieux réunissaient les vignes de beaucoup de propriétaires. La Vacherie et les Ouslays ou Houlas sont deux métairies du Chastelet.
      Christine Toulier
      conservateur en chef du patrimoine

    5. Bonjour madame Toulier
      Merci de votre intéressant commentaire.
      Mon blog reçoit depuis longtemps plus de 3 500 vistes/jour, dont plusieurs de vos collègues et aussi des historiens, mais surtout des généalogistes en quête d’infos, qui n’hésitent pas à copier mes trouvailles sans même prendre le temps de me faire signe par un quelconque commentaire.
      Je mets sur ce blog des retransriptions d’actes que j’ai trouvés, mais hélas sans fil conducteur, ainsi sur les Millet et de la Barre.
      En fait, je pense que tous les actes que je retranscris inlassablement peuvent ou pourront être un jour utiles à quelqu’un.
      Par contre je n’ai rien de plus sur Thomas Millet et Marguerite de La Barre.
      Sans doute l’un de mes lecteurs pourra-t-il vous répondre ici.
      Cordialement
      Odile HALBERT

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